Politique | le blog du storytelling - Part 2

Archive pour la catégorie ‘politique’

Royal : ce qu’Obama lui doit…

Mercredi 21 janvier 2009

 

Dans un article quelque peu teinté d’ironie, l’envoyé du Monde à Washington Sylvain Cypel (Libé en donne une version évidemment plus empathique) cite ces propos édifiants de Ségolène Royal : “oui, j’ai inspiré Obama et ses équipes nous ont copiés”. 


C’est en effet auprès d’elle que les conseillers du 44e futur président auraient “enregistré les idées de “gagnant-gagnant” et de “citoyen-expert”” avant de reprendre son idée de “démocratie participative à la mode américaine, fort différente de l’européenne (…) Mais l’idée, dit-elle lundi 19 janvier à Washington, est la même : refonder la manière de faire de la politique, la relation entre les élites et le peuple”.


Bien sûr, de tels propos peuvent prêter à sourire et personne ne va s’en priver mais en réalité ce qui rend la présidente de la région Poitou-Charentes – chacun a la présidence qu’il peut - too much, ce n’est pas ce qu’elle dit, c’est que ce soit elle qui le dise. Petit décryptage, façon storytelling…



Tous babas d’Obama !


Il est de fait que l’emballement politico-médiatique pour la façon dont Obama construit chaque jour son programme, ses opinions et sa stature d’homme d’Etat (j’ai décortiqué sa stratégie ici), est à la mesure du scepticisme et de la moquerie engendrés par la candidate socialiste lors de l’élection présidentielle de 2007. Ces mêmes élites qui raillaient son concept participatif, ses désirs d’avenir, tous ces bobos sont babas d’Obama. 


La faute de Royal n’est donc pas tant de penser ce qu’elle pense. Et d’ailleurs si les politiques n’avaient pas un ego surdimensionné, ils feraient un autre métier : il faut croire en son propre génie pour avancer malgré les coups (j’ai donné dans la communication politique à un moment de ma vie professionnelle et les coups tordus y sont bien plus fréquents que dans le monde des entreprises).


Non, son erreur est ailleurs : ne pas mettre en avant quelque conseiller américain du nouveau locataire de la Maison Blanche qui tiendrait ces mêmes propos à sa place. Quant à elle, elle gagnerait à jouer sur le revirement journalistique avec plus d’humour. Le prix Nobel Al Gore commence toutes ses interventions par cette phrase : “Mon nom est Al Gore et j’ai été le ‘prochain’ président des Etats-Unis !”. Efficace pour dédramatiser et mettre les rieurs de son côté. Ensuite, il peut passer à autre chose…


Au final, il n’est pas surprenant que l’élection d’Obama, qualifiée d’historique au mois une fois par paragraphe de chaque article qui lui a été consacrée, ait déchaîné les tentatives de récupération. Christian Estrosi, jamais en retard d’une bonne blague, n’a-t-il pas ouvert le bal en déclarant en novembre dernier : “L’impulsion que Nicolas Sarkozy a donné ces dernières semaines aura sans doute pesé quelque part sur le comportement des Américains”. Pas mal non plus dans le genre, non ?


On le voit, la “gaffitude” ne touche pas que Ségolène Royal, présente à Washington aujourd’hui parce qu’elle “a le sens de l’Histoire. Et le fait qu’elle soit la seule responsable française sur place, même placée à 200 m de distance comme toute la presse le note, en dit long sur le manque de maîtrise du sens des symboles (ou de la com) de nos politiques. Mais c’en est une autre, d’histoire…


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> Cet article a été repris en une du Post du Monde le mardi 20 janvier 2009 sous un titre légèrement différent (et dont je trouve qu’il ne reflète pas tout à fait la teneur de mon texte mais les titrailles sont de la responsabilité de la rédaction) : “Investiture d’Obama : pourquoi Ségolène Royal a commis une faute”.

 

Barack Obama : les leçons d’une victoire 2/2

Mercredi 5 novembre 2008

 

Leçon numéro 3 – Une nouvelle ère pour la communication (pas seulement politique)

 

Enfin, cette campagne restera dans les annales (et inspirera sans nul doute celle de 2012 en France) non parce qu’elle est la plus chère (c’est un record qui tombera dans 4 ans  avec la réélection (?) d’Obama) mais parce qu’elle signe définitivement la mort de la communication de papa. 

