Analyse | le blog du storytelling

Archive pour la catégorie ‘analyse’

Toyota 3/3 : le retour du péril jaune

Mardi 9 mars 2010

Suite du post : la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf.

«Nous sommes prêts à faire des rabais aux clients Toyota» proclame une nouvelle pub GM. C’est bien connu, le malheur des uns… Pourtant, au-delà d’une guerre commerciale classique, on peut se demander si certains commentateurs et politiques n’agitent pas un peu vite… le chiffon jaune ? En tout cas, le Japon s’inquiète pour sa réputation. Des constructeurs américains et européens ont également dû procéder récemment à des rappels - et dans le cas de PSA parce qu’il partage ses lignes de fabrication tchèques avec… Toyota ! - sans que cela fasse la une des journaux.

Venant après des alertes sanitaires touchant les produits chinois, parfois à juste titre, parfois à tort (Mattel a dû présenter des excuses au gouvernement chinois pour l’avoir accusé de fautes dont le fabricant de jouets était seul responsable), on réalise que le péril jaune reste en temps de crise un argument bien commode pour promouvoir les entreprises nationales…

———-

> Camille Jung m’informe que Toyota a ouvert sa chaîne sur Twitter. Une manière de commencer à tenter de reprendre peu à peu pied (notez mes précautions oratoires) dans la conversation sur la marque, conversation dont le contrôle lui a complètement échappé depuis des mois. Si le constructeur avait été présent plus tôt sur Twitter (et les autres réseaux sociaux), il lui aurait été possible de mieux anticiper la crise. Mais Toyota, narrateur absent, a laissé ses “narrataires” s’emparer de son histoire et la continuer sans lui. Ce n’est pas tant la crise qui empêchera la marque de revenir au niveau où elle était que sa com incompétente.

Toyota 2/3 : la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf…

Jeudi 4 mars 2010

Suite du post : l’icône cabossée.

Il y avait un contrat de confiance très fort qui liait la marque (en particulier sa division haut-de-gamme Lexus) à ses fans. Ils s’en faisaient les «storytellers», les propagateurs : pour beaucoup la Prius était à l’automobile ce que le Mac représente dans le monde de l’informatique, le «think different». Comme un vulgaire pare-brise, ce contrat vient juste de voler en éclats. La chute de la maison Toyota a tout pour devenir un cas d’école. Mais en réalité, le modèle social avait déjà du plomb dans l’aile carrossée, les profits étaient déjà sortis de la route quand le constructeur a fait appel il y a un an à Akio Toyoda (avec un «d»), petit-fils de l’inventeur de la marque, comme pour retrouver le sens du storytelling perdu.

Car l’histoire s’est emballée il y a déjà plusieurs années, quand le constructeur est devenu moins obsédé par la qualité que par la taille : devenir numéro 1. Il y est finalement parvenu… mais à quel prix ! Déjà, aux États-Unis, les journalistes ont inventé une nouvelle expression pour qualifier un désastre industriel brutal et inattendu : «it’s a toyota !». Et ça, on peut parier que cela va longtemps lui coller aux roues…

> À suivre : un post qui dédouane quand même (un peu) Toyota : le retour du péril jaune…

Toyota 1/3 : une icône bien cabossée…

Lundi 1 mars 2010

Depuis deux décennies, Toyota était le modèle sur lequel les autres constructeurs se réglaient. Le Japonais venait même de ravir la première place sur le podium à General Motors quand la machine s’est brutalement enrayée. Récit d’une sortie de route dramatique.

Il y a quelques mois, le cabinet Interbrand estimait que Toyota était la 8e entreprise la plus puissante au monde (et la 1ère dans son secteur, l’automobile), celle dont la marque avait une valeur ajoutée de plus de 30 milliards de dollars ! C’était avant. Avant le rappel de millions de véhicules pour des problèmes de sécurité qui ont peut-être causé la mort de plusieurs dizaines de personnes. Et en communication, on sait que le «peut-être» n’existe pas.

