Analyse | le blog du storytelling

Archive pour la catégorie ‘analyse’

Xerox, acteur de l’économie de fonctionnalité et des histoires longues…

Mardi 24 août 2010

Depuis son invention par Xerox (aux USA, ce terme est d’ailleurs synonyme de photocopie), le photocopieur a déjà eu bien des usages différents, comme on peut le voir sur cette photo, vieux fantasme de nombre de salariés…

Plus sérieusement, Xerox a su transformer son modèle économique. Anticipant les changements sociétaux – nous allons vers de moins en moins de papier, vers de plus en plus de besoins de gérer notre environnement au travail -, l’entreprise s’est repositionnée et se présente désormais comme une «document management company». Alternatives Économiques consacre un intéressant article à ce passage «du produit au service».

On appelle aussi cela «l’économie de fonctionnalité» ou comment passer d’une économie de la vente (une transaction = une histoire courte) à une économie d’usage (une location ou abonnement = une histoire longue). Le Grenelle de l’Environnement a ainsi distingué trois acteurs de cette économie de fonctionnalité : outre Xerox (machines mutualisées, durée de vie accrue et recyclage des éléments), les bons élèves sont Elis et Michelin. Le premier pour sa location-entretien de vêtements de travail, le second pour son offre de gestion des flottes de pneus de poids lourds (Fleet Solutions).

Ces entreprises, en tout cas  Xerox et Michelin, anticipent ainsi le jour où il n’y aura plus ni papier ni pneu mais où il y aura toujours des documents et des besoins de mobilité. Le passage du produit au service est un thème récurrent de mon blog car très lié au storytelling : c’est toujours la même histoire qu’on raconte, mais le support change.

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PS : Un contre-exemple qui vient pourtant de Michelin. L’analyse par la Harvard Business Review du bide d’un de ses nouveaux pneus révolutionnaires, faute d’avoir pensé l’histoire vécue par le consommateur jusqu’au bout…

Earl of Sandwich 2/2 : Planet Earl

Jeudi 22 juillet 2010

> Suite de Earl of Sandwich : le sandwich qui vaut de Lord

En anglais, «earl» veut dire «comte». Mais «Earl» est aussi le nom de famille du vrai cerveau derrière le concept de Earl of Sandwich, Robert Earl.

Ce spécialiste de la restauration à thème, né en 1951, sait mettre son carnet d’adresses au service de ses affaires. Il a fait ses classes chez Hard Rock Café avant de fonder sa propre chaîne. Avec des actionnaires très médiatiques comme Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis et Demi Moore, ainsi que des accessoires tirés des plus grands films américains, Planet Hollywood a été l’un des grands succès des années 1990 avant que son étoile ne pâlisse. Il n’en reste aujourd’hui qu’une vingtaine dans le monde contre plus de 100 à leur apogée.

S’il agissait alors de créer une sorte de McDonald’s premium sur le thème du cinéma, c’est aujourd’hui le succès d’une autre chaîne de fast food, Subway, qui inspire le concept de Earl of Sandwich qu’on peut lire aussi bien comme «Comte de Sandwich» que comme «Earl & Sandwich»…

Les 3 leçons de l’ »antennagate » d’Apple

Mardi 20 juillet 2010

> Lors de sa keynote de crise, Steve Jobs a dévoilé la chambre d'écho où l'iPhone 4 a été testé. Une installation à 10 millions de dollars qui ne répond pourtant pas au problème de fond : Apple n'est-il pas devenu une société comme les autres ?

Que dire de l‘«AntennaGate» de l’iPhone 4 qui n’a pas été dit ? Et de la réponse finalement apportée par Apple en fin de semaine dernière ? Tous les spécialistes de la com de crise ne s’accordent pas. Ma position est qu’Apple a bien répondu mais tardivement. Si on s’extrayait plutôt de l’écume des jours pour essayer d’en tirer trois enseignements ?


