Analyse | le blog du storytelling - Part 4

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« Storytelling – Réenchantez votre communication » est disponible

Mercredi 7 septembre 2011

Mon livre «Storytelling – Réenchantez votre communication» sort aujourd’hui (Dunod, 192 pages, 22€).

> Présentation du livre sur le site de l’éditeur et en vidéo sur sa chaîne YouTube.

> Le livre est disponible auprès de l’éditeur, sur Amazon et sur Fnac.com notamment.

Bon, je vous fais le pitch de la 4e de couverture :

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Les marques qui véhiculent une histoire sont celles qui se portent le mieux. Au-delà d’une communication basée sur les produits, elles créent avec leurs consommateurs des histoires qui donnent du sens à l’acte d’achat. Le storytelling, ou communication narrative, insuffle de l’émotion dans la relation entre l’entreprise et ses clients et permet de créer des récits qui se propagent et qui font vendre.

Pour la première fois un livre fait le point sur cette technique, analyse les ressorts de son efficacité et propose une méthode pas-à-pas. En la suivant, vous apprendrez à faire de votre histoire une vraie success story.

À la découverte du storytelling : comprenez les spécificités du storytelling tel qu’il est pratiqué en entreprise.
À chaque entreprise son storytelling : devenez une marque avec une histoire, et apprenez à la diffuser.
Les outils du storytelling : utilisez les différents modèles narratifs, les éléments-clés d’un scénario.
Le storytelling en pratique : inspirez-vous d’autres success stories grâce aux nombreux exemples et cas d’entreprise.

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Si vous êtres parmi les premiers lecteurs, n’hésitez pas à commenter et à poursuivre le débat amorcé par ce livre. Si vous l’aimez, n’hésitez pas à en parler sur le web… et autour de vous dans la vraie vie :)

Faut-il «dévaloriser» les histoires de l’adversaire ?

Lundi 5 septembre 2011

"Les ondes, est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous gratouille ?"

The Economist note que malgré les études scientifiques, beaucoup de gens refusent toujours d’admettre l’innocuité des ondes (radio, téléphones, wi-fi). C’est là qu’un «raisonnement raisonné» montre ses limites. Le storytelling en réponse doit alors se faire plus incisif qu’habituellement. Un concept auquel je consacre en partie un chapitre dans un livre qui sort le 7 septembre – «Storytelling – réenchantez votre communication» – et dont est issu l’article ci-dessous.

Les craintes concernant la santé (cet «état précaire qui ne laisse rien présager de bon» comme disait le bon docteur Knock) est un secteur propice aux histoires qui échappent à leurs émetteurs ou dérapent à cause des narrataires et à leur hypocondrie bien connue («Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent»).

DES PHÉNOMÈNES D’HYSTÉRIE COLLECTIVE

En 2009, quelques habitants d’un quartier de Saint-Cloud ont éprouvé des malaises plus ou moins graves suite à l’installation d’antennes relais par Orange. Les médias s’en sont aussitôt fait l’écho et le nombre de malades est allé en augmentant à chaque article ! Les journalistes n’ont pour la plupart pas jugé nécessaire d’interroger l’opérateur. C’est bien dommage car ce dernier devait révéler peu après que les antennes en question «n’ont encore jamais fonctionné et n’ont donc jamais émis la moindre onde». Il s’agissait donc selon toute probabilité d’un cas classique et sincère d’autosuggestion collective. Évidemment, cela n’a pas suffi à rassurer les riverains qui ont continué pendant plusieurs semaines à jouer en toute honnêteté les malades imaginaires. Puis, comme les médias ne s’y intéressaient plus, les malaises ont cessé d’eux mêmes.

