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Archive pour la catégorie ‘politique’

rSa : la cause justifie-t-elle le faux témoignage ?

Jeudi 11 juin 2009

 

Depuis quelques semaines, deux spots de pub accompagnent le lancement du rSa, le revenu de solidarité active voulu par le haut-commissaire aux solidarités, Martin Hirsch. Ils mettent en scène des «vrais gens», pas des comédiens. Problème, l’un d’eux ne s’appelle par Marc et il n’est pas non plus un futur bénéficiaire du rSa…

 

Lorsque je les ai découverts, ces deux spots (dûs à Euro RSCG C&O) m’ont plu. Sobres, ils ont choisi de donner un coup de projecteur à deux histoires personnelles, avec deux interprètes qui ne sont d’évidence pas des professionnels de la pub et donc d’autant plus crédibles. Un exemple simple et efficace de storytelling donc.

 

Sylviane est assistante à la personne et, seule avec un travail à temps partiel, elle a vraiment besoin du complément que doit lui fournir le rSa. Et personne n’y voit rien à redire. En revanche, Rue89 comme Le Canard Enchaîné d’aujourd’hui ont mis en doute le témoignage de Marc, cariste. Et, titillé, le Haut Commissariat a fini par reconnaître que l’homme en question a préféré changer de prénom mais surtout qu’il gagne en réalité un peu plus que le Smic, «trop» en tout cas pour pouvoir prétendre à l’aide gouvernementale. Mais il sort d’une longue période de difficultés qui font que «il y a trois ans, il aurait pu toucher le rSa» (!) et il apparaissait si désireux d’apporter sa pierre à l’édifice… En somme, comme le titre Rue89, «un faux témoignage pour la bonne cause».

 

Pourquoi avoir fait appel à cet homme non concerné par la mesure, qui ne dit pas la vérité sur son salaire, et si peu désireux d’être identifié qu’il choisit un prénom fictif.. alors qu’il accepte d’être filmé à visage découvert ? Il existe – peut-être ? – de bonnes raisons à ce choix mais aucune qui vienne contrebalancer le malaise qui nous envahit en sachant que nous avons été trompés. Et avec plus de 3 millions de foyers éventuellement concernés par la mesure, les candidats potentiels à leur quart d’heure de célébrité warholien doivent être pléthore…

 

Le storytelling qui consiste à utiliser les vraies histoires, les vraies trajectoires, des personnes est d’autant plus efficace – et crédible – que l’on n’a pas de raison de douter de leur véracité. Là, d’évidence, c’est un peu raté…

 

 


Spot TV rSa – Marc, cariste
envoyé par RevenudeSolidariteActiveRegardez les dernières vidéos d’actu.

De de Gaulle à Sarkozy : quand nos présidents se prennent pour des dieux de l’Olympe 2/2

Vendredi 8 mai 2009

 

Contrairement à ses prédécesseurs qui étaient clairement sous le signe d’un seul dieu (Zeus pour de Gaulle et Mitterrand, Athéna pour Pompidou et Chirac, Apollon pour Giscard d’Estaing cf. mon post précédent), il me semble que l’hyper président qui fête ses deux ans à l’Élysée s’inscrit sous celui de deux divinités. Peut-être parce qu’il n’a pas encore achevé son mandat et qu’on ne dispose pas du recul «mythologique» nécessaire. Peut-être aussi parce que tel Janus, il est définitivement double…

 

Héphaïstos est le dieu des mal aimés, des vilains petits canards, car boiteux et difforme, il peine à susciter l’amour de sa femme (qui le trompe allègrement avec dieux et mortels). Mais là n’est pas le plus intéressant, c’est surtout un dieu laborieux, qui peine à maîtriser le feu et la matière. Rien ne lui vient facilement, ce n’est qu’au prix d’un dur travail solitaire qu’il parvient peu à peu à dompter la nature. Et sa nature. Car il est aussi colérique que le volcan au sommet duquel il trône. Nicolas Sarkozy se réfère presque explicitement à cette figure quand il parle de son ascension, qui n’a pas été facile, semée d’embûches et de coups de canif (reçus et distribués). Avant de rappeler ces propos de pré-victoire :  «La présidence de la République pour moi, c’est une ascèse».