Car à cet accident industriel, il faut en effet en ajouter un autre, celui de la com du groupe précisément. Après avoir nié les faits, Toyota s’est en effet contenté d’excuses si peu audibles qu’il lui a donc fallu les réitérer jusque devant le Congrès américain. Il n’y a pas eu de grande compagne de pub pour regagner la confiance des consommateurs, comme si tout cela n’était pas si grave après tout. Alors qu’en face, les sites appelant à fédérer les mécontents, les forums et les réseaux sociaux sont mobilisés à plein ! L’entreprise a simplement promis «qu’à l’avenir, toutes les alertes de sécurité, y compris les plus banales, seront systématiquement rendues publiques». C’est trop tardif et à la limite contreproductif car l’application «systématique» du principe de précaution va conduire à effrayer les consommateurs en permanence. Mais c’est aussi trop peu car le «à l’avenir» ne rassure pas : que compte faire Toyota maintenant pour sécuriser tous ses véhicules et indemniser les conducteurs pour le préjudice subi ?

> Mieux vaut tard que jamais…

Pendant les J.O. de Vancouver, Toyota a néanmoins commencé à diffuser une publicité télé sur le thème : «Une bonne entreprise répare ses erreurs, une grande entreprise en tire des leçons». Toujours trop peu, trop tard.

> À suivre : Pourquoi Toyota a rompu le contrat de confiance avec ses fans.

L’ABC du storytelling 2/2

Jeudi 18 février 2010

> «Alphabet corporate» créé par David Zinger (http://bit.ly/VsdOG)

> «Alphabet corporate» créé par David Zinger (http://bit.ly/VsdOG)

Suite et fin (provisoire) du lexique du storytelling commencé ici.

PARTIES PRENANTES

Nouvelle organisation des entreprises qui doivent repenser l’équilibre entre les actionnaires (shareholders) et les parties prenantes (stakeholders), au profit de ces dernières. Les parties prenantes - aussi bien collaborateurs que fournisseurs, partenaires et clients - doivent permettre de passer d’une économie d’intérêts à une économie des intéressés, seul moyen de construire une relation durable entre l’entreprise et la société.

> en savoir plus : ici.

PHÉNOMÉNOLOGIE DE L’ESPRIT

Terme hégélien pour distinguer trois aspects de la construction narrative : le Weltgeist (esprit du monde) ou la part «inchangeante» de l’histoire, le Volksgeist (esprit du peuple) ou ses éléments temporels, et enfin le Zeitgeist (esprit de l’instant) ou storytelling. En effet, ce dernier n’a de sens qu’à partir du moment où il nous parle aujourd’hui, où il est en phase avec nos préoccupations contemporaines.

> en savoir plus : ici.

POLYMATHE

Ce terme - rare en français mais courant en anglais (polymath) désigne celui qui excelle dans différents domaines : Léonard de Vinci (peintre, architecte, scientifique), Peugeot (moulins à poivre, cycles, automobiles) ou Disney (films d’animation, parcs à thèmes, télévision). Le polymathe est donc un colligateur (cf. ce mot) qui a réussi. Les entreprises polymathes sont capables d’exercer leur storytelling dans plusieurs domaines diversifiés et  n’écoutent pas les sirènes de l’ultra-spécialisation. Après sa scission, Accor ne sera plus un groupe polymathe.

> en savoir plus : dans une prochaine newsletter.

SÉRENDIPITÉ

Innovation majeure résultant d’une trouvaille fortuite et dont l’importance n’apparaît qu’a posteriori. Art des hasards heureux, la sérendipité a besoin de colligation (cf. ce mot) pour pouvoir s’épanouir. Autre sens : nom d’un cocktail créé au bar Hemingway du Ritz !

> en savoir plus : ici.

STORYTELLING

Si l’art de raconter une histoire est aussi vieux que les premiers aèdes de l’humanité, son application aux champs de la stratégie, du marketing et de la communication est bien plus récente. Le storytelling - ou communication narrative - consiste à créer ou à utiliser les histoires des entreprises, des histoires qui font vendre et des histoires qui se propagent. Parce qu’il joue sur le pouvoir de l’émotion avant celui de la raison, le storytelling mobilise les collaborateurs et permet d’entretenir des relations à long terme avec les consommateurs. On appelle stories (historiettes) la (ou les) histoire(s) créée(s) à l’intérieur d’un storytelling.

> pour mettre en place une démarche storytelling : Sébastien Durand Conseil.