LE STORYTELLING DE DÉVALORISATION

Il ne s’agit pas ici de faire porter le chapeau aux médias qui ont raconté l’histoire que le public voulait entendre. Les opérateurs de téléphonie, qui savent la paranoïa que déclenche l’installation de leurs antennes-relais, sont les premiers responsables de ne pas s’attaquer à ces craintes. Ils s’obstinent à répondre à l’irraisonné par des arguments raisonnés et d’autant plus inefficaces… Ils pourraient se nourrir des réflexions engagées par le luxe pour lutter contre la contrefaçon et se montrer plus narratifs. «Les parents qui refusent le wifi dans les écoles ne seraient-ils les nouveaux obscurantistes qui préfèrent voir leurs enfants grandir isolés plutôt que connectés ?» est une question que les opérateurs en téléphonie auraient intérêt à poser publiquement. Ce «storytelling de la dévalorisation» consiste à répondre à une histoire sombre par une histoire qui dévalorise, voire ridiculise, le narrataire qui soutiendrait mordicus la première version. Dans le meilleur des cas, cela le convainc de changer. Dans le pire des cas, cela évite au moins aux gens autour de lui de se laisser influencer et donc ridiculiser. Il va de soi qu’il faut utiliser cette technique avec précaution et qu’il est préférable de l’encadrer éthiquement. Le narrateur n’a pas intérêt sur le long terme à dévaloriser ses narrataires mais peut y être conduit provisoirement si l’histoire qu’il raconte est trop déformée par ce dernier.

  1. Dunod, 2011

> Sortie en librairie le 7/9/11

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Le + du blog du storytelling

Cet extrait appartient au chapitre 3 consacré aux «limites du storytelling» qui s’interroge notamment sur le danger d’un storytelling non authentique, sur l’utilisation des émotions négative en narratologie et enfin sur le storytelling de dévalorisation. Utilisé tactiquement, ce dernier peut être utile, il ne saurait constituer l’alpha et l’omega d’une stratégie storytelling.

RIP Sony, RIP Philips, RIP ceux qui abandonnent leur storytelling…

Vendredi 2 septembre 2011

Capture d'écran de LCI

Pour s’être endormi sur ses lauriers, Sony va peut-être mourir d’après LCI. Comme Philips, cette entreprise a perdu le sens de son storytelling. Un concept auquel je consacre en partie un chapitre dans un livre qui sort le 7 septembre – «Storytelling – réenchantez votre communication» – et dont est issu l’article ci-dessous.

Il est loin le temps où Philips et Sony mettaient conjointement au point le CD… en 1979. En 2011, le Néerlandais a annoncé se retirer du marché des postes de télévision pour se recentrer sur ses deux dernières lignes d’activité : l’équipement médical et l’éclairage. Ce qui choque ici, ce n’est pas tant la décision de fermer une branche historique – il avait présenté son premier téléviseurs en 1928 ! – que d’avoir perdu tout sens de son histoire : sur son site, dans ses documents institutionnels comme dans ses communiqués de presse, Philips peine à se définir. Sa signature («sense and simplicity») comme sa vision («améliorer la vie des gens, tout simplement») ne peuvent l’incarner à elles seules. On serait bien en peine aujourd’hui de dire quelle(s) histoire(s) il nous raconte…

Quant à Sony, il a certes réconcilié le monde avec l’idée de la qualité «Made in Japan» qui n’allait pas de soi dans l’immédiat après-guerre ainsi que par une politique d’innovations constantes jusque dans les années 90. Aujourd’hui, sauf peut-être dans le domaine des consoles de jeux, le Japonais semble lui aussi bien à la peine. Le père de la génération Walkman n’a pas été celui de la génération iPod…

Leur storytelling portait ces deux entreprises vers le software. Leurs catalogues de disques comme de films ont aidé à vendre téléviseurs, magnétoscopes et baladeurs ou lecteurs MP3. Leur recentrage récent, pour faire face à la crise, sur du hardware, sur les produits dont ils sont issus est un non sens. Une histoire est éternelle, les produits sont temporels. Que l’on bâtisse son storytelling sur l’offre ou la demande, sur la volonté du narrateur ou sur l’attente du narrataire, bref, que l’on soit Philips ou Sony, si l’on abandonne son histoire en cours de chemin, on court à la catastrophe.

(c) Dunod, 2011

> Sortie en librairie le 7/9/11

Apple, storytelling de personnification, storytelling de scission…

Jeudi 25 août 2011

L’annonce de la démission de Steve Jobs, malade, ferme une page de l’histoire d’Apple. Ou en ouvre une autre ? Partant du fait que la plupart des histoires ont un héros, il peut être tentant de transformer le fondateur de l’entreprise en protagoniste. Mais ce «storytelling de personnification» présente aussi de vrais risques qui en limitent l’efficacité. Un concept auquel je consacre en partie un chapitre dans un livre qui sort le 7 septembre – «Storytelling – réenchantez votre communication» – et dont est issu l’article ci-dessous.