 

Il avait d’ailleurs indiqué qu’il se retirerait quelques jours, le temps de «faire» président. Rares étaient ceux qui imaginaient que cette «retraite» se déroulerait au Fouquet’s puis sur le yacht de Bolloré ! Car il arrive que le vernis craque sous l’ascète… et cède le pas à Dionysos, le dieu de l’exacerbation des sens, des débordements divers. Bien que Nicolas Sarkozy ne boive pas de vin, il s’est jeté avec ivresse sur tous les signes bachiques de la réussite : gourmandise pour croquer la vie (et le chocolat !) et signes extérieurs de richesse bling bling. Comme si la présidence n’était qu’une fête orgiaque… 

Giscard, Mitterrand ou Chirac ont aussi pu avoir leurs moments dionysiaques mais ils savaient ne pas les étaler sur la place publique. Or l’époque n’est plus à la jouissance. Sarkozy ne sera sans doute jamais un dieu au dessus des mortels, façon de Gaulle, mais la suite de son mandat et sa réélection dépendront de sa capacité à gérer ces deux aspects de sa personnalité : le président bûcheur et le président jouisseur.

 

> Comme pour ses prédécesseurs, on pourrait aussi s’amuser à comparer Nicolas Sarkozy à une marque. Évitons la facilité avec  Rolex ou Ray-Ban et pensons bien plutôt à Bouygues (outre que son PDG est un ami personnel). Une entreprise qui remue la matière, vainc la nature mais est aussi présente dans le divertissement (TF1). Héphaïstos-Dionysos, toujours…

 

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Quant aux femmes des présidents de la 5e République, si je n’en ai pas parlé, c’est qu’il n’y avait pas forcément grand chose à en dire. Jusqu’à présent, elles ressemblaient à Héra (épouse trompée de Zeus) ou à Athéna (maman protectrice). Tout a changé avec Carla Bruni qui s’incarne évidemment dans la figure d’Aphrodite. Jusqu’aux photos d’elles (vendues à Londres) et qui font irrésistiblement penser au tableau de La naissance de Vénus (son nom romain) de Botticelli…

 

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Le + du blog du storytelling

Mais oui, les hommes politiques sont des marques comme les autres ! Concernant Nicolas Sarkozy, j’ai déjà notamment procédé à une analyse de son image marquée au fer Kennedy ici ainsi que de son goût immodéré du chocolat .

De de Gaulle à Sarkozy : quand nos présidents se prennent pour les dieux de l’Olympe… 1/2

Jeudi 7 mai 2009

 

(Cet article a été rédigé à la demande du Post qui me proposait un décryptage storytelling des deux ans de présidence de Nicolas Sarkozy. J’ai utilisé la grille de lecture dont je me sers souvent avec mes clients, celles des dieux de l’Olympe, dont j’ai parlé dans la dernière newsletter. Un peu à ma surprise, l’article tourne en boucle sur pas mal de sites et de blogs depuis sa publication originale le 4/5. Le voici donc pour mes fidèles lecteurs du blog du storytelling)

Nicolas Sarkozy «fait» président depuis 2 ans. Jadis, les dieux régnaient sur l’Olympe et laissaient les Champs-Elysées aux mortels. Désormais, le président y fête son élection dans un célèbre restaurant bling-bling. Et si ceux qui ont présidé la 5e République avaient été des dieux, quelle(s) histoire(s) nous auraient-ils racontée(s), de de Gaulle à Sarkozy ?

Le storytelling consiste à trouver les histoires sous-jacentes que racontent les entreprises ou ceux qui nous gouvernent puisque, selon un mot souvent répété, «les hommes politiques sont des marques comme les autres». Et aujourd’hui, ce sont les marques qui écrivent pour beaucoup les nouvelles mythologies du quotidien (cf. ma dernière newsletter ici). Quid des hommes politiques ?

 

 

 

De Gaulle et Mitterrand sous le signe de Zeus

 

Si Charles de Gaulle était un dieu, ce serait Zeus bien sûr. Pas tant à cause de sa puissance – il peut lancer le trait de foudre destructeur – ou de l’aigle qui le symbolise mais parce qu’il est le dieu des dieux, un rôle qui convient bien au père de la 5e… Et aussi sans doute à cause de sa maîtrise du temps. Celui qui disait «Toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la France» a su maîtriser son «timing» aux grandes heures de son histoire qui étaient aussi celles de la nôtre (1940, 1958 etc.). Un même rapport au temps («il faut donner du temps au temps») animait François Mitterrand. Il lui fallut beaucoup d’opiniâtreté pour être élu, son ascension fut longue mais irrésistible. Et, longtemps décrié, il finira lui aussi par incarner la figure du président-monarque.

