Essai | le blog du storytelling

Archive pour la catégorie ‘essai’

Du droit fondamental de pouvoir choisir ses capsules de café…

Lundi 5 juillet 2010

Prétendre imposer aux consommateurs vos règles ad vitam aeternam est un combat d’arrière-garde. C’est la réflexion que je me faisais récemment en lisant des récits sur la façon dont Epson et Hewlett-Packard avaient tenté en leur temps de conserver le monopole sur les cartouches d’encre pour leurs imprimantes… Mais ils n’ont pu empêcher d’autres de les détrôner avec des recharges moins chères et parfois de meilleure qualité.

Une situation qui rappelle celle de Nespresso aujourd’hui, qui prétend empêcher la concurrence – qu’elle vienne de Sara Lee (L’Or Maison du Café) ou de Casino (Ethical Coffee Company) – de proposer des capsules compatibles avec ses machines à café.

Le géant de Vevey a choisi de faire porter la bataille sur le plan juridique plutôt que sur celui du prix ou de la biodégradabilité, sujets où il n’est pas bon. Comme le note le PDG d’Ethical Coffee dans Challenges : «Une fois que vous avez acheté une imprimante ou une machine Nespresso, elle est à vous et vous pouvez vous en servir comme bon vous semble avec les consommables de votre choix».

Ce n’est pas nouveau mais cette réalité s’impose encore plus de nos jours avec le web 2.0 qui donne plus de pouvoir aux «narrataires» qu’aux narrateurs. C’est un point sur lequel je reviens souvent, notamment parce que certains de mes clients ont du mal à l’entendre, encore plus à l’accepter…

Les histoires sont faites pour échapper à leurs créateurs. Heureusement, «échapper» ne veut pas dire «hors de tout contrôle» mais avec «moins de contrôle… et plus d’influence». Un défi plus complexe mais ô combien plus passionnant et dans lequel le storytelling a une belle carte à jouer.

Le storytelling du patronat français ou la longue marche vers les parties prenantes

Lundi 14 juin 2010

France 5 a diffusé récemment «Il était une fois les patrons», un intéressant documentaire en deux parties sur l’histoire du patronat, de 1840 à nos jours. L’occasion de revenir – et de réfléchir – sur ce qui a changé en 170 de management.

1/ Le patron dieu

Au début était le patron seigneur en son fief. Une bien belle époque où l’on pouvait refuser les augmentations de salaire en affirmant que «si on payait les ouvriers plus cher, il iraient boire» ! À la charnière des 19e et 20e siècles, les premières avancées sociales entraînent des réponses étrangement similaires à celles d’aujourd’hui : «Il est impossible de lutter contre la concurrence étrangère si on doit payer un salaire minimum. Plutôt délocaliser».

2/ Le patron face à l’État

Le siècle passé a donc été celui de la lente ingérence de l’État dans l’entreprise, au nom de la justice sociale. Mais, plus qu’avec le Front Populaire, c’est en réalité après 1945 qu’on assiste à la mise sous surveillance des patrons par un État qu’on appellera bientôt «providence». Les ouvriers sont aussi des électeurs (ceci explique cela) mais il fallait aussi punir un patronat qui s’était globalement bien accommodé de Vichy. D’où les nationalisations et, plus généralement, une meilleur partage des valeurs entre tenants du privé et du public. «L’entreprise à visage humain» connaît pourtant ses premiers coups de boutoir en 1968 et s’effondre au moment du choc pétrolier.

3/ Le patron soumis à l’actionnaire

Une nouvelle race va prendre le pouvoir : les actionnaires. Dans un premier temps, ils servent les intérêts des dirigeants qu’ils rémunèrent grassement. Mais quand la «création de valeur» est érigée en dogme, les patrons se retrouvent à leur tour asservis à la dictature du court-termisme… et se retrouvent – comme les autres salariés – sur un siège éjectable.

4/ Le temps des parties prenantes ?

À la fin du documentaire, certains grands patrons appellent de leur voeux le rééquilibrage des pouvoirs entre actionnaires et les autres parties prenantes. Un concept en faveur duquel je me suis souvent prononcé (notamment ici). Afin de pouvoir demeurer, comme le formule joliment Henri Lachmann (Schneider), des «philosophes dans l’action».