 

McCain a tout misé sur la télé et sur les meetings, comme tous les candidats l’ont fait depuis Kennedy. C’était une double erreur. La télé parce que McCain n’est pas télégénique : ce n’est pas un défaut rédhibitoire, on n’élit certes pas un paquet de lessive mais il faut dans ce cas choisir des médias où l’on passe mieux que le petit écran (et maintenant, même les fermiers du Middle West ont Internet); les meetings parce qu’il ne s’adresse ainsi qu’aux convaincus. 

 

Obama a misé sur Internet et sur les “tribus”. Ce n’est pas la première fois que le Web joue un rôle dans une campagne, mais le site du candidat, les pubs diffusées sur la toile (ma prédiction : en France où les pubs politiques sont interdites à la télé, elles vont envahir le Net), les campagnes virtuelles ont “fait” l’élection. Barackobama.com s’est affirmé comme un média global. Aux meetings, le candidat a souvent préféré de grands rassemblements populaires qui fédéraient tous les groupes d’intérêt et les communautés démarchés par ses militants formés professionnellement et issus eux-mêmes de toutes ces tribus. 

 

Bien sûr, ce n’est pas aussi noir et blanc – si j’ose dire – que cela. McCain avait un site Internet bien fait et Obama n’a pas non plus dédaigné la télé (notamment avec le fameux spot de 30 mn) mais les différences générationnelles entre les deux candidats se sont bien exprimées ainsi : télé/meeting vs. Internet/tribalisme. Cette nouvelle séparation fera des émules, en France notamment…

 

 

Conclusion : la marque est connue, reste à lui donner de la consistance

 

Une anecdote de fin de campagne symbolise ce changement. La veille de l’élection, McCain est intervenu dans 7 meetings… dans 7 Etats différents ! Qu’espérait-il ? Y rencontrer des indécis venus là par hasard ? Passer 7 fois dans le journal du soir ? De son côté, Obama a fait une pause pour parler de sa grand-mère qui venait de mourir (il avait déjà interrompu sa campagne quelques heures la semaine dernière pour lui rendre une dernière visite). Les larmes sur son visage ont été reprises en boucle. L’émotion, toujours l’émotion… Mais c’est aussi ça qui fait une élection ! 

 

La marque Obama est désormais planétaire. On connaît son logo, on connaît son positionnement (le changement) et on connaît son slogan (“Yes, We Can”). Il ne reste plus qu’à espérer qu’elle ait aussi du fond. Car les programmes des deux candidats sont bien ce dont on a le moins parlé pendant toute cette campagne ! 

Barack Obama : les leçons d’une victoire 1/2

Mercredi 5 novembre 2008

 

 

 

 

Il y a 6 mois, quand j’expliquais pourquoi et comment le Storytelling devait assurer la victoire de Barack Obama face à John McCain (et même alors face à Hillary Clinton), mes interlocuteurs français étaient dubitatifs : “les Etats-Unis sont racistes, ils n’éliront jamais un Noir”. Ces dernières semaines encore, malgré les sondages unanimes, les médias ne pouvaient pas s’empêcher de “craindre que dans le secret de l’isoloir, les électeurs ne cèdent à leurs vieux démons”. C’était la “chronique d’un succès annoncé mais…”. Paradoxalement, une victoire surprise et redoutée de McCain aurait ravi la plupart de nos commentateurs en les confortant dans leur anti-américanisme primaire.



Leçon numéro 1 – Obama lave plus blanc !


En France, il a pourtant fallu attendre Sarkozy pour nommer des Noirs et des Beurs à des postes ministériels qui ne soient pas de second ordre (secrétaire d’état au sport par exemple ?) alors que Colin Powell ou Condoleeza Rice ont exercé les plus hautes fonctions depuis bien longtemps… Je voyage et ai travaillé en Amérique. On y trouve certes des racistes (comme dans la France profonde), mais on y élit aussi les Noirs au Congrès, au Sénat et dans les mairies (contrairement à la France). Là bas, aucun candidat proférant les idées de Le Pen n’a atteint le score de ce dernier en 2002… Enfin, regardez les séries télé et les films de Hollywood : ça fait bien longtemps que le Président est interprété par un acteur de couleur et l’on sait le rôle “pédagogique” que ces oeuvres peuvent exercer pour préparer le public…


Enfin, si la couleur a eu une importante dans cette campagne, ce n’est paradoxalement pas la faute des électeurs blancs ! Rappelons qu’Obama est un métis : ce sont les Afro-Américains qui se le sont “approprié” en tant que Noir. Pour la plupart des électeurs, c’était simplement le candidat avec la meilleure “story”.



