Livre | le blog du storytelling

Archive pour la catégorie ‘livre’

Les derniers secrets des Stradivarius : storytelling et sérendipité

Mardi 16 avril 2013

Challenges consacrait récemment un article à « Stradivarius, le son pur d’une âme pure« . L’occasion de revenir sur ce qui fait la célébrité de ces violons depuis quatre siècles. Leurs qualités intrinsèques, certes, mais aussi un mélange unique de sérendipité (hasard heureux) et storytelling (histoire qu’on projette sur ces instruments). Extrait  d’un chapitre de  »Storytelling – Réenchantez votre communication » (Dunod) consacré à la sérendipité :

Au tournant des 17e et 18e siècles, Antonio Stradivari, luthier à Crémone en Italie, a fabriqué des violons que les meilleurs interprètes s’arrachaient déjà de son vivant. Sur les quelque 1000 instruments qu’il a produits, près de 700 sont parvenus jusqu’à nous, ce qui est remarquable. Mais le plus exceptionnel c’est qu’avec le temps, le son de ces violons semble s’être encore amélioré, atteignant quasiment la perfection. Leur prix lui aussi est stratosphérique et dépasse allègrement le million d’euros. Les virtuoses sont donc rarement propriétaires de leur instrument qui est mis à leur disposition par de riches mécènes, en général de grandes entreprises.

En cherchant la beauté visuelle, il a trouvé celle du son

Un stradivarius, c’est peu comme le sourire de la Joconde, tous les ans, les journaux font leurs titres dessus, prétendant qu’on en a enfin «percé le secret» ! Pour certains spécialistes, le légendaire luthier se serait servi de bois provenant des toitures de châteaux forts, donc déjà anciens de son temps. D’autres ont cherché à reproduire le vernis mystérieux dont il n’a jamais voulu donner la composition. Et des études récentes menées sous l’égide du Musée de la Musique vont dans ce sens : l’explication tient sans doute au vernis… mais pas de la façon dont on l’imaginait. On a en effet établi que Stradivari essayait avant tout de trouver un rouge profond, élégant, pour ses violons. Ce sont les pigments chromatiques qui, en se modifiant peu à peu, auraient fait évoluer l’acoustique. En cherchant la beauté visuelle, il aurait trouvé celle du son. Une trouvaille sérendipitique, en somme.

Parions pourtant que cette découverte n’épuisera pas le sujet. Paganini, violoniste virtuose s’il en fut, avait une autre explication et la sienne vaut sans doute toutes les histoires de vernis rouge : «Stradivari n’utilisait que du bois provenant d’arbres dans lesquels des rossignols avaient chanté» !

———-

Extrait de « Storytelling – Réenchantez votre communication« . Pour en savoir plus, cliquez ici.

Le storytelling qui a fait du bleu la couleur favorite de l’Occident

Mardi 19 mars 2013

Les Romains n’avaient pas de mot pour désigner le bleu, ils ne distinguaient pas un ciel gris d’un ciel d’azur ! Jusqu’au Moyen Âge en effet, notre oeil n’était pas «éduqué» pour voir cette couleur ! Et si cette dernière est aujourd’hui la préférée en Occident, c’est avant tout une affaire de storytelling !

Les choses ont commencé à changer grâce au pastel du sud-ouest, une plante à fleurs jaunes (!) mais dont les feuilles, une fois broyées, fournissent un pigment d’un bleu riche et profond. Les teinturiers de la région du Lauragais, entre Toulouse, Albi et Carcassonne, y ont vite vu une source de revenus faciles. Mais comment faire une teinture à la mode de cette couleur jusqu’alors méprisée, ainsi que l’indique son étymologie ? En effet, «bleu» ne vient pas pour une fois du latin ou du grec mais du haut-allemand : «blao» (brillant). Souvenez-vous, au début de Gladiator : les armées romaines se battaient contre des barbares germaniques aux peintures de guerre bleues. Le fait est attesté.

La Vierge, icône de mode, lance celle du bleu !