TYPOLOGIES D’ENTREPRISES

Grille de lecture proposée par Georges Lewi et permettant de classer les entreprises en fonction de leur profil narratif «olympéen» : Zeus (puissance et maîtrise du temps), Athéna (protection et proximité), Héphaïstos (maîtrise de la matière), Aphrodite (jeunesse et beauté), Poséïdon (maîtrise de l’espace), Apollon (lumière et connaissance) et Dionysos (dérèglement des sens).

> en savoir plus : ici (PDF).

L’ABC du storytelling 1/2

Lundi 15 février 2010

Depuis presque deux ans que ce blog existe, nous avons été pionniers dans l’utilisation de nouveaux concepts aux frontières du storytelling. Le temps est venu de les lister pour être sûrs de rester intelligibles pour nos lecteurs les plus récents. Un lexique qui continuera bien sûr à évoluer.

ÂGES

Le marketing a déjà connu trois âges : à l’âge des produits et de l’offre au cours de la première moitié du 20e siècle a succédé l’âge des marques et de la demande au cours de la seconde. Depuis le début des années 2000, nous sommes entrés dans l’âge des histoires et de leur co-création entre storytellers (les émetteurs) et storytellees (les récepteurs). Car il n’existe pas de conteurs sans public.

> en savoir plus : ici.

AUTOMOBILITÉ

Le symbole de liberté qu’a jadis représenté l’automobile disparaît face à ses inconvénients : coûts d’entretien, embouteillages, pollution… Les constructeurs doivent cesser de se «vendre» simplement comme des fabricants de produits (automobiles) mais comme les conteurs d’une histoire (la mobilité) qui inclut la facilité de passer d’un moyen de transport à l’autre en fonction de ses besoins : transports en commun, auto-partage, vélo, scooter etc. Sans oublier de conserver cette émotion qui a fait pour beaucoup de l’auto une passion.

> en savoir plus : ici.

BI-CONCEPTUALISME

Reformulation d’un avantage concurrentiel que l’on veut s’approprier dans un cadre plus large et où l’on est soi-même plus crédible que l’adversaire.

> en savoir plus : ici.

COLLIGATION

Capacité à relier des abstractions et des éléments a priori épars en vue d’une synthèse inédite. Savoir-faire mis en oeuvre pour faire fructifier la sérendipité (cf. ce mot) en trouvant des exploitations originales à des trouvailles fortuites.

> en savoir plus : ici.

FORCE FAIBLE

Terme issu de la physique des particules et appliqué au champ du storytelling pour désigner une interaction faible individuellement mais forte collectivement. Ne pouvant plus prétendre être la seule voix autorisée de leur histoire, les entreprises doivent apprendre à remplacer le contrôle par l’influence, et le pouvoir fort par le pouvoir doux.

> en savoir plus : ici.

NÉOSTALGIE

Nostalgie positive,  de surface, qui consiste à avancer en jetant un coup d’oeil dans le rétroviseur parce que garder une part d’enfance n’empêche pas de grandir. La néostalgie revisite un monde qui n’a jamais été et qui pourtant sera toujours.

> en savoir plus : ici (PDF).

À suivre dans le prochain post.

Automobilité : les constructeurs français appuient enfin sur la pédale d’accélération !

Vendredi 12 février 2010

> Quelques-unes des accroches qui vont accompagner le lancement de la DS3 de Citroën : «Le passé au musée, le présent dans la rue», «Le passéisme ne passera pas», «Produire ce n’est pas reproduire», «Pour entrer dans l’histoire, ne la copiez pas»...

> Quelques-unes des accroches qui vont accompagner le lancement de la DS3 de Citroën : «Le passé au musée, le présent dans la rue», «Le passéisme ne passera pas», «Produire ce n’est pas reproduire», «Pour entrer dans l’histoire, ne la copiez pas»...

Ils ont été longs à y venir mais ça y est : la crise a forcé nos champions nationaux à entrer enfin dans l’ère de la mobilité. Et rien ne sera jamais plus comme avant.