Apple vit dans un rapport maître/esclaves

Jusqu’ici, les produits Apple s’adaptaient à l’utilisateur. C’était même leur caractéristique principale face au reste du monde de l’informatique. Maintenant, on sait que c’est nous qui ne sommes pas assez intelligents pour utiliser un iPhone correctement : «Nous n’avons pas assez fait de pédagogie» concède, un brin consterné par notre médiocrité, le grand manitou. Steve Jobs est peut-être (sans doute même) un génie mais il vit vraiment dans un autre monde que le nôtre, pauvres mortels…

Apple vit toujours dans un monde vertical

Dans un monde où «la marque n’appartient plus à l’entreprise mais à ses fans. Et même à ses détracteurs» (ainsi que le souligne Benoît Raphael), Apple n’a pas modifié d’un iota son approche vis-à-vis de ses communautés. Contrairement aux affirmations de la Pomme, elle est grandement responsable d’avoir laissé la presse et le web s’enflammer. Rien de 2.0 chez Apple qui est toujours dans un rapport totalement vertical (lui en haut, nous en bas) et non horizontal. Avec les ficelles de la com du siècle dernier. Un exemple parmi d’autres : quand une annonce est faite le vendredi aux USA, Apple.fr met le communiqué en anglais sur son site et attend généralement le début de la semaine suivante pour le faire traduire… Quand tout le monde l’a déjà commenté !

Apple est devenu une société comme les autres

Enfin, Jean Allary notait dans son blog la concomitance de cette crise avec une autre, finalement passée presque inaperçue alors que potentiellement plus grave qu’un défaut d’antenne : le récent piratage d’iTunes. Quand Apple était le challenger, il était «safe», à la fois grâce à sa politique de sécurité mais aussi parce que les hackers préfèraient s’attaquer aux grands méchants. Ce n’est plus le cas car la Pomme est devenue hégémonique.

Le lancement de l’iPad – soutenu au-delà de toute raison par une presse à bout de souffle qui espère en lui comme le Messie – a pu un moment faire illusion. Mais les médias considèrent à juste titre que l’entreprise que Jobs a bâti est devenu une société comme les autres. Et comme l’iPhone 4 n’était pas exempt de défauts, il est normal qu’ils s’en délectent. Apple ferait bien de méditer ce vieux principe RP : «Les médias : d’abord, ils te lèchent, ensuite ils te lâchent, enfin ils te lynchent».

Ce n’est pas inéluctable. La question est seulement de savoir si Apple a la volonté de changer son logiciel de pensée…

Les 5 éléments clés d’un bon storytelling 2/2

Jeudi 15 juillet 2010

> Cette pub réalisée par BETC en 2009 a emporté l’adhésion des professionnels comme du public parce qu’elle respecte tous les critères d’un bon storytelling. Normal que le héros, Lucas G., soit scénariste à Canal+ !

> Suite du post sur 1- le protagoniste ; 2 – la quête ; 3 – l’antagoniste.

4 – Le moment paroxystique

Pour que l’histoire soit passionnante, il y a presque nécessairement un moment de crise, un paroxysme. Pour que le gentil gagne, encore faut-il qu’il affronte le méchant. Chez Apple, cela a pu prendre la forme de situations de comédie où un jeune homme cool (Mac) ridiculise régulièrement un cadre coincé (PC).

Mais cela a pu également s’incarner dans un des plus célèbre spots de l’histoire de la pub : la firme à la pomme lançait son Macintosh comme une alternative au monde totalitaire d’IBM, vu comme l’incarnation du roman 1984 de George Orwell !

5 – And the show must go on…

Contrairement à la plupart des histoires, le storytelling en entreprise ne s’arrête pas au happy end… Comment (re)mobiliser les collaborateurs ou susciter un sentiment d’urgence d’achat chez les clients si on a «gagné» ? Les entreprises qui parviennent au rang de numéro 1 prennent souvent une posture défensive, à défaut de savoir comment relancer la machine… Le storytelling doit permettre aux narrateurs, comme aux «narrataires» (la cible) de continuer l’histoire. Quand Renault a sorti la Twingo en 1994, son slogan était «À vous d’inventer la vie qui va avec».

Vous voilà au fait des 5 éléments incontournables qui font un bon storytelling. A vous d’inventer les histoires qui vont avec !

