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Comment un tweet d’une ministre connectée fait enfin entrer un musée dans le 21e siècle…

Mercredi 18 mars 2015
Le tweet de Fleur Pellerin à l'origine du revirement d'Orsay

Le tweet de Fleur Pellerin à l’origine du revirement d’Orsay

Orsay autorise enfin les photos… ou comment un tweet de Fleur Pellerin a forcé le président du musée à manger son chapeau.

Depuis des années, Orsay interdisait les photos dans son musée, presque seul désormais face aux musées intelligents comme Le Louvre ou le Centre Pompidou. Pour protéger les œuvres ? les ayant-droits ? Pas du tout :  Guy Cogeval, son président assume ne pas supporter  les étudiants qui se renseignent sur l’art en allant sur Internet (?!) et que photographier les tableaux au lieu de « les contempler religieusement, c’est ouvrir la porte à un nouvel âge de la barbarie (??!!) » (il faut lire ses propos ici, ils sont hallucinants). En 2015, un président de musée prétend décider qui quand et comment nous nous approprions l’art, comme s’il en était l’unique propriétaire légitime !

Comme je tweete régulièrement sous le hashtag #photoaumusee, j’ai encore plus régulièrement été en butte aux cerbères d’Orsay. Je ne suis pas le seul à résister mais jamais nous n’avions été entendus par les ministres de la culture précédents. Fleur Pellerin, elle, a fait signer récemment une charte #tousphotographes censée être appliquée à Orsay également. Sauf que ce n’était pas le cas.

Lundi, Fleur Pellerin a posté sur Instagram et sur Twitter ses photos du vernissage de l’expo Bonnard à Orsay… avant de se faire rappeler à l’ordre par les twittos: pourquoi elle et pas nous ? Stupeur (sincère) de la ministre qui réalise alors qu’Orsay s’affranchit des règles qui ne sont bonnes que pour le commun des mortels. Dans un premier temps, le musée botte en touche, avec sa morgue habituelle : « La ministre et les journalistes sont autorisés à prendre des photos ». Sous-entendu, pas vous, pauvres barbares.

Aujourd’hui, rétropédalage total. À quelques jours de la #MuseumWeek, Orsay annonce annonce « avoir pris l’initiative de changer son règlement et de lever l’interdiction ». Ils auraient pu s’épargner les moqueries des Twittos en le faisant bien plus tôt mais – saluons cette initiative même si on leur a un peu forcé la main – , mieux vaut tard que jamais pour entrer dans son siècle.

Et maintenant, à l’occasion de la MuseumWeek, j’espère que Guy Cogeval postera un selfie de lui devant une toile de son choix. Pourquoi pas celle d’Edward Burne-Jones, La Roue de la Fortune ? La sienne vient de tourner.

PS : Je soutiens pleinement le droit de prendre des photos au musée. Je soutiens aussi celui de le faire intelligemment (cf. la charte ci-dessus). Photos au flash et perches à selfies ne font évidemment pas forcément partie de ces bonnes pratiques.

Pourquoi Disney ou Apple adorent la science-fiction façon Arthur C. Clarke

Mercredi 11 mars 2015
La 3e loi de Clarke

La 3e loi de Clarke

« Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. »

Le célèbre auteur de science-fiction Arthur C. Clarke a formulé trois lois concernant la science et la technologie dont la troisième, ci-dessus, est la plus connue et la plus souvent citée.

Autrement dit, la meilleure technologie est celle qui émerveille sans qu’on se demande comment elle fonctionne. Un principe parfaitement compris de nos jours par Disney qui vient d’annoncer la mise en place de bracelets connectés facilitant visite dans tous ses parcs ;

Le Magic Band connecté de Disney : "éviter toute abrasion" dans le parcours de visite des parcs.

Le Magic Band connecté de Disney : « éviter toute abrasion » dans le parcours de visite des parcs.

ou encore par Apple qui ne vend ni ne vante jamais l’aspect purement technologique de ses produits. Ce qui lui permet, à l’ère de l’Apple Watch, de faire évoluer son storytelling vers ceux du luxe et de la mode.

Quand Apple achève sa mue et fait disparaître toute trace de technologie au profit des codes du luxe.

Quand Apple achève sa mue et fait disparaître toute trace de technologie au profit des codes du luxe.

Les deux photos de la marche #JeSuisCharlie qui entreront dans l’histoire

Lundi 12 janvier 2015
"Le crayon guidant le peuple" : photo de Stéphane Mahé symbolisant la Marche #JeSuisCharlie

« Le crayon guidant le peuple » : photo de Stéphane Mahé symbolisant la Marche #JeSuisCharlie

Stéphane Mahé a pris l’un des deux clichés qui semble le mieux résumer ce qui s’est passé ce dimanche en France. Et cet article en raconte la genèse.

