Bonnet D'âne | le blog du storytelling

Archive pour la catégorie ‘bonnet d'âne’

Toyota 2/3 : la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf…

Jeudi 4 mars 2010

Suite du post : l’icône cabossée.

Il y avait un contrat de confiance très fort qui liait la marque (en particulier sa division haut-de-gamme Lexus) à ses fans. Ils s’en faisaient les «storytellers», les propagateurs : pour beaucoup la Prius était à l’automobile ce que le Mac représente dans le monde de l’informatique, le «think different». Comme un vulgaire pare-brise, ce contrat vient juste de voler en éclats. La chute de la maison Toyota a tout pour devenir un cas d’école. Mais en réalité, le modèle social avait déjà du plomb dans l’aile carrossée, les profits étaient déjà sortis de la route quand le constructeur a fait appel il y a un an à Akio Toyoda (avec un «d»), petit-fils de l’inventeur de la marque, comme pour retrouver le sens du storytelling perdu.

Car l’histoire s’est emballée il y a déjà plusieurs années, quand le constructeur est devenu moins obsédé par la qualité que par la taille : devenir numéro 1. Il y est finalement parvenu… mais à quel prix ! Déjà, aux États-Unis, les journalistes ont inventé une nouvelle expression pour qualifier un désastre industriel brutal et inattendu : «it’s a toyota !». Et ça, on peut parier que cela va longtemps lui coller aux roues…

> À suivre : un post qui dédouane quand même (un peu) Toyota : le retour du péril jaune…

Toyota 1/3 : une icône bien cabossée…

Lundi 1 mars 2010

Depuis deux décennies, Toyota était le modèle sur lequel les autres constructeurs se réglaient. Le Japonais venait même de ravir la première place sur le podium à General Motors quand la machine s’est brutalement enrayée. Récit d’une sortie de route dramatique.

Il y a quelques mois, le cabinet Interbrand estimait que Toyota était la 8e entreprise la plus puissante au monde (et la 1ère dans son secteur, l’automobile), celle dont la marque avait une valeur ajoutée de plus de 30 milliards de dollars ! C’était avant. Avant le rappel de millions de véhicules pour des problèmes de sécurité qui ont peut-être causé la mort de plusieurs dizaines de personnes. Et en communication, on sait que le «peut-être» n’existe pas.

Car à cet accident industriel, il faut en effet en ajouter un autre, celui de la com du groupe précisément. Après avoir nié les faits, Toyota s’est en effet contenté d’excuses si peu audibles qu’il lui a donc fallu les réitérer jusque devant le Congrès américain. Il n’y a pas eu de grande compagne de pub pour regagner la confiance des consommateurs, comme si tout cela n’était pas si grave après tout. Alors qu’en face, les sites appelant à fédérer les mécontents, les forums et les réseaux sociaux sont mobilisés à plein ! L’entreprise a simplement promis «qu’à l’avenir, toutes les alertes de sécurité, y compris les plus banales, seront systématiquement rendues publiques». C’est trop tardif et à la limite contreproductif car l’application «systématique» du principe de précaution va conduire à effrayer les consommateurs en permanence. Mais c’est aussi trop peu car le «à l’avenir» ne rassure pas : que compte faire Toyota maintenant pour sécuriser tous ses véhicules et indemniser les conducteurs pour le préjudice subi ?

> Mieux vaut tard que jamais…

Pendant les J.O. de Vancouver, Toyota a néanmoins commencé à diffuser une publicité télé sur le thème : «Une bonne entreprise répare ses erreurs, une grande entreprise en tire des leçons». Toujours trop peu, trop tard.

> À suivre : Pourquoi Toyota a rompu le contrat de confiance avec ses fans.

Le nouveau luxe est modeste : illustration pâtissière

Jeudi 21 janvier 2010
Trop d'or finit par faire mal aux yeux, surtout quand il ne s'agit que de doré !

Trop d'or finit par faire mal aux yeux, surtout quand il ne s'agit que de doré !

