Essai | le blog du storytelling - Part 3

Archive pour la catégorie ‘essai’

Storytelling – Réenchantez votre communication : en librairie le 7 septembre

Vendredi 24 juin 2011

> En cliquant sur cette image, vous arriverez sur la page Amazon. N'hésitez pas à cliquer sur "J'aime" afin d'aider mon livre à gagner en visibilité. Ca ne vous engage à rien et je vous en serai reconnaissant :)

Les marques qui véhiculent une histoire sont celles qui se portent le mieux. Au-delà d’une communication basée sur les produits, elles créent avec leurs consommateurs des histoires qui donnent du sens à l’acte d’achat. Le storytelling , ou communication narrative, insuffle de l’émotion dans la relation entre l’entreprise et ses clients et permet de créer des récits qui se propagent et qui font vendre.

Ce livre fera donc le point sur cette technique pour analyser les ressorts de son efficacité et proposer une méthode pas-à-pas. En la suivant, vous apprendrez à faire de votre histoire une success story.

> À la découverte du storytelling : comprenez les spécificités du storytelling tel qu’il est pratiqué en entreprise.

> À chaque entreprise, son storytelling : devenez une marque avec une histoire et apprenez à la diffuser.

> Les outils du storytelling : utilisez les différents modèles narratifs, les éléments-clés d’un scénario.

> Le storytelling en pratique : inspirez-vous d’autres success stories grâce aux nombreux exemples en cas d’entreprise.

Publics : Directeurs et responsables marketing, communication et ressources humaines, agences de publicité et communication, concepteurs-rédacteurs, étudiants.

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L’auteur : Sébastien Durand dirige Sébastien Durand Conseil. Pendant plus de 15 ans, il a occupé des postes-clés dans le marketing, la communication et les ventes de Disney, Futuroscope, NRJ etc. Il a également prêté sa plume à des chefs d’entreprise et à des hommes politiques. Dès 2007, il a été le premier en France à se spécialiser en storytelling d’entreprise et à aider ses clients à réorganiser leurs stratégie autour de cette technique. Il intervient régulièrement dans des conférences et en formation. Il est persuadé que les histoires peuvent changer le monde.

« STORYTELLING - Réenchantez votre communication » par Sébastien Durand

Dunod, 22 €, sortie  7 septembre 2011 (en pré-commande sur Amazon)

L’avenir du storytelling d’entreprise : il sera transmedia ou ne sera pas

Vendredi 17 juin 2011

> Dexter, le «serial justicier», est exemplaire du transmedia storytelling. Le premier volume de Jeff Lindsay a servi de cadre à la première saison d’une série télévisée. Les épisodes et les romans peuvent ensuite être vus/lus en parallèle ou non. Des web-séries, des applis pour smartphones et des vidéos sur YouTube élargissent encore le champ narratif.

Avec l’arrivée du web 2.0, les entreprises qui utilisent le storytelling s’étaient déjà converties à une stratégie cross-média : l’histoire est racontée sur un support principal tandis que les autres médias sont utilisés en  soutien. Plus ambitieux et déjà utilisé dans le domaine de la fiction, le transmedia représente sans nul doute l’avenir du storytelling d’entreprise.

Le storytelling va évoluer comme il a toujours su le faire par le passé afin de s’inspirer des nouveaux formats narratifs apparus depuis peu dans l’art et le divertissement et dans lesquels les différents supports se trouvent au même niveau.

Ce n’est pas une vue de l’esprit et cela n’a rien en soi ni de révolutionnaire ni de nouveau : Walt Disney en a été un pionnier dès les années 50. Pas tant pour avoir mis les personnages de ses dessins animés dans ses parcs (car il ne s’agit là finalement que d’une dérivation, une utilisation cross-média). Mais quand les personnages d’une attraction comme «Pirates des Caraïbes», qui dispose de sa trame narrative propre, deviennent les héros d’une série de films à grand spectacle racontant d’autres histoires, alors on entre en plein transmedia storytelling. Surtout quand les automates de l’attraction sont modifiés à leur tour pour ressembler à Johnny Depp ou Geoffrey Rush comme c’est déjà le cas aux États-Unis. Dexter ou Star Wars (cf. mon récent post à ce sujet ici) sont des exemples plus récents et réussis de franchises créatives transmedia.

Pour les entreprises, le transmedia storytelling représentera à terme un renouvellement du storytelling. Il s’agira d’articuler plusieurs univers narratifs simultanément sur plusieurs médias, avec différents points d’entrée pour les différents publics : les histoires seront complémentaires et/ou parallèles mais pourront aussi être comprises indépendamment. Ce sera un défi passionnant à relever.

Guide pratique du storytelling : les 7 typologies narratives 1/3 : entreprises de type dimanche et lundi

Jeudi 9 juin 2011

A priori, on pourrait trouver que La Société Générale et Nestlé ne racontent pas vraiment la même épopée ou que Le Monde et Facebook n’appartiennent pas au même cycle – ni siècle ! – narratif… Pourtant, au-delà de leurs différences apparentes, ces paires d’entreprises appartiennent à deux des sept grandes typologies qui forment le storytelling.

