Nicolas Sarkozy | le blog du storytelling

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A qui appartient vraiment le Fouquet’s ?

Mercredi 2 juillet 2008

 

A qui appartient le Fouquet’s, ce haut-lieu de la vie mondaine bien plus encore que de la gastronomie, situé sur les Champs-Elysées ? Lundi, le tribunal de grande instance de Paris a débouté trois modestes retraités bourguignons dans le conflit qui les opposait à un consortium koweïtien à ce sujet.


Le Fouquet’s : bling-bling depuis 1899

Le Fouquet’s a ouvert ses portes en 1899. C’était l’époque où les cafés parisiens ajoutaient un suffixe ’s à leur nom pour faire plus anglais, comme Maxim’s en avait lancé la mode quelques années plus tôt. Un temps menacé de disparition par la spéculation rampante sur la plus célèbre avenue du monde, Jack Lang fit classer la salle du restaurant en « lieu de mémoire ». Il accueille toujours aujourd’hui la fête qui suit la cérémonie des César et a connu un regain de notoriété en 2007 quand Nicolas Sarkozy a choisi d’y célébrer sa victoire en compagnie de sa famille et de quelques « happy few » du showbiz et de l’industrie.


Depuis 10 ans, il appartient au groupe Lucien Barrière que préside Dominique Desseigne. La « success story » de cet ancien notaire playboy mériterait bien un billet un de ces jours : il a séduit Diane Barrière et hérité de l’empire familial d’hôtels et de casinos au décès de sa femme suite à un tragique accident d’avion. Et à la surprise de beaucoup, il s’est révélé un patron d’envergure. Il s’est maintenant donné pour mission de conduire le groupe dans la nouvelle ère qui s’ouvre avec les casinos en ligne. Après avoir racheté plusieurs immeubles adjacents au Fouquet’s, Desseigne a pu entourer son restaurant d’un tout nouvel écrin au coeur du Triangle d’Or, le quartier de la mode, des arts et des affaires. Le Fouquet’s Barrière a ouvert en 2006, 7e palace parisien et « le seul à capitaux majoritairement français« .


L’affaire du Fouquet’s

Quant à « l’affaire du Fouquet’s », elle remonte pour sa part à un siècle et demi. L’héritage de la comtesse de Coëtlogon, propriétaire de plusieurs terrains sur les Champs-Elysées et décédée sans enfants, passe alors à son cousin germain qui le transmet aux grands-parents de Lina Renault et de ses deux frères. Depuis cinquante ans, c’est-à-dire depuis la mort de sa mère, l’ex maraîchère, a fait de la reconnaissance de cet héritage l’affaire de sa vie. Et vu les sommes en jeu, c’est compréhensible.


Au moment des grands travaux de l’ère Haussmann, un voisin aurait fait bâtir – peut-être indûment – un immeuble sur le terrain de la comtesse, malade. Plus tard, en 1929, la Société des Restaurants du Café de Paris (RCP, aujourd’hui filiale d’un groupe koweïtien) a acquis cet immeuble, ce dont « un acte de propriété fait foi« . Les conditions dans lesquelles cet achat a été réalisé ne sont peut-être pas très claires mais ce qui compte c’est que la contestation en matière de propriété s’éteint au bout de 20 ans. Or, Lina Renault a attendu près de 30 ans pour entamer sa procédure, en 1958.


A l’issue d’une première longue bataille juridique, un arrêt de la cour d’appel de Paris en 1992 reconnaît en effet Lina Renault comme héritière de la comtesse. Héritière mais pas propriétaire (à cause de la fameuse prescription de 20 ans). Pourtant, sur la foi de cet arrêt et de sa conviction que l’immeuble serait un jour récupéré, Renault réussit en 2006 à faire publier une attestation de propriété à la conservation des hypothèques, assortie d’un compromis de vente à un groupe luxembourgeois (pour 70 millions d’euros). La RCP l’assigne immédiatement devant les tribunaux. Le jugement rendu lundi par le TGI de Paris est sévère pour les Renault pour les raisons déjà évoquées et ils ont en toute logique juridique été déboutés.


