Savoir-faire | le blog du storytelling - Part 4

Archive pour la catégorie ‘savoir-faire’

Une mission claire et efficace

Vendredi 24 octobre 2008

 

 

Ce n’est pas la plus récente des campagnes d'Apple, mais j’ai un tropisme pour Kermit, l’un de mes héros d’enfance et Jim Henson était d’évidence quelqu’un qui pensait différemment...

Ce n’est pas la plus récente des campagnes d'Apple, mais j’ai un tropisme pour Kermit, l’un de mes héros d’enfance et Jim Henson était d’évidence quelqu’un qui pensait différemment...

Je suis intervenu il n’y a pas très longtemps sur une entreprise dont la mission, fièrement présentée dans leur plaquette et sur leur site, était la suivante : “Notre vision : responsabiliser nos équipes et notre organisation afin de développer de manière importante leur niveau de performance et d’atteindre les objectifs fixés par un leadership centré sur l’empathie envers les individus”. (Je n’invente rien ! Je ne peux pas vous dire par quoi j’ai fait remplacer ce charabia, vous sauriez de qui je parle…)

 

 

En centre-ville de La Rochelle l’autre matin, j’ai également vu passer un camion qui proclamait sur ses portières : “Notre mission : vous servir”. Quelle entreprise ne pourrait pas s’approprier un message aussi “bateau” ?

 

Evitez l’affichage de valeurs illisibles ou tellement cliché qu’elles ne signifient plus rienVotre mission ne doit pas “bêtement” décrire votre activité actuelle, elle doit appartenir au domaine du futur. Elle doit imprégner toute l’entreprise, à l’extérieur comme à l’intérieur. 

 

Ainsi, la mission que se donne Toyota (citée par le pape du Storytelling Steve Denning, dans son dernier livre “The Secret Language of Leadership”)  consiste  à ”enrichir la société grâce à la production d’automobiles et de camions”. Cela vous semble ridicule pour une entreprise privée de se donner pour but d’“enrichir la société” ?  Pourtant, pour le constructeur japonais qui préfère penser sur le long terme (contrairement aux fabricants américains qui s’en mordent les doigts), il faut ici comprendre “offrir aux clients une plus grande fiabilité et une meilleure mobilité tout en investissant une partie des bénéfices dans de nouvelles usines, de nouvelles technologies et dans l’embauche de nouveaux employés”. Cela n’a rien de spécifiquement nippon. Il s’agit d’un classique esprit gagnant / gagnant. C’est simple, c’est efficace et c’est motivant.

 

Plus évident encore, pensez à la mission que se donne Apple : “think different”. C’est encore plus simple, encore plus efficace, encore plus motivant, non ?

Savoir dire qu’on ne sait pas

Jeudi 23 octobre 2008

 

blog-storytelling-sebastien-durand-consiel-ignoranceLes dirigeants de grosses entreprises, qui commandent des milliers d’employés exerçant des centaines de métiers différents, sont bien obligés d’admettre qu’ils ne savent pas tout faire eux-mêmes. En revanche, beaucoup de patrons de PME, qui font plus ou moins tout eux mêmes, pensent le contraire. Tout oui, mais pas forcément tout bien. Admettre son ignorance est souvent le premier pas vers la sagesse. Je le sais, j’ai mis longtemps moi aussi avant d’oser dire “je ne sais pas”  tant je craignais que cet “aveu” me porte préjudice.


Selon Mark McCormack dans son célèbre guide What They Don’t Teach You at Harvard Business School (1985), il y a trois concepts qu’on ne vous apprend jamais en école de commerce mais qui sont très efficaces pour améliorer la vie en entreprise : “Je ne sais pas”, “J’ai besoin d’aide” et “J’ai eu tort”. Comme je ne suis pas passé par Harvard, voilà trois phrases qui m’ont effectivement bien aidé dans ma carrière !