Récemment, je faisais une pause gourmande chez Fauchon en compagnie d’une amie et j’ai pris un «éclair précieux caramel beurre salé». Le terme «précieux» vient de ce qu’il est intégralement recouvert de feuille d’or. Très bon, certes, mais terriblement bling-bling. L’assiette en carton, les couverts en plastique : tout était pareillement doré. Ad nauseam ! Pour ajouter l’injure à la blessure, le salon de thé à l‘étage ressemble plus à une cafétéria de supermarché que ce qu’on est en droit d’attendre place de la Madeleine. Quel dommage, il n’y a pas si longtemps, on citait Fauchon comme emblématique d’une marque qui avait réussi à se relancer. C’était dans les années 2000.

À l’inverse, Philippe Conticini vient d’ouvrir sa Pâtisserie des Rêves où il propose des desserts classiques (tartes tatin, paris-brest ou saint-honoré) que l’on croit connaître mais qu’il réinvente totalement sur le fond comme sur la forme. «La simplicité est la sophistication suprême» a dit fort justement Léonard de Vinci. Détail qui ne trompe pas, cette pâtisserie se trouve rue du Bac… là même où fut inventé le millefeuille en 1867. Un détail pour inités ? Oui, et alors : on est dans les années 2010 !

On veut désormais du bon et du beau avant de vouloir de l’ostentatoire. Le luxe a toujours lancé les modes et aujourd’hui, le luxe est modeste. Les détails sont devenus ce qui fait la différence. Il faut adapter votre storytelling à cette réalité. En gardant à l’esprit ces mots prophétiques du philosophe et historien Benedetto Croce : «toute histoire est une histoire contemporaine».

Tintin, 80 ans et quelques rhumatismes

Lundi 9 novembre 2009

Les livres, comme les produits dérivés, de Tintin doivent toujours s'inspirer des poses classiques des albums originaux

Les livres, comme les produits dérivés, de Tintin doivent toujours s'inspirer des poses classiques des albums originaux

Tintin a 80 ans. Sous le contrôle très strict de ses ayant-droit, le personnage est peut-être en train de se scléroser en se laissant «muséifier». Décryptage.

Seuls les tintinophiles avertis savent ce qu’ils doivent à Tchang Tchong-Jen. En effet, les premiers albums, marqués par le rejet aussi bien du communisme soviétique que du capitalisme américain ainsi que par un colonialisme daté, auraient sans doute sombré dans l’oubli. Mais la rencontre avec le jeune étudiant chinois va faire basculer la ligne claire de Georges Rémi dit Hergé du côté des chefs d’oeuvre qui ont marqué le 20e siècle. Tchang a bien sûr inspiré le personnage éponyme du Lotus bleu, paru en 1936, mais aussi une vision humaniste et plus universelle de Tintin. Celui que de Gaulle voyait comme son seul rival en termes de popularité a brutalement cessé ses aventures en 1983 au décès de Hergé. Même le dernier album, Tintin et l’Alph-Art, n’est sorti qu’en version crayonnée puisque l’auteur n’avait pas eu le temps de l’achever.

Depuis, si le reporter qu’on ne voit jamais écrire d’articles a été présent à la télévision, au théâtre, au cinéma (Steven Spielberg et Peter Jackson préparent la sortie du film adapté des 7 boules de cristal et du Temple du soleil), et même en jeu vidéo, ce sont toujours des adaptations des albums de BD. Même les produits dérivés utilisant l’image de Tintin doivent être basés uniquement sur les illustrations originales. Cette intransigeance des ayant-droit a souvent été mal interprétée. Récemment, l’inauguration du musée Hergé à Louvain en Belgique a donné lieu à un psychodrame entre les journalistes ulcérés de ne pas pouvoir photographier les salles d’exposition et les dirigeants de Moulinsart S.A. qui traînent facilement devant les tribunaux tous ceux qui utilisent la célèbre houppette sans autorisation. Certains dénoncent régulièrement la dérive mercantile de ces derniers. C’est une erreur. Hergé l’avait explicitement déclaré : «Faire vivre mes personnages, je suis le seul à pouvoir le faire. Tintin c’est moi, comme Flaubert disait : Madame Bovary c’est moi !». On est donc plus sur une question de contrôle d’un héritage artistique que financier.