On peut, pour des raisons pratiques et mnémotechniques, présenter ces 7 typologies narratives en les associant aux jours de la semaine. Ces modèles narratifs ne décrivent pas les péripéties précises de l’histoire (le «schéma actanciel» sur lequel je reviendrai ultérieurement) mais fournissent un cadre, un univers. Elles permettent de se servir d’un canevas éprouvé mais aussi d’anticiper : c’est en connaissant les risques potentiels de chaque typologie qu’on parviendra à les éviter.

1 – DIMANCHE : ÉCLAIRER ET PARTAGER LA CONNAISSANCE

Si le dimanche est pour nous synonyme de dernier jour de la semaine, dans de nombreux pays, notamment ceux de tradition protestante, il a gardé sa place de premier jour de la semaine. Et son nom évoque alors plutôt son autre étymologie, celle qui en fait le «jour du soleil» : Sunday, Sonntag etc. Chez les Romains en effet, le dimanche était le jour du culte solaire. Les entreprises de type dimanche ont donc une typologie narrative qui rappelle celle de Phœbus. Patron des arts et des artistes, ce dieu a surtout la maîtrise de la lumière. Il accompagne le soleil dans sa course et en dispense les rayons aux hommes. Rendant ses oracles à Delphes, c’est un dieu décrypteur, un «révélateur» comme on dit en photographie quand l’image apparaît. Donner la lumière, faire œuvre de pédagogie : n’est-ce pas la mission des médias, des industries de la communication et créatives en général ? Attention, il n’y a pas que des avantages à être une entreprise solaire : parce qu’elle apparaît douée pour les arts et la connaissance, elle peut également engendrer la jalousie. Surtout si elle manque de modestie et paraît infatuée de son propre savoir… Enfin, Phœbus n’a pas toujours été payé de retour dans ses amours. Il n’est pas toujours facile d’être celui qui apporte la vérité à ceux qui ne veulent pas l’entendre… La tentation est souvent grande alors de s’en prendre aux Cassandre.

> En proposant d’ordonner le f.o.i.n. ambiant pour en extraire l’i.n.f.o., cette campagne place résolument le monde dans le camp des entreprises de type dimanche. Autres exemples : Libé, Le Figaro, Facebook et les réseaux sociaux, Microsoft et les entreprises de logiciels, Larousse et Wikipédia etc.

2 – LUNDI : VAINCRE LES PRÉJUGÉS ET ÊTRE RECONNU À SA JUSTE VALEUR

Lundi tire son nom du latin «lunae dies», c’est-à-dire le «jour de la lune». Et la déesse qui chasse sous la lune, armée de son arc et de ses flèches, c’est Diane la chasseresse, la même que celle qui aida sa mère à accoucher de son frère jumeau Phœbus ! Ce n’est donc pas par hasard si le lundi suit le dimanche, tout entier consacré au soleil. Rares sont les gens qui ce jour généralement consacré à la reprise du travail comme celui qu’ils préfèrent… Et de fait, le storytelling de style lundi est celui des entreprises discrètes, éclairées elles aussi seulement par reflet. Mais également de toutes celles qui sont aux prises, comme Diane, avec les forces telluriques et sauvages : agriculture, énergie, travaux publics etc.  Le fait de ne pas être «sexy» ne signifie pourtant pas qu’il n’y ait pas pour autant matière à une typologie narrative passionnante ! Mais cela les met souvent sur la défensive.

De plus, sur le long terme, une mauvaise image, ou une absence d’image, ne paient pas. Les entreprises ont besoin de séduire les meilleurs candidats, d’obtenir des concessions des parties prenantes publiques etc. Autant de raisons de faire des efforts sur elles mêmes. La discrétion des entreprises de type lundi ne doit donc pas être confondue avec l’effacement. La plupart sont même comme le héros du «Vilain Petit Canard» d’Andersen, impatientes d’être reconnues pour le cygne qu’elles sont «à l’intérieur».

> Pas facile quand on s’appelle Total et qu’on traîne sa mauvaise réputation de retrouver le sens de son histoire. Une mission qui est celle de nombreuses entreprises de type lundi. Autres exemples : Areva, Bouygues, Suez, le secteur du B2B etc.

> À suivre : typologies de type mardi et mercredi.

La fin des gourous de la com ?

Vendredi 3 juin 2011

Pour les deux auteurs des «Gourous de la com», Aurore Gorius et Michael Moreau, les communicants sont par nature d’affreux méchants et ils n’emploient le terme de «storytelling» que dans un sens biaisé (d’où le sous -titre pas du tout racoleur de leur ouvrage : «trente ans de manipulations politiques et économiques» !). Ceci dit, pas de surprise, ils sont publiés par La Découverte, comme Christian Salmon.