"Nation", cliché du photographe Martin Argyroglo symbolisant avec tout autant de force, la Marche du 11 janvier

« Nation », cliché du photographe Martin Argyroglo symbolisant avec tout autant de force, la Marche du 11 janvier

Et voici l’autre cliché, pris par le photographe indépendant Martin Argyroglo, composé et pris pour symboliser tout autant les évènements tragiques et pourtant pleins d’espoir que nous venons de traverser. Avec en tête bien sûr le storytelling du tableau de Delacroix qui rappelle tant de choses aux Français…

La Liberté guidant le Peuple d'Eugène Delacroix

La Liberté guidant le Peuple d’Eugène Delacroix

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Et comme un Post Scriptum, cette Une qui sera celle de Charlie Hebdo ce mercredi 14 janvier, signée Luz. Tant que choses dans ce dessin qui lui aussi a tout pour rejoindre les livres d’histoire…

Le numéro d'après...

Le numéro d’après…

Les Grecs et leurs mythes ou le storytelling de la « suspension consentie de l’incrédulité »

Mardi 2 décembre 2014
Rien n'est plus artificiel que la représentation théâtrale. Mais parce que nous en acceptions les principes, nous mettons de côté volontairement notre raison pour laisser nos émotions nous guider.

Rien n’est plus artificiel que la représentation théâtrale. Mais parce que nous en acceptions les principes, nous mettons de côté volontairement notre raison pour laisser nos émotions nous guider.

Les Grands Dossiers des Sciences Humaines proposent un numéro spécial sur « Les Grands Mythes (pourquoi ils nous parlent encore) » dont l’un des articles (accessible ici : payant) est consacré à une interview de l’helléniste Marcel Detienne: « Les Grecs croyaient modérément en leurs mythes ». En la matière, l’ouvrage de référence reste sans aucun doute « Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes: essai sur l’imagination constituante » de Paul Veyne. Extrait de mon livre : « Storytelling – Réenchantez votre communication » où je revenais sur cette notion de suspension consentie de l’incrédulité.

Actuellement en kiosques.

Actuellement en kiosques.

Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Cette question est à la base d’un remarquable ouvrage de Paul Veyne, intrigué par la supposée «schizophrénie» du peuple qui invente la philosophie et qui continue dans le même temps à pratiquer de folles superstitions. Pour le grand historien, il n’y a pas d’incompatibilité : certains phénomènes comme les catastrophes naturelles échappaient à l’entendement des hommes de l’Antiquité. C’est pourquoi, bien que rationnels, ou peut-être justement parce qu’ils étaient rationnels, ils se servaient de l’explication divine comme d’un modèle intellectuel pratique pour expliquer, fût-ce de manière imparfaite, ce que leur science ne pouvait pas encore concevoir. Une attitude pragmatique qu’adoptent encore les enfants de nos jours : il y a un âge où ils croient au Père Noël et un âge auquel ils n’y croient plus. Mais entre les deux, il y a un moment où y croire sans y croire permet – là aussi grâce à une sorte de pari pascalien – de ne pas prendre le risque de s’aliéner le bon vieillard et de perdre peut-être le droit à recevoir des cadeaux.

Petit livre, grandes idées.

Petit livre, grandes idées.

C’est là un des grands secrets du storytelling : vrai ou faux, il ne fonctionne que parce que le narrataire veut y croire. Au moins en partie. Comme ce moment dans un cartoon où nous acceptons que le Coyote à la poursuite de Bip-Bip puisse marcher dans le vide sans tomber de la falaise… tant qu’il n’a pas conscience de ce vide ! (…)

La règle ci-dessus n'est pas valable que pour les cartoons mais pour toutes les bonnes histoires !

La règle ci-dessus n’est pas valable que pour les cartoons mais pour toutes les bonnes histoires !

C’est la notion de «suspension (parfois qualifiée de «consentie») de l’incrédulité» que l’on doit à l’écrivain anglais Coleridge qui justifiait ainsi l’aspect surnaturel de ses poèmes lyriques. Dans les universités américaines, on enseigne cette «suspended disbelief» aux futurs écrivains et scénaristes. Le succès des contes comme celui des films de science-fiction, mais aussi des films dits réalistes comme des pièces de théâtre avec des comédiens à la diction pourtant très artificielle, ne repose donc pas sur la réalité mais sur la vraisemblance dans «les limites de l’univers créé».

L’équilibre est toujours délicat et repose sur la crédibilité que nous voulons bien lui accorder. Mais si l’on accepte ces conventions un peu artificielles, alors elles renforcent la complicité entre narrateur et narrataire, comme un clin d’oeil adressé de l’un à l’autre.