«Être une personne, c’est avoir une histoire à raconter (Karen Blixen). Il semble logique de plaquer le mythe du fondateur sur celui de sa société. Cela apparaît même d’autant plus naturel quand les deux ont le même nom : pensez à  Alain Afflelou… Dans le cas de produits à forte dimension créative, c’est également presque une évidence. En 2011, lorsque LVMH a dû se séparer de son directeur artistique vedette John Galliano, un sondage a indiqué qu’une majorité de Français croyaient toujours que Christian Dior était le styliste de la maison qui porte son nom alors qu’il est mort en 1957 !

Quand Alexandre le Grand est mort, l’empire qu’il avait bâti, l’un des plus grands de toute l’histoire, ne lui a pas survécu plus de quelques mois car, bâti de bric et de broc et prétendant unifier des peuples par trop divers, il ne tenait que par la personnalité exceptionnelle de son fondateur. Un storytelling très personnifié satisfait l’ego de son patron mais rarement les intérêts de son entreprise sur le long terme.

Quels que soient les avantages à faire dépendre un storytelling d’entreprise de son fondateur de cette dernière, ils sont à mettre en balance avec les risques encourus à confondre les deux histoires. Les entreprises bien gérées sont appelées à durer plus que les hommes.

Le patron emblématique : plus dure sera la chute

(…) Paradoxalement, la mort – souvent inattendue – du PDG emblématique est a priori plus facile à gérer que son départ (renvoi ou retraite) car elle peut créer un «choc salutaire», les forces vives de l’entreprise comprenant la nécessité impérieuse de s’engager dans une nouvelle histoire. Et revanche, quand un PDG est démis de ses fonctions – ou même quand il part à la retraite – la séparation entre son histoire et celle de son entreprise est souvent difficile. (…) Du point de vue storytelling, quand une société met à la porte celui qui savait raconter les histoires, elle n’a plus rien à dire sur la sienne à ses clients et à ses collaborateurs alors même que la vision de son PDG n’a pu être accomplie jusqu’à son terme.

Quel que soit le charisme du patron, le storytelling de personnification présente donc encore bien plus de risques que celui centré sur le fondateur. Un dirigeant ne pourra jamais «incarner» l’entreprise avec la même légitimité que celui qui l’a créée. D’ailleurs, elle ne portera jamais son nom et un jour, l’histoire devra continuer sans lui.

(c) Dunod

> Sortie en librairie le 7/9/11

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Dans mon livre, je défends l’idée du «storytelling de scission» qui permet de séparer les histoires du fondateur et de l’entreprise, pour le plus grand bien de cette dernière. Comme, notamment, Bill Gates a su le faire avec Microsoft. «Si les histoires du fondateur ou du patron emblématique ont été à un moment plaquées sur celle de l’entreprise, il faut, pour le bien de cette dernière, travailler à leur séparation, et ce, le plus en amont possible. Dans le meilleur des mondes, c’est au fondateur lui-même de réaliser cette scission quand elle n’est plus utile et avant qu’elle ne devienne préjudiciable. On n’est jamais si bien servi que par soi-même».

Raconter son histoire sur le point de vente, la base du storytelling

Mardi 23 août 2011

La visite des chais de Porto (où je suis passé pendant mes vacances) est intéressante. On y parle pédagogie et terroir jusqu’à plus soif (!). Mais l’histoire de la marque est globalement zappée. Du coup, pourquoi préférer la caravelle ou l’homme à la cape noire ou un autre logo s’ils ne nous racontent rien ? Les marques d’alcool font souvent appel au storytelling dans leurs pub, pourquoi si peu dans la visite de leurs caves ? Un concept auquel je consacre en partie un chapitre dans un livre qui sort le 7 septembre – «Storytelling – réenchantez votre communication» – et dont est issu l’article ci-dessous.

Dans les parcs d’attractions, les produits dérivés peuvent atteindre un chiffre de ventes au mètre carré supérieur à celui des grands magasins parisiens ! Précisément parce qu’ils parviennent à nous faire oublier qu’ils sont des lieux de vente pour devenir des vecteurs d’histoires.

Wagner considérait l’opéra comme un «art total» où musique, mise en scène mais aussi le bâtiment – dans son cas, un théâtre construit spécialement pour lui à Bayreuth par Louis II de Bavière – participaient de l’expérience narrative. Les boutiques – mais on pourrait y ajouter le siège social d’une entreprise, voire les entrepôts par lesquels transitent ses parties prenantes – doivent être considérés comme des «showrooms» délivrant une part non négligeable de son storytelling.

