Dans un article quelque peu teinté d’ironie, l’envoyé du Monde à Washington Sylvain Cypel (Libé en donne une version évidemment plus empathique) cite ces propos édifiants de Ségolène Royal : “oui, j’ai inspiré Obama et ses équipes nous ont copiés”.
C’est en effet auprès d’elle que les conseillers du 44e futur président auraient “enregistré les idées de “gagnant-gagnant” et de “citoyen-expert”” avant de reprendre son idée de “démocratie participative à la mode américaine, fort différente de l’européenne (…) Mais l’idée, dit-elle lundi 19 janvier à Washington, est la même : refonder la manière de faire de la politique, la relation entre les élites et le peuple”.
Bien sûr, de tels propos peuvent prêter à sourire et personne ne va s’en priver mais en réalité ce qui rend la présidente de la région Poitou-Charentes – chacun a la présidence qu’il peut - too much, ce n’est pas ce qu’elle dit, c’est que ce soit elle qui le dise. Petit décryptage, façon storytelling…
Tous babas d’Obama !
Il est de fait que l’emballement politico-médiatique pour la façon dont Obama construit chaque jour son programme, ses opinions et sa stature d’homme d’Etat (j’ai décortiqué sa stratégie ici), est à la mesure du scepticisme et de la moquerie engendrés par la candidate socialiste lors de l’élection présidentielle de 2007. Ces mêmes élites qui raillaient son concept participatif, ses désirs d’avenir, tous ces bobos sont babas d’Obama.
La faute de Royal n’est donc pas tant de penser ce qu’elle pense. Et d’ailleurs si les politiques n’avaient pas un ego surdimensionné, ils feraient un autre métier : il faut croire en son propre génie pour avancer malgré les coups (j’ai donné dans la communication politique à un moment de ma vie professionnelle et les coups tordus y sont bien plus fréquents que dans le monde des entreprises).
Non, son erreur est ailleurs : ne pas mettre en avant quelque conseiller américain du nouveau locataire de la Maison Blanche qui tiendrait ces mêmes propos à sa place. Quant à elle, elle gagnerait à jouer sur le revirement journalistique avec plus d’humour. Le prix Nobel Al Gore commence toutes ses interventions par cette phrase : “Mon nom est Al Gore et j’ai été le ‘prochain’ président des Etats-Unis !”. Efficace pour dédramatiser et mettre les rieurs de son côté. Ensuite, il peut passer à autre chose…
Au final, il n’est pas surprenant que l’élection d’Obama, qualifiée d’historique au mois une fois par paragraphe de chaque article qui lui a été consacrée, ait déchaîné les tentatives de récupération. Christian Estrosi, jamais en retard d’une bonne blague, n’a-t-il pas ouvert le bal en déclarant en novembre dernier : “L’impulsion que Nicolas Sarkozy a donné ces dernières semaines aura sans doute pesé quelque part sur le comportement des Américains”. Pas mal non plus dans le genre, non ?
On le voit, la “gaffitude” ne touche pas que Ségolène Royal, présente à Washington aujourd’hui parce qu’elle “a le sens de l’Histoire”. Et le fait qu’elle soit la seule responsable française sur place, même placée à 200 m de distance comme toute la presse le note, en dit long sur le manque de maîtrise du sens des symboles (ou de la com) de nos politiques. Mais c’en est une autre, d’histoire…
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> Cet article a été repris en une du Post du Monde le mardi 20 janvier 2009 sous un titre légèrement différent (et dont je trouve qu’il ne reflète pas tout à fait la teneur de mon texte mais les titrailles sont de la responsabilité de la rédaction) : “Investiture d’Obama : pourquoi Ségolène Royal a commis une faute”.