Ceci dit, je ne suis pas rancunier de nature et j’ai trouvé le bouquin très intéressant. Il est sain d’exposer les dessous des batailles qui se déroulent au sein du CAC 40 et dans le monde politique et, en ce qui me concerne, je n’avance jamais masqué. «Les Gourous» détaille donc les stratégies mises en place ces trente dernières années principalement par trois personnes : Anne Méaux d’Image Sept, Michel Calzaroni de DGM Conseil et Stéphane Fouks d’Euro RSCG ;  Maurice Lévy de Publicis, qui aurait bien voulu compter parmi eux, n’y joue en fait que les utilités. À la fin, les auteurs pensent qu’on est peut-être arrivé dans une impasse car trop de com tue la com. Cette dernière n’agirait plus ou peut s’en faut. Si le constat est juste, il manque alors une esquisse du monde qui se dessinerait… Revenant sur le sujet, Le Nouvel Économiste émet pour sa part une hypothèse intéressante et à laquelle j’adhère : c’est l’avènement du web 2.0 qui signerait en fait «la fin des gourous de la com».

La fin peut-être pas mais il est clair que les cadors cités plus haut ont une vision de la com qui est toujours celle de la propagande d’avant les réseaux sociaux, du temps où les crises se réglaient en passant un coup de fil au rédac’chef du 20 heures ou à celui du Monde. Et, comme on l’a vu avec Carlos Ghosn (même coaché par Publicis, il est trop mauvais en télé) ou DSK (les « amicales » pressions d’Euro RSCG sur les médias connivents ne peuvent rien sur Twitter), ce n’est plus le cas. À l’ère du transmedia, il va falloir savoir raconter son histoire sur d’autres supports que ceux qui ont perdu leur crédibilité d’antan. Et ça, c’est une vraie bonne nouvelle pour tous ceux qui se voient en narrateurs et pas en gourous !

Citations : encore plus belles quand elles sont fausses ?

Vendredi 6 mai 2011

Martin Luther King Jr. a fait un rêve. En revanche, il ne s'est jamais prononcé sur la mort d'Oussama Ben Laden.

Sur Rue89, Zineb Dryef rappelait récemment que Voltaire n’a jamais écrit la fameuse phrase qu’on lui attribue pourtant partout sur le web : «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire». Et hier, Stratégies (article payant) citait le célèbre aphorisme de Nietzsche, «Tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort», placardé au dessus du bureau d’Alain de Pouzilhac, (futur ex-)président de France 24. Une phrase qu’on chercherait pourtant en vain dans toute l’oeuvre de l’Übermensch.

Ce n’est pas parce qu’il y a 150 000 résultats sur Google qu’un seul est vrai pour autant !

Au lycée, quand je devais rendre une dissertation et que j’étais à court de citations, je devais me débrouiller avec mon Petit Robert : c’était au siècle dernier. Si aucune ne répondait à mon besoin, j’en inventais une en faisant attention à ce qu’elle semble la plus authentique possible, en pastichant au besoin les grands auteurs (un très bon exercice en réalité mais je ne l’ai réalisé que plus tard). Ou alors, j’attribuais le propos contourné à un écrivain imaginaire, mon préféré étant Oscar Blanfuney, nom de mon arrière-grand père qui n’a jamais écrit de livre mais était relieur, c’est tout comme ! Mes titres de gloire auprès de mes camarades, c’était quand le prof de français reprenait une de mes contrefaçons et la citait en exemple en classe, trahissant par là qu’il n’avait pas de très bons souvenirs de ses propres lectures des classiques…

Mais avec le web aujourd’hui, les fausses citations se perpétuent d’autant plus facilement  que les internautes ne cherchent généralement pas à aller au-delà de leur attribution supposée à un auteur et ne cherchent ni l’ouvrage dont elles sont tirées ni ne mettent en doute leur authenticité. Leur présence en ligne semble faire force de loi. Sur Google par exemple, on peut trouver 86 000 attributions erronées pour la phrase «de» Voltaire et plus de 150 000 pour celle «de» Nietzsche !

Fausses citations de bonne (ou de mauvaise) foi

C’est ainsi que dans les heures qui ont suivi la mort d’Oussama Ben Laden, ma timeline Twitter et s’est enflammée pour une belle citation de Martin Luther King Jr. tellement à-propos. Vous pouvez retrouver ces milliers de tweets ici (je ne les ai pas tous comptés).

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«I mourn the loss of thousands of precious lives, but I will not rejoice in the death of one, not even an enemy.» Martin Luther King Jr.

Je déplore la perte de milliers de vies précieuses mais je ne me réjouirai jamais de la celle d’un seul, fût-il mon pire ennemi.»)

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Mais sur mon Facebook, Phyllis, une ex-collègue et amie américaine a attiré mon attention sur cet article de Megan McArdle dans The Atlantic. La journaliste y montre tout simplement qu’on ne trouve nulle trace de cette phrase avant le… 2 mai 2011, jour de la mort du terroriste. Elle formule l’hypothèse selon laquelle un utilisateur de Twitter a pensé que sa propre pensée aurait plus de poids s’il l’attribuait à une autorité morale incontestable comme celle de l’homme qui a fait un rêve… Et de fait, la formule a fait florès en quelques heures.