> Et si au lieu d’un dieu, nos deux présidents avaient été une marque (crime de lèse-majesté que j’assume !), ce serait une entreprise patrimoniale comme Air France ou alors les montres Patek Philippe dont le slogan est : «Jamais vous ne posséderez complètement une Patek Philippe. Vous en serez juste le gardien pour les générations futures». 

 

 

 

 

Pompidou et Chirac protecteurs comme Athéna

 

Fille de Zeus, Athéna protégeait  avec son égide la cité et ses habitants : commerçants, artisans et agriculteurs. C’est la déesse de l’(état)providence, celle qui joue de sa proximité pour panser les plaies du pays. Georges Pompidou en son temps – réconcilier les deux France de 1968, gérer la fin des 30 Glorieuses sans trop de casse etc. – et Jacques Chirac ensuite, pourraient s’en réclamer. Celui qui fut élu sur la promesse de résorber la fracture sociale, passionné par les cultures des peuples premiers à protéger, a désormais retrouvé dans l’opinion la sympathie qu’il inspirait quand il serrait les mains des paysans dans les allées du Salon de l’agriculture.

> Si nos deux présidents avaient été une marque, ce pourrait évidemment être «une Corona qu’on boit entre potes» mais plus sûrement un produit Nestlé, ce groupe dont le logo évoque un nid douillet dans lequel les oisillons sont nourris et protégés par leur mère…

 

 

 

 

Giscard d’Estaing dans le miroir d’Apollon

 

Apollon disperse la nuit et accompagne la course du soleil. Dieu de la clarté, donc de la connaissance, il apporte la modernité, il la force même en faisant fi de toutes les résistances mais c’est au prix d’une grande arrogance. Valéry Giscard d’Estaing, qui a abaissé le droit de vote à 18 ans et légalisé l’avortement, est  plus novateur qu’on ne le décrit souvent. Mais comme Louis XIV avant lui, il s’est beaucoup contemplé dans le miroir du soleil. Au point comme Narcisse, autre figure apollonienne, de tomber amoureux de sa propre image ? Et d’en oublier tous les autres…

 > Si Giscard d’Estaing était une marque, ce pourrait être L’Oréal («Parce que je le vaux bien») ou encore une collection de prestige qu’on met dans sa bibliothèque, comme l’Encyclopaedia Universalis (du temps où le savoir était descendant et surtout pas Wikipédia où il est devenu – horreur ! – collaboratif)

 

 

 

Quant à Nicolas Sarkozy, son cas est intéressant puisqu’il me semble ressortir de deux dieux à la fois. Ainsi que Carla Bruni… Mais c’est une autre histoire que je garde pour mon prochain post…

La grève du sexe au Kenya a toute une histoire…

Vendredi 1 mai 2009

 

Pour mettre un terme aux querelles politiciennes entre le président et son premier ministre et inciter les hommes à faire avancer les réformes, des associations de femmes kényannes ont décidé de pratiquer l’abstinence sexuelles pendant une semaine. Cette «grève du sexe» est évidemment largement reprise dans la presse, dont Le Post, ce qui lui permet de remporter déjà au moins une première victoire médiatique. Même la femme du premier ministre a annoncé qu’elle rejoignait le mouvement (la femme du président ne s’est pas encore prononcée).

 

En fait, cette idée, pour aussi spectaculaire qu’elle soit, n’est pas nouvelle et il est curieux qu’aucun journaliste (à ma connaissance) n’ait relevé le parallèle avec Lysistrata (Λυσιστράτη), la pièce d’Aristophane écrite en 411 av. J.C. Dans cette comédie, une des plus anciennes et bouffones qui nous soient parvenues, Lysistrata convainc les femmes d’Athènes et de Sparte de se refuser à leurs maris pour arrêter les combats meurtriers entre les deux cités. Dans la ville qui a inventé la démocratie, les femmes n’avaient pas le droit de vote et leur avis était le plus souvent ignoré.

 

Si le parallèle est intéressant, c’est aussi parce qu’Aristophane montre que l’abstinence seule ne peut venir à bout de la bêtise masculine. C’est en s’emparant du trésor d’Athènes – c’est-à-dire en privant leurs hommes de ressources financières ET de sexe – qu’elles parviennent à les faire consentir à la paix. Qu’en sera-t-il des Kenyannes ?