Lina Renault n’était pas présente à l’audience et a laissé à ses fils le soin d’annoncer qu’elle allait faire appel car ils disposeraient de nouveaux documents. Son avocat, Me Gilbert Collard, indique contre toute évidence qu’elle « a démontré, documents à l’appui, qu’elle était propriétaire du Fouquet’s » et a salué « le travail d’archiviste et de généalogiste ainsi acompli » ! Quant à la RCP, « compte tenu du préjudice qu’elle a subi, elle va donner suite à cette affaire« . La story devrait donc encore continuer un bon moment…


Que faut-il retenir de cette affaire ?

1/ Les médias ont besoin de choisir un camp

Oubliez tout ce qu’on vous a dit sur les journalistes et leur quête de l’objectivité. Dans la vraie vie, ils font comme vous et moi, ils choisissent leur camp. C’est humain : il leur faut des personnages (des gentils, des méchants), une histoire (avec un début, un milieu, une fin) et un point de vue (car il faut bien donner un sens à tout ça). Un bon article s’apparente donc pour son rédacteur à une bonne story pour le communicant, avec tout ce qu’il faut de dramatisation. Faites ce que vous pouvez pour être dans le camp des « gentils ».


2/ Les journalistes adorent se prendre pour Zorro

Sans s’attaquer au système lui-même, les journalistes aiment à en corriger quelques erreurs flagrantes afin de caresser leur public dans le sens du poil. C’est le « syndrome Julien Courbet ». Si vous êtes une personnalité ou une grosse entreprise, vous serez a priori suspect : « Notables, donc coupables » (rappelez vous l’affaire d’Outreau).


On le voit bien dans le cas du Fouquet’s : les Renault sont systématiquement qualifiés de « modestes retraités » qui « essaient de faire valoir leur héritage« . France-Soir n’appelle madame Renault que « Lina » tout court. Elle est pauvre donc forcément victime face à un « consortium koweïtien« . Là encore, le choix des mots n’est pas innocent. « Consortium« , c’est tout de suite plus mystérieux et menaçant que « société« , dont d’ailleurs, curieusement, le nom n’est jamais donné. Cela n’intéresse-t-il donc personne ? Et « koweïtien« , bien sûr, dans la psyché collective, ça renvoie au « parti de l’étranger« .


Même les noms des avocats qui défendent les deux camps sont caricaturaux : à ma gauche et pour Lina Renault, le médiatique et gouailleur Me Collard ; à ma droite et pour la RCP, le très compassé Me Baguenault de Puchesse (pardon, ça fait un peu procès d’intention mais tous les symboles comptent en communication) qui déclare : « La presse et la télévision ont pris le parti du conte de fées mais la justice regarde les choses avec plus de recul« . Inaudible.


3/ Les médias généralistes ne sont pas très bons en économie et en droit

Au risque de sembler un peu arrogant, je n’ai pas trouvé un seul article dans la presse cette semaine qui fasse l’effort de pédagogie que j’ai tenté plus haut pour résumer 150 ans d’affaire du Fouquet’s (à l’exception notable d’un excellent papier signé Anne-Laure Barret dans le Journal du Dimanche. Il est comme les autres favorable aux Renault mais résulte d’une vraie enquête). Les journalistes généralistes français sont notoirement faibles en économie et en droit ce qui ne les empêche pas de faire comme s’ils comprenaient ce qu’ils écrivent.


Donc, si vous n’êtes pas à votre avantage dans un dossier, cela peut être une stratégie de com’ – quoique risquée – que d’entrer dans tous les détails et toutes les arguties juridiques… afin d’égarer vos interlocuteurs des médias. En revanche, si vous voulez être entendu, présentez votre dossier en termes simples et compréhensibles. Sinon, les journalistes le feront à votre place… et mal. Si vous leur facilitez la tâche, ils vous en seront – au moins en partie, au moins inconsciemment – reconnaissants. Eventuellement, cela les aidera à prendre fait et cause pour vous plus facilement (voir point 1).