La guerre des ondes

Mercredi 19 mai 2010

> La guerre des (m)ondes aura bien lieu. Dans un monde dévolu au principe de précaution absolue (que vient de nous rappeler l'affaire du volcan), un discours raisonné doit d'abord lui aussi passer par l'émotion...

Antennes-relais, wifi et leur dangers supposés. Une argumentation raisonnée de permettra pas de faire taire les nouveaux obscurantistes des ondes. Et si on mettait un peu d’émotion dans tout ça ?

Une étude sur les ondes auxquelles nous sommes exposés conclut une fois de plus à leur innocuité… mais peine à convaincre les opposants à l’installation d’antennes-relais. Il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre…  Et s’il n’y avait que le téléphone : un de mes amis qui a effectué récemment une mission dans une agence de com (!) me dit qu’il n’y avait pas de wi-fi dans les locaux car le patron en a peur. Et des parents d’élèves ont obligé la mairie à «désinstaller» le wifi dans l’école primaire d’un village près de Nantes pour la même raison. Plutôt des enfants sans horizon intellectuel que traversés par des ondes !

Il y a un an, j’avais raconté (ici) l’émotion qui a saisi tout un quartier de Saint-Cloud dont les habitants vivant à proximité d’antennes relais Orange se disaient victimes de malaises. Les médias s’en étaient emparés jusqu’à ce qu’on découvre que les dites antennes n’avaient pas encore été activées et qu’il s’agissait donc au mieux d’un phénomène d’hystérie collective au pire d’affabulations pour avoir droit au fameux quart d’heure de célébrité ! Nos amis journalistes s’en sont aussitôt désintéressés. M6 a même annulé un sujet pour ne pas se mettre à dos ses téléspectateurs qu’on aurait pu prendre pour les nouveaux possédés de Loudun… À ce propos, qui dira le mal d’être vautré sur un canapé à quelques mètres du poste de télé et des ondes (de débilité) qu’il émet ?

On peut être consterné, on n’en est pas moins devant un vrai défi en matière de communication. Comment répondre ? Certainement pas par la raison on vient de le voir. N’en déplaise aux cartésiens de tout poil, multiplier les enquêtes sur le danger des ondes ne servira à rien car convaincre ceux qui ne veulent pas être convaincus relève de la  mission impossible : comme chacun sait, le mal est d’autant plus présent qu’il est invisible. Comme la cinquième colonne en temps de guerre… On est sur le terrain des émotions et c’est donc par les émotions qu’il faut répondre. Vous avez dit «storytelling» ?

> En attendant qu’on ait démontré la parfaite innocuité des ondes télé et radio, ne devrait-on pas démonter préventivement l’émetteur de la Tour Eiffel au nom du principe de précaution ? Les touristes n’iront qu’à aller ailleurs, la santé de nos enfants d’abord !

Faisons un peu de colligation en allant chercher ailleurs la réponse. Dans un récent dossier sur la contrefaçon, Libé donnait la parole à Catherine Viot, une chercheuse spécialiste des marques et qui rappelait l’inutilité des discours actuels pour endiguer le phénomène. «Les Français ne sont pas sensibles aux arguments sur les coûts sociaux ou les risques pour l’économie du pays ou de la marque», sans doute parce qu’en l’occurrence les consommateurs sont les complices objectifs de la contrefaçon. «Ce qui marche en France» ajoutait-elle, «c’est la dévalorisation sociale : porter du faux qui se remarque alimente les moqueries et peut conduire à l’exclusion». Il y aurait donc une sorte de «marketing de la honte» à mettre en place  qui réponde au «marketing de la peur» qu’agitent les anti-ondes ? Intéressante idée qui montre aussi que le storytelling ne joue pas nécessairement qu’avec des émotions positives… Bien sûr, il ne suffit pas de répondre à une peur irraisonnée par une ironie qui le serait tout autant. Au contraire, il faut se servir du cheval de Troie de l’émotion – même moqueuse – pour entrer dans la place et pouvoir ensuite re-asséner les arguments rationnels à des personnes acceptant désormais de les entendre.