Il y a thé et thé

Mariage Frères est une «maison fondée en 1854». En fait, jusqu’en 1984, c’était surtout un grossiste en thé fournissant en marque blanche épiceries fines et hôtels et donc inconnu du grand public. Convaincus par son potentiel, deux associés rachetèrent la marque, se plongèrent dans ses archives et ouvrirent une boutique dans le Marais et la décorèrent de meubles et d’étagères chinés ici et là. La paroi vitrée qui donnait sur le bureau de Henri Mariage, en 1920, a même été récupérée pour former la caisse du magasin de la rue du Bourg-Tibourg.  Les vendeurs, presque tous des hommes, ce qui est assez rare dans la vente, sont incollables sur la provenance des thés, présentés et décrits comme de grands crus, alignés sur des comptoirs à l’ancienne.

Tout aussi compétentes sont les vendeuses – cette fois ce sont essentiellement des femmes – de la chaîne du Palais des Thés. Mais l’histoire qu’elles racontent, en partant du même produit, le thé de qualité, n’est pas la même. Les codes sont ceux, acidulés, de la mode, plus actuels, plus tendance. Le lieu nous parle de cette boisson, bonne pour la santé façon détox, et «booster» de bonne humeur. On est loin des vendeurs vêtus de lin, un peu snobs et semblant tout droit sortis du temps des colonies qui illustrent cet «art du thé à la française» chez Mariage. Et il existe aussi une autre chaîne de magasins-salons de thé, Cha Yuan, qui se spécialise dans le cérémonial à la chinoise ! Il ne s’agit pas ici de trancher entre les différents modèles mais de constater que, plus que le produit, c’est ici le lieu qui raconte principalement l’histoire et qui fait qu’on adhère à l’un ou à l’autre en fonction de nos préférences.

Thé ou café ?

À l’heure actuelle, les lieux de vente utilisent le storytelling principalement pour renforcer l’authenticité de leurs produits par un côté historiciste ou pour une montée en gamme. Les boulangeries Paul, peut-être pour faire mieux oublier que la plupart d’entre elles sont installées dans des centres commerciaux, recréent la boulangerie originale – et mythique – de la famille Holder. Nespresso ou La Pâtisserie des Rêves de Philippe Conticini à Paris utilisent quant à eux tous les codes du luxe. Les cafés et les gâteaux (sous cloches !) y sont présentés tels des créations joaillières qui ne dépareraient pas place Vendôme ! Dans le cas des capsules, cela contribue notamment à justifier des prix supérieurs de 25% aux modèles compatibles disponibles en grande distribution.

Sur le lieu de vente, tout donc, de la décoration aux costumes portés par les collaborateurs, participe de l’histoire. Mais surtout l’interaction entre ces derniers et les clients permet de revenir aux bases du récit : une narration sur laquelle interviennent narrateurs et narrataires… pour peu que les vendeurs aient la possibilité réelle de faire «remonter» les histoires collectées en boutiques auprès du management.

(c) Dunod 2011

> Sortie en librairie le 7/9/11

Société Générale et le risque des prophéties auto-réalisatrices

Jeudi 11 août 2011

Les krachs boursiers sont plus souvent nés de rumeurs mal contrôlés, donc de prophéties auto-réalisatrices, que de causes réelles et sérieuses. On ne doit jamais écarter une rumeur du revers de la main...

Le PDG de la Société Générale est (à raison) très vite monté au créneau pour répondre aux rumeurs d’insolvabilité de sa banque. En matière financière comme en d’autres, la confiance, ou son absence, sont primordiaux. Et les Cassandre ont tendance à délivrer des prophéties d’autant plus auto-réalisatrices que nous avons envie de croire au pire. Comment montrer qu’on prend une rumeur au sérieux sans entraîner la panique pour autant : un concept auquel je consacre un passage dans un livre qui sort à la rentrée – «Storytelling – réenchantez votre communication» – et dont est issu l’article ci-dessous.