I – J’ai eu tort


Reconnaître sa responsabilité - qui n’est d’ailleurs pas la même chose que d’admettre saculpabilité - est un précepte utile, particulièrement en temps de communication de crise (j’en ai parlé ici). Mais même dans la vie normale, rien ne désamorce autant un début de tension que cet aveu. Mettez votre fierté de côté, vous ne serez pas plus faible parce que vous vous êtes excusé. Dans les disputes de la vie professionnelle, j’ai toujours été le premier à le faire et je n’ai eu qu’à m’en féliciter. Dans la vie privée, je peux faire preuve de plus de mauvaise foi ! ;-)



II – J’ai besoin d’aide


Là aussi, la vie en entreprise est une affaire collective. On ne réussit pas seul mais à plusieurs (on échoue en revanche toujours tout seul, je vous préviens d’emblée : la solidarité ne survit pas à l’échec !). Reconnaître qu’on a besoin des autres n’est pas non plus un aveu de faiblesse, au contraire. Et pouvoir se décharger d’une partie du travail sur les autres, n’est-ce-pas le rêve de tout un chacun ? Mais attention de ne pas oublier d’associer ceux qui vous ont aidé à votre succès lorsque vous en retirerez les lauriers de la gloire.



III – Je ne sais pas


Comme je l’ai écrit plus haut, j’ai mis du temps à admettre que parfois, je ne savais pas. Pourtant, la vie en entreprise implique de travailler avec d’autres personnes qui savent ce que vous ne savez pas (si vous saviez tout faire, vous seriez toute votre entreprise à vous tout seul). Le jour où j’ai compris que m’entourer de gens plus doués que moi ne menaçait pas ma position au sein de la boîte, je me suis mis à respirer beaucoup mieux : j’étais le chef d’orchestre de la communication et je pouvais admettre que les solistes soient plus brillants que moi sur leur instrument de prédilection. Ne pas savoir n’est pas grave, c’est ne pas vouloir apprendre ce que vous ne savez pas qui constitue une faute.

Une story qui se répète ad libitum

Mardi 21 octobre 2008

 

 

J’aime bien Jean-Pierre Foucault. En fait, je dois avouer que je ne suis pas spectateur ses émissions en général mais, à une époque, j’ai souvent eu l’occasion de travailler avec lui sur TF1 et RTL et c’est un grand professionnel de l’audiovisuel, respectueux de ses employeurs (normal), de ses collaborateurs (comme moi) et de son public (c’est assez rare pour être noté !). Il a eu son lot de succès et de flops mais il a toujours su rebondir, une qualité que j’admire énormément. C’est un homme plus profond et intéressant que son image, avec laquelle il maintient d’ailleurs en privé une distance intelligente. On n’est pas présent à la radio et à la télé depuis plus de 40 ans sans raison. 
 

 

Si je vous parle aujourd’hui de Jean-Pierre Foucault, c’est à cause de sa célèbre antienne de Qui veut gagner des millions ? sur TF1: “C’est votre dernier mot ?”. En imposant cette phrase, si souvent répétée sur le plateau, aux téléspectateurs, il en a fait  (intentionnellement ?) un slogan, un véritable gimmick, propagé à l’envi par ceux qui l’aiment comme par ceux qui se moquent de lui. Je pense que j’ai dû entendre cette expression 10 ou 20 fois avant même d’avoir vu le jeu qu’il présente depuis 2000. Il m’a confié un jour qu’il devait lui-même être interpellé quelque 150 fois par jour par cette apostrophe dans la rue. La rançon du succès…

 

C’est l’équivalent en discours Storytelling de la phase “capter l’attention”, celle qui consiste à interpeller son auditoire avec une “story”, ce qu’est d’ailleurs cette phrase si on y réfléchit bien : le dernier acte d’une dramaturgie à suspense (le candidat va-t-il échouer à ce niveau du jeu ?). 

 

Il y a quelques mois, Jean-Pierre Foucault a publié un livre de souvenirs chez Albin Michel, titré “Ce n’est pas mon dernier mot”, manière de boucler la boucle. En tout cas, la question “C’est votre dernier mot ?” est entrée dans la psyché collective, ce qui est le but de toute bonne story. 

 

Puissiez vous trouver un “c’est votre dernier mot ?” qui soit le commencement de votre success story !