En tout cas, si les opérateurs arrivaient une bonne fois pour toute à «ringardiser» leurs adversaires, les géants de l’agro-alimentaire pourront s’engouffrer dans la brèche et essayer d’être plus audibles à propos des bienfaits des OGM. Et là, je sens déjà les mauvaises ondes de tous les obscurantistes du web fondre sur moi !

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Le + du blog du storytelling

> En 1951, la petite ville de Pont-Saint-Esprit dans le Gard a vécu une nuit d’apocalypse. La folie s’est emparée de ses habitants qui ont vu la Vierge, se sont jetés des immeubles, se sont entre-tués etc. Peu importe que l’on sache parfaitement aujourd’hui que le boulanger avait utilisé une farine contenant de l’ergot de seigle (un puissant hallucinogène) et que les autres cas s’expliquent par un classique phénomène d’auto-suggestion. Les habitants et les médias ne se sont jamais accommodés de la réalité historique. Il faut lire le formidable ouvrage de Madeleine Ferrières, Histoire des peurs alimentaires, pour constater que de tels cas n’étaient pas rares jadis. Près de 60 ans après les événements de Pont-Saint-Esprit (le bien nommé), la webosphère s’enflamme pour une nouvelle piste tout aussi farfelue que les précédentes (possession, extra-terrestres, avertissement divin etc.) : et si la CIA avait répandu du LSD dans l’atmosphère ? Théorie du complot quand tu nous tiens…

Parties prenantes 2/2 : parties prenantes et storytelling, un écosystème vertueux

Vendredi 26 mars 2010

> Suite du post : qui sont les stakeholders ?

Comme Total avec ses raffineries, les laboratoires pharmaceutiques se sentaient parfaitement le droit d’empêcher l’Afrique du Sud d’utiliser des médicaments génériques «illégaux» plutôt que leurs traitements très coûteux contre le Sida en 2001. Ils ont pourtant perdu la bataille de l’opinion publique et ont dû s’incliner. «Impossible désormais d’ignorer les groupes de pression» avouait alors le patron d’un de ces labos. Et c’était avant l’ère des réseaux sociaux !

À l’inverse, certaines entreprises ont compris d’elles-mêmes l’utilité de dépasser la dictature de l’actionnariat. Lorsque – à l’instar d’EDF qui «prête» des ingénieurs à des projets de restauration archéologique en 3D – elles pratiquent le mécénat de compétences, elles concourent à donner plus de sens à la missions des collaborateurs engagés. Et des collaborateurs plus motivés, c’est bien un avantage compétitif, non ?

Pour se propager, une histoire a besoin d’un narrateur et d’un «narrataire». C’est pourquoi le storytelling est particulièrement adapté au concept des parties prenantes. Il tient compte du fait que l’histoire n’est plus aujourd’hui uniquement celle de la marque mais aussi celle dont ses fans se font les ambassadeurs, les «storytellers» et sur laquelle ils interviennent donc. Comme dans ces petites sphères qui sont comme des écosystèmes : chacun a son rôle à jouer dans la construction du storytelling. L’absence d’un seul élément suffit à mettre en danger tout l’écosystème…

En réalité, les dirigeants d’entreprises ont vraiment beaucoup à gagner à intégrer le concept de parties prenantes. Leur réussite n’en sera que plus durable parce qu’elles s’inscrivent ainsi dans l’intérêt à long terme de tous.  Et ça, au final, c’est bon pour les actionnaires qui, après tout, sont eux-mêmes des parties prenantes !

Parties prenantes 1/2 : qui sont les stakeholders ?

Mardi 23 mars 2010

> Jadis, on jouait au Monopoly pour acheter des hôtels (et ruiner ses adversaires). Aujourd’hui, dans Sim City on sait que tout cela aura des implications sur la vie des voisins, les impôts, la pollution du quartier etc. Plus complexe mais aussi plus passionnant...

> Jadis, on jouait au Monopoly pour acheter des hôtels (et ruiner ses adversaires). Aujourd’hui, dans Sim City on sait que tout cela aura des implications sur la vie des voisins, les impôts, la pollution du quartier etc. Plus complexe mais aussi plus passionnant...

