Essai | le blog du storytelling

Archive pour la catégorie ‘essai’

Conceptualisme : de l’intérêt d’être bi

Lundi 1 février 2010
Bi-conceptualisme ou comment démultiplier les possibilités... notamment en storytelling.

Bi-conceptualisme ou comment démultiplier les possibilités... notamment en storytelling.

«Les hommes politiques sont des marques comme les autres» a écrit Marcel Botton. Il est vrai qu’on leur reproche souvent de tirer sur les plus vieilles ficelles du marketing, de devenir eux-mêmes des barils de lessive pour mieux se vendre aux électeurs… Certains seraient même prêts à faire du storytelling, c’est dire ! ;-) Pour une fois, prônons plutôt la démarche inverse et inspirons-nous d’eux…

Quand un sujet est marqué à droite ou à gauche dans l’opinion, un homme politique du camp adverse ne peut pas tenir un discours convaincant sur le sujet. Par exemple un homme de droite à propos de protection sociale («la droite est antisociale» pour ses adversaires) ou une femme de gauche à propos du maintien de l’ordre («la gauche est laxiste», idem). Cette triangulation - ou tentative d’épouser les thèmes de l’autre - est peu efficace, les électeurs préférant généralement l’original à la copie. Et puis, sous l’influence de Howard Dean, un nouveau concept est apparu, utilisé par Barack Obama et décortiqué avec pertinence par quelques analystes, dont Bruno Roger-Petit.

Le bi-conceptualisme consiste à se ré-approprier les positions du camp adverse en les replaçant dans un contexte plus vaste où l’on peut apparaître soi-même comme plus crédible. En pratique, prenons l’exemple du besoin sécuritaire des Américains. Obama ne pouvant réclamer des peines plus sévères contre les délinquants au risque de décevoir ses partisans sans convaincre ses opposants pour autant, il reformule la sécurité en tant que notion plus globale. «Les Américains ont droit à la sécurité : sécurité de l’emploi malgré la crise, sécurité sanitaire contre la pauvreté, et sécurité des biens et des personnes face à la criminalité»… Et ça passe tout de suite mieux !

On voit bien tout l’intérêt en marketing/com qu’il y a à s’inspirer du bi-conceptualisme. Plutôt que de lutter contre Microsoft et Sony pour rattraper leurs avancées technologiques, Nintendo a choisi de  mettre en avant «le plaisir universel du jeu», dont la technologie n’est que l’un des multiples aspects. Le champ d’application est si riche que nous y reviendrons prochainement. En attendant, majoritairement cerveau gauche ou cerveau droit, nous sommes tous bi-conceptuels !

La colligation 3/3 : l’équation du succès !

Mardi 12 janvier 2010
 > Cliquez sur le graphique pour l'agrandir.

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Dans une série de posts de ce blog consacré au storytelling, nous avons défini la sérendipité, les forces faibles et la colligation. Le graphique ci-dessus permet d’articuler tous ces concepts du savoir-être au faire-savoir en passant par le savoir-faire !

La colligation 2/3 : culture générale contre hyper-spécialisation

Mercredi 6 janvier 2010

La mise au point des Post-it est un exemple parfait de trouvaille sérendipitique + colligation + storytelling !

La mise au point des Post-it est un exemple parfait de trouvaille sérendipitique + colligation + storytelling !

Dans un post précédent, nous avons défini la colligation comme une capacité à relier des abstractions en vue d’une synthèse originale.

La mise en place d’une démarche permanente de colligation met en branle un véritable cercle vertueux. C’est en considérant que la trouvaille sérendipitique d’«une colle qui ne colle pas» n’était pas forcément un échec que 3M a mis au point les Post-it à faible pouvoir adhésif. En l’occurrence, parce que deux ingénieurs colligeaient pour marquer sans les abîmer les pages des livres de psaumes de la chorale dans laquelle ils chantaient. Et des groupes comme Google permettent à leur salariés de consacrer une partie de leur temps de travail à des projets personnels. Dans l’espoir intelligent que leurs intérêts privés rejoindront à un moment ceux de l’entreprise.