Je pense que d’autres explications sont possibles. Le besoin qu’on a de donner du sens aux choses peut nous conduire à croire en toute bonne foi que Martin Luther King Jr. a pu dire quelque chose d’approchant. J’achève en ce moment un livre qui paraîtra à la rentrée et comme il est doté d’un appareil critique important, j’ai dû «sourcer» toutes mes citations ou reprises d’idées. Dans un certain nombre de cas, je me suis ainsi aperçu qu’il était impossible d’en trouver l’origine. Et pour certains passages dont je me sers couramment avec mes clients ou en formation, lorsque j’ai cherché leur première occurrence, Google m’a renvoyé sur… mes propres Conseils du Jour (distillés ici chaque soir) ! Soit j’ai gardé un souvenir trop peu précis des citations originales soit je les ai mal colligées. La seule chose dont je suis sûr, c’est ma bonne foi, j’ai quand même grandi depuis les années lycée ! Encore que j’avoue avoir recouru une fois ou deux à des aphorismes d’Oscar Blanfuney dans certains de mes conseils…

Se non è vero, è ben trovato

Quand il s’agit de mon arrière-grand-père, je vous rassure, le danger n’est pas bien grand. Mais n’oublions pas qu’il y a plus grave que les mots prêtés à tort à Voltaire ou à Nietzsche. Dans son dernier livre, «Le cimetière de Prague», Umberto Eco, raconte (de façon romancée) la rédaction du «Protocole des Sages de Sion». Il s’agit, pour ceux qui l’ignoreraient encore, d’un document prétendument écrit par des Juifs et des francs-maçons et constituant leur plan pour dominer le monde ; en réalité, un faux délirant écrit par des antisémites. Peu importe que les historiens et spécialistes des falsifications aient démonté la supercherie, elle continue de tourner, hier dans la littérature d’extrême-droite et aujourd’hui sur Internet où son énorme diffusion lui donne force de loi chez certains esprits faibles.

Pour terminer sur une note plus légère, je vous quitte avec ce tweet de Nicolas – Onigiri :

Euh, je suis soudain pris d’un doute, il faut que je me replonge dans les mémoires du 16e président américain !

Les éditeurs au défi du transmedia storytelling

Vendredi 22 avril 2011

> La vraie question n'est pas tant de savoir sur quel support on lira demain que de savoir SI on lira demain...

Lirons-nous encore  demain ? Et si oui, que lirons-nous ? Comment lirons-nous ?

Aux États-Unis, le marché a basculé le mois dernier : il se vend désormais plus de livres en téléchargement qu’en livres de poche (ou en «softcover»). Et la bascule est en train de se faire grâce à l’iPad et autres tablettes. Car les e-readers sont en voie d’être dépassés. D’ailleurs, Amazon, jusque là champion du secteur avec son Kindle, s’apprêterait à son tour à sortir une tablette.

Après tout, si l’on se contentait de passer des livres imprimés aux livres téléchargés, le dommage ne serait pas bien grand, sauf pour la rentabilité des libraires (désintermédiation) ou des éditeurs si le piratage entre en jeu. Mais pour les lecteurs, il n’en irait pas différemment. Comme pour la Juliette de Shakespeare, «La rose sous quelque nom qu’on la désigne / Sentira toujours aussi bon» : un livre sera toujours un livre sur quelque support que ce soit. Cela pourrait même être un nouvel âge d’or dans l’absolu. Après tout, qu’importe aux amoureux de la musique que les majors du disque aient souffert : l’accès à la musique, à toutes les musiques, à des talents qui ne pouvaient pas s’exprimer auparavant, n’a jamais été aussi grand.

En réalité, ce qui est en jeu est ailleurs comme le relève dans une récente interview, François Gèze, PDG de La Découverte : «L’évolution la plus préoccupante est certainement la poursuite de la baisse des grands lecteurs dans la tranche d’âge des 15-24 ans. Quand on sait que les pratiques de lecture acquises dans sa jeunesse se conservent peu ou prou toute la vie, il y a lieu de s’inquiéter sur l’évolution à moyen terme du marché du livre, quand les baby-boomers commenceront à quitter la scène». En effet, les nouvelles générations doivent choisir entre tellement de sollicitations de leur temps d’attention qu’ils arbitrent déjà – et arbitreront – de moins en moins souvent en faveur de la lecture, que ce soit un livre papier ou sur une tablette.

Il faudra donc être partout là où seront les nouveaux «lecteurs», si le mot a encore vraiment un sens. Je décris bien sûr là le transmedia storytelling qui n’est plus une vue de l’esprit et qui n’a rien en soi ni de révolutionnaire ni de nouveau : au-delà des expériences en cours, il faut se rappeler que Walt Disney avec Disneyland (1955) ou Geroge Lucas avec Star Wars (1977) en ont été parmi les pionniers. Si les classiques intemporels seront toujours accessibles à ceux, moins nombreux, qui voudront les lire «à l’ancienne», d’autres modes d’«écriture» – le terme sera peut-être même impropre – devront émerger qui tiendront compte de ces aspirations différentes, du besoin de raconter des histoires sur plusieurs supports : romans enrichis (en photos, vidéo, liens etc.) et qui se prolongeront sur d’autres univers : TV, jeux vidéo, réseaux sociaux etc.