Aux actionnaires ou «stockholders», Milton Friedman opposait par dérision les «stakeholders», qu’on traduit en français, faute de mieux, par «parties prenantes». Pour ce grand libéral devant l’Éternel, la cause était entendue : les entreprises n’ont qu’un but : satisfaire «l’avidité» (le terme ne le choquait pas) de leurs propriétaires.

Plus récemment, on a pourtant vu apparaître des entreprises avec un engagement plus citoyen, comme Danone. Chez Sodexho, on a instauré la parité au sein du comité de direction bien avant que la loi ne vienne s’en mêler. On considère aujourd’hui que les entreprises sont des agents économiques qui fournissent un emploi à des dirigeants et à leurs collaborateurs qui, en retour, font vivre leurs familles. Ces mêmes entreprises se fournissent auprès de partenaires et sont en rapport avec, notamment, des collectivités territoriales. Augmenter une production très rentable mais polluante pour l’environnement peut ainsi présenter un intérêt pour l’actionnaire, qui s’oppose à celui de toutes ces autres parties prenantes.

Dans un système qui respecte le droit de propriété, on peut tout à fait trouver légitime que les actionnaires exercent le leur : ils ont apporté l’argent dont l’entreprise avait besoin, ils veulent que cela leur rapporte des dividendes. Il ne s’agit donc pas ici de porter un jugement moral mais de constater un état de fait : nous étions aux deux derniers siècles dans une économie d’intérêts. Nous sommes désormais dans une économie des intéressés. On l’a bien vu récemment avec le cas de Total. Juridiquement, rien n’empêchait l’entreprise de fermer une raffinerie qui lui coûte plus qu’elle ne lui rapporte. C’était sans compter sur la mobilisation des syndicats comme des collectivités locales qui l’ont forcée à prendre des engagements sur la durée pour les autres raffineries en France.

> À suivre : parties prenantes et storytelling, un écosystème vertueux

Conceptualisme : de l’intérêt d’être bi

Lundi 1 février 2010
Bi-conceptualisme ou comment démultiplier les possibilités... notamment en storytelling.

Bi-conceptualisme ou comment démultiplier les possibilités... notamment en storytelling.

«Les hommes politiques sont des marques comme les autres» a écrit Marcel Botton. Il est vrai qu’on leur reproche souvent de tirer sur les plus vieilles ficelles du marketing, de devenir eux-mêmes des barils de lessive pour mieux se vendre aux électeurs… Certains seraient même prêts à faire du storytelling, c’est dire ! ;-) Pour une fois, prônons plutôt la démarche inverse et inspirons-nous d’eux…

Quand un sujet est marqué à droite ou à gauche dans l’opinion, un homme politique du camp adverse ne peut pas tenir un discours convaincant sur le sujet. Par exemple un homme de droite à propos de protection sociale («la droite est antisociale» pour ses adversaires) ou une femme de gauche à propos du maintien de l’ordre («la gauche est laxiste», idem). Cette triangulation – ou tentative d’épouser les thèmes de l’autre – est peu efficace, les électeurs préférant généralement l’original à la copie. Et puis, sous l’influence de Howard Dean, un nouveau concept est apparu, utilisé par Barack Obama et décortiqué avec pertinence par quelques analystes, dont Bruno Roger-Petit.

Le bi-conceptualisme consiste à se ré-approprier les positions du camp adverse en les replaçant dans un contexte plus vaste où l’on peut apparaître soi-même comme plus crédible. En pratique, prenons l’exemple du besoin sécuritaire des Américains. Obama ne pouvant réclamer des peines plus sévères contre les délinquants au risque de décevoir ses partisans sans convaincre ses opposants pour autant, il reformule la sécurité en tant que notion plus globale. «Les Américains ont droit à la sécurité : sécurité de l’emploi malgré la crise, sécurité sanitaire contre la pauvreté, et sécurité des biens et des personnes face à la criminalité»… Et ça passe tout de suite mieux !