Nos teinturiers du Sud-Ouest vont donc s’appliquer à convaincre l’Église d’habiller de bleu la Vierge Marie dans les tableaux ou les vitraux. Quand on est de généreux mécènes, on obtient en général satisfaction. Et c’est ainsi que le manteau de la Madone, jusqu’alors blanc pour symboliser la pureté ou tissé de fils d’or pour évoquer la royauté céleste, va virer au bleu. La France étant consacrée à la Vierge, les monarques capétiens se vêtent à leur tour de sa couleur, bientôt renommée bleu roy (c’est le bleu du drapeau français). Depuis, plus rien n’est venu entamer la prééminence du bleu sur les autres teintes. Encore aujourd’hui, c’est la couleur préférée des Occidentaux.

L’origine de l’expression «pays de cocagne»

Quant à Toulouse, elle s’est enrichie avec le commerce de «l’or bleu» entre les 14e et 16e siècles et a bâti de nombreux et splendides hôtels particuliers. On  a même surnomme cette région le «pays de cocagne» : la cocagne est la coque desséchée et compactée du pastel après son utilisation. L’expression est restée. Lors des jeux floraux, on suspendait aussi des cocagnes à de hauts poteaux et le premier qui les escaladait à mains nues, qui grimpait ce «mât de cocagne», gagnait un prix.

Au 18e siècle cependant, l’importation de l’indigo, issu d’un arbuste indien, et bien moins cher à extraire, mit fin à la suprématie du pastel. La mondialisation, déjà…

Aujourd’hui, je commence parfois certaines de mes conférences ou de mes formations en faisant circuler de main en main une cocagne et en laissant le public deviner ce dont il s’agit. Météorite, truffe, voire kryptonite, les hypothèses vont bon train avant de pouvoir ainsi raconter l’histoire du bleu.

Une couleur qui n’a rien de naturel et doit tout au culturel. En somme, une couleur narrative, storytelling. À garder en mémoire en cette époque de crise où beaucoup d’entreprises, et pas seulement elles, ont le blues… pardon, le bleu à l’âme !

53g seulement sur la balance mais un excellent support pour le storytelling !

———-

Pour aller + loin

> Mon livre «Storytelling – Réenchantez votre communication», Dunod, 2011

> «Bleu, histoire d’une couleur» de Michel Pastoureau, Points Histoire, 2006

Storytelling : Le nouveau pouvoir des histoires

Jeudi 3 janvier 2013

Jésus Christ parlait par paraboles, Steve Jobs sur nos antennes paraboliques. Mais hier comme aujourd'hui, nous avons besoin de belles histoires...

Lorsqu’on lui fait remarquer que le presse-agrumes qu’il a créé pour Alessi est très beau mais fort peu pratique, Philippe Starck a l’habitude de répondre que sa fonction n’est pas d’exprimer les citrons mais de «lancer une conversation».

C’est qu’aucun designer, aucun architecte, aucune entreprise ne crée plus d’objet, de bâtiment ou de produit qui ne soit en même temps une conversation, autrement dit un récit. Le storytelling – raconter une (ou des) histoire(s) en anglais – est partout parce que cette communication narrative est aujourd’hui la mieux à même de rapprocher les marques – ou narrateurs – de leurs clients, les «narrataires».

Tant qu'à pousser le paradoxe, allons jusqu'au bout : le revêtement doré de cette édition limitée du Juicy Selif de Philippe Starck rend le presse-agrumes impropre à y ... presser des agrumes ! Mais à défaut d'alimentation, il peut alimenter la conversation !

On ne consomme plus pour avoir mais pour être

Nous traversons une crise financière, économique et sociale, certes, mais nous affrontons aussi et peut-être avant tout une crise de sens. Or, c’est bien la fonction de la narratologie – ou science du récit – que de donner un sens aux événements, de les ordonner de manière linéaire comme ces histoires qui commencent par «Il était une fois» et s’achèvent logiquement par «ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants» avec entre les deux moult péripéties. Le récit sert ainsi souvent de justification morale à notre consommation. Nous n’achetons pas l’iPad mini parce que nous avons besoin d’une tablette mais pour participer à une saga, celle qu’incarnait Steve Jobs (et même s’il était initialement opposé au format « mini ») : créer un monde plus simple, plus beau, plus parfait. Autrement dit, quoi que soit réellement aujourd’hui la célèbre marque à la pomme, nous la consommons (ou d’autres comme elles) non pour «avoir» mais bien pour «être». Et «Être une personne, c’est avoir une histoire à raconter», ainsi que l’écrivait Karen Blixen.