C’est là que les éditeurs auront toute leur place. Mais comme on a parlé de convergence entre les mondes de l’informatique, des télécoms et de l’industrie de la vidéo – Nintendo est désormais moins en concurrence avec Sony qu’avec Apple, lui-même plus menacé par RIM (Blackberry) que par Microsoft etc. – il faudra que les éditeurs venus du monde du papier acquièrent de nouvelles compétences et sachent que leurs concurrents ont désormais aussi pour nom Europa Corp.ou Ubisoft…

> Si les Pirates des Caraïbes sont présents depuis 1967 dans les parcs Disney, il a fallu attendre 2003 pour qu’ils deviennent une série de films à succès. Juste retour des choses, le personnage joué par Johnny Depp est désormais intégré dans la version américaine de l’attraction. Ces Pirates sont devenus une franchise transmedia storytelling avec des prolongements narratifs au-delà des films et attractions : romans, jeux vidéo immersifset peut-être bientôt une série animée.

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(merci @aymericvincent pour le lien vers l’interview de F. Gèze)

Prendre des photos surtout quand c’est interdit

Mardi 12 avril 2011

> Résister à un règlement stupide et inefficace est une cause juste

«Les réceptions de l’ambassadeur…» vous connaissez ? Mais en ce moment, la réception de l’ambassadeur qui compte, c’est celle au Palais Farnèse à Rome. L’ambassade de France, qui l’occupe depuis le 19e siècle, a ouvert ses portes aux visiteurs. Officiellement dans le cadre d’une magnifique exposition (jusqu’à la fin du mois) qui permet de la remeubler avec les collections de la famille Farnèse aujourd’hui dispersées (principalement à Naples). Officieusement, pour reconduire son bail emphytéotique en prouvant que nous avons su en prendre soin. Le tout est superbe même avec un audioguide qui commence avec le discours pontifiant de l’ambassadeur («moi je, moi je, moi je») : pourquoi Jean-Marc de La Sablière aime l’Italie, comment il a eu l’idée de l’expo, ce qu’il en espère etc. Passons, cette vanité est plus ridicule que grave.

En revanche, ce qui est plus gênant, comme c’est de plus en plus le cas partout, les photos sont interdites. Les photos au flash pour ne pas abîmer les toiles, je veux bien, mais interdire par principe les photos du bâtiment, des jardins etc. L’interdiction de photographier dans les lieux publics et les expos est ridicule économiquement et indéfendable moralement :

Économiquement, il s’agit d’une privatisation rampante du patrimoine et simplement destinée à protéger les intérêts économiques des boutiques hébergées dans nos musées. Or, elles ne vendront pas une carte de plus en vous envoyant les gardiens dès qu’ils repèrent votre appareil. D’ailleurs, avec les smartphones, c’est devenu de plus en plus discret et un jeu d’enfant de désobéir.

Moralement, s’agit-il de préserver le plaisir des visiteurs cultivés qu’énervent ces photographes du dimanche ? Bien sûr, il y a des compulsifs (je l’avoue, j’en suis et je l’assume) qui ont l’impression de ne pas avoir vécu un moment s’ils ne l’ont pas immortalisé. Cela semble un peu pathétique à nos beaux esprits ? Et alors ? Je ne leur reconnais pas le droit de faire mon éducation culturelle contre moi-même. Nos photos d’amateurs ne seront jamais aussi réussies que celles, réalisées avec l’éclairage approprié et sans personne dans le cadre, qui sont en vente à la boutique ? Là encore, et alors ? Chacun se construit les souvenirs qu’il veut. Des années après, une carte postale n’aura jamais le charme d’une photo jaunie, rayée (encore que, conservée sur un ordinateur, ce soit de moins en moins le cas…) que l’on peut rattacher à notre propre histoire.

En attendant, je ne visite jamais une expo interdite sans la prendre en photo sous toutes les coutures. Et je ne m’en suis pas privé au Palazzo Farnese. Les façades, le jardin, les statues, les peintures (sans flash), les fresques de l’admirable salle des Carrache et le bureau de l’ambassadeur (photo ci-dessus). Je me suis fait un peu aboyer dessus par les gardiens et tant pis. Car il faut résister comme on peut à la stupidité ambiante.

> Dans la rue Giulia, en attendant d’entrer dans l’expo, je lève la tête et découvre cette lessive aux couleurs de l’Italie qu’une mamma romaine a mise à sécher à sa fenêtre.

« Manger tue » ou le storytelling de la peur

Samedi 19 mars 2011

Comme la plupart de ses confrères, VSD choisit un storytelling de la peur à propos de notre alimentation, alors que l'espérance de vie continue d'augmenter dans nos pays et que, à l'inverse, tant de personnes souffrent encore de malnutrition dans les pays en voie de développement... L'espoir fait vivre mais le catastrophisme fait vendre.

Entre l’affaire d’intoxication fatale chez Quick, le «Livre noir de l’agriculture» d’Isabelle Saporta et la récente diffusion sur Arte de «Notre poison quotidien» de Marie-Monique Robin, s’installe l’idée que «manger tue». Ce storytelling de la peur a encore de beaux jours devant lui dans une société en crise et obsédée par l’idée du complot*. Mais ce n’est parce qu’une idée conforte nos peurs qu’elle en est plus vraie pour autant.

* Dans un autre genre, voir le succès du mythe de l’obsolescence programmée par les vilains marketeurs. Une intelligente réfutation ici.