4/ On a toujours tort de ne pas communiquer

Evidemment, à ce stade de l’analyse, vous seriez en droit de vous étonner : finalement, tout cela n’est pas « l’affaire du Fouquet’s »,  c’est « l’affaire de l’immeuble qui abrite le Fouquet’s« . Vous auriez raison mais à qui la faute ? Le groupe Lucien Barrière a suffisamment d’expérience pour savoir que les médias vont prendre fait et cause pour David (« Lina Renault », un nom bien de chez nous) contre Goliath et que ce Goliath étant trop désincarné (toujours cette histoire du « consortium koweïtien » ), l’amalgame se fera inévitablement avec l’hôtelier-casinotier. La discrétion du groupe est incompréhensible et dommageable pour son image. En ne communiquant pas, le Fouquet’s communique mal : vous le savez, c’est l’un de mes chevaux de bataille.


Je laisserai le mot de la fin à Jean-Yves Sellier, le notaire qui a aidé Lina Renault à monter son dossier après avoir flairé un bon coup possible. Il est cité dans l’article du JDD dont j’ai parlé plus haut. Monsieur Sellier « est formel: si un clochard vient un jour le trouver pour vendre son château en Espagne, il lui ouvrira poliment la porte : « Les successions sont pleines de surprises »« . Et d’ajouter « Il ne faut s’étonner de rien dans l’immobilier« .

 

Nicolas Sarkozy ou la tentation de Kennedy

Mardi 1 juillet 2008

 

Quand il pose pour son portrait officiel, Nicolas Sarkozy fait de toute évidence référence à de Gaulle photographié dans la même position (ainsi que Pompidou mais la parrainage est moins prestigieux). Giscard devant un drapeau flottant au vent, Mitterrand assis un livre à la main et Chirac dans le jardin avaient tenté de prendre plus de distance. Dans ses discours, notre omniprésident aime aussi se comparer au héros du 18 juin en qui il voit un homme de la rupture, comme lui, et il fait son pèlerinage annuel à Colombey-les-Deux-Eglises à l’instar de ses prédécesseurs. La story de Sarkozy inspiré par le Général s’arrête pourtant là comme le rappellent certains gaullistes historiques qui n’apprécient pas (entre autres) son atlantisme revendiqué. 

Et justement, le vrai modèle du président est à chercher du côté de l’Amérique : Nicolas Sarkozy ou la tentation de Kennedy. Pour un homme de sa génération – il avait 8 ans quand le président américain a été assassiné à Dallas – la jeunesse, le charisme et la capacité à faire rêver un pays de son prestigieux devancier peuvent suffire à expliquer cette attirance. D’autres raisons moins solaires – comme la capacité à jouir sans entraves et la mise en scène de la vie privée – ont pu également jouer un rôle.


 


La révélation de cette influence est devenue manifeste le jour où Paris Match, qui avait beaucoup à se faire pardonner depuis la révélation de la vie cachée de Cécilia, a publié une série de photos sur la « first family » dont celle reproduite ci-contre. Selon le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez, cité dans Marianne :   »Nicolas Sarkozy a vendu (aux Français) une image de père protecteur, celui du petit Louis photographié sous son bureau« . En fait, la photographe, Bettina Rheims - elle a été choisie par l’Elysée et aucun article écrit par un journaliste ne « contextualisait » ce publi- reportage - fait de toute évidence référence à un autre « shooting » célèbre, dans le bureau ovale de la Maison Blanche 45 ans plus tôt (ci-dessous). L’homme le plus puissant du monde peut à la fois dénouer la crise des missiles de Cuba et être un bon père. Qui ne l’admirerait pas ? 


 


Mais la pièce maîtresse de John Kennedy, c’était sa femme : issue d’une famille patricienne, belle, intelligente, icône de mode etc. Comme il l’a dit un jour avec humour « Je suis l’homme qui accompagne Jackie Kennedy« . Et de fait, Nicolas Sarkozy a longtemps considéré que Cécilia était son meilleur atout. Le soir de son élection, lors de la mémorable soirée du Fouquet’s, il aurait déclaré à ses amis : « Vous avez aimé Jackie Kennedy, vous allez adorer Cécilia Sarkozy« . Une influence que cette dernière ne réfutait pas à l’époque, confiant à des amis que le couple allait « jouer aux Kennedy« . La story continuait encore à l’été 2007 puisqu’ils partaient en vacances à Wolfeboro dans le New Hampshire,  haut lieu de villégiature de la gentry américaine. Là pourtant, Cécilia préférait faire du shopping pendant que son mari rendait visite en voisin à George W. Bush. 