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Les 5 éléments clés d’un bon storytelling 1/2

Lundi 12 juillet 2010

> Cette pub réalisée par BETC en 2009 a emporté l’adhésion des professionnels comme du public parce qu’elle respecte tous les critères d’un bon storytelling. Normal que le héros, Lucas G., soit scénariste à Canal+ !

Si vous lisez ce Blog ou la Newsletter régulièrement, le storytelling n’a (presque) plus de secrets pour vous. Vous savez déjà si votre entreprise est de style Zeus, Dionysos ou Aphrodite (cf. newsletter mai 2009 ici) et donc quelle typologie narrative développer. Mais quels sont précisément les éléments qui forment une bonne histoire ? Et comment les articuler entre eux ?

1 – Le protagoniste

Il n’existe pas d’histoire sans héros, il est donc primordial de bien choisir son protagoniste. Contrairement à l’idée que beaucoup se font du storytelling, il n’est pas nécessaire que ce soit le fondateur ou la marque elle-même. Les banques (qui ont une réputation déplorable) préfèrent en général utiliser leurs clients comme moteurs de l’action. Et Carglass n’hésite pas à mettre en avant ses propres collaborateurs, par définition premiers storytellers de l’entreprise.

2 – La quête

«Les plus beaux paradis ne sont-ils pas les paradis perdus ?» demandait déjà James Hilton. Le héros doit en effet s’atteler à une quête sinon on est dans une histoire sans enjeu. Le schéma narratif classique implique un protagoniste chassé de l’Eden et qui n’aura de cesse d’y revenir. Plus les produits sont industriels, plus ils sentent la nécessité de raconter des histoires «authentiques» du temps jadis quand tout allait «mieux», que tout était plus rassurant. Vedette ne vient-il pas de ressusciter la Mère Denis, la célèbre lavandière de notre enfance ?

3 – L’antagoniste

Qui dit protagoniste dit souvent antagoniste. Même en interne, ce «nous contre eux» est un facteur de mobilisation important contre la concurrence, la crise ou la régulation publique. Ce n’est pas une obligation et certaines histoires simples peuvent se passer de cette tension. Mais enfin, comme aimait à le dire Alfred Hitchcock, un spécialiste du genre, «meilleur est le méchant, plus réussi sera le film». Qui a oublié l’odieux personnage d’Orangina Rouge et son célèbre slogan «Mais pourquoi est-il aussi méchant ?» qui a marqué toute une génération ?

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> A suivre : 4 – le moment paroxystique ; et 5 – And the show must go on

Les entreprises les plus haïes de toute l’histoire

Mercredi 7 juillet 2010

> Le trio infernal des 3 entreprises les plus cordialement détestées de tous les temps...

On a le palmarès qu’on peut ! Si les classements des compagnies les plus puissantes (par exemple le Top100 de BrandZ), les plus influentes, celles qui ont la meilleure réputation etc. fleurissent un peu partout, le site The Daily Beast a, lui, proposé une approche radicalement différente en dressant le top des sociétés les plus… détestées de tous les temps !

Economistes et historiens se sont concertés pour obtenir une liste, certes un peu américano-centrée, mais très édifiante :

13e Drexel Burnham (années 80), 12e Halliburton (années 2000), 11e Monsanto (années 70, 80 et 2000), 10e Blackwater (années 2000), 9e Nestlé (années 70 et 80), 8e Goldman Sachs (actuellement), 7e Microsoft (années 80), 6e BP (actuellement), 5e ITT (années 70), 4e United Fruit Company (années 1900 à 1950), 3e Exxon (années 80 et 90), 2e Union Garbide (années 80). La palme de l’entreprise la plus haïe de tous les temps revient à la Standard Oil (1900) de John D. Rockefeller (dont j’ai raconté l’ascension,  la chute et la rédemption ici).

> En 1989, United Fruit Company, dont les agissements scandaleux en Amérique latine ont donné naissance à l'expression «république bananière», a changé de nom pour s'appeler Chiquita. Un changement purement cosmétique selon de nombreuses organisations de droits de l'homme, syndicales et de protection de l'environnement.

