
Après les propos de Jean-Paul Guerlain, on n'est décidément "trahi" que par les siens. L'homme est un loup pour l'homme...
Ce post fait suite à Guerlain, le parfum du scandale 1/2
Suite aux propos racistes de son ancien dirigeants, la Maison Guerlain a présenté ses excuses. Ceci dit, la polémique ne montre aucun signe de faiblesse. Et ce pour au moins deux raisons.
La première est que Guerlain n’est plus une maison familiale : depuis 1994, c’est une filiale du leader mondial du luxe, LVMH, dont le silence semble un peu assourdissant. Or, le parfumeur est relativement peu présent hors de France et son internationalisation n’a rien à voir avec celles d’autres marques du groupe comme Vuitton ou Dior. Aux États-Unis notamment, la colère des associations activistes est en train de se retourner contre la maison-mère. LVMH se défend de tout retard à l’allumage en indiquant considérer que les excuses de sa filiale étaient suffisantes. C’est trop peu trop tard : la ville de Montpellier vient déjà d’annuler une manifestation culturelle autour de Guerlain la semaine prochaine et une manifestation est prévue ce jour (samedi) devant la boutique des Champs-Élysées. La machine s’emballe…
La seconde figure dans le communiqué : «Ceux d’entre vous qui connaissent la société de l’intérieur savent à quel point ces propos sont aux antipodes de la réalité de l’entreprise, faite de diversité, de tolérance et d’enrichissement mutuel». Mais le grand public, lui, ne connait pas de l’intérieur la Maison, cette phrase sonne donc relativement creux (ce qui ne signifie pas qu’elle soit fausse). Si des valeurs comme la diversité, la tolérance et l’enrichissement mutuel figurent vraiment dans l’ADN de Guerlain, elles ne se décrètent pas, elles se prouvent. Comme je l’ai écrit récemment, «C’est comme en amour. Il n’y a pas de storytelling, il n’y a que des preuves de storytelling».
IL FAUT MAINTENANT PASSER DE LA RÉACTION À L’ACTION
Il appartient donc à Guerlain – et au-delà à LVMH – de passer à l’offensive et d’agir. Quelles pistes envisager ? Très clairement, le thème de la continuité familiale qui faisait partie de l’ADN de l’entreprise est à abandonner en ce moment. Dans les autres constituants de son storytelling, il y a le fait que Guerlain est le dernier grand parfumeur à utiliser des essences naturelles. Tous les champs d’arômes, de fleurs, d’épices de Madagascar ou d’Inde qui appartiennent à la Maison sont-ils équitablement récoltés ? Cela contribue-t-il au développement durable des pays et particulièrement des populations concernées ? Si oui, il faut le dire, si non, il faut s’y engager. Des collaborateurs issus de la diversité illustrent-ils des parcours particulièrement réussis ? Peuvent-ils prendre la parole ? Enfin, LVMH doit nommer un responsable de la diversité au niveau du groupe pour prouver sa volonté d’être un élève modèle (confronté à un problème similaire, c’est ce qu’a fait L’Oréal, avec succès).
Bonne nouvelle en tout cas, la marque est descendue de son piédestal et en appelle à toutes les bonnes volontés : «Nous sommes à l’écoute de vos remarques et suggestions pour nous aider à traverser cette passe difficile». Sur Slate.fr, un contributeur (qui n’est autre que François Hollande !) «forme le vœu que la firme répare les propos de son ancien dirigeant, en se montrant plus qu’exemplaire en matière d’embauches, de promotions et de reconnaissance envers ses salariés, qui ont pu être blessés par ses mots; et que Guerlain réfléchisse à un prochain parfum qui porterait le beau nom d’‘Égalité’». Chiche ?