Pourtant, si les héritiers s’en tiennent à une interprétation étriquée des exigences de Hergé, Tintin va s’étioler et finir par ne plus parler qu’à ses fans âgés de plus de 77 ans. S’il faut chercher une indication de la bonne marche à suivre, regardons plutôt du côté de la conduite de l’artiste de son vivant, sans tenir compte de ses déclarations. Les aventures de Tintin n’étaient pas figées ad vitram aeternam : les albums en noir et banc ont été coloriés, puis redessinés pour incorporer des signes de la modernité : automobiles, avions ou télévision !  Mais aujourd’hui, le fossé entre ceux qui ont le droit et le devoir moral de leur côté et les fans qui, eux, parlent de morale, apparaît bien difficile à combler.

> À suivre : la stratégie, complètement différente, d’Uderzo pour qu’Astérix lui survive.

Je t’aime moi non plus 2/3 : France Télécom

Mercredi 21 octobre 2009
Dans sa quête pour se faire aimer de ses clients (et encore...), France Télécom a sans doute sacrifié ses collaborateurs.

Dans sa quête pour se faire aimer de ses clients (et encore...), France Télécom a sans doute sacrifié ses collaborateurs.

Interrogée dans le cadre d’un article sur les chasseurs de têtes, une des stars de la profession déclarait récemment : «Je crois beaucoup au management par la bonté». Une formule qui peut surprendre tant elle semble aux antipodes de la réalité vécue par les salariés de nombreux grands groupes.

Après Sanofi-Aventis et Renault, France Télécom a été frappé à son tour par une série de suicides. J’ai beaucoup twitté à ce sujet. Dans un premier temps, la réponse de la direction a été plus que maladroite, son DRH expliquant benoîtement qu’environ 30 salariés du groupe se suicident chaque année : on serait donc en quelque sorte dans la moyenne…

Heureusement, après convocation ministérielle, le PDG a indiqué prendre la mesure du problème et s’est engagé à «créer un nouveau contrat social dans l’entreprise». Malheureusement, la formule de Didier Lombard - «Il faut mettre un point d’arrêt à cette mode du suicide» - a eu un effet désastreux. Comment ruiner le travail d’une énorme structure par une seule phrase quand on est un handicapé de la communication (comme le montre encore la vidéo de Mediapart ci-dessous).


Didier Lombard, pdg d’Orange, et la pêche aux moules
envoyé par Mediapart. - L’info internationale vidéo.

Comme dans les sentiments, il n’y a pas d’amour mais seulement des preuves d’amour : les collaborateurs de France Télécom attendront donc un peu avant de croire en la bonté de leur management… Pendant ce temps, les suicides continuent.

Dans mon dernier post sur le sujet, je m’intéresserai à un cas d’amour/désamour encore plus vaste que celui du champ entrepreneurial, celui d’un pays : la Chine.

Le Walkman, icône de la génération “pre-digital native”

Lundi 7 septembre 2009

Le Walkman a eu 30 ans cet été. L’anniversaire est un peu passé inaperçu (pas un mot sur le site officiel de la marque par exemple), ne serait-ce qu’à cause des déboires de Sony, qui n’est plus que l’ombre de l’innovateur par excellence qu’il fut. Pourtant ma génération doit beaucoup à ce petit appareil qui nous a rendu libres d’écouter la musique à tout moment et en tout lieu…