 

A noter : le nom de Lysistrata signifie en grec : celle qui fait débander (au sens de «défaire» bien sûr !) les armées.

 

> Le texte intégral en français de Lysistrata est accessible gratuitement ici.

Jaurès : la captation d’héritage

Vendredi 27 mars 2009

 

On imagine mal Olivier Besancenot citer Charles Maurras en exemple ou Philippe de Villiers se référer à Pierre Mendès France. Pourquoi alors la figure de Jean Jaurès est-elle récupérée par des gens qui auraient été ses adversaires politiques dans la France du début du 20e siècle ? Un glissement intéressant à décrypter…

 

Candidat aux Européennes pour Front National dans le Sud-Ouest, Louis Aliot a fait apposer des affiches à Carmaux, la ville où Jean Jaurès a commencé sa carrière en défendant les mineurs en grève. Sur ces affiches roses (!), on peut lire cette citation du grand homme : «À celui qui n’a plus rien, la Patrie est son seul bien» et cette phrase en bandeau «Jaurès aurait voté Front National»… Les morts ont ceci de bien pratique qu’on peut leur prêter les intentions de vote qu’on veut… En dire plus ici reviendrait à contribuer au buzz du FN qui intervient justement quelques jours après la réitération par Jean-Marie Le Pen de ses propos sur les chambres à gaz. Rappelons quand même pour remettre les choses en place que Jaurès était pacifiste et internationaliste et qu’il a été assassiné par un militant d’extrême droite…

 

Pendant la dernière campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait déjà déclaré qu’il se sentait «l’héritier de Jaurès» provoquant la colère de la gauche. Le futur président n’hésitait pas à l’apostropher avec gourmandise : «Laissez dormir Jaurès et Blum, ils sont trop grands pour vous !».

 

Si Jaurès peut à ce point faire consensus aujourd’hui quand il fut si décrié de son vivant (et même lors du procès inique qui suivit sa mort), c’est parce qu’il a acquis avec le temps une stature héroïque et humaniste qui dépasse tous les clivages. Il est l’homme qui a entraîné les masses révolutionnaires et parfois attirées par la violence dans le champ démocratique. Il incarne une des faces de la médaille de nos grands hommes du siècle passé, comme de Gaulle en serait l’autre face. Il est intéressant de constater que dans les temps difficiles que nous traversons, les hommes politiques éprouvent le besoin de se mettre sous la protection des pères de la nation… Avec sa barbe à la Victor Hugo, Jaurès est rassurant…

 

C’est finalement sa famille politique qui a la mémoire la plus courte. Lors du congrès du parti socialiste à Reims en novembre dernier, Ségolène Royal a été huée par des militants pour sa harangue quasi christique : «Nous sommes ceux qu’on croit dans la tombe et qui se lèvent, nous sommes ce qui renaît quand tout paraît perdu, nous sommes le socialisme, levons-nous, vertu et courage, car nous rallumerons tous les soleils, toutes les étoiles du ciel !»… Les querelles fratricides leur ont fait perdre le sens de l’Histoire : la candidate ne s’est pas privée de leur rappeler ensuite qu’elle ne faisait que citer… Jaurès !

 

Mais c’est ainsi : quand un parti politique laisse sa story en jachère, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait captation d’héritage !

Savez-vous planter les choux… à la mode d’Obama ?

Mercredi 25 mars 2009

 

Quand elle a confié pendant la campagne qu’il n’y aurait pas de betteraves au menu des dîners de la Maison Blanche parce «Barack ne les aime pas», Michelle a choqué les producteurs de betteraves. Je me souviens d’un pareil brouhaha à l’époque où George Bush senior avait déclaré «je n’ai jamais aimé le broccoli que ma mère m’obligeait à manger. Maintenant que je suis président des Etats-Unis, personne ne me fera manger du broccoli !». Michelle Obama a aggravé son cas en indiquant qu’elle et son mari préféraient la roquette, salade qui véhicule une image de luxe (!) en Amérique. On voit qu’il en faut parfois peu pour faire un faux pas en matière de com !