Exalter la promesse d’une nostalgie joyeuse

L’autre avantage du storytelling c’est qu’il nous inscrit dans le temps long. Une marque avec une histoire c’est une «marque-doudou», un gage de qualité puisque, comme le pot de Nutella, on le dégustait déjà enfant et on est heureux de le faire déguster à nos enfants. La longue histoire d’amour que nous entretenons avec de tels produits leur permet de faire passer au second plan – et c’est sans doute heureux pour eux – les préoccupations diététiques. Cela ne veut pas dire qu’on ne puisse pas faire du storytelling avec un produit nouveau : il s’agit alors de lui bâtir une histoire projective (celle qu’il voudra qu’on raconte sur lui à l’avenir). Mais globalement, l’aspect néostalgique doit jouer à plein. On parle ici de «néostalgie» car il ne s’agit pas de revenir à ce qui n’a en réalité jamais été mais d’exalter par la promesse une nostalgie joyeuse. À l’entrée du parc Walt Disney Studios de Marne-la-Vallée, on trouve cette citation : «Bienvenue dans un Hollywood qui n’a jamais existé et qui pourtant existera toujours».

En "vrai", Hollywood est beaucoup moins glamour que ses représentations au cinéma ou dans les parcs d'attractions. La réalité du boulevard du crépuscule est plus moisistalgique que néostalgique...

On ne croit pas aux histoires parce qu’on est crédule, on croit aux histoires parce qu’on a envie de croire

Enfin, le storytelling ne fonctionne pas seulement parce qu’il est authentique, ou à tout le moins vraisemblable, mais parce qu’il fait de nous ses complices. C’est peut-être là son plus grand secret. La promesse cosmétique d’être «plus belle aujourd’hui qu’à 20 ans» peut être autant dûe à Photoshop qu’aux qualités propres d’une crème mais cette dernière se vend parce que nous continuons d’adhérer volontairement au mythe de la fontaine de jouvence.

Dans cet ouvrage aussi court que stimulant, le grand historien Paul Veyne établit que les Grecs avaient un rapport à la vérité proche du nôtre : quand ça les arrangeait de croire, ils croyaient : quand ça les arrangeait de douter, ils étaient cartésiens. Avant Descartes.

Nous avons fait des entreprises les nouveaux narrateurs

Après avoir été l’apanage des artistes, des conquérants et des religions, notre époque semble en panne de mythes. C’est donc ailleurs qu’il faut aujourd’hui chercher les nouvelles histoires, les nouvelles mythologies : au sein des entreprises. Pour les Grecs, Niké symbolisait la victoire et était surnommée la déesse aux pieds ailés. 2 500 ans plus tard, la virgule Swoosh en est un rappel subliminal, de même que le nom de… Nike ! Bien dans leurs baskets, nos modernes dieux du stade ne volent-ils pas eux aussi de victoire en victoire ?

Quand Adidas nique le storytelling de Nike : la déesse aux pieds ailés, c'était Nikê pas celle aux trois bandes !

La place qu’on accorde à l’histoire qu’on veut raconter est donc devenue primordiale. Quand vous communiquez, il faut choisir parmi les 7 mythes de base* et y placer quête, protagoniste, antagoniste, péripéties, solution etc. Une bonne campagne c’est désormais aussi et avant tout un bon récit. Mais la façon d’ordonner tous ces ingrédients entre eux et réaliser une bonne recette de storytelling, ça c’est encore une autre histoire !

———-

Pour aller + loin

* Ces 7 mythes originaux sont ceux qui ont inspiré les jours de la semaine. Dimanche-Apollon ou éclairer et partager la connaissance ; lundi-Diane ou vaincre les préjugés et être reconnu à sa juste valeur ; mardi-Mars ou conquérir et s’adapter avec agilité ; mercredi-Mercure ou inspirer la confiance et être proche de ses clients ; jeudi-Jupiter ou être puissant et le demeurer ; vendredi-Vénus ou devenir plus beau et susciter le désir ; samedi-Saturne : libérer les sens et ne plus se fixer de limites.

«Storytelling – Réenchantez votre communication» – Sébastien Durand – Dunod, 2011

"Déesse - chante nous les louanges de ce livre indispensable à tous les bons aèdes" (Homère) : "Lire ou ne pas lire : la question ne se pose pas. Il faut lire 'Storytelling'" (Shakespeare) ; "Tous les autres livres sur le storytelling se ressemblent. Seul celui-ci est différent, à sa façon" (Tolstoï).