CHANGEONS DE VIE, CHANGEONS L’AUTOMOBILE

Renault mise gros sur les véhicules électriques quand ses concurrents font le choix moins risqué des hybrides. C’est certes un pari osé mais qui pourrait reprocher à son PDG d’affirmer enfin des convictions fortes ? Auréolé par son succès chez Nissan, Carlos Ghosn semblait avoir perdu sa vista depuis son accession aux commandes de la Régie. Même Publicis, qui collabore avec la marque au losange depuis près de 40 ans (!), ne nous proposait plus que des pubs «molles» vendant mieux la nostalgie de son histoire que l’enthousiasme de son avenir. Tel n’est pas le cas de son excellente nouvelle signature. Une promesse forte et qui engage. Un bémol : il faudra bien un jour trancher dans le vif concernant la F1 dont l’image n’est plus vraiment en phase avec l’automobile qui change la vie…

MOTION & EMOTION

À l’aube des 200 ans d’une entreprise qui a commencé dans la sidérurgie, Peugeot achève également sa mue sous la houlette de son PDG, Philippe Varin. Nouveau logo (le lion trône néanmoins sur ses produits depuis… 1847 !), nouvelle ambition qu’illustre là aussi une nouvelle publicité conçue par BETC Euro RSCG mettant en scène les icônes de la marque, du moulin à poivre jusqu’au concept car, le tout sur fond techno… Un positionnement dynamique qui rappelle qu’au 21e siècle comme au 19e, il y aura toujours une part d’émotion dans le choix de son véhicule. Quant à la motion - au sens de mise en mouvement - elle est au coeur de l’initiative «Mu by Peugeot» : une carte prépayée pour passer de l’auto au vélo ou au scooter en fonction des besoins. L’automobilité enfin en marche. Un bémol : «Motion & Emotion», «Mu by Peugeot» pourquoi tous ces slogans en anglais ?

CRÉATIVE TECHNOLOGIE

Mais la plus belle surprise est sans doute Citroën. D’abord parce le repositionnement réussi de la benjamine (90 ans seulement !) a pris ses aînés de vitesse, y compris le «frère ennemi» Peugeot. Ensuite pour son mix réussi entre mise en scène de son histoire et refus de la nostalgie rampante au profit de la néostalgie. Et un «cassage» de codes réussi : la marque aux chevrons se paie le luxe aussi bien de présenter un concept car de 2CV montée en gamme, la Révolte, que de mettre sur le marché la DS3, véritable «petite boule d’énergie» sans renier pour autant son ADN. Quant à la campagne de lancement, orchestrée par l’agence H (Havas), on peut vraiment la qualifier d’emblématique de la sortie de crise par son refus des codes rétro.

Chacun à sa façon, Renault, Peugeot et Citroën sont entrés dans l’ère de l’automobilité (un thème qui m’est cher : relire mes posts à ce sujet et en particulier celui-ci et celui-là). La conviction et l’enthousiasme dont les constructeurs nationaux font preuve assure que l’automobile restera encore longtemps une passion française.

iPad d’Apple : le précédent du repositionnement de Nintendo.

Mardi 9 février 2010

La réaction déçue de certains fans-fanatiques d’Apple lors de la présentation de l’iPad fait penser à celle des hardcore gamers lors du virage pris par Nintendo il y a quelques années.

Avec l’iPod et l’iPhone, la pomme s’est attelée à simplifier la vie du plus grand nombre, plus seulement celle des «geeks» et autres graphistes professionnels. Et l’ouverture des Apple Stores ainsi que le lancement de l’iPad parachèvent ce repositionnement vers un grand public jusqu’ici encore rétif aux appareils nomades (lecteurs MP3 et téléphones exceptés).

Un tel «changement de paradigme» peut sembler risqué mais le modèle Nintendo montre qu’il est le bon, à condition de rester fidèle à son storytelling. Et celui d’Apple est intact : «penser différemment» et «apporter de la beauté aux objets de notre quotidien»…

Certains hard core gamers ont eu du mal à accepter le nouveau profil des joueurs occasionnels suite au repositionnement de Nintendo...

Certains hard core gamers ont eu du mal à accepter le nouveau profil des joueurs occasionnels suite au repositionnement de Nintendo...