 

En défrichant en compagnie d’enfants des écoles de Washington un bout de la pelouse de la Maison Blanche, Michelle Obama a récemment annoncé sa décision de cultiver elle-même un jardin biologique où elle récoltera – entre autres – ses propres roquettes qui ne coûteront donc rien aux contribuables. La First Lady montre ainsi sa maîtrise du storytelling. Car au-delà de l’historiette des pro et anti betteraves et roquettes, c’est en réalité à tout le secteur de l’agriculture biologique et des produits locaux que le couple présidentiel s’adresse : ils ont désormais deux alliés puissants à la Maison Blanche. La presse américaine devrait en faire ses… choux gras !

Le pape : le préservatif ne passera pas par lui !

Samedi 21 mars 2009

Benoît XVI dans l'avion qui l'emmène au Cameroun.

Benoît XVI dans l'avion qui l'emmène au Cameroun.

 

 

Les propos de Benoît XVI dans l’avion qui l’emmenait en Afrique ont suscité une réprobation quasi universelle. En France, même Jean-Michel di Falco, porte-parole de la conférence des évêques, reconnaît que «le pape n’aurait de toute façon pas dû s’exprimer sur ce sujet, ce n’est pas sa fonction. ». Il n’y a guère que l’inénarrable Christine Boutin sur qui le Saint-Père puisse compter pour voler à son secours même si elle aussi a dû mettre de l’eau dans son vin de messe…  

 

Or, si l’indignation est légitime, il faut aussi s’interroger sur la stratégie de communication de Joseph Alois Ratzinger. Les controverses sont trop nombreuses depuis son élection pour être fortuites : il y a eu ses propos sur l’Islam, sur l’avortement, sur la théologie de la libération, la réintroduction des évêques lefébvristes et les propos négationnistes de Williamson, l’excommunication de toutes les personnes concernées par l’avortement d’une fillette violée etc. Ca fait beaucoup ! Or, ces déclarations n’ont jamais été le fruit de dérapages incontrôlés… Bien au contraire : ainsi que le révèle l’envoyée spéciale du Monde, les journalistes avaient été invités à fournir leurs questions par écrit plusieurs jours avant le voyage africain. Quand il s’est rendu à l’arrière de l’avion pour discuter avec eux, Benoît XVI avait donc déjà toutes ses réponses en tête. Et pour plus de contrôle, ses propos ont encore été rétravaillés avant publication par le service de presse. Les termes exacts sont «S’il n’y a pas d’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : on contraire, cela augmente le problème» devenus dans la version officielle expurgée «on ne peut le résoudre en distribuant des préservatifs, cela risque d’augmenter le problème» (c’est moi qui souligne et vous noterez la disparition du mot fléau afin de minimiser la portée de cette maladie).

 

Un dérapage très contrôlé

Le piège journalistique – thèse du Vatican – comme l’improvisation – ainsi que l’écrivent certains – sont donc exclus. Benoît XVI, fin théologien, ne pouvait ignorer que ses propos allaient choquer. Dès lors, on ne peut que se demander à qui il s’adresse en réalité ? Certainement pas aux populations occidentales laïques et informées. Leur colère n’est qu’un dommage collatéral. Je pense que la piste du combat pour les âmes africaines mené sur ce continent par les congrégations catholiques et évangéliques mériterait aussi d’être explorée mais je ne suis pas assez versé dans les chicanes vaticanes pour savoir si c’est la seule réponse. 

 

Ce que je sais simplement c’est qu’au-delà des propos choquants qu’il importait de condamner, j’aimerais bien aussi que les commentateurs mieux au fait que moi s’interrogent sur l’agenda caché qu’ils révèlent… Quelle story veut écrire le pape ? Les voies de la communication papale ne doivent pas être si impénétrables que ça…

 

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Le + du blog du storytelling

Il faut mettre ce décryptage des propos papaux en perspective avec celui que je faisais il y a quelques jours du plan social par Total. Dans le cas de telles annonce, les termes qui choquent sont souvent des dégâts collatéraux. Dans mon précédent post, je pars de l’hypothèse que le groupe pétrolier savait qu’il allait déclencher une bronca… et l’espérait. Car les vrais destinataires du message sont les actionnaires, fonds de pension et investisseurs potentiels qui auraient pu s’inquiéter des polémiques sur l’éventuel partage des superprofits de Total. En montrant qu’elle n’a aucun scrupule à annoncer des suppressions d’emploi et en l’assumant avec cynisme, l’entreprise cherchait avant tout à les rassurer. Et je pense également que Benoît XVI visait d’autres destinataires que ceux qui se sont émus de ses propos… Votre avis ? 

Olivier Besancenot, le fear facteur ?