L’aspartame est sans danger. Les dernières études l’ont encore démontré et pourtant les mêmes médias qui s’en sont fait l’écho (en petit) continuent à faire leurs (gros) titres sur ses risques imaginaires. En réalité, nous mangeons de mieux en mieux et de plus en plus sainement. C’est sans doute contre-intuitif mais c’est ainsi. Face aux élucubrations des nouveaux obscurantistes, il faut lire et relire un petit ouvrage fondamental, l’«Histoire des peurs alimentaires» de Madeleine Ferrières (Seuil, 2002).

Dans ce livre qui renouvelle profondément notre connaissance de l’histoire de l’alimentation, l’historienne spécialiste de la culture matérielle et qui a signé plus récemment un gourmand «Nourritures canailles», retrace mille ans de peurs alimentaires qui sont aussi mille ans d’apprentissage de l’hygiène et de la chimie culinaire.

Ce faisant, elle balaie nombre d’idées reçues sur un prétendu âge d’or, celui où les produits que mangeaient nos ancêtres auraient été plus sains et plus variés que notre nourriture actuelle.

Les grandes périodes de disette ? Elles étaient souvent moins dues à la famine réelle qu’au refus culturel des populations de consommer ce qui aurait pu les sauver : les fruits et légumes frais ont ainsi eu longtemps mauvaise réputation et l’on sait qu’il fallut deux siècles après leur importation pour que les paysans acceptent de manger des pommes de terre. Rappelons d’ailleurs que  ce changement est un des premiers exemples de storytelling culinaire : l’agronome Parmentier fit garder ses champs de pommes de terre par des soldats le jour afin d’installer dans l’esprit des cultivateurs l’idée que ces légumes étaient précieux et les laisser les lui voler une fois la nuit venue ! Et il obtint de Louis XVI et Marie-Antoinette qu’ils portent des fleurs de pommes de terre à la boutonnière afin de les rendre plus tendance…

Mais pendant longtemps, l’alternative à mourir de faim était de mourir de ce que l’on mangeait ! Oui, à l’époque, manger pouvait tuer : le bétail était malade, la viande avariée, la contamination à l’homme toujours rampante.

Quant au goût «naturel» des choses d’antan… c’est une légende. Les aliments n’étaient en réalité presque jamais consommés frais. Pour qu’ils soient moins nocifs, on les bouillait, salait ou fumait (les viandes) ou on les enrobait de sucre (les fruits) ou de vinaigre (les légumes). Et pour rassurer le « consommateur » (un mot d’ailleurs beaucoup plus ancien qu’on ne croit), on leur redonnait ensuite leur aspect originel grâce à des moules, des colorants, en somme beaucoup d’ingéniosité : ainsi, le paon était refarci de sa chair pour être dressé tout en plumes sur la table de banquet, les fruits confits et pâtes de fruits imitaient la forme des vrais fruits etc. Conservateurs, adjuvants et autres n’ont rien de nouveau !

C’est Louis XIV qui, pour pouvoir manger des fruits et légumes de bonne qualité, demanda à son agronome La Quintinie de les améliorer. Les potager et verger de Versailles faisaient alors l’admiration du monde au même titre que les jardins de Le Nôtre.

Jusqu’à la Révolution, la seule garantie sanitaire pour les clients du boucher, c’était de le voir tuer les bêtes arrivées en bonne santé à son étal. Pendant des siècles, le bétail devait ainsi obligatoirement arriver sur pattes jusque chez le boucher et traverser la ville sous le regard des citadins. Ce qui n’empêchait pas ensuite un juteux marché gris de la viande avariée, les pauvres l’achetant en toute connaissance de cause mais n’ayant pas assez d’argent pour acheter de la chair fraîche. C’est d’ailleurs pour tenter d’améliorer leur santé que les guildes ont séparé bouchers et charcutiers (chair-cuite) afin de responsabiliser les circuits de distribution.

L’une des principales différences avec notre époque selon Madeleine Ferrières est ainsi nous sommes passés d’une civilisation zoophage (qui voyait tuer les bêtes et voulait que les aliments gardent la trace visible de cet abattage) à une civilisation sarcophage : aujourd’hui, on demande au boucher de nous vendre une viande qui ne rappelle en rien l’animal vivant (« enlevez-moi cette tête avec ces yeux qui semblent me fixer !« ), une viande qui soit, si j’ose dire, désincarnée. Encore mieux si elle est cellophanée pour ne plus avoir rien de… bestial.

L’autre grande différence entre hier et aujourd’hui, c’est qu’au vu de ce qui se passait jadis, on n’a sans doute jamais mangé aussi sainement qu’à notre époque ! Ce n’est pas le moindre des paradoxes qui s’imposent à nous à la lecture de cet ouvrage enthousiasmant et indispensable à tout lecteur gourmand…

Il ne s’agit pas de nier les quelques affaires d’intoxication alimentaires récentes (d’autant plus médiatisées justement qu’elles sont rares) ni les avantages du bio ou du raisonné sur l’agriculture intensive. Mais simplement de rappeler que si nous vivons de plus en plus vieux et en meilleure santé, c’est sans doute que notre nourriture n’est pas (ou pas «que») ce «poison quotidien» qui génère tant de passions. Mais il est vrai que si l’espoir fait vivre, la peur fait vendre.