> Et pour continuer à relativiser, vous pouvez relire ici la colère des fans d’Apple lors du lancement de l’iPod en 2001, un produit qui ne s’imposerait jamais…

Nintendo : du jeu, encore du jeu, toujours du jeu… Et ça dure depuis 120 ans !

Jeudi 4 février 2010

L’industrie des jeux vidéos conserve auprès de nombreux décideurs l’image d’un secteur secondaire. Pourtant au niveau mondial, elle pèse désormais plus lourd que le cinéma. Et en France, Nintendo a déjà écoulé 8 millions de ses consoles portables DS, ainsi que 4 millions pour le modèle de salon, la Wii. Grâce à un sens inégalé du storytelling…

Pendant longtemps, Nintendo (fondé en 1889 !) a fabriqué des cartes à jouer traditionnelles japonaises et l’entreprise aurait pu disparaître en même temps que passait la vogue de ces hanafuda. Heureusement, elle avait intégré un des principes fondamentaux du storytelling : «arrêtez de vendre des produits, racontez une histoire !». Et celle de Nintendo repose sur l’idée que «le plaisir du jeu est universel» et non sur un jeu/jouet en particulier. Il lui a donc été relativement aisé de saisir l’intérêt de l’informatique naissante pour proposer les premières consoles de salon puis portables, ainsi que les jeux qui allaient avec ! Et Mario, Donkey Kong ou les Pokémon sont devenus les héros de prédilection des générations X et Y comme Mickey ou Popeye avaient été ceux des baby boomers.

Au début des années 2000, le fabricant a été rattrapé par Sony et Microsoft. Pourtant, considérant que le cimetière des jeux vidéos est jonché des cadavres  des anciens rois de la console (Sega par exemple), Nintendo a refusé de jouer la surenchère en matière d’innovations technologiques. Ce n’était pas dans ses gênes. Ce qui l’était, c’est encore et toujours le storytelling du jeu en général. La renaissance est donc venue de la DS et de la Wii ainsi que de leurs jeux différents, destinés à garder une bonne santé physique et mentale plutôt qu’à détruire une armée de zombies.

Cela a irrité bon nombre de «hard core gamers» qui n’ont pas saisi l’intérêt de remplacer ce joystick si chargé en testostérone par une manette ressemblant à une télécommande et à la prise en main si intuitive. Mais Nintendo a bien compris que les femmes et les seniors, joueurs occasionnels, représentaient un marché immense et vierge. Un changement de paradigme radical… et réussi. En effet, l’avenir démographique condamne au rétrécissement le marché des jeunes hommes boutonneux pour lesquel ses concurrents se livrent une lutte fratricide. Et pendant ce temps, le fabricant annonce un accord avec Gallimard pour faire aussi de sa nouvelle DSi XL un lecteur de livres numériques. Comme le Kindle ou l’iPad ! Le retour de la lecture plaisir.

Tant que Nintendo gardera à l’esprit son storytelling, la marque devrait pouvoir continuer à nous faire jouer à des jeux dont nous n’avions encore jamais rêvé…

Laguiole , le couteau qui est devenu un nom commun

Mardi 26 janvier 2010

> Un Laguiole, comme les autres objets tranchants, ne s’«offre» pas, il s’achète. Pour qu’un tel cadeau ne vous porte pas malheur, vous êtes sensé donner une pièce de monnaie en échange à la personne qui vous l’a apporté. Une tradition ancienne dont on ne connaît pas l’origine avec certitiude.

> Un Laguiole, comme les autres objets tranchants, ne s’«offre» pas, il s’achète. Pour qu’un tel cadeau ne vous porte pas malheur, vous êtes sensé donner une pièce de monnaie en échange à la personne qui vous l’a apporté. Une tradition ancienne dont on ne connaît pas l’origine avec certitude.

Est-il possible de reprendre le contrôle d’une histoire qui vous a complètement échappé, au point que votre marque soit devenue un nom commun ? C’est le défi relevé par le célèbre couteau de poche Laguiole (prononcer Layolle).