Le storytelling veut qu’Akio Morita, le légendaire patron de Sony ait demandé à ses ingénieurs de lui concevoir un appareil qu’il pourrait emporter sur les greens et écouter ainsi ses musiques préférées tandis qu’il jouait au golf. Il aurait également exigé que l’objet en question fût à peine plus grand que la cassette audio qu’il devrait contenir, un exploit technique jugé à l’époque impossible à réaliser… On n’a pas fini de mesurer les changements sociétaux que cet appareil a apporté : il a certes rendu à l’homme le pouvoir d’écouter «ma musique quand je veux où je veux» (le déclin de l’industrie du disque a peut-être en réalité commencé là) mais il a aussi rendu certains de ses adeptes autarciques, seuls dans la foule…

Même le nom de Walkman, dans un anglais aussi «petit nègre» que celui qui, quelques décennies plus tôt, avait présidé au choix de Sony (Sonus / Sunny Boy), a beaucoup fait pour son succès. Même si chez nous, une longue bataille menée par l’Académie française a fini par imposer le nom de baladeur (il est vrai que nous sommes plus doués pour légiférer sur les noms que pour favoriser l’innovation). Par la suite, le Walkman s’est transformé, a abandonné la cassette pour le CD puis pour le minidisc.

Mais en 2001, Apple lui a porté un coup fatal avec l’iPod qui n’est pas autre chose que le Walkman de la génération «digital native». Dans un monde où Sony n’aurait pas cessé d’innover, on peut supposer que c’est eux qui auraient dû lui donner naissance…

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> Selon une autre légende de Sony, c’est également à Akio Morita qu’on doit la durée d’écoute du CD,  portée de 60 mn initialement à 74 mn : il voulait en effet pouvoir écouter le 9e symphonie de Beethoven dirigée par Herbert von Karajan sur un seul CD !

> En 30 ans, ce sont près de 400 millions de Walkman qui ont été vendus (tous modèles Sony confondus). En moins de 10 ans, Apple en est déjà à la moitié de ce chiffre… qui ne sera pourtant pas battu car le successeur de l’iPod est déjà connu, c’est l’iPhone. Contrairement à Sony, Apple ne s’est pas (encore ?) endormi sur ses lauriers…

Le chemin de Lacroix

Jeudi 20 août 2009

Raconter une histoire, c'est aussi s'assurer qu'elle touche son auditoire... Un principe de base du storytelling que Christian Lacroix n'a jamais appliqué...

Raconter une histoire, c'est aussi s'assurer qu'elle touche son auditoire... Un principe de base du storytelling que Christian Lacroix n'a jamais appliqué...

Pour nombre d’observateurs, Christian Lacroix a fait de son dernier défilé, hiver 2009/2010 l’un des meilleurs de l’histoire de sa maison de couture. Malgré un manque de moyens criant, il a réussi l’exploit  d’être plus créatif encore que d’habitude. Question alors : cet enfant prodige de la mode n’a-t-il été pas trop gâté au temps où il pouvait librement jeter l’argent de ses financiers par les fenêtres ?

Car, c’est un fait sur lequel la presse française s’est peu étendue mais, depuis sa fondation en 1987, la maison Christian Lacroix a toujours perdu beaucoup d’argent. Tant que c’était celui de LVMH, le couturier se sentait hors de toutes contingences matérielles.

Longtemps Bernard «poches profondes» Arnault l’a soutenu, en l’occurrence plus mécène que financier. C’est que le PDG de LVMH rêvait sans doute de «créer» une marque alors qu’il a surtout réussi - brillamment - dans le redressement de celles qui existaient déjà (Dior, Vuitton, Fendi etc.). Mais même lui a fini par se lasser et, il y a 4 ans, il a revendu la maison au groupe Falic, propriétaire de boutiques hors taxes aux États-Unis. Lacroix a alors tenté d’accentuer son virage dans l’hyperluxe jusqu’à la chute finale et récente : la mise en redressement judiciaire. Mais droit dans ses souliers, il n’en démord pas : c’est entièrement la faute de ses actionnaires, de la crise, du monde qui ne tourne pas rond bref, la faute des autres si ses affaires se sont ainsi délitées.