Leçon numéro 2 – Les héros sont fatigués


Pour tous ceux qui pensent comme Christian Salmon que le Storytelling est une machine “à formater les esprits”, la campagne les aura confortés dans leur délicieuse détestation. Rarement en effet, les “historiettes” que racontent les candidats n’ont été utilisées de manière aussi massive (notamment avec Joe le plombier). Pour autant, les deux plus belles stories étaient celles des candidats eux mêmes. Et là encore, le résultat était prévisible.


John McCain est un authentique héros de guerre, marqué dans sa chair par la torture, “un mec qui en a”, un John Wayne quoi ! Il est de l’Amérique des Truman ou des Reagan (voire des Bush père et fils). 


Quant à Barack Obama, il est l’incarnation du rêve américain, celui qui donne sa chance à tous, celui qui prouve qu’on peut naître pauvre et déclassé pour devenir l’homme le plus puissant du monde. Il est de l’Amérique qui a “fait” les Lincoln et les Kennedy.


Or, et c’est un point que les analystes ont beaucoup sous-estimé, en temps de crise, les Américains sont plus enclins à embrasser le changement que les Européens qui se referment souvent sur leurs peurs. La grande crise de 1929 a porté au pouvoir des régimes fascistes (comme celle des années 80 a accompagné la montée du Front National en France) tandis qu’elle a concouru à l’élection de Franklin Roosevelt aux Etats-Unis, peut-être le plus grand président américain du 20e siècle (en tout cas, le plus réformateur). Les déboires du marché immobilier, comme les désastres d’Irak et d’Afghanistan, appelaient assez logiquement un candidat de la rupture à la Maison Blanche, un nouveau Roosevelt (le chapeau sera difficile à porter).


En matière de Storytelling, il faudra aussi analyser avec délice combien la story de Sarah  Palin a contribué à ringardiser – par le rire, c’est déjà ça – le ticket républicain.

Nicolas Sarkozy ou la tentation de Kennedy

Mardi 1 juillet 2008

 

Quand il pose pour son portrait officiel, Nicolas Sarkozy fait de toute évidence référence à de Gaulle photographié dans la même position (ainsi que Pompidou mais la parrainage est moins prestigieux). Giscard devant un drapeau flottant au vent, Mitterrand assis un livre à la main et Chirac dans le jardin avaient tenté de prendre plus de distance. Dans ses discours, notre omniprésident aime aussi se comparer au héros du 18 juin en qui il voit un homme de la rupture, comme lui, et il fait son pèlerinage annuel à Colombey-les-Deux-Eglises à l’instar de ses prédécesseurs. La story de Sarkozy inspiré par le Général s’arrête pourtant là comme le rappellent certains gaullistes historiques qui n’apprécient pas (entre autres) son atlantisme revendiqué. 

Et justement, le vrai modèle du président est à chercher du côté de l’Amérique : Nicolas Sarkozy ou la tentation de Kennedy. Pour un homme de sa génération – il avait 8 ans quand le président américain a été assassiné à Dallas – la jeunesse, le charisme et la capacité à faire rêver un pays de son prestigieux devancier peuvent suffire à expliquer cette attirance. D’autres raisons moins solaires – comme la capacité à jouir sans entraves et la mise en scène de la vie privée – ont pu également jouer un rôle.


 


La révélation de cette influence est devenue manifeste le jour où Paris Match, qui avait beaucoup à se faire pardonner depuis la révélation de la vie cachée de Cécilia, a publié une série de photos sur la « first family » dont celle reproduite ci-contre. Selon le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez, cité dans Marianne :   »Nicolas Sarkozy a vendu (aux Français) une image de père protecteur, celui du petit Louis photographié sous son bureau« . En fait, la photographe, Bettina Rheims - elle a été choisie par l’Elysée et aucun article écrit par un journaliste ne « contextualisait » ce publi- reportage - fait de toute évidence référence à un autre « shooting » célèbre, dans le bureau ovale de la Maison Blanche 45 ans plus tôt (ci-dessous). L’homme le plus puissant du monde peut à la fois dénouer la crise des missiles de Cuba et être un bon père. Qui ne l’admirerait pas ? 