Guide pratique du storytelling 5/11 : une équipe dédiée

Mardi 11 janvier 2011

> Pour sa première campagne corporate , Bouygues a fait appel à «des hommes et des femmes du groupe» non seulement pour ce visuel mais surtout pour une campagne TV remarquée où ces derniers formaient avec leurs mains et leurs doigts la nouvelle signature : «Construire l’avenir, c’est notre plus belle aventure».

> Ce post fait suivre à Guide Pratique du storytelling 4/11 : le périmètre d’action.

Le storytelling ne pouvant se construire efficacement que dans la durée, sa mise en place est une démarche engageante pour l’entreprise. Vous ne pourrez pas faire l’économie de l’implication initiale de la direction générale… si ce n’est pas elle même qui l’initie. C’est primordial car il est tentant ensuite de réagir dans l’urgence à contre-courant du storytelling. Danone a travaillé pendant des années son positionnement… pour réagir à la crise en lançant des yaourts low cost : contenance moindre, ajout de gélatine de porc etc. On est loin de la santé par l’alimentation ! Et d’ailleurs, ce produit a été supprimé peu après.

Le storytelling doit donc répondre aux objectifs stratégiques fixés par la direction marketing. Il a vocation à être communiqué, ce n’est pas un secret à réserver à l’interne ! À la direction de la com (quand elle est séparée du marketing) de réunir une petite équipe qui comprendra, en plus donc de personnes de la DG, du marketing et de la com, des représentants des RH (et de la com interne si elle lui est rattachée), du commercial et si possible des forces vives de l’entreprise et de ses parties prenantes extérieures.

L’APPORT DE L’INTERNE

Les premiers storytellers de l’entreprise sont en effet ses collaborateurs. Henry Ford considérait à juste titre que ses ouvriers étaient des clients potentiels pour sa Ford T : s’ils pouvaient se la payer, ils en feraient l’article auprès de leurs proches. Cent ans plus tard, la formule marche encore : en 2008, la pub télé de Seat montrait également des «vrais» employés vantant la nouvelle Ibiza.

Franck Riboud – heureusement, Danone est bien plus souvent un bon exemple en la matière qu’un mauvais ! – se sert aussi du storytelling pour motiver ses troupes : «Mon rôle est de convaincre les actionnaires que s’ils veulent voir croître les résultats, il faut qu’ils me laissent donner du sens à l’action de mes salariés». Renforcer la cohésion interne, promouvoir le changement : autant de missions qui ont plus de force de conviction grâce au storytelling. Mais attention au cynisme ambiant : si le storytelling n’est pas crédible en interne, il aura du mal à l’être à l’extérieur ! Que penser de la récente pub Orange montrant des collaborateurs «volontaires» fiers de proclamer leur attachement aux valeurs du groupe après une vague de suicides qui a choqué le pays ?
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Autant de raisons d’impliquer dans la construction du storytelling plusieurs éléments issus de l’entreprise et notamment bien sûr «la mémoire vivante de la boîte» (il y a toujours quelqu’un qui répond à cette définition !) : un ouvrier au savoir-faire qui pourrait se perdre, la secrétaire qui a fait toute sa carrière au même poste etc.

L’APPORT DE L’EXTÉRIEUR

Quand on pénètre dans un certain grand palace parisien par l’entrée des livreurs, on découvre des murs décrépis, des poubelles qui débordent… et parfois même des rats qui courent ici et là ! Quelle histoire peuvent ensuite colporter les fournisseurs et partenaires de ce célèbre établissement ? Certainement pas la même que celle des clients qui font partie des grands de ce monde… Certaines entreprises ont également une influence sociétale qui dépasse le strict cadre du travail : telle usine fait vivre toute une ville, tel établissement a besoin d’une station de bus à sa porte pour permettre à ses collaborateurs d’emprunter les transports en commun etc. Autant de raisons d’impliquer d’autres parties prenantes que celles en interne. De plus, si le storytelling inspire les prises de parole extérieures, autant vérifier tout de suite si le message a des chances d’être bien perçu au dehors. Un fournisseur de confiance, un édile local ont tout à fait leur place dans l’équipe en charge de créer le storytelling. Ainsi que, bien entendu, un ou plusieurs clients fidèles. Si vous les avez déjà identifiés, vos «fans» seront les meilleurs ambassadeurs de votre storytelling sur les forums et dans le monde réel.

> EDF a fait appel à Emilia Visconti, ingénieur énergies nouvelles, ainsi qu’à une douzaine de ses salariés, partenaires et cllents (ainsi qu’à Alain Bernard) afin de crédibiliser ses initiatives pour «changer l’énergie ensemble».

L’APPORT DU PROFESSIONNEL

En tout, l’équipe ad hoc peut donc comprendre une douzaine de participants. Essayez quand même de ne pas aller au-delà si vous ne voulez pas avoir à gérer une usine à gaz ! Et faites-vous accompagner : un storyteller professionnel apportera son regard extérieur distancié. Il est difficile de «pré-tester» un positionnement storytelling comme on le fait avec des storyboards pour un futur spot TV, l’expérience de quelqu’un qui sait la valeur des histoires qui émergent du groupe de travail (toutes n’ont pas le potentiel de faire un bon storytelling !) est un vrai plus.