À l’inverse, je suis très réservé sur ces entreprises diversifiées qui sont incitées par leurs actionnaires à devenir des «pure players» dans un seul domaine. Les hôtels d’Accor avaient beaucoup à gagner en faisant mieux jouer les synergies avec la branche services du groupe. Au lieu de quoi, la scission marque une régression, sauf à court terme pour les fonds de pension, bien entendu !. À force de se spécialiser, les entreprises risquent de devenir autistes. Dans un monde qui crève de l’hyperspécialisation, la colligation est la réhabilitation de la culture générale.

> Dans un prochain post, nous verrons comment articuler trouvailles sérendipitiques et forces faibles avec la colligation et le storytelling : le graal de la com !

La colligation 1/3 : l’art d’apprendre à penser hors-cadre

Lundi 4 janvier 2010

Le roi des fromages a été inventé par un inconnu, perfectionné par un inconnu et enfin promu par un agent publicitaire célèbre : Charlemagne !

Le roi des fromages a été inventé par un inconnu, perfectionné par un inconnu et enfin promu par un agent publicitaire célèbre : Charlemagne !

Si la sérendipité est l’art du savoir-être et le storytelling celui du faire-savoir, on ne peut passer du premier au second sans maîtriser le… savoir-faire ! Cette technique a un nom, la «colligation» ou «capacité à tirer parti des intuitions et trouvailles pour leur donner des applications concrètes». Comme le roquefort !

On dit qu’un jour, un berger oublia son repas composé d’un morceau de pain de seigle et de fromage de brebis dans la grotte où il dormait parfois. Lorsqu’il y revint quelques semaines plus tard, il le trouva recouvert d’une moisissure peu appétissante. Était-il inconscient ? ou simplement affamé ? Toujours est-il qu’il y goûta et adora. Sans doute parla-t-il autour de lui de sa mésaventure mais il n’en tira aucun enseignement et son nom est tombé dans l’oubli. Un fromager, informé de cette légende, fit des essais dans les caves de Roquefort jusqu’à trouver le bon dosage pour obtenir la fameuse pâte persillée. Des siècles plus tard, lorsque Charlemagne revint de Roncevaux, l’évêque d’Albi lui en offrit et l’empereur en exigea désormais à sa table. Le reste n’est plus un mythe mais bien de l’histoire.

À la base, il y a donc une trouvaille sérendipitique, qu’on l’appelle génie ou hasard heureux. Et à l’autre bout de la chaîne, il y a la mise en scène de cette trouvaille, autrement dit un storytelling. Mais c’est entre les deux que réside le coeur de la réussite du roquefort : l’homme qui, par des essais qu’on imagine multiples et avec leur lot d’échecs avant le succès, est parvenu à force de persévérance, à acquérir un nouveau savoir-faire. Pour cela, il a dû bien colliger…

COLLIGER - À l’origine, ce verbe évoque le fait de «réunir en un recueil, une collection» mais Le Petit Robert nous enseigne aussi qu’il a pris avec le temps le sens de «relier des abstractions en vue d’une synthèse». Autrement dit, la colligation - ce terme est un néologisme - est la capacité à déduire des idées inédites à partir d’éléments a priori épars.

Comment colliger ? En étant curieux de tout, en considérant qu’aucun sujet n’est indigne d’intérêt. Combien de fois avez-vous pensé que le film que vous veniez de voir, l’article que vous veniez de lire, la remarque que votre neveu venait de vous faire devaient être intéressants sans savoir précisément pourquoi ? La prochaine fois, notez-les dans un carnet ou sur votre iPhone : c’est le premier sens de colliger. Et régulièrement, demandez-vous quelles applications nouvelles pourraient en résulter dans un autre domaine que celui exprimé à l’origine : c’est le deuxième effet kiss cool du concept. J’aide les organisations à mettre en place de telles démarches. Et des séances de brainstorming ‘ratées’ ont ainsi pu être réévaluées. En appliquant des idées jugées farfelues à un autre domaine que celui initialement prévu, une entreprise trouvera souvent mieux que ce qu’elle cherchait à l’origine. Il faut vraiment s’entraîner à penser hors-cadre, en dehors des règles fixées.

> Dans un prochain post, nous verrons comment la colligation remet au goût du jour la culture générale.

Que la “force faible” soit avec toi ! 2/2

Lundi 14 décembre 2009

Une goutte d’eau dans l’océan ne sert pas à grand chose. Mais il en suffit d’une en trop pour faire déborder le vase...