Au moment où la crise des subprimes a déstabilisé certaines institutions financières en 2008-2009, un grand réseau bancaire français a pris au sérieux les rumeurs concernant sa possible insolvabilité. Des clients avaient commencé à en parler à leurs conseillers mais ces derniers avaient balayé cette idée d’un revers de la main : «Mais non, voyons, il n’y a aucun risque». Peine perdue, les arguments les plus raisonnés ne sont pas ceux qui rassurent réellement ceux qui alimentent les rumeurs en croyant fermement que : «Il n’y a pas de fumée sans feu». Tous les matins, la direction de la communication interne adresse par mail une newsletter aux directeurs d’agence afin de les informer et de leur donner si besoin est des conseils à transmettre à leurs équipes. Malgré plusieurs articles leur demandant de prendre ces rumeurs aux sérieux, elle a constaté que plus de la moitié des responsables concernés n’avaient pas ouvert les pièces jointes. La banque a alors choisi de faire appel à un spécialiste en storytelling pour mieux faire passer son message. Le jour suivant, la com interne a envoyé aux équipes les mail suivant, au sujet volontairement sybillin : «Qu’est-ce qu’une prophétie auto-réalisatrice ?». Et dans le corps du message : «Réponse dans une heure». Une heure après ce «teaser», le deuxième mail est arrivé :

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Sujet : Prophétie auto-réalisatrice

Une rumeur infondée d’insolvabilité fait paniquer les clients qui, du coup, retirent vraiment leur argent… et la banque fait faillite.

À suivre dans une heure

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La newsletter, contenant des recommandations «d’écoute positive» des clients – afin de leur montrer que leurs inquiétudes étaient prises au sérieux – ainsi que des «éléments de langage» a été envoyée une heure plus tard, comme prévu, et a été ouverte par… 100% des destinataires !

Dans le cas évoqué ici, la clé du succès a consisté à piquer la curiosité du public-cible et à lui raconter une historiette aussi courte que générique – aucun nom, aucune date, aucun détail ne sont donnés – pour viser à l’efficacité maximale. Mais c’est cette brièveté même qui lui a donné envie d’en savoir plus et l’a rendu réceptif au véritable argumentaire qui a a suivi.

(c) Dunod, 2011

> Sortie en librairie le 7/9/11

Photoshop Disasters : ces histoires auxquelles on veut croire malgré tout

Vendredi 29 juillet 2011

> Les cosmétiques sont le secteur qui aurait le plus besoin d’apprendre à bien doser la suspension de l’incrédulité. Rares sont les marques qui, à l’instar d’un Dove mettant en avant les formes des «vraies» femmes, ne franchissent pas la ligne jaune. Est-ce réaliste de présenter ainsi Julia Roberts (ou Christy Turlington) quand sa beauté, pourtant réelle, est en grande partie photoshoppée ? Dans le genre, on peut préférer une septuagénaire assumée et pourtant toujours sublime, Jane Fonda pour le même groupe.

Au-delà du «Photoshop Disaster», l’interdiction d’une campagne L’Oréal par l’autorité de régulation de la publicité britannique pour cause de trop de retouches pose avant tout la question de savoir pourquoi le mensonge assumé du fabricant que cosmétiques est moins important que l’envie que nous avons d’adhérer à ce mensonge. Comme l’a écrit Seth Godin : «Tous les marketeurs sont des menteurs – Tant mieux car les consommateurs adore qu’on leur raconte des histoires». En narratologie, on parle de «suspension consentie de l’incrédulité». Un concept auquel je consacre en partie un chapitre dans un livre qui sort à la rentrée – «Storytelling – réenchantez votre communication» – et dont est issu l’article ci-dessous.

«Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?» Cette question est à la base d’un remarquable ouvrage de Paul Veyne, intrigué par la supposée «schizophrénie» du peuple qui invente la philosophie et qui continue dans le même temps à pratiquer de folles superstitions. Pour le grand historien, il n’y a pas d’incompatibilité : certains phénomènes comme les catastrophes naturelles échappaient à l’entendement des hommes de l’Antiquité. C’est pourquoi, bien que rationnels, ou peut-être justement parce qu’ils étaient rationnels, ils se servaient de l’explication divine comme d’un modèle intellectuel pratique pour expliquer, fût-ce de manière imparfaite, ce que leur science ne pouvait pas encore concevoir. (…)

C’est là un des grands secrets du storytelling : vrai ou faux, il ne fonctionne que parce que le narrataire veut bien y croire. Au moins en partie. Comme ce moment dans un cartoon où nous acceptons que le Coyote à la poursuite de Bip-Bip puisse marcher dans le vide sans tomber de la falaise… tant qu’il n’a pas conscience de ce vide ! Rien de scientifique là-dedans, juste un gag qui marche avec notre complicité active. De la même façon, nous admettons qu’après sa chute dans la neige, Dingo devienne bleu de froid. Ce qui est une convention acceptée par tous était pourtant une innovation pour les spectateurs de cinéma en 1935 ! Encore aujourd’hui, un individu qui verrait un tel dessin animé pour la première fois (et n’aurait pas non plus lu de BD) n’en saisirait pas le sens.