La Grèce et le storytelling de l’incendie du temple d’Artémis : les nouveaux barbares à nos portes

Dimanche 20 mai 2012

Manifestations à Athènes mai 2012 (photo AFP)

Lors des récentes manifestations en Grèce, une photo de l’AFP a beaucoup été reprise (notamment ci-dessous dans The Economist, mais aussi sur Le Monde etc.) car elle évoque dans l’inconscient collectif l’effondrement de notre civilisation et les barbares à nos portes : il ne s’agit pourtant ici que de manifestants et d’effets d’éclairage. D’où vient cette icône (au premier sens du terme : une image ayant acquis un statut sacré) ?

Un Grec du IVe siècle av. J-.C, rêvait de gloire. Son moyen pour y parvenir ? Il mit le feu au temple d’Artémis à Éphèse (aujourd’hui en Turquie), une des 7 merveilles du monde antique ! Pour ce crime, il fut mis à mort et il devint «celui dont on ne doit pas prononcer le nom» (Oui ! J.K. Rowling a trouvé là une partie de son inspiration) sous peine de subir le même châtiment. Pourtant, il est malgré tout entré dans l’Histoire, s’assurant par là-même l’immortalité qu’il avait tant cherchée. Il s’appelait Érostrate (je peux l’écrire, on n’encourt plus aucune peine pour cela !). Dans «Le Mur», Jean-Paul Sartre note avec ironie que l’on se souvient d’Érostrate alors qu’on a oublié le nom des architectes du temple d’Artémis, Chersiphon et Métagénès.

LA KULTUR OFFICIELLE EST MENACÉE PAR LES NOUVEAUX BARBARES (ET C’EST TANT MIEUX !)

Ainsi en va-t-il des nouvelles histoires : elles sont écrites par les «barbares», aux deux sens de ce terme. À la fois celui qui est en dehors de la civilisation élue : pour les Grecs, tous les autres étaient des barbares. Aujourd’hui encore, la Kultur officielle décide qui est cultivé et qui ne l’est pas, quel genre est un art majeur (par exemple la littérature) et lequel est un art mineur, voire pas un art du tout (par exemple le jeu vidéo). Et à la fois, au sens de celui qui est inculte, sans référent préalable. Comme Érostrate qui n’avait pas assez de talent pour devenir un grand artiste mais qui est devenu le grand incendiaire. Comme les nouvelles stars de la TV réalité dont la légitimité tient à une copulation nautique. Né dans une piscine, le mythe grotesque de Loana tente de réinventer celui de Marilyn Monroe par le biais de tentatives de suicide à répétition. « Jusqu’à ce que ça craque » (« Something’s Got to Give« )…

Mais de fait, Érostrate a bien écrit une nouvelle histoire : la destruction du temple d’Artémis a marqué les esprits antiques qui y cherchèrent un présage. 23 ans plus tard, Alexandre le Grand proposa de financer la reconstruction de cette merveille architecturale. C’est à cette occasion que les prêtres d’Artémis lui révélèrent le nom d’Érostrate qu’ils avaient jusqu’alors gardé secret. Alexandre était lui-même né en juillet 356 av. J-.C, précisément la nuit où le temple avait été incendié ! Les dieux avaient envoyé au monde un signe qu’un nouveau storytelling allait s’ouvrir.

Qui incarne la figure d’Érostrate aujourd’hui ? Quelles sont les nouvelles histoires ? Où vont les nouveaux Barbares ? Ces questions sont au coeur de mon prochain livre.

The Economist

Présidentielle 2012 : le lièvre et la tortue, Diane et Mars…

Mardi 8 mai 2012

Dans un portrait du gagnant de l’élection présidentielle le New York Times compare François Hollande à la tortue de la fable. Si les Américains ne connaissent pas notre La Fontaine national, ils sont plus familiarisés avec Ésope, le premier fabuliste… et le créateur de cette historiette.

Jusqu’au bout, il a pensé vaincre par un Blitzkrieg (guerre éclair). Ses amis expliquaient : «Il est distancé dans les sondages, mais attendez qu’il entre en campagne, l’autre est déjà usé par ces mois de meetings». «Sa campagne n’a pas encore décollé mais attendez le débat, il va pulvériser l’autre». «Il n’est pas sorti vainqueur du débat mais attendez le dernier sursaut, il va l’emporter. De justesse mais il va l’emporter». Ces incantations me font penser à la fable «Le lièvre et la tortue» de Jean de La Fontaine dont nous savons tous la sentence depuis l’école primaire : «Rien ne sert de courir ; il faut partir à point».