Tout est peut-être la faute de Jean-Pierre Calmels, son inventeur en 1829 : il n’a en effet jamais pensé à déposer le nom de la marque, calquée sur celle de son village. À sa suite, les couteliers de Laguiole dans l’Aveyron ont développé un savoir-faire unique dans le travail de la lame et du manche. Mais d’autres villes se sont mises à en fabriquer. À la fin des années 1980, la totalité des couteaux vendus sur place aux touristes provenait, au mieux de Thiers dans le Puy-de-Dôme (capitale de la coutellerie française) au pire d’Asie. Et le mot «laguiole» est entré dans le Robert et le Larousse comme un nom commun, perdant donc au passage son «L» identitaire.

Les élus locaux ont fini par s’émouvoir de la disparition d’un patrimoine industriel et culturel mais comment faire puisqu’on ne saurait parler de contrefaçon, la marque «Laguiole» n’existant pas à proprement parler ? Comme souvent dans ces cas-là, la solution a consisté à une montée en gamme, justifiant des prix plus élevés qui maintiennent la rentabilité. Ainsi, des coutelleries ont-elles pu être rouvertes à Laguiole même et dans les environs. Cependant un produit manufacturé ne pouvant être protégé comme un produit alimentaire (ce qui est le cas du fromage de Laguiole, célèbre lui aussi à juste titre), la majorité des laguioles de qualité restent manufacturés à Thiers. Des designers, comme Philippe Starck, ont également été invités à réinventer la célèbre silhouette et des grands chefs, comme Michel Bras, s’en sont faits les porte-parole, contribuant à transformer un objet modeste en accessoire tendance. Des éditions limitées à partir de la carcasse du Concorde ou du paquebot France ont même été proposées ! L’avenir dira si le Laguiole peut ainsi échapper à la banalisation. Rendez-vous en 2029, pour les 200 ans ?

———-

> Le + du blog du storytelling

Les débats vont bon train pour savoir s’il s’agit d’une abeille (symbole impérial que Napoléon aurait octroyé à ses soldats originaires de l’Aubrac pour leur courage au combat) ou d’une mouche (les couteaux repliables étaient jadis appelés «à mouche»). Ce détail ne suffit pourtant pas à signer un Laguiole puisque d’autres tout aussi authentiques (notamment le trèfle à quatre feuilles) peuvent aussi être apposés !

> Si vous voulez un couteau d’origine certifiée, vous pouvez aussi vous rabattre sur le savoyard Opinel. Inventée dans les années 1880, la marque est, elle, bel et bien déposée et ce depuis déjà un siècle !

Le nouveau luxe est modeste : illustration pâtissière

Jeudi 21 janvier 2010
Trop d'or finit par faire mal aux yeux, surtout quand il ne s'agit que de doré !

Trop d'or finit par faire mal aux yeux, surtout quand il ne s'agit que de doré !

Récemment, je faisais une pause gourmande chez Fauchon en compagnie d’une amie et j’ai pris un «éclair précieux caramel beurre salé». Le terme «précieux» vient de ce qu’il est intégralement recouvert de feuille d’or. Très bon, certes, mais terriblement bling-bling. L’assiette en carton, les couverts en plastique : tout était pareillement doré. Ad nauseam ! Pour ajouter l’injure à la blessure, le salon de thé à l‘étage ressemble plus à une cafétéria de supermarché que ce qu’on est en droit d’attendre place de la Madeleine. Quel dommage, il n’y a pas si longtemps, on citait Fauchon comme emblématique d’une marque qui avait réussi à se relancer. C’était dans les années 2000.

À l’inverse, Philippe Conticini vient d’ouvrir sa Pâtisserie des Rêves où il propose des desserts classiques (tartes tatin, paris-brest ou saint-honoré) que l’on croit connaître mais qu’il réinvente totalement sur le fond comme sur la forme. «La simplicité est la sophistication suprême» a dit fort justement Léonard de Vinci. Détail qui ne trompe pas, cette pâtisserie se trouve rue du Bac… là même où fut inventé le millefeuille en 1867. Un détail pour inités ? Oui, et alors : on est dans les années 2010 !

On veut désormais du bon et du beau avant de vouloir de l’ostentatoire. Le luxe a toujours lancé les modes et aujourd’hui, le luxe est modeste. Les détails sont devenus ce qui fait la différence. Il faut adapter votre storytelling à cette réalité. En gardant à l’esprit ces mots prophétiques du philosophe et historien Benedetto Croce : «toute histoire est une histoire contemporaine».