Un clin d’oeil entre narrateur et narrataire

C’est la notion de «suspension (parfois qualifiée de «consentie») de l’incrédulité» que l’on doit à l’écrivain anglais Coleridge qui justifiait ainsi l’aspect surnaturel de ses poèmes lyriques. Dans les universités américaines, on enseigne cette «suspended disbelief» aux futurs écrivains et scénaristes. Le succès des contes comme celui des films de science-fiction, mais aussi des films dits réalistes comme des pièces de théâtre avec des comédiens à la diction pourtant très artificielle, ne repose donc pas sur la réalité mais sur la vraisemblance dans «les limites de l’univers créé».

L’équilibre est toujours délicat et repose sur la crédibilité que nous voulons bien lui accorder. Mais si l’on accepte ces conventions un peu artificielles, alors elles renforcent la complicité entre narrateur et narrataire, comme un clin d’oeil adressé de l’un à l’autre. (…)

(c) Dunod, 2011

> Pour lancer sa campagne en l’an 2000, Canderel a fait appel au crayon affûté de Kiraz. Aucune femme ronde ne se ferait d’illusion à ce point : jamais elle ne pourra devenir aussi filiforme que les célèbres «Parisiennes» de l’ancien dessinateur de Jours de France et de Playboy. Mais elle a le droit d’y croire... un peu. Canderel sait d’ailleurs ne pas pousser le bouchon trop loin dans la suspension de l’incrédulité : avec un vrai top model, la ficelle serait trop grossière. En utilisant ces élégantes illustrations et en les accompagnant de légendes vachardes et décalées, la marque fait preuve d’humour complice.

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Pari pascalien

À défaut de savoir en toute certitude si Dieu existe, Blaise Pascal faisait le pari qu’on a plus à gagner à faire le choix de la transcendance. Cette notion, nécessaire au storytelling et détaillée dans mon livre, fera l’objet d’un prochain article.

> Sortie en librairie le 7/9/11

Star Wars : un univers en expansion transmedia

Lundi 6 juin 2011

À l’approche de la sortie de la saga cinéma remasterisée pour le format blu-ray, Star Wars reste l’exemple le plus abouti de ce qu’on englobe de plus en plus dans le concept de «transmedia storytelling».

Si Star Wars se limitait à la trilogie originale de «La Guerre des Étoiles» (1977-1983), ce serait déjà l’un des cas de storytelling les plus brillants du siècle passé.  Mais ses fans sont les explorateurs d’un univers narratif en perpétuelle expansion. Je ne parle pas ici des produits dérivés traditionnels, «making of» et autres jouets, mais bien d’histoires supplémentaires se déroulant avant l’Épisode I, en parallèle des différents épisodes ou après l’Épisode VI : livres, jeux vidéos immersifs, dessins animés etc.

Ainsi, c’est lors d’une convention en 1978 que George Lucas a présenté le personnage de Bobba Fett. Le chasseur de primes était alors annoncé comme un des pivots du futur «Empire contre-attaque». Mais quand ce film est sorti en 1980, le rôle avait souffert de révisions scénaristiques drastiques. Et dans «Le Retour du Jedi», ce n’est déjà plus qu’une silhouette dans l’entourage de Jaba. Entre temps, il a pourtant connu une énorme popularité dans les romans Star Wars et les fans s’en sont emparé. En 1997, Lucas l’a donc «réintégré» dans les scènes ajoutées numériquement lors de la ressortie de l’édition spéciale de «La Guerre des ÉtoilesUn nouvel espoir» (désormais considéré comme l’Épisode IV). Dans l’Épisode II, «L’Attaque des clones» (2002), situé une génération plus tôt, la genèse de Bobba Fette nous est révélée. Ses aventures de jeunesse sont également contées dans la série de dessins animés en 3D intitulée «Star Wars – The Clone Wars». Enfin, il devrait être l’un des héros d’une série télé en pré-production faisant la jonction entre les Épisodes III et IV de la saga !