 

(En réalité, la phrase “Is that your final answer ?” a été prononcée en 1999 par Regis Philbin, le présentateur de la version américaine et elle a eu tant de succès que les producteurs du jeu en ont cherché des équivalents locaux pour toutes les éditions de Qui veut gagner des millions ? Ce qui n’enlève rien à la force de persuasion de Jean-Pierre Foucault quand il l’énonce…)

Chaque détail de la story a son importance

Lundi 20 octobre 2008

 

blog-storytelling-sebastien-durand-conseil-disney-paradeIl y a quelques années, les artistes de la division spectacles de Disneyland Resort Parisavaient mis au point une nouvelle parade. Elle avait pour thème les grands classiques de l’animation Disney. L’ordre chronologique était respecté : le char de Pinocchio (sorti en 1940) devançait celui de Dumbo (1941) et ainsi de suite jusqu’au Roi Lion (1994) qui fermait la marche. Cela permettait donc de raconter, de manière ludique, la story de Disney, faite de chefs d’oeuvres successifs.



1 / Un détail qui cloche et tout l’édifice vacille ?


Or, deux chars ne respectaient pas ce concept. Le Livre de la Jungle (sorti en 1967) devançait en effet celui de Mary Poppins (1964). Je pris donc mon téléphone pour avertir le directeur artistique de cette petite erreur qui gâchait un peu la story… Il prit la chose de haut et, avec mauvaise foi, prétendit que “c’est une décision artistique. Tu n’es pas habilité à la contester”.


Or, j’étais considéré comme le gardien du temple chez Disney et j’en fis donc une affaire personnelle. Puisque le téléphone n’avait pas suffi, je lui adressai un mémo factuel auquel il ne répondit pas. Je contactai alors le directeur des spectacles (son supérieur) pour lui signaler cette erreur et lui demander de bien vouloir remettre les deux chars dans le bon ordre. Il me répondit en prenant fait et cause pour son chorégraphe et déclarant l’incident clos. 


Mais quelques temps plus tard, le service des relations visiteurs me fit suivre plusieurs lettres nous indiquant qu’une erreur avait dû se produire dans la parade… Oui, j’étais peut-être “pinailleur” mais je peux vous assurer qu’il y a des fans Disney bien pires que moi ! Je m’estimai donc fondé à continuer mon “combat”. 


Je contactai le grand manitou des dates de sortie des films, l’archiviste en chef de Disney en Californie, Dave Smith, afin qu’il fasse pression avec moi. Tous les deux, nous prîmes contact avec le président de la division spectacles monde qui fit redescendre sa décision jusqu’à son collaborateur de Marne-la-Vallée : les chars du Livre de la Jungle et de Mary Poppins devaient être intervertis ! 



2 / La princesse au petit pois


Quelles leçons tirer de cette anecdote ? Sur un plan personnel d’abord, le directeur artistique ne m’a plus adressé la parole pendant plusieurs mois. C’est aussi à ce moment là que j’ai décidé que je partirais un jour d’une entreprise à la bureaucratie aussi pesante et où il fallait 6 mois (!) pour statuer sur un sujet aussi peu important. 


Sur le plan du Storytelling, j’en ai gagné la conviction qu’aucun détail n’est insignifiant et qu’on peut mettre à mal n’importe quelle story en n’étant pas cohérent jusqu’au bout. Il y aura toujours quelqu’un pour vous le faire remarquer. 


C’est comme dans le conte d’Andersen, La Princesse au petit pois. Il suffit d’un détail – petit pois caché sous un amoncellement de matelas et de couvertures – pour faire passer une mauvaise nuit à une jeune fille délicate ;-)


Soyez sympa, le jour où un Sébastien Durand en herbe viendra vous faire remarquer une petite erreur, ne lui sortez pas cette excuse bidon : “c’est une décision artistique” !

 

Parlez au coeur pour toucher la tête

Vendredi 17 octobre 2008

 

Source du Prince Noir : c’est le nom que j’avais recommandé pour remplacer celui du village d’où était tirée cette eau... Un nom qui véhiculait une vraie story...

Source du Prince Noir : c’est le nom que j’avais recommandé pour remplacer celui du village d’où était tirée cette eau... Un nom qui véhiculait une vraie story...