On voit bien tout l’intérêt en marketing/com qu’il y a à s’inspirer du bi-conceptualisme. Plutôt que de lutter contre Microsoft et Sony pour rattraper leurs avancées technologiques, Nintendo a choisi de  mettre en avant «le plaisir universel du jeu», dont la technologie n’est que l’un des multiples aspects. Le champ d’application est si riche que nous y reviendrons prochainement. En attendant, majoritairement cerveau gauche ou cerveau droit, nous sommes tous bi-conceptuels !

La colligation 3/3 : l’équation du succès !

Mardi 12 janvier 2010
 > Cliquez sur le graphique pour l'agrandir.

> Cliquez sur le graphique pour l'agrandir.

Dans une série de posts de ce blog consacré au storytelling, nous avons défini la sérendipité, les forces faibles et la colligation. Le graphique ci-dessus permet d’articuler tous ces concepts du savoir-être au faire-savoir en passant par le savoir-faire !

La colligation 2/3 : culture générale contre hyper-spécialisation

Mercredi 6 janvier 2010

La mise au point des Post-it est un exemple parfait de trouvaille sérendipitique + colligation + storytelling !

La mise au point des Post-it est un exemple parfait de trouvaille sérendipitique + colligation + storytelling !

Dans un post précédent, nous avons défini la colligation comme une capacité à relier des abstractions en vue d’une synthèse originale.

La mise en place d’une démarche permanente de colligation met en branle un véritable cercle vertueux. C’est en considérant que la trouvaille sérendipitique d’«une colle qui ne colle pas» n’était pas forcément un échec que 3M a mis au point les Post-it à faible pouvoir adhésif. En l’occurrence, parce que deux ingénieurs colligeaient pour marquer sans les abîmer les pages des livres de psaumes de la chorale dans laquelle ils chantaient. Et des groupes comme Google permettent à leur salariés de consacrer une partie de leur temps de travail à des projets personnels. Dans l’espoir intelligent que leurs intérêts privés rejoindront à un moment ceux de l’entreprise.

À l’inverse, je suis très réservé sur ces entreprises diversifiées qui sont incitées par leurs actionnaires à devenir des «pure players» dans un seul domaine. Les hôtels d’Accor avaient beaucoup à gagner en faisant mieux jouer les synergies avec la branche services du groupe. Au lieu de quoi, la scission marque une régression, sauf à court terme pour les fonds de pension, bien entendu !. À force de se spécialiser, les entreprises risquent de devenir autistes. Dans un monde qui crève de l’hyperspécialisation, la colligation est la réhabilitation de la culture générale.

> Dans un prochain post, nous verrons comment articuler trouvailles sérendipitiques et forces faibles avec la colligation et le storytelling : le graal de la com !

La colligation 1/3 : l’art d’apprendre à penser hors-cadre

Lundi 4 janvier 2010

Le roi des fromages a été inventé par un inconnu, perfectionné par un inconnu et enfin promu par un agent publicitaire célèbre : Charlemagne !

Le roi des fromages a été inventé par un inconnu, perfectionné par un inconnu et enfin promu par un agent publicitaire célèbre : Charlemagne !

Si la sérendipité est l’art du savoir-être et le storytelling celui du faire-savoir, on ne peut passer du premier au second sans maîtriser le… savoir-faire ! Cette technique a un nom, la «colligation» ou «capacité à tirer parti des intuitions et trouvailles pour leur donner des applications concrètes». Comme le roquefort !

On dit qu’un jour, un berger oublia son repas composé d’un morceau de pain de seigle et de fromage de brebis dans la grotte où il dormait parfois. Lorsqu’il y revint quelques semaines plus tard, il le trouva recouvert d’une moisissure peu appétissante. Était-il inconscient ? ou simplement affamé ? Toujours est-il qu’il y goûta et adora. Sans doute parla-t-il autour de lui de sa mésaventure mais il n’en tira aucun enseignement et son nom est tombé dans l’oubli. Un fromager, informé de cette légende, fit des essais dans les caves de Roquefort jusqu’à trouver le bon dosage pour obtenir la fameuse pâte persillée. Des siècles plus tard, lorsque Charlemagne revint de Roncevaux, l’évêque d’Albi lui en offrit et l’empereur en exigea désormais à sa table. Le reste n’est plus un mythe mais bien de l’histoire.