Pour veiller à la cohérence de l’ensemble, Lucas a donc dû créer une énorme base de données qui croise tous les événements et tous les protagonistes : ce logiciel, nommé Holocron, est par exemple programmé pour interdire à un auteur de tuer un personnage dans un livre s’il a noté que ce même personnage réapparaît à un moment plus tardif de la saga au cinéma. Il en va de Star Wars comme des Évangiles : Lucasfilm et le Vatican n’en reconnaissent que les versions canoniques, pas les apocryphes !

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Le + du blog du storytelling

Star Wars continue à rajeunir à chaque traitement numérique : la saga sort en blu-ray à la rentrée, l’attraction Star Tours est remise à niveau dans les parcs Disney,  une série télé est en cours de développement etc. Pour Tintin, la stratégie est différente, les ayant-droit s’en tenant au précepte d’Hergé : pas de nouvelles aventures, le corpus est définitif (cf. mon article ici). Le film en 3D de Spielberg et Jackson apparaît donc comme la dernière chance de revivifier une franchise vieillissante.

La fin des gourous de la com ?

Vendredi 3 juin 2011

Pour les deux auteurs des «Gourous de la com», Aurore Gorius et Michael Moreau, les communicants sont par nature d’affreux méchants et ils n’emploient le terme de «storytelling» que dans un sens biaisé (d’où le sous -titre pas du tout racoleur de leur ouvrage : «trente ans de manipulations politiques et économiques» !). Ceci dit, pas de surprise, ils sont publiés par La Découverte, comme Christian Salmon.

Ceci dit, je ne suis pas rancunier de nature et j’ai trouvé le bouquin très intéressant. Il est sain d’exposer les dessous des batailles qui se déroulent au sein du CAC 40 et dans le monde politique et, en ce qui me concerne, je n’avance jamais masqué. «Les Gourous» détaille donc les stratégies mises en place ces trente dernières années principalement par trois personnes : Anne Méaux d’Image Sept, Michel Calzaroni de DGM Conseil et Stéphane Fouks d’Euro RSCG ;  Maurice Lévy de Publicis, qui aurait bien voulu compter parmi eux, n’y joue en fait que les utilités. À la fin, les auteurs pensent qu’on est peut-être arrivé dans une impasse car trop de com tue la com. Cette dernière n’agirait plus ou peut s’en faut. Si le constat est juste, il manque alors une esquisse du monde qui se dessinerait… Revenant sur le sujet, Le Nouvel Économiste émet pour sa part une hypothèse intéressante et à laquelle j’adhère : c’est l’avènement du web 2.0 qui signerait en fait «la fin des gourous de la com».

La fin peut-être pas mais il est clair que les cadors cités plus haut ont une vision de la com qui est toujours celle de la propagande d’avant les réseaux sociaux, du temps où les crises se réglaient en passant un coup de fil au rédac’chef du 20 heures ou à celui du Monde. Et, comme on l’a vu avec Carlos Ghosn (même coaché par Publicis, il est trop mauvais en télé) ou DSK (les « amicales » pressions d’Euro RSCG sur les médias connivents ne peuvent rien sur Twitter), ce n’est plus le cas. À l’ère du transmedia, il va falloir savoir raconter son histoire sur d’autres supports que ceux qui ont perdu leur crédibilité d’antan. Et ça, c’est une vraie bonne nouvelle pour tous ceux qui se voient en narrateurs et pas en gourous !

Citations : encore plus belles quand elles sont fausses ?

Vendredi 6 mai 2011

Martin Luther King Jr. a fait un rêve. En revanche, il ne s'est jamais prononcé sur la mort d'Oussama Ben Laden.

Sur Rue89, Zineb Dryef rappelait récemment que Voltaire n’a jamais écrit la fameuse phrase qu’on lui attribue pourtant partout sur le web : «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire». Et hier, Stratégies (article payant) citait le célèbre aphorisme de Nietzsche, «Tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort», placardé au dessus du bureau d’Alain de Pouzilhac, (futur ex-)président de France 24. Une phrase qu’on chercherait pourtant en vain dans toute l’oeuvre de l’Übermensch.

Ce n’est pas parce qu’il y a 150 000 résultats sur Google qu’un seul est vrai pour autant !