Le luxe est mort, vive le luxe !

Mercredi 15 octobre 2014
Le luxe c'est d'être où j'ai envie d'être, quand j'ai envie d'y être, comme j'ai envie d'y être (mais peut-être avec un peu moins de bagages !). Cette (belle) photo de Peter Lidbergh pour Louis Vuitton est représentative d'un luxe en voie de disparition...

Le luxe c’est d’être où j’ai envie d’être, quand j’ai envie d’y être, comme j’ai envie d’y être (mais peut-être avec un peu moins de bagages !). Cette (belle) photo de Peter Lidbergh pour Louis Vuitton est représentative d’un luxe en voie de disparition…

L’idée du luxe, ce superflu si nécessaire, est vieille comme le monde. En revanche, le luxe en tant que secteur économique, dont la France est le champion mondial, est peut-être une anomalie historique en passe d’être dépassée. 

 

LE LUXE S’EST PEU À PEU DISSOUT DANS LA MODE

Si l’on écrit un jour un e-book nommé « R.I.P. LE LUXE (Grandeur et décadence d’un secteur économique) », 2014 apparaîtra comme une date-clé : celle de l’ouverture de la Fondation Louis Vuitton et de la sortie de l’Apple Watch. Deux évènements qui, rétrospectivement, auront peut-être signifié la fin de l’ère du luxe ancien et l’entrée dans celle du luxe nouveau.

 

Bien que fondé en 1854, Louis Vuitton a vu son histoire s’accélérer dans les années 80 et surtout ces deux dernières décennies. L’auguste maison est ainsi passée de l’artisanat à l’industrie sous la direction managériale d’Yves Carcelle et artistique, de Marc Jacobs. Si Bernard Arnault préfère dévoiler l’atelier d’Asnières et ses commandes spéciales lors des Journées Particulières (l’équivalent LVMH des Journées du Patrimoine), la production est en réalité en grande partie effectuée dans des usines situées en France et ailleurs. Il y a quelques années, l’autorité de la publicité anglaise a même mis le groupe à l’amende pour des visuels laissant penser que le travail était toujours effectué à la main plutôt que par des machines. Une affaire dont on a curieusement peu entendu parler chez nous…

 

Le visuel par qui le scandale est arrivé (au Royaume-Uni).

Le visuel par qui le scandale est arrivé (au Royaume-Uni).

 

 

LA FONDATION LOUIS VUITTON, CHANT DU CYGNE DU LUXE À L’ANCIENNE ?

Ce n’est pas faire injure au talent de Messieurs Arnault, Carcelle et Jacobs que de penser qu’une partie du luxe de Louis Vuitton s’est en effet dissout dans la mode. Comment faire autrement quand on étire l’ADN d’un grand bagagiste et maroquinier pour se mettre à fabriquer des souliers et des ceintures (certes, en cuir) mais aussi des montres, des lunettes et des stylos ? Du prestige, on est passé à ce qu’on appelle parfois le masstige (« prestige pour les masses »), nettement moins… prestigieux. En son temps, Cartier avait connu le même problème avec sa ligne Must de Cartier. À cet égard, le remplacement de Marc Jacobs par Nicolas Ghesquière, considéré par les fashionistas comme bien plus « happy few », marque le désir de retour à un luxe d’autant plus exceptionnel qu’il serait moins ostentatoire. Mais il ne résout pas la quadrature du cercle : Monogram bling-bling ou pas, plus de 400 boutiques dans le monde présentent exactement les mêmes produits. Rien de moins exclusif aujourd’hui donc qu’un sac Vuitton…

 

De ce point de vue, l’ouverture prochaine de la Fondation Louis Vuitton apparait finalement comme le chant du cygne d’une marque qui ne pourra peut-être bientôt plus s’offrir de telles extravagances. Ce rêve de verre, qu’on doit au génie du starchitecte Frank Gehry et aux poches sans fond de Bernard Arnault (de source interne, le budget initial de 100M€ aurait été en réalité multiplié par…  cinq!), est d’ores et déjà une des plus grandes réussites architecturales de la Ville Lumière. Dans 50 ans, la Fondation sera rétrocédée à la Mairie de Paris qui a mis le terrain et l’avant-scène que constitue le Jardin d’Acclimatation à la disposition du groupe. A cette date, se souviendra-t-on encore de l’entreprise qui rendit cela possible ?

 

 

La Fondation Louis Vuitton de Frank Gehry, un magnifique gisant pour la marque ?

La Fondation Louis Vuitton de Frank Gehry, un magnifique gisant pour la marque ?