Alors, faut-il sauver le soldat Lacroix comme l’a suggéré le ministre de la culture Frédéric Mitterrand ? Au nom du prestige français, cette idée se défend sans doute. Mais il faudrait peut-être se demander qui - à part les chroniqueuses de mode qui criaient au génie à chacun de ses défilés et qui en étaient amplement récompensées aux soldes privés de la marque - a encore besoin de notre Arlésien ? L’économie de la mode repose sur un principe : on peut être déficitaire en haute couture tant que le nom éblouit assez les modeuses pour qu’elles se jettent sur les produits plus accessibles. Mais Lacroix qui trouvait sans doute cette implication indigne de lui ne s’en est jamais vraiment occupé. Du coup, il n’a jamais eu de parfum ou de it-bag («le sac à main qu’il faut avoir») à succès. En revanche, comme Pierre Cardin ou Kenzo avant lui, il n’a jamais rechigné à «licencier» son nom sur des uniformes d’hôtesses de l’air, des aménagements de multiplexes ou des sièges de TGV… Ce qui rapporte beaucoup d’argent mais ne fait pas vraiment rêver les consommatrices.

Au bout du compte, quelle histoire raconte encore le nom de Christian Lacroix ? Celle que lui et ses thuriféraires de la presse féminine propagent depuis plus de 20 ans ou celle que racontent les «vraies» femmes, celles qui paient leurs vêtements et leurs accessoires ? Il y a longtemps que les deux histoires n’ont plus grand chose à voir…

Apple, un ver est-il dans la pomme ?

Mardi 18 août 2009

Rumeurs persistantes sur la santé de Steve Jobs, suicide d’un employé de son sous-traitant chinois soupçonné de vol d’un prototype, pressions supposément exercées sur une famille anglaise après l’explosion d’un iPod et finalement «épidémie» d’iPhones, eux aussi «explosifs» (le terme est controversé) dans le Sud de la France : l’été a été meurtrier pour Apple.

Derrière le fait divers de la défenestration d’un employé chez un de ses sous-traitants asiatiques se profile l’ombre des sweatshops, ces ateliers sans foi ni loi où travaillent femmes (et parfois enfants). Apple ne vaudrait-il pas mieux qu’un vulgaire Nike qui laissa des plumes dans ce genre de scandale il y a une dizaine d’années ?  Pourquoi cette entreprise qui est championne toutes catégories en termes de marketing est-elle incapable d’assurer efficacement sa propre communication institutionnelle ?

À cet égard, l’affaire des iPhones explosifs (ou fendillés, c’est selon) est peut-être en train de se transformer en bombe à retardement. Sur le fond, dans ce genre d’affaires, il y a soit comportement fautif du consommateur soit défaillance du produit. Or, Apple est connu pour la qualité de sa relation avec sa clientèle qu’elle ne peut par principe mettre en cause. Par ailleurs, comme beaucoup de firmes innovantes, elle vit dans le dogme de sa propre infaillibilité. Reconnaître que certains de ses produits ne sont pas parfaits est intellectuellement inenvisageable. Quant à la forme, c’est malheureusement typique des filiales qui ont une peur panique de lever le petit doigt sans l’approbation de la maison mère. Et cette dernière ne sentira pas la menace tant que les iPhones explosifs n’apparaîtront pas sur son radar, c’est-à-dire dans les médias américains… au moment où il lui sera plus difficile de réagir.

Apple reste bien sûr l’une des plus belles marques au monde et ses résultats financiers records sont la preuve qu’on peut «battre» la crise. Pourtant, le culte du secret est profondément ancré en elle. On le sait concernant la déplorable gestion des problèmes de santé de Steve Jobs. Mais même l’origine de son nom est un secret industriel. Au Figaro qui l’interrogeait récemment à ce sujet, elle a répondu : «Nous ne nous intéressons pas à notre passé». Et elle a laissé le Musée de l’Informatique fêter les 25 ans du Mac sans s’y associer ! Dans un monde où la propagation de l’info (ou de la rumeur, c’est la même chose en termes de com) est devenue globale, une attitude aussi crispée n’est plus de mise. Chez Apple, il est des silences qui sont assourdissants.