Mais cette fable a connu beaucoup d’autres auteurs. Chez Perrault, contemporain de La Fontaine, c’est la carte du tendre qui l’inspirait: «Pour gagner le coeur d’une Belle, Rien n’est tel que d’être assidu». Dans tous les cas, l’idée est plus ou moins la même et La Fontaine le dit aussi dans «Le laboureur et ses enfants» : «Travaillez, prenez de la peine, c’est le fonds qui manque le moins».

Dans mon livre sur le storytelling*, je consacre quelques pages à ces histoires éternelles mais dont le message doit constamment rester contemporain (notamment avec le mythe de Danaé, de l’Antiquité à Guerlain avec son parfum Idylle, en passant par Titien et Klimt). Pour en revenir à l’idée du Blitzkrieg, la guerre ne se gagne en un éclair que si elle a été minutieusement préparée en amont (je vous renvoie évidemment à Sun Tzu).

Laissons la meilleure morale de la fable du «Lièvre et la tortue» à son inventeur, Ésope, qui nous rappelle que le génie n’est rien sans travail : «Sans effort, les dons naturels ne suffisent pas toujours».

————

Le + du blog du storytelling

> En termes de storytelling, nous pouvons également utiliser la grille de lecture des archétypes narratifs : Nicolas Sarkozy a suivi une typologie de type mardi (de Mars : conquérir et s’adapter avec agilité) et François Hollande une typologie de type lundi (de la  Lune – Diane – : vaincre les préjugés et être reconnu à sa juste valeur). La typologie de type mardi est typiquement utilisée pour accéder au pouvoir mais peut difficilement servir deux fois de suite. La typologie de type lundi est appropriée pour qui ne suscite pas le désir à la base (typologie de type vendredi) mais elle demande en effet qu’on creuse longtemps son sillon, sans dévier.

———-

* Storytelling – Réenchantez votre communication, Dunod, 2011

Bill Gates et le storytelling de scission

Mercredi 9 novembre 2011

Bill Gates avait toujours fait la une de Time grâce à ses produits informatiques. En 2006, avec sa femme Melinda et le chanteur activiste Bono, il est enfin nommé "homme de l'année" pour ses activités philanthropiques.

Longtemps, Steve Jobs et Bill Gates ont incarné la version moderne du combat des titans. À la mort du patron d’Apple, les hommages – mérités – ont fleuri. Mais dans une intéressante tribune à la Harvard Business Review, Maxwell Wessell explique que bien que nous puissions admirer Steve Jobs, c’est Bill Gates que nous devrions mettre sur un piédestal. Dans mon livre, Storytelling – Réenchantez votre communication (Dunod, 2011), je revenais sur cette distinction entre le storytelling de personnification (Jobs/Apple) et le storytelling de scission (Gates/Microsoft) dont est extrait l’article ci-dessous :

Pionnier de l’industrie du pétrole et fondateur de la Standard Oil Company en 1870, John D. Rockefeller a été l’homme le plus détesté de son temps. Il faut dire que l’arrogance dont il faisait preuve n’inspirait guère la sympathie mais, en cette époque d’avant l’invention des relations publiques, il s’en moquait royalement. En 1911, au terme d’une longue procédure juridique intentée par les autorités américaines, il a été jugé en situation de monopole et la Standard Oil a été démantelée en 34 sociétés. Dédommagé à hauteur de plus d’un milliard de dollars – une somme qu’aucun homme n’avait jamais eue entre les mains avant lui – il a pourtant su tourner la page et consacrer le reste de sa vie – quarante ans ! – à la philanthropie. Sa fondation a joué un rôle considérable pour encourager l’éducation, les sciences sociales et la recherche médicale : c’est grâce à elle notamment qu’on a pu mettre au point le vaccin contre la fièvre jaune. Outre un ensemble immobilier, commercial et artistique classé monument historique à New York, Rockefeller a laissé son nom à de nombreux projets qui ont bénéficié à l’ensemble de l’humanité. Et en l’occurrence une réhabilitation du storytelling qui a plus profité à l’homme qu’à son entreprise (Exxon aux États-Unis, Mobil au Royaume-Uni, Esso en France).