Au lycée, quand je devais rendre une dissertation et que j’étais à court de citations, je devais me débrouiller avec mon Petit Robert : c’était au siècle dernier. Si aucune ne répondait à mon besoin, j’en inventais une en faisant attention à ce qu’elle semble la plus authentique possible, en pastichant au besoin les grands auteurs (un très bon exercice en réalité mais je ne l’ai réalisé que plus tard). Ou alors, j’attribuais le propos contourné à un écrivain imaginaire, mon préféré étant Oscar Blanfuney, nom de mon arrière-grand père qui n’a jamais écrit de livre mais était relieur, c’est tout comme ! Mes titres de gloire auprès de mes camarades, c’était quand le prof de français reprenait une de mes contrefaçons et la citait en exemple en classe, trahissant par là qu’il n’avait pas de très bons souvenirs de ses propres lectures des classiques…

Mais avec le web aujourd’hui, les fausses citations se perpétuent d’autant plus facilement  que les internautes ne cherchent généralement pas à aller au-delà de leur attribution supposée à un auteur et ne cherchent ni l’ouvrage dont elles sont tirées ni ne mettent en doute leur authenticité. Leur présence en ligne semble faire force de loi. Sur Google par exemple, on peut trouver 86 000 attributions erronées pour la phrase «de» Voltaire et plus de 150 000 pour celle «de» Nietzsche !

Fausses citations de bonne (ou de mauvaise) foi

C’est ainsi que dans les heures qui ont suivi la mort d’Oussama Ben Laden, ma timeline Twitter et s’est enflammée pour une belle citation de Martin Luther King Jr. tellement à-propos. Vous pouvez retrouver ces milliers de tweets ici (je ne les ai pas tous comptés).

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«I mourn the loss of thousands of precious lives, but I will not rejoice in the death of one, not even an enemy.» Martin Luther King Jr.

Je déplore la perte de milliers de vies précieuses mais je ne me réjouirai jamais de la celle d’un seul, fût-il mon pire ennemi.»)

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Mais sur mon Facebook, Phyllis, une ex-collègue et amie américaine a attiré mon attention sur cet article de Megan McArdle dans The Atlantic. La journaliste y montre tout simplement qu’on ne trouve nulle trace de cette phrase avant le… 2 mai 2011, jour de la mort du terroriste. Elle formule l’hypothèse selon laquelle un utilisateur de Twitter a pensé que sa propre pensée aurait plus de poids s’il l’attribuait à une autorité morale incontestable comme celle de l’homme qui a fait un rêve… Et de fait, la formule a fait florès en quelques heures.

Je pense que d’autres explications sont possibles. Le besoin qu’on a de donner du sens aux choses peut nous conduire à croire en toute bonne foi que Martin Luther King Jr. a pu dire quelque chose d’approchant. J’achève en ce moment un livre qui paraîtra à la rentrée et comme il est doté d’un appareil critique important, j’ai dû «sourcer» toutes mes citations ou reprises d’idées. Dans un certain nombre de cas, je me suis ainsi aperçu qu’il était impossible d’en trouver l’origine. Et pour certains passages dont je me sers couramment avec mes clients ou en formation, lorsque j’ai cherché leur première occurrence, Google m’a renvoyé sur… mes propres Conseils du Jour (distillés ici chaque soir) ! Soit j’ai gardé un souvenir trop peu précis des citations originales soit je les ai mal colligées. La seule chose dont je suis sûr, c’est ma bonne foi, j’ai quand même grandi depuis les années lycée ! Encore que j’avoue avoir recouru une fois ou deux à des aphorismes d’Oscar Blanfuney dans certains de mes conseils…

Se non è vero, è ben trovato

Quand il s’agit de mon arrière-grand-père, je vous rassure, le danger n’est pas bien grand. Mais n’oublions pas qu’il y a plus grave que les mots prêtés à tort à Voltaire ou à Nietzsche. Dans son dernier livre, «Le cimetière de Prague», Umberto Eco, raconte (de façon romancée) la rédaction du «Protocole des Sages de Sion». Il s’agit, pour ceux qui l’ignoreraient encore, d’un document prétendument écrit par des Juifs et des francs-maçons et constituant leur plan pour dominer le monde ; en réalité, un faux délirant écrit par des antisémites. Peu importe que les historiens et spécialistes des falsifications aient démonté la supercherie, elle continue de tourner, hier dans la littérature d’extrême-droite et aujourd’hui sur Internet où son énorme diffusion lui donne force de loi chez certains esprits faibles.

Pour terminer sur une note plus légère, je vous quitte avec ce tweet de Nicolas – Onigiri :

Euh, je suis soudain pris d’un doute, il faut que je me replonge dans les mémoires du 16e président américain !