Relations clientèle : Orange et Apple aux deux extrêmes

Lundi 3 août 2009

"Nature morte aux pommes et aux oranges" de Cézanne. Pour moi, ce sera plus de Pomme et moins d'Orange s'il vous plaît !

"Nature morte aux pommes et aux oranges" de Cézanne. Pour moi, ce sera plus de Pomme et moins d'Orange s'il vous plaît !

Il y a des entreprises que j’aime pour leur service clientèle et d’autres que j’exècre. Prenez Apple et Orange par exemple… au hasard ;-)

Il y a un an, j’ai fait tomber mon iPhone et je l’ai cassé. Bien qu’assuré auprès d’Orange (près de 100 euros par an en plus de l’abonnement tout de même !), en obtenir le remplacement a été un cauchemar que j’avais raconté dans un précédent post : pour faire simple, c’était à moi de prouver que j’étais assuré en renvoyant une copie d’une ancienne facture «car ce n’est pas à (eux) de consulter leurs listings d’assurés» (!), à moi encore d’envoyer à mes frais le téléphone pour voir si je ne mentais pas…  Après examen, comme il apparaissait que j’avais bien droit à un  échange, on y procéderait… sous trois semaines !

J’ai bien cru revivre le même cauchemar ces dernières semaines. Le bouton de retour menu de mon iPhone (génération suivante) a cessé brutalement de fonctionner, empêchant toute navigation. Il y a des boutiques Orange partout pour vous vendre des téléphones mais apparemment pas pour les réparer… Les problèmes sont réels, les solutions elles désespérément virtuelles. Le service après-vente a essayé de se défausser sur l’assureur, ce dernier a refusé, car un bouton qui ne marche plus, ça n’est pas couvert par mon contrat même si je ne peux plus utiliser le téléphone («Mais Monsieur, je ne vous dis pas que vous n’aviez qu’à casser le verre avant de nous appeler mais si vous l’aviez fait, on aurait pu le prendre en charge. Ah non, maintenant c’est trop tard, je viens de valier. On ne peut pas revenir sur votre déclaration.» etc., véridique !)

Je vous la fais courte car vous avez sans doute déjà eu à faire à l’incompétence des opérateurs. En désespoir de cause, après m’avoir raccroché deux fois au nez, on consent à me passer le service après-vente d’Apple…

Et là, la lumière a point au bout du tunnel ! Personnes aimables et souriantes au bout du fil (car un sourire s’entend au téléphone !), capables de sortir de leur discours formaté et désireuses de trouver une solution. «C’est sans doute le matériel qui est défectueux». Et le lendemain même (!) de mon appel, un coursier UPS passe me livrer un iPhone flambant neuf avec une boite pour leur renvoyer l’ancien téléphone défectueux à leurs frais. Rien à débourser, confiance a priori dans leurs clients… Que dire si ce n’est : bravo !

Les opérateurs téléphoniques jouissent d’un quasi monopole de fait et la concurrence ne joue pas. Cela ne les encourage pas à améliorer leur service clientèle. En particulier pour Orange qui profite de sa situation d’opérateur historique pour faire croire aux personnes âgées (je pense à mes grands-parents à qui on a tenu ce discours) que s’ils le quittent, ils n’auront plus accès aux numéros de secours gratuitement en cas d’urgence !

Ils sont comme Total qui se moque d’être aimé tant que les gens ont besoin de pétrole…ou de téléphone. Mais sur le long terme, aucune rente de situation ne tient… Et en attendant, l’arrogance monopolistique ne sera jamais une excuse à l’incompétence.