Mardi 10 février 2009

 

Le poing levé pour le grand soir du storytelling ?

Le poing levé pour le grand soir du storytelling ?

Qu’on pense comme deux tiers des Français qu’Olivier Besancenot est sympathique ou, comme l’auteur de ce post, qu’il est «l’homme sans solutions» (titre du dossier de couverture que lui consacre Challenges), cet article n’a pas pour objet de critiquer ses idées ni même de prétendre réduire le Nouveau Parti Anticapitaliste à son leader maximo mais de porter un regard de communicant sur la popularité de ce dernier. Au-delà de ses positions politiques, quels sont les autres facteurs (!) de sa success story ?

 

 

L’èthos, le logos et le pathos : figures traditionnelles de la rhétorique

 

Selon son attaché de presse, «Olivier Besancenot travaille à 70%, assurant ses tournées à vélo du mercredi au samedi». On sait que Nicolas Sarkozy ne parle pas d’être président mais de faire président, comme on choisit une profession. Quand «homme politique» est devenu un métier, la séparation a été consommée avec le monde du travail. C’est bien sûr démagogique, la vie de la cité peut (doit ?) occuper à plein temps mais quand des politiques de profession découvrent que dans le métro, il fait chaud (Balladur) ou qu’ils confondent francs et euros pour payer leur baguette de pain (Jospin), ils accréditent cette idée qu’ils ne vivent pas dans notre monde, Besancenot lui, oui. Et il connaît le prix des timbres !

 

Le jeune homme a le sens de la formule qui fait mouche… même si l’on crédite souvent l’un de ses conseillers, Pierre-François Grondi (prof d’histoire et géographie dans le 9-3 et à ce titre bien en prise en prise lui aussi avec le réel) d’avoir inventé le slogan «Nos vies valent plus que leurs profits». En termes de discours storytelling, c’est un modèle : il interpelle (le «nous contre eux» est un des ressorts de la communication de cohésion), il provoque l’empathie (qui n’est pas d’accord ?) et donne envie d’en savoir plus (pour plus d’infos, contactez votre révolutionnaire le plus proche). C’est sûr qu’après ça, «Ensemble tout est possible» ou «Changer la vie» («changer d’avis» ?), c’est un peu tiédasse…

 

Pour autant, un homme politique ne ne saurait se perdre dans le détail, le quotidien, il doit indiquer la voie, ouvrir un horizon. Et Olivier Besancenot le sait bien qui attribue lui-même une part de son succès au fait qu’il «assume une part d’utopie car la gauche ne nous fait plus rêver».

 

 

Miroir, mon beau miroir

 

On peut se construire une posture contre les médias (Le Pen pendant une partie de sa carrière, François Bayrou pendant la présidentielle…) mais il est plus facile d’agir avec eux. Et de ce point de vue là, le facteur de Neuilly n’a pas à se plaindre. Ainsi que le souligne l’hebdomadaire centriste Marianne dans sa dernière édition papier, il est même très bien servi sur… TF1 ou dans le Figaro. C’est que pour le président de la République, il permet la division de la gauche (comme Mitterrand a été en son temps accusé d’avoir instrumentalisé la montée de l’extrême droite) et illustre la figure de «l’idiot utile», ce concept léniniste (ou anti-léniniste on ne sait pas très bien).

 

Enfin, n’oublions ni son âge ni son minois. Les hommes l’auraient bien pour meilleur pote, les femmes le trouvent beau gosse. Quoi, vous pensiez encore qu’on fait de la politique avec des idées (ce n’est pas faux mais enfin, ça ne suffit pas) ? Face aux révolutionnaires habituels qui ont toujours eu l’air vieux (Alain Krivine, Arlette Laguiller…), Olivier Besancenot semble parti pour rester jeune longtemps.

Le président qui aimait le chocolat

Samedi 7 février 2009

 

 

Jeudi, Le Post m’avait proposé de participer à un live chat pour décrypter l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy en direct. Mais comme je participais à la même heure au débat du Celsa sur le storytelling, j’ai dû décliner cette invitation. Le site d’information 2.0 m’a recontacté le lendemain pour commenter les propos que le président a tenu sur le chocolat, propos qui buzzent déjà beaucoup sur la toile. Voici pour info l’article que je leur ai livré et qui est passé ce jour en une.