À la base, il y a donc une trouvaille sérendipitique, qu’on l’appelle génie ou hasard heureux. Et à l’autre bout de la chaîne, il y a la mise en scène de cette trouvaille, autrement dit un storytelling. Mais c’est entre les deux que réside le coeur de la réussite du roquefort : l’homme qui, par des essais qu’on imagine multiples et avec leur lot d’échecs avant le succès, est parvenu à force de persévérance, à acquérir un nouveau savoir-faire. Pour cela, il a dû bien colliger…

COLLIGER – À l’origine, ce verbe évoque le fait de «réunir en un recueil, une collection» mais Le Petit Robert nous enseigne aussi qu’il a pris avec le temps le sens de «relier des abstractions en vue d’une synthèse». Autrement dit, la colligation – ce terme est un néologisme – est la capacité à déduire des idées inédites à partir d’éléments a priori épars.

Comment colliger ? En étant curieux de tout, en considérant qu’aucun sujet n’est indigne d’intérêt. Combien de fois avez-vous pensé que le film que vous veniez de voir, l’article que vous veniez de lire, la remarque que votre neveu venait de vous faire devaient être intéressants sans savoir précisément pourquoi ? La prochaine fois, notez-les dans un carnet ou sur votre iPhone : c’est le premier sens de colliger. Et régulièrement, demandez-vous quelles applications nouvelles pourraient en résulter dans un autre domaine que celui exprimé à l’origine : c’est le deuxième effet kiss cool du concept. J’aide les organisations à mettre en place de telles démarches. Et des séances de brainstorming ‘ratées’ ont ainsi pu être réévaluées. En appliquant des idées jugées farfelues à un autre domaine que celui initialement prévu, une entreprise trouvera souvent mieux que ce qu’elle cherchait à l’origine. Il faut vraiment s’entraîner à penser hors-cadre, en dehors des règles fixées.

> Dans un prochain post, nous verrons comment la colligation remet au goût du jour la culture générale.

Que la « force faible » soit avec toi ! 2/2

Lundi 14 décembre 2009

Une goutte d’eau dans l’océan ne sert pas à grand chose. Mais il en suffit d’une en trop pour faire déborder le vase...

Une goutte d’eau dans l’océan ne sert pas à grand chose. Mais il en suffit d’une en trop pour faire déborder le vase...

Cet article fait suite à celui sur les forces faibles ou le lobbying 2.0.

SAVOIR DOSER LES FORCES FAIBLES

Concrètement, si vous voulez mettre cette idée des forces faibles au coeur de votre démarche marketing et communication, cela ne passe pas simplement par une meilleure veille ou une présence renforcée sur les réseaux sociaux. Cela implique également deux conséquences très pratiques :

- La première est l’abandon du consensus mou qui gangrène nombre de conseils d’administration : à vouloir plaire à tout le monde en général, on ne plait à personne en particulier. Il faut donc ré-apprendre à cliver. C’est comme en politique. À part dans la Tunisie de Ben Ali, on n’est pas élu avec 100% des voix. La victoire revient à celui qui convainc un électeur – un seul – de plus que son adversaire ;

- La seconde est que les entreprises doivent accepter la perte de contrôle qu’elles avaient jadis sur leurs produits ou leur image et la remplacer par une capacité à influencer et à renforcer leur réputation. Dans le débat de l’été dernier sur les iPhones/iPods qui «explosaient» à la figure de leur propriétaire, ce qui a sauvé Apple, c’est la mobilisation rapide de ses fans, forces faibles qui ont crû exponentiellement plus vite que celles déployées par ses détracteurs… à moins qu’un «chimiste de talent» n’ait su agiter ces particules dans le bon sens ! C’est en tout cas que certains ont écrit, le refus de toute communication officielle de la Pomme ne signifiant nullement qu’elle n’agissait pas en coulisse.

Les entreprises du monde qui vient doivent apprendre à manier les oxymores à leur tour et répondre aux «forces faibles» par… un «pouvoir doux». Ce fameux soft power qui sait créer l’émotion, donc le désir, et qui est l’une des clés du succès du storytelling.