> Le mois prochain : le storytelling au sein de la stratégie média

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Il sera une fois… Apple / Disney

Vendredi 31 décembre 2010

Bob Iger, Disney & Steve Jobs, Apple. L'un des deux pourrait bien avaler l'autre. (cliché Life.com)

Récemment, le web bruissait de rumeurs sur le possible rachat du patriarche Sony par le fils prodig(u)e Apple (le walkman est bien le père de l’iPod, non ?) et L’Expansion listait 10 proies potentielles pour vider les poches profondes du géant de Cupertino : plus de 50 milliards de dollars dorment dans le coffre d’Onc’PicJobs. Pourtant, la plus logique et la plus grosse est rarement mentionnée : The Walt Disney Company.

Lors de la guerre de fin de règne de Michael Eisner en 2004-2006, Roy E. Disney, le neveu que Walt (que j’ai portraituré ici) avait pourtant bien rencontré Steve Jobs pour parler du rapprochement entre leurs deux sociétés. Officiellement, ce dernier avait alors décliné. Officiellement.

Des pas en direction l’un de l’autre ont néanmoins été faits depuis. Or, c’est bien connu, il n’y a que le premier pas qui coûte. Jobs a vendu Pixar, qu’il possédait en propre, à Disney, lançant ainsi la revitalisation de l’auguste département d’animation et installant ses propres hommes aux commandes créatives, Ed Catmull et John Lasseter. Ce dernier a désormais aussi la haute main sur les nouvelles attractions des parcs à thèmes : peu à peu, Disneyland se transforme en Pixarland…

Autre renaissance espérée, celle des Disney Stores qui avaient bien perdu de leur panache et qui veulent désormais s’inspirer des méthodes de vente des Apple Stores, le summum à l’heure actuelle.

Troisième pas, la multiplication des deals entre les deux compagnies : le développement de iTunes sur le cinéma et la télévision a été rendu possible en premier lieu grâce à Disney/ABC, le premier studio à y installer son catalogue.

Enfin et surtout, en échangeant ses titres Pixar, Steve Jobs est devenu le premier actionnaire de The Walt Disney Company – il possède notamment plus d’actions que les familles des deux fondateurs réunies – et est entré au conseil d’administration.

Jobs rêve d’une nouvelle aventure…

La dernière Keynote (conférence) de Steve Jobs était pratiquement dénuée d’intérêt si ce n’est celui de confirmer la convergence du futur système d’exploitation de Mac (Lion) avec ceux de ses terminaux mobiles iPhone/iPad. Elle montre les limites de l’exercice. Les présentations de Magic Steve étaient des modèles, avec le temps elles sont devenues un peu ennuyeuses avec leurs tics de langages hyperboliques qui tuent l’hyperbole. Non : faire une bande-annonce à partir de ses films de vacances n’a rien de «révolutionnaire».

Je pense que Steve Jobs s’ennuie un peu lui aussi. On ne peut pas changer le monde tous les ans. Après l’informatique personnelle, la musique, la téléphonie, les tablettes et la télévision (ce dernier sujet n’étant pas encore gagné), qu’est-ce qui pourrait bien le motiver ? Vaincre Google comme il a vaincu Microsoft ? La deuxième fois n’a jamais le goût de la première. Mon intuition est qu’il est à la recherche d’un défi à sa mesure pour les dix prochaines années…

Depuis 2006, je suis convaincu (comme quoi je suis ou visionnaire ou psychorigide) que, à un moment, Apple et Disney vont faire un mariage entre égaux. Contrairement à bon nombre de proies technologiques qui feraient courir un risque de monopole à la firme à la pomme, les activités de Mickey sont au contraire complémentaires : studios, télévision, édition, contenus interactifs, parcs à thèmes etc.

Si le PDG actuel Bob Iger a bien réagi à la crise de succession, il est plus un gestionnaire, comme avant lui Roy O. Disney (père de Roy E.) ou Frank Wells, qu’un visionnaire ou un créatif comme l’étaient Walt Disney ou Michael Eisner (qui n’a pas été que l’autocrate autiste de ses dernières années).

En faisant passer ses personnages de l’écran à la réalité des parcs, Walt Disney a inventé en quelque sorte la 3D et il a révolutionné la pop pulture du 20e siècle. Jobs en a fait de même au tournant du 21e siècle avec la pomme culture en redessinant l’avenir des médias vers le multimédia. C’est en croquant la pomme que Blanche-Neige est morte. Mais c’est peut-être en croquant la pomme que Mickey ressuscitera.

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Le + du Blog du Storytelling

Apple avait viré une première fois Steve Jobs. Puis, après son retour aux affaires, ce dernier a dû s’absenter pour de graves ennuis de santé. À chaque fois, la firme à la pomme a tangué, alimentant la «fameuse question» : peut-elle survivre à son fondateur ? J’ai déjà dressé lé parallèle avec The Walt Disney Company qui a traversé un trou noir après la disparition prématurée de Walt en 1966 dont elle a mis presque 20 ans à se remettre ! C’est aussi une constante de mes écrits : en matière de storytelling, il faut rapidement décider où s’arrête l’histoire du fondateur et où commence celle de l’entreprise.