 


Nicolas Sarkozy face à la Crise : l’affaire du chocolat
envoyé par byubyu

Lors de son intervention du 5 février, Nicolas Sarkozy a appris à nombre de téléspectateurs que le chocolat noir et le chocolat blanc ne sont pas soumis au même taux de TVA, illustration d’une supposée incohérence bien française qu’il importe de changer sans délai (les confiseurs dénoncent depuis 40 ans cette aberration). Il existe de nombreux autres exemples tout aussi parlants mais le choix présidentiel ne s’est pas fixé sur le chocolat par hasard. Décryptage gourmand…

 

Pendant la campagne présidentielle, de passage à Lyon, Nicolas Sarkozy avait été contraint de faire demi-tour pour ne pas voir les manifestants qui l’attendaient et il avait ainsi renoncé à la visite prévue chez le célèbre pâtissier-chocolatier de la Croix-Rousse,Bouillet. Une attitude que Libé avait résumée par une formule lapidaire : «pas de courage, pas de chocolat». Et dans L’aube le soir ou la nuit, Yasmina Reza avait également noté sa tendance à la consommation effrénée de macarons et de bonbons au chocolat. Plus récemment, Rama Yade a tenté la réconciliation avec son futur ex-mentor en lui envoyant une boîte en forme de coeur contenant des chocolat, «parce qu’il aime ça». Peut-être les joggings présidentiels ont-il aussi pour but de garder la ligne ?

 

 

Un président friand de friandises

 

En fait, le buzz autour de l’amour présidentiel pour le chocolat et plus généralement pour moquer son côté «bec fin» illustre le mépris dans lequel on tient le sucré. Ce dernier est un plaisir inné (le lait maternel est sucré) tandis que tous les autres goûts (salé, amer, acide) sont affaire d’apprentissage. Dans le domaine gastronomique, les grands chefs sont d’ailleurs incomparablement plus respectés que les grands pâtissiers. Derrière l’ironie chocolatière se profile donc aussi une forme d’anti-sarkozisme qui oppose sa nature forcement fruste au vernis civilisationnel de ceux qui savent bien manger. En somme, de rappeler que la gourmandise est un péché mortel tandis que la «gourmétise» est un plaisir d’esthète.

 

De fait, le président a un rapport avec la nourriture qui le distingue de ses prédécesseurs, réputés fins gourmets (François Mitterrand et ses ortolans) ou illustrant le thème national de l’estomac pantagruélique (Chirac et ses visites au Salon de l’Agriculture). Mais cela le rapproche aussi du comportement de nombre de nos concitoyens : grignoteur compulsif et gourmand de sucreries, il n’aime pas les repas longs et ne boit pas (ou peu) de vin. Comment faire confiance à un homme «qui préfère la ‘junk food’ à la gastronomie, affiche un goût immodéré pour les sucreries et ne distingue pas un bourgogne d’un bordeaux ?» demandait sottement Marianne la semaine dernière. C’est pourtant lui qui entend faire classer la gastronomie française au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Comme quoi, on peut être croyant et pas pratiquant…

Discours inaugural d’Obama : ce qu’il a dit… et n’a pas dit

Vendredi 23 janvier 2009

 

Un homme capable de reprêter serment simplement parce qu’il a bafouillé la première fois et qu’ainsi il s’assure de nouvelles images sans aspérité pour l’Histoire est assurément un intéressant cas de communication. Barack Obama est un grand orateur, c’est un fait. Une réussite qui est aussi un peu celle de son équipe de “plumes”, en particulier de celle de son “speechwriter” personnel surdoué de 26 ans, Jon Favreau. Retour sur son discours inaugural vu sous l’angle du storytelling.

 

Le Monde en a publié l’intégralité (également en français ici, les citations de mon post sont extraites de cette traduction). Le nouveau président se place d’abord dans la continuité des “quarante-quatre Américains (qui) ont prêté serment pour la présidence” et son oecuménisme va jusqu’à rendre un bref hommage à George Bush. Je ne m’attarderai pas sur ses nombreuses citations des Ecritures. Ainsi que l’expliquait avec humour Ted Stanger (sur iTélé), les Américains et les Français ne se comprendront jamais sur ce point. Selon le journaliste, la référence à la religion est aux Etats-Unis ce que la philosophie est chez nous : un exercice obligé de l’art oratoire mais qui n’engage pas outre-mesure.  