 

 

APPLE NE VEUT PAS METTRE LE PIED DANS LE LUXE, APPLE VEUT S’EMPARER DU LUXE 

C’est ce même moment et ce même endroit qu’Apple choisit pour présenter sa montre connectée. Le moment : au beau milieu de la Paris Fashion Week. L’endroit : chez Colette, temple absolu de la branchitude. Le symbole est transparent et pourtant le monde du luxe regarde encore la « Watch » de haut. Il y a 40 ans, l’industrie horlogère suisse fit preuve du même mépris face à l’arrivée des montres à quartz… et aurait été emportée par la tourmente n’eût été la géniale invention que constitua en son temps la Swatch. On oublie facilement les crises passées… surtout quand cette fois Swatch fait preuve d’aveuglement, comme les autres. Entre la fin des années bling-bling – oui, même les oligarques russes et les rappeurs américains se lassent des über-complications de leurs précieux garde-temps ! – et les campagnes anti-corruption en Chine qui ont banni les montres de luxe des cadeaux qu’on pouvait faire pour s’attirer les bonnes grâces des membres du parti, c’est tout le business model de l’horlogerie suisse qui est à revoir. Et Tag Heuer (LVMH) et Cartier (Richemont) d’annoncer des repositionnements / prix et des plans sociaux. Cela n’empêche pourtant pas le patron de la division montres de LVMH, Jean-Claude Biver, de se gausser de l’Apple Watch, qu’il juge « féminine » (on ignorait que ce fût une tare) et dont « on dirait qu’elle a été dessinée par un étudiant de première année ». Cet « étudiant de première année » est évidemment Jony Ive. Un fait aurait dû mettre la puce à l’oreille de LVMH: désormais, le génie du design d’Apple ne réserve plus ses rares entretiens à la press hghi-tech mais donne ses interviews directement… dans Vogue !

 

Ce monde est plus proche de celui d’Angela Ahrendts, ex PDG de Burberry (une des rares griffes de luxe à avoir vraiment saisi les enjeux du digital) passée chez Apple et dont on murmure déjà le nom pour succéder un jour à Tim Cook. Soyons généreux et révélons à Jean-Claude Biver le plan de la firme à la pomme : Apple n’a pas pour ambition de prendre pied sur le marché de l’horlogerie de luxe avec la Watch, Apple a pour ambition de prendre le marché du luxe tout court.

 

 

Ce n'est pas dans un Apple Store qu'Apple révèle sa Watch... mais chez Colette, temple de la branchitude.

Ce n’est pas dans un Apple Store qu’Apple révèle sa Watch… mais chez Colette, temple de la branchitude.

 

 

LE DÉSAMOUR DE SES CLIENTS ENVERS LE LUXE

Dans un monde entrepreneurial bien fait, c’est Ray Ban qui aurait mis au point les Google Glass, c’est Swatch qui aurait inventé l’Apple Watch. Au lieu de cela, les lunetiers et les horlogers se sont fait doubler par des compagnies high-tech. Les prochaines victimes ? Les entreprises de la mode qui voit se faire avaler par les mêmes (ou par un nouvel entrant) sur le marché du smart textile : demain, nos tissus s’adapteront au temps qu’il fait, leur couleur changera en fonction de notre humeur et les motifs connectés nous permettront d’être toujours en avance d’une mode…

 

Le secteur du luxe n’est pas plus intelligent que celui de l’entertainment qui n’avait vu venir aucun des signes qui ont bouleversé les marchés de la musique, du cinéma, de la télé et de l’édition. Avec sa rentabilité exceptionnelle jusqu’à présent, il n’a pas souhaité se remettre en cause. Mais les arbres ne montent pas au ciel. Déjà, les sondages montrent le désamour entre le luxe et sa patrie d’origine : les Français pensent désormais que nos grandes marques nationales ne sont faites que pour les étrangers ! Les seuls à ne pas rejeter cette idée en bloc sont les jeunes (Ce phénomène d’une génération sans grands moyens mais avec une forte envie a été étudié par Eric Briones et Grégory Casper dans leur ouvrage « La Génération Y et le luxe »).

 

 

Sondage Opinionway. Infographie Challenges.

Sondage Opinionway. Infographie Challenges.

 

 

LE LUXE N’EST PLUS DANS LE LUXE, IL EST DANS LA HIGH-TECH

L’envie, heureusement, restera toujours au coeur de la machine. Dans mon livre « Storytelling – Réenchantez votre communication ! » publié il y a 3 ans, je m’inquiétais déjà de l’incapacité du luxe à réellement prendre en compte les évolutions sociétales… qui n’ont rien à voir avec le fait de faire un beau site marchand ! Je notais deux défis à relever en priorité : celui de l’hyperpersonnalisation et celui de la jouissance (un extrait du livre ici). Si l’on est en effet toujours prêt à payer cher pour appartenir à un club, on ne veut plus en revanche ressembler trait pour trait à son voisin de siège dans le métro. Et il est devenu moins important de posséder un objet que d’en avoir l’usage où, quand et comme on le veut. En écrivant cela, j’avais à la fois raison et tort. Raison parce que ces défis sont plus que jamais d’actualité. Tort parce qu’ils s’incarnent désormais ailleurs que dans le secteur du luxe : ce sont ceux de la high-tech.