Une goutte d’eau dans l’océan ne sert pas à grand chose. Mais il en suffit d’une en trop pour faire déborder le vase...

Cet article fait suite à celui sur les forces faibles ou le lobbying 2.0.

SAVOIR DOSER LES FORCES FAIBLES

Concrètement, si vous voulez mettre cette idée des forces faibles au coeur de votre démarche marketing et communication, cela ne passe pas simplement par une meilleure veille ou une présence renforcée sur les réseaux sociaux. Cela implique également deux conséquences très pratiques :

- La première est l’abandon du consensus mou qui gangrène nombre de conseils d’administration : à vouloir plaire à tout le monde en général, on ne plait à personne en particulier. Il faut donc ré-apprendre à cliver. C’est comme en politique. À part dans la Tunisie de Ben Ali, on n’est pas élu avec 100% des voix. La victoire revient à celui qui convainc un électeur - un seul - de plus que son adversaire ;

- La seconde est que les entreprises doivent accepter la perte de contrôle qu’elles avaient jadis sur leurs produits ou leur image et la remplacer par une capacité à influencer et à renforcer leur réputation. Dans le débat de l’été dernier sur les iPhones/iPods qui «explosaient» à la figure de leur propriétaire, ce qui a sauvé Apple, c’est la mobilisation rapide de ses fans, forces faibles qui ont crû exponentiellement plus vite que celles déployées par ses détracteurs… à moins qu’un «chimiste de talent» n’ait su agiter ces particules dans le bon sens ! C’est en tout cas que certains ont écrit, le refus de toute communication officielle de la Pomme ne signifiant nullement qu’elle n’agissait pas en coulisse.

Les entreprises du monde qui vient doivent apprendre à manier les oxymores à leur tour et répondre aux «forces faibles» par… un «pouvoir doux». Ce fameux soft power qui sait créer l’émotion, donc le désir, et qui est l’une des clés du succès du storytelling.

Que la “force faible” soit avec toi ! 1/2

Jeudi 10 décembre 2009

La force faible permet de comprendre et de répondre aux nouvelles exigences de pouvoir des "consomm'acteurs".

La force faible permet de comprendre et de répondre aux nouvelles exigences de pouvoir des "consomm'acteurs".

La crise des élites comme celle des marques - suivant qu’on s’intéresse aux champs politique ou économique - marque en réalité un rééquilibrage de la balance des pouvoirs au profit des citoyens ou des consommateurs. Il n’y a plus de leaders incontestés, sauf sans doute en Corée du Nord et c’est sans doute là l’aspect le plus positif du phénomène des «forces faibles». Décryptage.

«Force faible» : voilà qui peut sembler de prime abord un oxymore ! Le terme appartient pourtant bien à la physique des particules : la force faible - ou interaction faible - est l’une des quatre forces fondamentales de la nature, les trois autres étant la force de gravitation, la force électromagnétique et l’interaction forte. On parle de force faible car elle a un champ d’action à courte portée, limité au noyau atomique. Mais son intensité croît exponentiellement avec l’énergie des particules en présence. Autrement dit, et pour quitter le champ de la physique, elle est faible individuellement mais forte collectivement.

Attention, il faut distinguer cette «force faible collective» de la notion d’«intelligence collective» théorisée par Pierre Lévy dans les années 1990 et ressuscitée dix ans plus tard avec le culte du «participatif». Il n’y a en réalité dans la force faible aucun jugement de valeur, juste la reconnaissance d’une forme de pression qui s’exerce : plus on est nombreux, plus on pèse…

LA FORCE FAIBLE OU LE LOBBYING 2.0

Ainsi, France Télécom - qui est un cas d’école en matière de mauvaise communication institutionnelle en général (j’en parle souvent sur mon twitter) - s’est encore illustré récemment en réclamant le paiement de factures s’élevant à plusieurs dizaines de milliers d’euros à quelques abonnés qui avaient cru de bonne foi avoir souscrit des abonnements illimités. La mobilisation s’est organisée, principalement sur Internet, et les messages dans les forums et sur les réseaux sociaux ont fait voir rouge aux abonnés d’Orange. L’opérateur historico-monopolistique a eu beau arguer de son bon droit et renvoyer les mécontents à la lecture des petites lignes de leur contrat, il a dû faire marche arrière, annuler les factures et annoncer la mise en place de nouvelles procédures d’alerte quand les téléchargements dépassent un certain seuil. On pourrait aussi citer la loi Hadopi qui entend criminaliser des jeunes qui ne vont pourtant pas cesser pour autant de télécharger des fichiers, l’accès gratuit à la musique leur apparaissant désormais - à tort ou à raison - comme une liberté fondamentale. Il est des victoires juridiques qui sont des défaites morales.