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Le + du blog du storytelling

> Quand j’ai emménagé sur Toulouse, j’ai été privé de connexion Internet pendant trois semaines pour les mêmes raisons d’incompétence de la part de l’opérateur. Ma planche de salut a été McDonald’s où je passais mes après-midi en profitant de l’accès wi-fi gratuit en attendant que la situation se déboque. Sur son blog Créons ensemble de nouvelle richesses, Boris Perchat évoque la même mésaventure. Mais il la positive et dans un post récent, il invite le PDG de son opérateur à engager le dialogue avec lui sur l’innovation et la qualité de service. J’espère qu’il sera entendu.

Les Paradors, dormir au coeur de l’Histoire

Mercredi 29 juillet 2009

Avez-vous déjà imaginé un lieu d’exception comme l’Alhambra de Grenade une fois vidé de ses touristes ? Les jardins et les fontaines enfin rien que pour vous comme au temps des sultans nasrides ? C’est possible… si vous séjournez dans le cloître au coeur de l’ensemble, un bâtiment du 15e siècle transformé en hôtel. Il s’agit d’un des 90 Paradors («auberge» au sens premier du mot) que compte l’Espagne, des monuments dans lesquels dormir est toute une histoire…

Au début du 20e siècle, l’Espagne était encore un pays pauvre aux monuments en ruine et de surcroît mal doté en capacités hôtelières. Le roi Alphonse XIII demanda conseil au marquis de la Vega Inclán. La solution préconisée par ce dernier ? Transformer certains de ces palais, châteaux, couvents et monastères qui menaçaient de s’effondrer… en hôtels de manière à pouvoir les restaurer et accueillir les touristes dans des lieux qui feraient du coup honneur à l’Espagne. Le premier Parador a ouvert en 1928 dans la Sierra de Gredos près de Madrid. Un temps stoppé par la guerre civile et par l’isolement du pays pendant la Seconde guerre mondiale, le développement des Paradors est indissociable de celui du tourisme espagnol à partir des années 60.

Aujourd’hui, la chaîne des Paradors compte environ 90 établissements (dont une dizaine au coeur d’ensembles classés au Patrimoine mondial de l’Unesco) qui sont la propriété de l’État et qui sont gérés par le ministère du tourisme comme une société anonyme. Il s’agit d’un modèle de tourisme respectueux de son environnement et de son histoire. Et qui plus est, relativement bon marché (généralement le prix d’un trois étoiles).

Mais tout n’est pas parfait. Les Paradors, sont confrontés à plusieurs défis dont celui de continuer à se développer sans dévaloriser leur concept. Ainsi une douzaine d’établissements vont être ajoutés d’ici 2010 mais 150 autres sont en attente ! Comment concilier l’attente des villes qui y trouvent un supplément d’âme touristique sans justement que l’ensemble y perde son âme ? La gastronomie espagnole, qui est l’une des plus créative actuellement mais qui se développe en dehors de ce réseau, gagnerait aussi à y être mieux intégrée.

Mais surtout, il y a un vrai travail à faire pour améliorer la qualité de service. Il faut espérer que l’école hôtelière qui forme désormais les employés permettra à terme d’élever ce niveau mais il faut aussi rénover chambres et espaces publics plus largement. Pour y séjourner régulièrement lors de mes séjours en Espagne, je sais que les standards de l’hôtellerie internationale ont changé depuis 80 ans, les Paradors pas toujours !

Ceci dit, le plaisir qu’on a à dormir au coeur de l’Alhambra, à entrer dans l’histoire de ce haut lieu de la beauté et de la culture universelles, fera encore longtemps pardonner bien des choses aux Paradors…

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Le + du blog du storytelling

> L’idée originale des Paradors a essaimé au Portugal avec ses Pousadas.qui permettent elles aussi un voyage lusitanien de charme. Ces initiatives publiques nationales se distinguent de labels comme Relais & Châteaux qui s’appliquent à des demeures privées situées de moins en moins en France et de plus en plus à l’étranger (jusqu’en Chine !).