De l’homme le plus haï de son temps au plus grand philanthrope de tous les temps

«Bill Gates voudrait bien que les gens le prennent pour Edison mais en fait c’est le nouveau Rockefeller» aurait déclaré un concurrent jaloux (L. Ellison, Oracle). Mais avec l’âge, il n’est pas certain que l’ancien patron du géant du logiciel n’apprécie pas tout le sel de cette comparaison. Lui qui se rêvait en génie de l’innovation est aussi passé du statut d’industriel le plus haï de son temps à celui de plus grand philanthrope de tous les temps. Prenant conscience du danger et alors que le débat faisait rage autour des pratiques anti-concurrentielles de Microsoft, son fondateur a commencé dès l’an 2000 à prendre du champ, à espacer ses apparitions et à laisser à son numéro 2 le soin d’engager sa firme sur de nouveaux chemins. Surtout, en bon storyteller, Gates a su s’inventer une nouvelle histoire personnelle, celle où après avoir rencontré l’amour avec sa directrice du marketing, il est devenu le plus grand philanthrope de tous les temps. Bien sûr, il s’agit là d’une légende dorée (sur tranche) mais ça marche et l’annonce en juin 2008 de son départ à la retraite n’a provoqué aucune réactions passionnelle.

Image de prévisualisation YouTube

Séparer le plus tôt possible le storytelling du fondateur de celui de l’entreprise

Si les histoires du fondateur ou du patron emblématique ont été à un moment plaquées sur celle de l’entreprise, il faut, pour le bien de cette dernière, travailler à leur séparation, et ce, le plus en amont possible. Dans le meilleur des mondes, c’est au fondateur lui-même de réaliser cette scission quand elle n’est plus utile et avant qu’elle ne devienne préjudiciable. On n’est jamais si bien servi que par soi-même.

Plaquer l’histoire personnelle du fondateur sur celle de son entreprise présente des avantages en étant un véritable accélérateur de notoriété. Mais aussi des risques. Ces derniers peuvent être réduits et gérés. Dans l’absolu, c’est au créateur de prendre l’initiative de faire cesser la confusion des genres quand elle ne présente plus d’utilité (…).

(c) Dunod

STORYTELLING – RÉENCHANTEZ VOTRE COMMUNICATION

Mercredi 7 septembre 2011

STORYTELLING – RÉENCHANTEZ VOTRE COMMUNICATION

Sébastien Durand

Tendances Marketing, Dunod (2011) – 176 pages – 22 €

> Commandez le livre sur le site de Dunod

> Commandez le livre sur Amazon

> Commandez le livre sur la Fnac

> Disponible en librairie

Les marques qui véhiculent une histoire sont celles qui se portent le mieux. Au-delà d’une communication basée sur les produits, elles créent avec leurs consommateurs des histoires qui donnent du sens à l’acte d’achat. Le storytelling, ou communication narrative, insuffle de l’émotion dans la relation entre l’entreprise et ses clients et permet de créer des récits qui se propagent et qui font vendre.

Pour la première fois un livre fait le point sur cette technique, analyse les ressorts de son efficacité et propose une méthode pas-à-pas. En la suivant, vous apprendrez à faire de votre histoire une vraie success story.

> À la découverte du storytelling : comprenez les spécificités du storytelling tel qu’il est pratiqué en entreprise.
> À chaque entreprise son storytelling : devenez une marque avec une histoire, et apprenez à la diffuser.
> Les outils du storytelling : utilisez les différents modèles narratifs, les éléments-clés d’un scénario.
> Le storytelling en pratique : inspirez-vous d’autres success stories grâce aux nombreux exemples et cas d’entreprise.

Publics : responsables marketing & communication, agences de publicité et de communication, concepteurs-rédacteurs, étudiants

L’auteur : Sébastien Durand dirige Sébastien Durand Conseil. Pendant plus de 15 ans, il a ocupé des postes-clés dans le marketing, la communication et les ventes de Disney, Futuroscope, NRJ etc. Il a également prêté sa plumes à des chefs d’entreprise et à des hommes politiques. Dès 2007, il a été le premier en France à se spécialiser en storytelling d’entreprise et à aider ses clients à réorganiser leur stratégie autour de cette technique. Il intervient également dans des conférences et en formation. Il est persuadé que les histoires peuvent changer le monde.

> Contactez l’auteur

Image de prévisualisation YouTube