 


Mais la pièce maîtresse de John Kennedy, c’était sa femme : issue d’une famille patricienne, belle, intelligente, icône de mode etc. Comme il l’a dit un jour avec humour « Je suis l’homme qui accompagne Jackie Kennedy« . Et de fait, Nicolas Sarkozy a longtemps considéré que Cécilia était son meilleur atout. Le soir de son élection, lors de la mémorable soirée du Fouquet’s, il aurait déclaré à ses amis : « Vous avez aimé Jackie Kennedy, vous allez adorer Cécilia Sarkozy« . Une influence que cette dernière ne réfutait pas à l’époque, confiant à des amis que le couple allait « jouer aux Kennedy« . La story continuait encore à l’été 2007 puisqu’ils partaient en vacances à Wolfeboro dans le New Hampshire,  haut lieu de villégiature de la gentry américaine. Là pourtant, Cécilia préférait faire du shopping pendant que son mari rendait visite en voisin à George W. Bush. 


 


Las ! Quand la réalité rattrape la fiction, la story peut voler en éclats : Cécilia refuse soudain le rôle qui lui était attribué et demande le divorce. Les professionnels qui veillaient à l’image des Kennedy et à leur sourire pour papier glacé  étaient toujours parvenus à ce que les crises que traversait le couple ne parviennent pas jusqu’aux oreilles des médias, et donc du peuple américain. Nicolas Sarkozy, lui, perd la bataille de la com’ suivant un principe bien connu : « les médias te lèchent, les médias te lâchent, les médias te lynchent !« . Il tente une reprise en main en médiatisant son histoire d’amour avec Carla Bruni à Disneyland Paris. Le lieu est mal choisi et évoque un autre royaume d’opérette : Monaco. Au modèle Kennedy – l’aristocratie du nouveau monde – en a succédé un autre, le modèle Grimaldi – vulgarité tape à l’oeil et épanchements dans la presse people.  Comme un ouragan… le fond est atteint lors de la visite de Pétra en Jordanie quand le président « exhibe » son bonheur retrouvé en prenant sur les épaules le fils de sa nouvelle compagne. L’enfant, qui est terrorisé par les paparazzi qui le mitraillent de leurs flashs, porte la main à ses yeux pour se cacher. L’image est terrible. Ce n’est plus l’enfant qu’il protège sous son bureau, cette fois c’est un enfant qu’il instrumentalise pour montrer à tous qu’il peut à nouveau jouir sans entraves. A ce moment là, la communication du président est vraiment faire par des amateurs. 


 


Sous la houlette de vrais professionnels (Pierre Charon pour l’image du nouveau couple présidentiel, Thierry Saussez pour éviter les couacs gouvernementaux etc.), la « représidentialisation » du régime s’engage. Exit les Grimaldi, retour à la case Kennedy.

C’est particulièrement flagrant avec la nouvelle « First Lady » qui accepte avec une grâce manifeste le rôle refusé par Cécilia. Lors du voyage en Angleterre, elle arbore un tailleur et un bibi qui semblent tout droits sortis de la garde robe de Jackie. En élève studieuse, Carla Bruni Sarkozy affiche le même sourire, la même (fausse ?) modestie, le même mélange de proximité et de distance qui sied aux grandes dames. La presse de caniveau britannique qui faisait déjà ses bonnes feuilles sur un lot de photos nues de l’ex top model en est toute retournée. Il reste maintenant à savoir si la sortie de l’album de la chanteuse italienne (et désormais française) bénéficiera de ce même traitement très poudre aux yeux. Après tout, Jackie Kennedy n’a jamais chanté, le modèle a ses limites…

 

 


Pour connaître la suite de la story, il faudra donc voir si Nicolas Sarkozy peut tenir la distance en Kennedy français. « J’ai changé » aime dire celui qui effectivement change de stratégie de communication plus vite que de montre Patek Philippe. En matière de com’, sa seule constance a jusqu’à présent été son inconstance. Il lui faudra donc beaucoup de travail sur lui-même – et de patience – s’il veut arriver à retrouver – et à garder – la mystique Kennedy.

Car en réalité, John Kennedy était un obsédé sexuel, presque paralysé par ses douleurs dorsales et qui avait des fréquentations très douteuses : c’est au prix d’un effort constant et quasi surhumain qu’il a réussi à rester « dans les clous » de sa story. Je ne soupçonne évidemment pas Nicolas Sarkozy des mêmes turpitudes, mais le Storytelling, c’est du travail. Et de la cohérence.


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Ce billet avait pour objectif d’analyser la story de Nicolas Sarkozy qui éprouve la tentation de Kennedy. Il ne s’agit pas d’un commentaire portant sur sa politique mais uniquement sur sa politique… de communication. En 2007, pour l’élection présidentielle, son adversaire Ségolène Royal s’est révélée être un animal au moins aussi narcissique que lui. Sa story à elle évoque irrésistiblement celle de Jeanne d’Arc. Mais ce sera pour une autre fois…