Jadis, quand les sachants s’exprimaient, leur parole était d’or et éteignait la contestation

Mais aujourd’hui, et le web 2.0 y est pour quelque chose, tout a changé. Bon gré mal gré, les entreprises doivent apprendre à faire avec ces consommateurs qui prennent de fait de plus en plus de pouvoir, non pas parce qu’ils sont plus légitimes qu’elles mais parce qu’ils sont plus nombreux. Là est sans doute une clé de la réponse à apporter - par les élites, par les marques - à ce phénomène des forces faibles : ne pas lutter frontalement, ne pas apparaître au-dessus - et donc méprisant - mais à côté… et donc en fait dedans et dehors à la fois.

À suivre : Comment doser les forces faibles.

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> Remerciements : Véronique Anger-de Friberg, journaliste et auteur, avec qui j’ai initié la discussion dont cet article est le résultat. En librairie actuellement : La dernière croisade - Des écolos… aux écolomaniaques ! (L’Arganier)

Passer d’une économie d’intérêts à une économie des intéressés

Lundi 7 décembre 2009
Dans un écosystème, toutes les parties ont besoin les unes des autres et sont utiles les unes aux autres.

Dans un écosystème, toutes les parties ont besoin les unes des autres et sont utiles les unes aux autres.

Dans le monde qui vient, le pouvoir n’appartiendra plus seulement aux propriétaires des entreprises mais devra nécessairement être rééquilibré entre eux et les collaborateurs, les clients et même les fournisseurs et autres partenaires. En anglais, on les appelle «stakeholders» (parties prenantes) par opposition aux traditionnels «shareholders» (actionnaires). Autrement dit, le défi va consister à passer d’un marché d’intérêts à un marché des intéressés.

C’est cette conviction que j’essaie de faire passer auprès de mes clients quand ils ont du mal à accepter que certains internautes aient parfois acquis plus de légitimité qu’eux à venir parler de leurs entreprises sur les réseaux sociaux. C’est que ces internautes sont à proprement parler des stakeholders. Face à cette perte de contrôle (de l’image, du message etc.), certains paniquent. D’autres s’adaptent et utilisent des relais d’influence.

Pour être de ceux-là, plusieurs concepts se révèlent utiles : la sérendipité qui permet de transformer l’inattendu en un heureux hasard bien sûr mais aussi les forces faibles ; ainsi que la colligation sur laquelle je reviendrai le mois prochain. Le point commun à tous ces mots «compliqués» ? Le storytelling bien sûr, qui n’est pas autre chose que leur mise en scène par le biais d’une narration simple et efficace.

Trouver les histoires qui aideront à ré-enchanter le monde du travail

Mardi 24 novembre 2009

En diffusant récemment «La mise à mort du travail», France 3 a secoué les consciences à défaut de l’audimat. Le constat semble sans appel : le travail ne serait plus une valeur mais une aliénation et les salariés du tertiaire les nouveaux mineurs de fond. Un retour au temps de Zola en somme.

Ce n’est pourtant pas ce que nous disent les statistiques. René Padieu, inspecteur général honoraire de l’Insee et président de la commission de déontologie de la société française de statistique, écrivait récemment qu’il n’y a pas à proprement parler de vague de suicides à France Télécom. «Ce qui fait sens n’est pas le chiffre  des suicides mais son invocation (…) Quand on se met à observer quelque chose, on le voit apparaître».