 

Un smartphone (et demain une montre connectée) se personnalise bien plus et bien mieux qu’un sac sur lequel on peut, au mieux, choisir la couleur de l’anse ou faire apposer ses initiales. Si je vous passais mon iPhone, il vous en dirait beaucoup plus sur moi que n’importe quelle sacoche monogrammée. Dans sa dernière mouture, il n’est d’ailleurs même pas forcément moins cher qu’elle ! Quant à la jouissance, elle est bien réelle : je n’ai plus besoin de posséder physiquement des milliers de livres, de CD ou de Blu-Ray. Pas plus d’ailleurs que numériquement puisqu’avec la location ou le streaming, ils sont à la portée d’un simple clic quand j’en ai envie, sur le support sur lequel j’ai envie de les consulter et comme j’en ai envie. C’est cela aujourd’hui le vrai luxe. Ma sacoche est À MOI. Mon smartphone EST MOI. Être plutôt qu’avoir en somme.

 

L’idée du luxe ne mourra pas, au contraire du secteur qui porte ce nom. C’est une bonne nouvelle pour Apple, moins pour LVMH : le luxe n’est plus dans le luxe, il est dans la high-tech.

Le storytelling du storytelling ou l’origine des mythologies

Lundi 17 mars 2014
Le Déluge de Gustave Doré. Un des éléments "laurasiens" (cf. article) présents dans toutes les mythologies.

Le Déluge de Gustave Doré. Un des éléments « laurasiens » (cf. article) présents dans toutes les mythologies.

 

Le Monde Culture Idées se fait l’écho, sous la plume de Stéphane Foucart (article payant) du compte-rendu d’un livre majeur publié il y a presque deux ans et qui attend toujours une traduction en français (à défaut déjà d’une édition numérique) : The Origins of the World’s Mythologies (Les origines des mythologies du monde). 

 

Dans cet ouvrage qui donnera du grain à moudre pendant au moins une génération à tous les chercheurs, philologues et autres narratologues, Michael Witzel postule une origine commune à toutes les mythologies et fait remonter cette origine bien avant l’Antiquité : au Paléolithique supérieur, c’est-à-dire à au moins 40.000 ans !

 

À quoi rêvait Cro-Magnon quand il peignait Lascaux ?

Peut-on vraiment savoir à quoi rêvait Cro-Magnon en peignant Lascaux ? Il semble bien en effet qu’un coin du voile soit en passe d’être soulevé. Fascinant (mais encore controversé), Witzel a isolé une « storyline » commune aux mythes du monde entier et une quinzaine d’éléments narratifs qui se succèdent dans le même ordre. Cela fonctionne avec nos héros modernes (Clark Kent, Luke Skywalker, Steve Jobs* etc.) aussi bien qu’avec les anciens (Gilgamesh, Ulysse, Marco Polo* etc.) et peut-être avec les représentations pariétales. Allez savoir !

 

L’auteur a nommé son approche « laurasienne », de la Laurasie, le supercontinent Europe/Asie/Amérique du Nord issu de la Pangée (Amérique du Sud, Afrique et Océanie ayant, eux, formé le Gondwana).

 

Les spécialistes se positionneront pour ou contre le livre de Witzel. Mais son approche a d’ores et déjà le mérite de rendre plus palpable le concept de science de la mythologie. Et du point de vie qui nous intéresse sur ce blog, de valider la véracité et l’efficacité du storytelling.

 

Le schéma narratif laurasien de Witzel tel que décrit dans Le Monde.

Le schéma narratif laurasien de Witzel tel que décrit dans Le Monde. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

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* Ces entrepreneurs font l’objet de chapitres dédiés dans mon prochain livre qui sort en 2015 chez Dunod.

Storytelling et stratégie de communication

Vendredi 21 février 2014

Copie d’écran de Strategies.fr

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’interview que j’ai donnée à Stratégies Formations. Pour en savoir plus sur les formations sur le storytelling, c’est ici.

 

 

Stratégies : Le storytelling est de plus en plus utilisé dans les campagnes publicitaires des grandes marques, qu’en pensez-vous ? Comment une marque peut-elle aujourd’hui faire la différence ?

