
Pub pour les Post-it. L'invention d'une colle à faible pouvoir adhésif (heureusement pour Jade) est un exemple célèbre de trouvaille sérendipitique.
Quand le mot «sérendipité» figurera dans les dictionnaires, on se souviendra peut-être que c’est en 2009 qu’il a vraiment commencé à faire florès. Mais Alain Peyrefitte lui consacrait déjà un chapitre de son célèbre essai, «Le mal français», il y a plus de 30 ans. Retour sur un mot qui va désormais beaucoup faire parler de lui en marketing et communication…
Deux chercheurs qui se trompent dans les dosages et produisent une colle qui ne colle pas : une erreur comme il s’en produit des milliers chaque jour ? Non bien sûr, car c’est ainsi que Spencer Silver et Arthur Frey ont mis au point les Post-it. C’est cela la sérendipité - de l’anglais serendipity - qu’on pourrait définir comme «une innovation majeure d’origine plus ou moins fortuite et dont l’importance ne se comprend qu’a posteriori». À notre niveau, nous l’avons tous pratiquée un jour ou l’autre, par exemple en cliquant de lien en lien sur Internet jusqu’à tomber sur une page web formidable que nous n’aurions jamais trouvée autrement.
Mais attention, ce n’est pas un pur synonyme de hasard. Renverser une tarte et réaliser qu’elle est éventuellement meilleure ainsi, c’est une simple maladresse aux conséquences heureuses. Mais inventer la crème brûlée en appliquant un fer rouge sur une crème qu’on voulait réchauffer et ne caraméliser que le dessus, ça c’est de la sérendipité. Le résultat est différent de celui que François Massialot, le chef en question, attendait mais sa trouvaille géniale procède d’une disposition de l’esprit, cela implique qu’il cherchait quelque chose à la base. Pour reprendre l’exemple des deux chercheurs de chez 3M, ils étaient déjà à la recherche d’une colle à faible pouvoir adhésif car, chantant dans une chorale religieuse, ils voulaient marquer les pages des livres de psaumes sans les abîmer.
Une démarche sérendipitique implique donc bien de partir avec une idée de la route sur laquelle on s’engage… tout en acceptant que les péripéties rencontrées nous fassent emprunter des chemins de traverse. La connaissance toute seule amène à la réflexion, pas à l’action. Si on attend d’avoir toutes les cartes en main, en réalité, on ne se lance jamais. La sérendipité réhabilite donc l’action par le biais de l’intuition. Bien sûr, il arrive qu’on se trompe mais en cela aussi, elle est un puissant agent décomplexant. Je l’utilise souvent en entreprise pour stimuler la créativité et je sais que, dans la vie, rares sont ceux qui osent vraiment car ils ont peur d’être jugés en cas d’échec. Or, ce qui importe c’est moins de ne pas se tromper que d’apprendre de ses erreurs et de se relever. Je suis bien conscient néanmoins qu’une telle démarche n’est pas toujours assez valorisée et quand je travaille avec des dirigeants totalement allergiques au risque, je leur rappelle que sans leurs échecs préalables, et les leçons qu’ils ont su en tirer, Walt Disney, Thomas Edison ou Steve Jobs n’auraient pas fait la carrière qu’on leur connaît.
Les découvertes en partie fortuite et leur narration ultérieure sont le matériau rêvé pour bâtir des légendes entrepreneuriales. En ce sens, la sérendipité est le meilleur allié du storytelling. Comment mettre en place une telle démarche au sein de votre entreprise ? Ce sera l’objet d’un prochain post.