Il ne s’agit pas ici de dédouaner l’opérateur historique de sa gestion calamiteuse de la crise dont j’ai amplement parlé (notamment ici mais aussi régulièrement sur mon twitter). L’indifférence puis la maladresse de la direction sont consternantes. Didier Lombard a ainsi pu parler de «mode des suicides» et son Monsieur basses-oeuvres, Pierre-Louis Wenes (écarté depuis), prétendait que «le climat social n’est pas si épouvantable». Il semble bien pourtant que les individus n’y soient que des variables d’ajustement comme l’a implicitement confirmé Stéphane Richard, futur PDG : «Il faut remettre de l’humain dans les rouages». Terrible expression.

Pour autant, toutes les entreprises ne sont heureusement pas comme France Télécom. Il existe encore des boîtes pour lesquelles on est content de travailler, des aventures humaines et professionnelles qu’on est fier de partager… Le storytelling, qui aide à fédérer et à mobiliser les collaborateurs autour d’un projet entrepreneurial, participe du nécessaire ré-enchantement du travail. À condition que l’exemple vienne d’en haut et que les dirigeants, les DRH et les responsables de com interne cessent de chercher leur modèle dans Les Temps Modernes de Charlie Chaplin. Même s’ils s’en défendent, ils sont encore nombreux, comme Richard, à considérer l’homme comme un simple rouage…


Modern times he’s crazy
envoyé par dictys. - Futurs lauréats du Sundance.

Retrouver le plaisir de la découverte avec la sérendipité

Jeudi 5 novembre 2009

Dans un post précédent, j’ai raconté d’où vient le concept de sérendipité et ce qu’il définit aujourd’hui. Je voudrais aujourd’hui revenir sur les aspects pratiques de la mise en place d’une démarche «sérendipitique» en entreprise.

En vous promenant dans les bois, il vous est peut-être arrivé de constater la présence de bardane (ou de chardon alpin) collée sur les jambes de votre pantalon de velours. Et si vous avez regardé de près, vous avez remarqué que les petits crochets de la fleur adhéraient aux bouclettes du tissu. En 1948, l’ingénieur suisse Georges de Mestral a fait la même constatation mais à lui, cette mésaventure a inspiré la mise au point de la bande auto-agrippante, le fameux Velcro (pour Velours-Crochet, aujourd’hui un nom générique). Comment passer du hasard à la sérendipité ? Peut-on forcer cette dernière ? Comment mettre en place une démarche sérendipitique ?

Cette dernière est étroitement corrélée à la question de l’innovation en entreprise. En effet, notre mode de pensée est généralement conditionné par des schémas mentaux dont il est difficile de s’extraire. Même le brainstorming n’est pas aussi spontané ni libre qu’on le pense et il s’exerce rarement «en dehors de la boîte». Or, l’innovation procède nécessairement de la rupture. Comme l’a expliqué Henry Ford qui a inventé l’automobile moderne il y a un siècle : «Si j’avais demandé à mes clients ce qu’ils voulaient, ils m’auraient réclamé… un meilleur cheval». Pour penser hors cadre, il faut donc faire confiance à son intuition.

Il faut apprendre à lâcher prise au niveau individuel, à laisser zigzaguer sa pensée. Une capacité disruptive personnelle est souvent la condition sine qua non pour réussir la sérendipité collective en entreprise. Autrement dit, dans notre vie de tous les jours, nous devons apprendre à refuser les phrases fermées, à les remplacer par une formule ouverte comme «pourquoi pas ?». Par le biais d’ateliers, de tests ou d’exercices créatifs, on identifie un noyau de collaborateurs complémentaires pour travailler sur une problématique prédéfinie. On émet des hypothèses, on expérimente… et on regarde le résultat. Les entreprises vertueuses ne sanctionnent pas l’échec, cela fait partie du risque, et elles en analysent les causes pour éviter qu’il ne se reproduise. C’est là qu’il faut penser différemment. Pour moi, il y a les réussites et… les réussites inabouties. Ces dernières ne sont des échecs que si on ne se dit pas : «Ce n’est pas ce que je voulais dire/faire mais...» ou encore «Est-ce que cela ne pourrait pas aussi servir à…».

Conjuguée à d’autres notions - sur lesquelles je reviendrai prochainement - la sérendipité réhabilite l’intelligence intuitive. «Il n’est d’autre connaissance qu’intuitive» a écrit Jean-Paul Sartre. «La déduction et le discours improprement appelés connaissance ne sont que des instruments qui conduisent à l’intuition». Souvent, les chemins de traverse sont plus intéressants que les lignes droites et surtout, ils sont plus fun. Retrouver le plaisir de la découverte est un des bénéfices de cette démarche. La sérendipité remet la joie au coeur de l’entreprise.