 

Sébastien Durand : Si le storytelling était simplement l’art de « raconter une histoire », alors en effet, il est déjà largement utilisé dans les campagnes de pub. Mais il s’agit le plus souvent d’un artifice narratif, fictif. Ce n’est pas condamnable en soi tant que c’est assumé comme tel. Par exemple, Nespresso a créé une vraie saga à épisodes avec George Clooney… dont on sait bien qu’il ne sera pas présent en boutique pour vous accueillir ! Mais le storytelling peut être plus différentiant en tant qu’art de « bâtir une histoire » à partir de la sienne, de son ADN, ou de celles de ses clients. Par exemple, les dernières campagnes de l’iPhone et de l’iPad mettent l’accent sur les histoires que l’on peut bâtir avec leurs produits et l’on sait qu’Apple raconte depuis longtemps autre chose que la technologie. Mais plutôt, comme le disait Léonard de Vinci, que « la simplicité est la sophistication ultime » et que la beauté peut donc contribuer à changer le monde.

 

 

Comment s’articule le storytelling avec une stratégie de brand content ? Y a-t-il des pièges à éviter ?

 

SD : Le storytelling intervient très en amont, comme stratégie. Il consiste pour une entreprise à se demander si cela vaut la peine de privilégier un marketing de l’histoire au détriment de celui du produit ou de la marque, si une communication d’émotion est plus efficace qu’une communication de raison. Quand la réponse est « oui », et cela est souvent le cas, cette stratégie va se décliner de nombreuses façons, dont en brand content. Aux États-Unis, la décision de Coca-Cola d’abandonner la com corporate traditionnelle – communiqués etc. – au profit de « stories » est une stratégie de type storytelling qui se traduit en aval par beaucoup de brand content. Mais par rapport à ce dernier, le storytelling a l’avantage de disposer d’un ROI mesurable. On a depuis longtemps mis au point des outils montrant combien il est efficace pour faire vendre.

 

 

Le storytelling peut-il être un levier pour gérer sa réputation ? Quid du storytelling sur les médias sociaux ? Ou en cas de crise ? 

 

SD : 2.600 ans de règne de l’écrit puis 100 ans d’audio-visuel nous l’avaient fait oublier mais la communication n’a pas toujours été descendante, des sachants vers les apprenants. À l’origine, le storytelling est oral : un aède contant L’Iliade à un public qui réagit en direct et lui fait modifier son récit. Cette égalité entre narrateurs et « narrataires » (plutôt que spectateurs),  c’est celle qu’on retrouve à l’ère d’Internet et plus encore désormais dans les réseaux sociaux. Le storytelling est horizontal, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes aux entreprises qui doivent accepter de passer de l’âge du contrôle à celui de l’influence. En cas de crise également, le storytelling est utile car même si la gestion de la dite crise fait appel aux process et à la raison, sa communication doit intégrer la dimension émotionnelle. Mais il est aussi et surtout utilise en préventif : une histoire forte et crédible en amont permet de garder le cap dans la tempête. Nutella a été une « marque-doudou » pendant plus de 50 ans et peut traverser la crise de l’huile de palme mieux armée que d’autres.

 

 

Il existe un nombre limité de mythes auquel le storytelling fait appel. Ne risque-t-on pas de lasser ou de rendre le consommateur méfiant en utilisant toujours les mêmes ?

 

SD : Rappelons tout d’abord que s’il existe en effet un nombre limité (sept) de mythes primordiaux, ils ont pu inspirer la littérature et les beaux-arts mais aussi la religion, la politique et le monde de l’entreprise depuis près de trois millénaires sans créer d’impression de « déjà vu ». Le propre du mythe est précisément de pouvoir se réincarner à l’infini. Par ailleurs, le fait qu’une marque connaisse son mythe fondateur n’est pas toujours une indication fiable que ce soit là le mythe auquel ses consommateurs aient envie d’adhérer. Ni même que ce soit celui qui serait le plus efficace à utiliser. C’est tout le propos de maîtriser son storytelling ou de se former à cette technique : pour pouvoir le réinterpréter plus efficacement et se différencier de ses concurrents.

 

Quels sont les plus grands patrons de type lundi ?

Dimanche 2 février 2014
Si la typologie du lundi était une marque, ce serait par exemple la SNCF qui peine depuis des décennies à passer des "usagers" aux "clients" ou à durablement nous "faire préférer le train", incarnation d'un service public devenu synonyme de retards et de grèves à répétition ou au contraire acteur de l'aménagement du territoire ? Et si cette typologie était un patron, qui pourrait l’incarner d’après vous ?