 

 

Un discours plus fort pour le monde que pour l’Amérique

 

S’il existe un temps fort dans le discours d’Obama, c’est l’annonce du retour de l’Amérique sur la scène internationale, du moins en tant que puissance pacifique. Il s’adresse aux gouvernements et aux peuples du monde “depuis les capitales les plus prestigieuses jusqu’au petit village (kenyan) où mon père est né : sachez que l’Amérique est l’amie de tous les hommes, femmes et enfants qui aspirent à la paix et à la dignité”. Il tend également la main au monde musulman en indiquant chercher “une nouvelle voix fondée sur les intérêts réciproques et le respect mutuel”, rappelant au passage que l’Amérique est “une nation de chrétiens et de musulmans, de juifs, d’hindous et d’athées, (façonnée) par toutes sortes de langues et de cultures venant de tous les coins du monde”. 

 

Mais l’on sait que les Américains – comme tous les peuples – sont avant tout sensibles à ce que leur président a à dire de la situation intérieure. On se souvient que c’est la concentration de Bill Clinton sur les problèmes écomomiques (le fameux : “it’s the economy, stupid!) qui lui avait assuré la victoire face à George Bush senior, réputé expert en questions internationales. Et là, Barack Obama se contente de décliner son programme de mesures quand on attendait qu’il s’adresse à l’Histoire. Ce n’est qu’à la fin de cette énumération qu’il a cette belle formule : “A partir d’aujourd’hui, nous devons nous relever, nous secouer et commencer à refonder l’Amérique”. A mon sens – et je reconnais que la critique est aisée – cette idée de la refondation aurait dû constituer la colonne vertébrale de son discours.

 

Car, pour parler de la crise, il reste étonnamment vague. Quand, pendant la campagne, il trouvait les mots pour décrire “cette famille réduite à planter un panneau ‘à vendre’ devant sa maison, cette PME qui ferme définitivement ses portes”, il donne désormais dans le général : “Des maisons ont été perdues, des emplois ont été détruits, des entreprises ont fait faillite”. Un changement relevé par le pape américain du storytelling (et supporteur d’Obama), Steve Denning sur son Twitter : “S”il avait fait campagne en étant aussi général, il n’aurait peut-être pas passé le cap de la nomination. Il doit revenir aux stories !”.



Le retour du Verbe et l’arrivée du Geste


Je ne suis pas aussi sévère mais il est vrai que le nouveau président avait lui-même fixé la barre très haut en évoquant il y a quelques temps les discours inauguraux de ses prédécesseurs et dont il pourrait s’inspirer. Le meilleur, selon lui, fut celui d’Abraham Lincoln, un exercice de (ré)conciliation entre le Nord et le Sud… qui allaient pourtant bientôt s’affronter dans la guerre de Sécession. Il avoue aussi avoir beaucoup de tendresse pour celui de John Kennedy, rempli de formules chocs comme “Le flambeau a été transmis à une nouvelle génération” ou “Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour lui”… En revanche, s’il admire Franklin Roosevelt à qui on le compare désormais beaucoup, il dit n’avoir retenu de son discours un peu trop programmatique que cette phrase :  “La seule chose dont nous devions avoir peur est la peur elle-même”. Au final, c’est pourtant ce texte de 1933 qui semble le plus l’avoir inspiré.


Ceci dit, même si ce discours n’est pas son meilleur, les Américains que je connais, et même ceux qui n’avaient pas voté pour lui, y ont été sensibles. La victoire d’Obama signe aussi celle du retour du Verbe à Washington, un verbe mis à mal pendant les deux mandats de George Bush qui malmenait la langue anglaise dans des “bushisms” d’anthologie). Et, au delà des mots, il y a le phrasé que ne peut rendre la traduction. Le nouveau président “balance” ses phrases sur un rythme qui n’est pas celui des hommes politiques américains traditionnels formés dans les universités WASP (blanches, anglo-saxonnes et protestantes). Enfin, il y a le langage du corps. On sait qu’un auditoire accorde 80% de son attention à la communication non verbale et donc seulement 20% à ce qui est réellement dit… Regardez les hommes politiques, leurs moulinets de bras, leurs mouvement de jambes, ils sont rarement à l’aise avec leur corps. De ce point de vue là aussi Barack Obama innove. “Je chante le corps électrique” écrivait le poète Walt Whitman. Et c’est ce corps dionysiaque qu’on a vu bouger et danser comme personne qui laissera peut-être une impression plus durable que le discours ou que la prestation se serment, dans sa version 1 ou dans sa version 2 !