> À suivre sur ce blog : deux notions à conjuguer avec sérendipité et storytelling : les forces faibles et la colligation. Intrigués ? Vous en saurez plus prochainement.

Sérendipité : le “hasard” fait bien les choses…

Lundi 12 octobre 2009

Pub pour les Post-it. L'invention d'une colle à faible pouvoir adhésif (heureusement pour Jade) est un exemple célèbre de trouvaille sérendipitique.

Pub pour les Post-it. L'invention d'une colle à faible pouvoir adhésif (heureusement pour Jade) est un exemple célèbre de trouvaille sérendipitique.

Quand le mot «sérendipité» figurera dans les dictionnaires, on se souviendra peut-être que c’est en 2009 qu’il a vraiment commencé à faire florès. Mais Alain Peyrefitte lui consacrait déjà un chapitre de son célèbre essai, «Le mal français», il y a plus de 30 ans. Retour sur un mot qui va désormais beaucoup faire parler de lui en marketing et communication…

Deux chercheurs qui se trompent dans les dosages et produisent une colle qui ne colle pas : une erreur comme il s’en produit des milliers chaque jour ? Non bien sûr, car c’est ainsi que Spencer Silver et Arthur Frey ont mis au point les Post-it. C’est cela la sérendipité - de l’anglais serendipity -  qu’on pourrait définir comme «une innovation majeure d’origine plus ou moins fortuite et dont l’importance ne se comprend qu’a posteriori». À notre niveau, nous l’avons tous pratiquée un jour ou l’autre, par exemple en cliquant de lien en lien sur Internet jusqu’à tomber sur une page web formidable que nous n’aurions jamais trouvée autrement.

Mais attention, ce n’est pas un pur synonyme de hasard. Renverser une tarte et réaliser qu’elle est éventuellement meilleure ainsi, c’est une simple maladresse aux conséquences heureuses. Mais inventer la crème brûlée en appliquant un fer rouge sur une crème qu’on voulait réchauffer et ne caraméliser que le dessus, ça c’est de la sérendipité. Le résultat est différent de celui que François Massialot, le chef en question, attendait mais sa trouvaille géniale procède d’une disposition de l’esprit, cela implique qu’il cherchait quelque chose à la base. Pour reprendre l’exemple des deux chercheurs de chez 3M, ils étaient déjà à la recherche d’une colle à faible pouvoir adhésif car, chantant dans une chorale religieuse, ils voulaient marquer les pages des livres de psaumes sans les abîmer.

Une démarche sérendipitique implique donc bien de partir avec une idée de la route sur laquelle on s’engage… tout en acceptant que les péripéties rencontrées nous fassent emprunter des chemins de traverse. La connaissance toute seule amène à la réflexion, pas à l’action. Si on attend d’avoir toutes les cartes en main, en réalité, on ne se lance jamais. La sérendipité réhabilite donc l’action par le biais de l’intuition. Bien sûr, il arrive qu’on se trompe mais en cela aussi, elle est un puissant agent décomplexant. Je l’utilise souvent en entreprise pour stimuler la créativité et je sais que, dans la vie, rares sont ceux qui osent vraiment car ils ont peur d’être jugés en cas d’échec. Or, ce qui importe c’est moins de ne pas se tromper que d’apprendre de ses erreurs et de se relever. Je suis bien conscient néanmoins qu’une telle démarche n’est pas toujours assez valorisée et quand je travaille avec des dirigeants totalement allergiques au risque, je leur rappelle que sans leurs échecs préalables, et les leçons qu’ils ont su en tirer, Walt Disney, Thomas Edison ou Steve Jobs n’auraient pas fait la carrière qu’on leur connaît.

Les découvertes en partie fortuite et leur narration ultérieure sont le matériau rêvé pour bâtir des légendes entrepreneuriales. En ce sens, la sérendipité est le meilleur allié du storytelling. Comment mettre en place une telle démarche au sein de votre entreprise ? Ce sera l’objet d’un prochain post.