Si la typologie du lundi était une marque, ce serait par exemple la SNCF qui peine depuis des décennies à passer des « usagers » aux « clients » ou à durablement nous « faire préférer le train », incarnation d’un service public devenu synonyme de retards et de grèves à répétition ou au contraire acteur de l’aménagement du territoire ? Et si cette typologie était un patron, qui pourrait l’incarner d’après vous ?

Bonjour,

 

Chaque jour de cette semaine, je vous sollicite pour m’aider à avancer sur un projet :

 

Mon prochain livre sera consacré aux plus grands patrons à travers l’histoire (d’hier à aujourd’hui).

 

J’espère votre aide dans un premier temps pour sélectionner les entrepreneurs/managers et dans un second sur d’autres points sur lesquels je reviendrai.

 

Vous les savez, il existe 7 types d’histoires qui fonctionnent en entreprise (rappel ici et dans mon livre précédent ) que je présente généralement sous la forme de typologies associées aux jours de la semaine.

 

Puisque nous sommes lundi, je vous propose de réfléchir à la typologie idoine. Rappel :

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LUNDI (jour de Diane, déesse de la lune) – Certaines patrons ont du mal à être reconnus, à vaincre les préjugés, à obtenir de la visibilité, comme la lune qui n’est éclairée que par la réverbération des rayons du soleil sur la Terre. C’est aussi le cas de ceux qui dirigent des firmes qui sont dans des secteurs complexes, peu « glamour » ou dans le B2B. Mais ces patrons sont souvent des vilains petits canards qui ne demandent qu’à se transformer en cygnes ! Au prix d’un dur labeur cependant.

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1/ À quel entrepreneur ou manager vous fait penser cette description ? Quels grands patrons passés, modernes ou contemporains voyez-vous dans cette typologie ? Par exemple, vous  pourriez répondre Paul Bocuse, Gustave Eiffel ou Guillaume Pepy. Ou bien encore d’autres ?

 

2/ Pour mon livre, je suis aussi à la recherche d’exemples de femmes et de non-Caucasiens, qui soient des modèles de grands patrons. La diversité est une cause qui m’est chère.

 

3/ Indépendamment des grands patrons, à quelles autres personnes célèbres (politiques, artistes etc.) vous fait penser la typologie du lundi ?

 

Vous pouvez répondre par le moyen que vous voulez : en commentaire ci-dessous, en message privé (sd@sebastiendurandconseil.com) ou sur Twitter.

 

Si vous l’acceptez, je vous re-solliciterai à l’avenir. Les personnes qui m’aideront seront bien évidemment citées et remerciées dans le livre.

 

Et maintenant : à vous !

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Précédemment publié (votre input est toujours le bienvenu) :

Quels sont les plus grands patrons de type mardi ?

Quels sont les plus grands patrons de type mercredi ?

Quels sont les plus grands patrons de style jeudi ?

Quels sont les plus grands patrons de style vendredi ?

Quels sont les plus grands patrons de type samedi ?

Quels sont les plus grands patrons de type dimanche ?

Quels sont les plus grands patrons de type dimanche ?

Dimanche 2 février 2014
Si la typologie du dimanche était une marque, ce serait par exemple Orange qui a souvent voulu éclairer notre avenir (nous familiariser avec les téléphones portables à leurs début, à Internet etc.) jusqu'à insister sur la transmission (grand) père / (petit) fils dans l'utilisation des doigts ! Mais si cette typologie était un patron, qui pourrait l’incarner d’après vous ?

Si la typologie du dimanche était une marque, ce serait par exemple Orange qui a souvent voulu éclairer notre avenir (nous familiariser avec les téléphones portables à leurs début, à Internet etc.) jusqu’à insister sur la transmission (grand) père / (petit) fils dans l’utilisation des doigts ! Mais si cette typologie était un patron, qui pourrait l’incarner d’après vous ?

Bonjour,

 

Chaque jour de cette semaine, je vous sollicite pour m’aider à avancer sur un projet :

 

Mon prochain livre sera consacré aux plus grands patrons à travers l’histoire (d’hier à aujourd’hui).

 

J’espère votre aide dans un premier temps pour sélectionner les entrepreneurs/managers et dans un second sur d’autres points sur lesquels je reviendrai.

 

Vous les savez, il existe 7 types d’histoires qui fonctionnent en entreprise (rappel ici et dans mon livre précédent ) que je présente généralement sous la forme de typologies associées aux jours de la semaine.

 

Puisque nous sommes dimanche, je vous propose de réfléchir à la typologie idoine. Rappel :

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DIMANCHE (jour du seigneur-soleil, donc Apollon) – Éclairer ce n’est pas qu’une affaire d’électricité, c’est aussi apporter la lumière au sens figuré – la connaissance – aux hommes. Les visionnaires, les inventeurs, tous ceux qui « sèment à tout vent » (pour reprendre une célèbre signature) sont de type dimanche. De quoi susciter l’admiration et la reconnaissance de leurs clients. Mais attention, les patrons qu’on admire ne sont pas toujours ceux qu’on aime.