Il y a quelques années, je suis intervenu pour une marque d’eau de source régionale dont le nom était celui d’un village des Pyrénées. Elle était alors en plein essor et voulait être distribuée nationalement quand elle fut frappée par une grave crise. Comme pour Perrier quelques années plus tôt, on avait trouvé dans les bouteilles d’infimes traces de benzène. 

 

 

1/ Une eau aussi pure que l’étaient les cathares (les “Purs”)

 

Après avoir géré la communication de crise et être parvenu à calmer le jeu auprès des journalistes, j’ai fait une recommandation stratégique à la marque en question. Indépendamment de sa notoriété désormais plutôt négative, je pensais qu’il y avait pléthore d’eaux aux noms similaires (des noms de villages en “Saint- quelque chose”). Ca ne racontait rien au consommateur. Je conseillais donc un changement de nom au profit de celui de la source dont était tirée l’eau. Un nom qui évoquait un héros de l’épopée cathare. Il y avait une story magnifique à bâtir… ainsi que l’occasion de “renaître” sous une nouvelle identité plus forte et moins “connotée”. 

 

Malheureusement, pour des raisons de fierté municipale mal placée, la mairie – qui était l’actionnaire principal – n’a pas voulu débaptiser son eau qui portait son nom… et n’a jamais regagné la confiance des consommateurs. Une belle occasion de perdue…

 

Aujourd’hui, justement, les Français boudent les bouteilles d’eau au profit de l’eau du robinet nous apprenait récemment Le Monde. “Peu de produits apparaissent si facilement substituables” confessait en effet le directeur du marketing de Danone Eaux France. 

 

 

2/ Parler au coeur pour toucher la tête

 

Pourquoi les marques d’eaux ont-elles presque toutes changé leur discours axé sur leur histoire et leur terroir au profit d’un autre, pseudo scientifique sur la santé et la diététique ? Parfois (souvent ?), la raison ne suffit pas à convaincre les autres (sinon nous serions tous parfaits !)… surtout quand la raison nous dit que ces eaux ne sont pas spécialement meilleures pour notre santé. On sait aussi désormais que le discours “il faut boire 1,5 litre par jour” est une invention de marketeurs. L’un des rares contre-exemples est constitué par Nestlé Waters qui a réussi à “greffer” une story efficace à son eau de Quézac.

 

Le Storytelling utilise la puissance des histoires pour parler au coeur mais au final c’est à la tête qu’il s’adresse. Le chemin est un peu moins direct mais il conduit au bon résultat. Les marques d’eaux doivent réinvestir le champ du Storytelling. Et tragédie cathare ou pas, je sais comment aider l’eau à raconter une histoire…

Vendez des idées, pas des produits !

Jeudi 16 octobre 2008

 

 

Vous vous souvenez de ces entreprises des années 80 qui disposaient des “boîtes à idées” dans leurs salles de repos afin d’inciter leurs employés à faire des propositions et booster ainsi leur loyauté ? Et vous souvenez-vous qu’elles servaient plutôt de défouloirs et de réceptacles à blagues potaches ? Parfois, les cafétérias de supermarchés ont mis en place le même système, à l’attention cette fois des clients : “si vous avez des suggestions…” (oui : améliorer la qualité de la nourriture !)

 

 

Cette mode (qui a pratiquement disparu, sauf dans les entreprises très paternalistes) a illustré par l’absurde l’ancien système de pensée que dénonçait déjà Henry Ford en… 1908 ! “Si j’avais demandé aux gens ce qu’ils voulaient, ils m’auraient réclamé un meilleur cheval” (c’est une de mes citations favorites). 

 

Plutôt que d’avoir une boîte à idées, soyez une boîte à idées !

 

Soyez une boîte-à-idées-qui-fabrique-des-produits plutôt qu’un fabricant-qui-cherche-des-idées. Louis Vuitton vend “l’art du voyage” et non pas des bagages. Apple vend un mode de pensée alternatif et ludique et non pas de l’informatique : c’est ce qui lui a permis de passer sans difficultés des ordinateurs aux baladeurs MP3 et maintenant aux téléphones. En revanche, Danone qui prétend vendre “la santé par l’alimentation” agit en réalité comme une entreprise du siècle dernier en répondant à la baisse des ventes de ses yaourts avec le lancement de… yaourts low cost ! Et Kodak vient enfin de comprendre (15 ans trop tard) que sa mission n’est pas de vendre des appareils photos et des pellicules mais d’”aider les gens à raconter une histoire”.