 


Las ! Quand la réalité rattrape la fiction, la story peut voler en éclats : Cécilia refuse soudain le rôle qui lui était attribué et demande le divorce. Les professionnels qui veillaient à l’image des Kennedy et à leur sourire pour papier glacé  étaient toujours parvenus à ce que les crises que traversait le couple ne parviennent pas jusqu’aux oreilles des médias, et donc du peuple américain. Nicolas Sarkozy, lui, perd la bataille de la com’ suivant un principe bien connu : « les médias te lèchent, les médias te lâchent, les médias te lynchent !« . Il tente une reprise en main en médiatisant son histoire d’amour avec Carla Bruni à Disneyland Paris. Le lieu est mal choisi et évoque un autre royaume d’opérette : Monaco. Au modèle Kennedy – l’aristocratie du nouveau monde – en a succédé un autre, le modèle Grimaldi – vulgarité tape à l’oeil et épanchements dans la presse people.  Comme un ouragan… le fond est atteint lors de la visite de Pétra en Jordanie quand le président « exhibe » son bonheur retrouvé en prenant sur les épaules le fils de sa nouvelle compagne. L’enfant, qui est terrorisé par les paparazzi qui le mitraillent de leurs flashs, porte la main à ses yeux pour se cacher. L’image est terrible. Ce n’est plus l’enfant qu’il protège sous son bureau, cette fois c’est un enfant qu’il instrumentalise pour montrer à tous qu’il peut à nouveau jouir sans entraves. A ce moment là, la communication du président est vraiment faire par des amateurs. 


 


Sous la houlette de vrais professionnels (Pierre Charon pour l’image du nouveau couple présidentiel, Thierry Saussez pour éviter les couacs gouvernementaux etc.), la « représidentialisation » du régime s’engage. Exit les Grimaldi, retour à la case Kennedy.

C’est particulièrement flagrant avec la nouvelle « First Lady » qui accepte avec une grâce manifeste le rôle refusé par Cécilia. Lors du voyage en Angleterre, elle arbore un tailleur et un bibi qui semblent tout droits sortis de la garde robe de Jackie. En élève studieuse, Carla Bruni Sarkozy affiche le même sourire, la même (fausse ?) modestie, le même mélange de proximité et de distance qui sied aux grandes dames. La presse de caniveau britannique qui faisait déjà ses bonnes feuilles sur un lot de photos nues de l’ex top model en est toute retournée. Il reste maintenant à savoir si la sortie de l’album de la chanteuse italienne (et désormais française) bénéficiera de ce même traitement très poudre aux yeux. Après tout, Jackie Kennedy n’a jamais chanté, le modèle a ses limites…

 

 


Pour connaître la suite de la story, il faudra donc voir si Nicolas Sarkozy peut tenir la distance en Kennedy français. « J’ai changé » aime dire celui qui effectivement change de stratégie de communication plus vite que de montre Patek Philippe. En matière de com’, sa seule constance a jusqu’à présent été son inconstance. Il lui faudra donc beaucoup de travail sur lui-même – et de patience – s’il veut arriver à retrouver – et à garder – la mystique Kennedy.

Car en réalité, John Kennedy était un obsédé sexuel, presque paralysé par ses douleurs dorsales et qui avait des fréquentations très douteuses : c’est au prix d’un effort constant et quasi surhumain qu’il a réussi à rester « dans les clous » de sa story. Je ne soupçonne évidemment pas Nicolas Sarkozy des mêmes turpitudes, mais le Storytelling, c’est du travail. Et de la cohérence.


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Ce billet avait pour objectif d’analyser la story de Nicolas Sarkozy qui éprouve la tentation de Kennedy. Il ne s’agit pas d’un commentaire portant sur sa politique mais uniquement sur sa politique… de communication. En 2007, pour l’élection présidentielle, son adversaire Ségolène Royal s’est révélée être un animal au moins aussi narcissique que lui. Sa story à elle évoque irrésistiblement celle de Jeanne d’Arc. Mais ce sera pour une autre fois…