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1/ À quel entrepreneur ou manager vous fait penser cette description ? Quels grands patrons passés, modernes ou contemporains voyez-vous dans cette typologie ? Par exemple, vous  pourriez répondre Walt Disney, Steve Jobs, Coco Chanel ou Thomas Edison. Ou bien encore d’autres ?

 

2/ Pour mon livre, je suis aussi à la recherche d’exemples de femmes et de non-Caucasiens, qui soient des modèles de grands patrons. La diversité est une cause qui m’est chère.

 

3/ Indépendamment des grands patrons, à quelles autres personnes célèbres (politiques, artistes etc.) vous fait penser la typologie du dimanche ?

 

Vous pouvez répondre par le moyen que vous voulez : en commentaire ci-dessous, en message privé (sd@sebastiendurandconseil.com) ou sur Twitter.

 

Si vous l’acceptez, je vous re-solliciterai à l’avenir. Les personnes qui m’aideront seront bien évidemment citées et remerciées dans le livre.

 

Et maintenant : à vous !

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Précédemment publié (votre input est toujours le bienvenu) :

Quels sont les plus grands patrons de type mardi ?

Quels sont les plus grands patrons de type mercredi ?

Quels sont les plus grands patrons de style jeudi ?

Quels sont les plus grands patrons de style vendredi ?

Quels sont les plus grands patrons de type samedi ?

Quels sont les plus grands patrons de type samedi ?

Samedi 1 février 2014
Si la typologie du samedi était une marque, ce serait par exemple la PlayStation qui n'a jamais hésité à utiliser la provoc (sexe, violence ou comme ici humour sexiste) pour séduire les hardcore gamers. Mais si cette typologie était un patron, qui pourrait l’incarner d’après vous ?

Si la typologie du samedi était une marque, ce serait par exemple la PlayStation qui n’a jamais hésité à utiliser la provoc (sexe, violence ou comme ici humour sexiste) pour séduire les hardcore gamers. Mais si cette typologie était un patron, qui pourrait l’incarner d’après vous ?

Bonjour,

 

Chaque jour de cette semaine, je vous sollicite pour m’aider à avancer sur un projet :

 

Mon prochain livre sera consacré aux plus grands patrons à travers l’histoire (d’hier à aujourd’hui).

 

J’espère votre aide dans un premier temps pour sélectionner les entrepreneurs/managers et dans un second sur d’autres points sur lesquels je reviendrai.

 

Vous les savez, il existe 7 types d’histoires qui fonctionnent en entreprise (rappel ici et dans mon livre précédent ) que je présente généralement sous la forme de typologies associées aux jours de la semaine.

 

Puisque nous sommes samedi, je vous propose de réfléchir à la typologie idoine. Rappel :

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SAMEDI (jour de Saturne, dieu de tous les excès) – Si certains essaient d’être le plus consensuel possible (typologie du mercredi), d’autres au contraire n’hésitent pas à « cliver ». Il est des patrons qui visent un public particulier, au détriment des autres, comme dans le marketing ethnique, gay, générationnel etc. Si vos produits/services visent le festif, le dépassement de soi, voire le « dérèglement des sens » (et tout ce qui est à caractère sexuel), vous vous retrouverez dans cette typologie.

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1/ À quel entrepreneur ou manager vous fait penser cette description ? Quels grands patrons passés, modernes ou contemporains voyez-vous dans cette typologie ? Par exemple, vous  pourriez répondre Richard Branson (Virgin), André Citroën, Dietrich Mateschitz (Red Bull). Ou bien encore d’autres ?

 

2/ Pour mon livre, je suis aussi à la recherche d’exemples de femmes et de non-Caucasiens, qui soient des modèles de grands patrons. La diversité est une cause qui m’est chère.

 

3/ Indépendamment des grands patrons, à quelles autres personnes célèbres (politiques, artistes etc.) vous fait penser la typologie du samedi ?

 

Vous pouvez répondre par le moyen que vous voulez : en commentaire ci-dessous, en message privé (sd@sebastiendurandconseil.com) ou sur Twitter.

 

Si vous l’acceptez, je vous re-solliciterai à l’avenir. Les personnes qui m’aideront seront bien évidemment citées et remerciées dans le livre.

 

Et maintenant : à vous !

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Précédemment publié (votre input est toujours le bienvenu) :

Quels sont les plus grands patrons de type mardi ?

Quels sont les plus grands patrons de type mercredi ?

Quels sont les plus grands patrons de type jeudi ?

Quels sont les plus grands patrons de type vendredi ?