 

Les entreprises qui persistent à vendre d’abord des produits et non pas des idées vont mourir. Heureusement, le Storytelling ramène l’entreprise au coeur de son sujet car avec la story, on est bien dans le royaume des idées.

La prime au leader

Dimanche 12 octobre 2008

 

 

Selon Jean-Paul Baudecroux, PDG de NRJ Group, cité dans Challenges : “pour NRJ, nous n’aurons de cesse de reprendre la première place devant RTL”.  C’est que, “le marché publicitaire apporte au vainqueur une sonnante et trébuchante “prime au leader” en chiffre d’affaires”.

 

 

Une application concrète de la loi de Zipf dont je vous parlais récemment : la différence entre le premier et le second n’est pas que d’une place, elle est en réalité beaucoup plus considérable. TF1, qui avec moins d’un tiers de l’audience truste plus de la moitié du gâteau publicitaire, en sait quelque chose… 

 

C’est un peu comme sur l’échelle de Richter : un tremblement de terre de niveau 6 n’est pas juste supérieur d’un degré à un tremblement de terre de niveau 5 : chaque nouveau degré correspond en réalité à un séisme 10 fois supérieur ! 

 

Si vous ne pouvez pas être le premier ou à la rigueur le deuxième sur votre marché, interrogez-vous sur l’opportunité de rester sur le dit marché en tant que troisième, quatrième ou encore plus bas dans le classement. Les coûts pour monter d’un cran sont exponentiels !

Répondez d’emblée aux 3 questions implicites

Vendredi 10 octobre 2008

 

Samedi dernier, un ami directeur des ressources humaines dans une entreprise de spectacle me faisait part des tensions dans son théâtre. Il avait été demandé un effort aux employés pour un événement spécial à fortes retombées médiatiques mais ayant lieu un jour de relâche. Les artistes et les techniciens s’opposaient à travailler ce jour-là au nom de leur droit normal au repos tandis que la direction arguait qu’il était nécessaire de faire cet effort, au nom de la survie de l’entreprise (je ne peux pas donner plus de détails ici). Des deux côtés de la table, les arguments apparaissaient donc comme légitimes et la tension n’avait pas permis de faire bouger la situation. Mais les vraies questions n’ont pas été abordées…

 

Selon Madelyn Blair que j’ai rencontrée à Copenhague récemment, dans n’importe quelle réunion (pas nécessairement en cas de conflit social comme c’est le cas pour la société de mon ami) les participants arrivent avec 3 questions en tête, jamais clairement énoncées. Mais si, en tant qu’organisateur, DRH, animateur etc., vous n’y répondez pas d’emblée, ils ne seront réceptifs à aucun de vos arguments raisonnés. Ces trois questions sont :

 

 

1/ Qu’est-ce que je fais ici ?

 

Les participants ne doivent nourrir aucun doute sur la nécessité – sur leur légitimité – à être autour de la table. 

 

Dans notre exemple, les représentants du personnel ne doivent pas se dire qu’ils sont convoqués pour les obliger à travailler pendant leur journée de congé mais “qu’est-ce-qui justifierait éventuellement de nous faire travailler ce jour-là ?”. 



2/ Puis-je faire confiance aux personnes autour de la table / à l’animateur de la réunion ?

 

C’est une question fondamentale. J’ai déjà traité de ce sujet dans un post récent (N’avancez pas masqués). L’honnêteté commande que l’organisateur joue cartes sur table et parle en toute honnêteté. Cela n’exclut bien sûr pas qu’il utilise une story – sa story - afin de désamorcer le cynisme de ses interlocuteurs.

 

En l’occurrence, j’ai conseillé à mon ami DRH de commencer par parler de sa passion réelle pour le spectacle afin d’établir d’emblée qu’ils sont tous sur le même navire et que leurs objectifs peuvent être communs. Ensuite que, sans se désolidariser de la direction de l’entreprise, il mette “de côté” cette solidarité pendant les négociations afin que les représentants du personnel puissent lui faire confiance.

 

 

3/ Quel intérêt ai-je à rester dans cette réunion ?

 

C’est important aussi que chacun sache ce qu’il a éventuellement à gagner à s’asseoir à la table des négociations. Si les participants ne voient aucun intérêt à leur présence, c’est bien simple, ils ne discuteront pas ! 

 

Dans notre exemple, en acceptant le dialogue – et donc implicitement qu’ils pourraient finalement travailler ce jour-là – les représentants du personnel sont en droit d’espérer des compensations : jours de repos compensatoires, primes voire heures sup. etc.

 

Attention, les phrases menaçantes du style “Si vous n’acceptez pas de jouer ce jour-là, nous serons sans doutes bientôt contraints de mettre la clé sous la porte” sont à proscrire. Elles ne font que renforcer les gens dans leurs convictions négatives. Positivez plutôt les expressions utilisées : “Pour que le spectacle continue sur la saison et qu’il y ait plus de spectateurs, il faut que tout le monde se mobilise et en particulier, accepte de travailler à la réussite de cet événement médiatique”. Le risque est implicite mais parfaitement compris et il n’y a plus de menace au chantage.

 

Ces 3 questions ne s’appliquent pas seulement en temps de crise. Sans être aussi tendue, n’importe quelle réunion met autour de la table des personnes aux intérêts souvent divergents. Il importe donc que l’animateur sache répondre subtilement à ces trois questions préalables à tout débat… 

 

Dans le cas de mon ami, dimanche, après en avoir parlé avec sa direction, il a pu répondre aux 3 questions implicites. Les comédiens et techniciens ont accepté de jouer exceptionnellement pendant leur jour de relâche. Cette journée sera récupérée par la suite…

Conservez votre yolk

Dimanche 5 octobre 2008

 

Les Sami de nos Sami sont nos Sami

Les Sami de nos Sami sont nos Sami

Je vous parlais l’autre jour du mana des Maoris, cette puissance qu’acquièrent les objets de notre quotidien, juste parce qu’on en propage la story autour de nous… 

 

Je suis actuellement en Scandinavie ou j’ai appris l’existence d’un autre concept “recyclable” en communication, le yolk ou joik. Chez les derniers peuples nomades du Grand Nord, appelés à tort chez nous Lapons (ce terme étant considéré sur place comme blessant), les Sames ou Saami, on attribue à chaque enfant, dès sa naissance, une mélopée qui lui est propre et qu’il suffit de chantonner pour que chacun sache à qui on pense. En même temps, les Saami ne sont que 70.000 et forment donc une grande famille où tout le monde se connaît plus ou moins.

 

Longuement modulé depuis fond de la gorge et chanté a cappella, le yolk évolue au gré des événements de la vie, des joies et des chagrins. On ajoute quelques notes à chaque fois. Il s’apparente donc une story individuelle. 

 

Les missionnaires chrétiens les appellaient des “chansons du diable” mais ne sont heureusement pas parvenus à les éradiquer. Encore aujourd’hui, dans les soirées familiales, il suffit qu’une personne entonne quelques notes pour raviver le souvenir, la vie et les hauts faits d’un cher disparu.

 

Le yolk est un peu le “bloc signature” (comme on dit en marketing) musical de chaque Same ! Faites comme eux, écrivez votre yolk… ou chantez le, si vous vous en sentez le courage !

 

Renforcez votre mana

Samedi 27 septembre 2008

 

 

Comme beaucoup de peuples, les Maoris de Nouvelle-Zélande ont longtemps utilisé le pouvoir des mythes et des légendes pour ordonner le chaos du monde. Mais il est aussi d’usage chez eux de raconter des stories réelles ou fantaisistes sur leurs objets fétiches, armes ou ustensiles favoris. Parce qu’on connaît leur histoire, ces objets y gagnent une personnalité affirmée, un prestige nouveau, une autorité renforcée. C’est ce que l’on appelle là-bas le mana. C’est aussi une sécurité, vous n’iriez pas voler la sagaie de votre voisin si elle est sous la protection du mana !

 

 

En tant qu’entreprises, vous aussi vous devez utiliser le Storytelling pour renforcer votre mana ! Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il vous confère une aura magique mais c’est déjà un bon début… ;-)