On peut remarquer qu’à part les institutions financières qui croulent d’elles-mêmes sous le poids de leur malhonnêteté, être détesté parce qu’on a mis la vie des consommateurs en danger, détruit l’environnement ou exercé un monopole préjudiciable à la société… ne suffit pas à faire faillite.

La plupart des entreprises disparues ne l’ont été que sous la pression politique (comme la Standard Oil justement)…

Du droit fondamental de pouvoir choisir ses capsules de café…

Lundi 5 juillet 2010

Prétendre imposer aux consommateurs vos règles ad vitam aeternam est un combat d’arrière-garde. C’est la réflexion que je me faisais récemment en lisant des récits sur la façon dont Epson et Hewlett-Packard avaient tenté en leur temps de conserver le monopole sur les cartouches d’encre pour leurs imprimantes… Mais ils n’ont pu empêcher d’autres de les détrôner avec des recharges moins chères et parfois de meilleure qualité.

Une situation qui rappelle celle de Nespresso aujourd’hui, qui prétend empêcher la concurrence – qu’elle vienne de Sara Lee (L’Or Maison du Café) ou de Casino (Ethical Coffee Company) – de proposer des capsules compatibles avec ses machines à café.

Le géant de Vevey a choisi de faire porter la bataille sur le plan juridique plutôt que sur celui du prix ou de la biodégradabilité, sujets où il n’est pas bon. Comme le note le PDG d’Ethical Coffee dans Challenges : «Une fois que vous avez acheté une imprimante ou une machine Nespresso, elle est à vous et vous pouvez vous en servir comme bon vous semble avec les consommables de votre choix».

Ce n’est pas nouveau mais cette réalité s’impose encore plus de nos jours avec le web 2.0 qui donne plus de pouvoir aux «narrataires» qu’aux narrateurs. C’est un point sur lequel je reviens souvent, notamment parce que certains de mes clients ont du mal à l’entendre, encore plus à l’accepter…

Les histoires sont faites pour échapper à leurs créateurs. Heureusement, «échapper» ne veut pas dire «hors de tout contrôle» mais avec «moins de contrôle… et plus d’influence». Un défi plus complexe mais ô combien plus passionnant et dans lequel le storytelling a une belle carte à jouer.

Nutella : gare à l’intox (alimentaire) !

Vendredi 2 juillet 2010

> Illustration provenant du site www.cafefernando.com

Le Nutella («la» Nutella comme on dit en Italie  où le produit est aussi intouchable que «la» mamma) serait menacé d’interdiction par Bruxelles. Ni une ni deux, les Européens se sont enflammés : blogs, pages facebook, messages twitter pour dire en gros : «touche pas à mon pot de Nutella» ! Cherchons à qui profite le crime…

Or, on apprend qu’il n’y a jamais eu de risque d’interdire la fameuse pâte à tartiner mais simplement de veiller à un meilleur étiquetage. Difficile en effet de tolérer que cette véritable hérésie calorique soit présentée en laissant sous-entendre qu’elle peut faire partie d’une alimentation équilibrée ! Mais à partir du moment où on prend ses responsabilités en l’achetant, chacun est libre d’y trouver le remède doudou à la crise

En fait, tout est parti des dirigeants de Ferrero eux-mêmes qui, ulcérés à l’idée de devoir éventuellement faire évoluer leurs étiquettes, ont brandi la menace de l’attentat à l’âme italienne. Le pire est qu’ils ont été entendus au-delà de leurs espérances puisque c’est l’extrême-droite transalpine (la Ligue du Nord) qui en a fait un cheval de bataille anti-Bruxelles et a sur-médiatisé l’affaire. Panique et rétropédalage dans la pâte à tartiner pour Ferrero qui prétend désormais avoir été mal compris.

Voilà ce qui arrive quand on ouvre la boîte de Pandore… En attendant, les fans de Nutella peuvent éprouver la désagréable impression d’avoir été instrumentalisés par Ferrero – et l’extrême-droite – et cette campagne s’ajoute hélas à d’autres, tout aussi mal intentionnées, pour discréditer l’Union Européenne. Faisant preuve pour une fois d’humour, cette dernière a même ouvert une page web qui reprend les affirmations les plus folles à son encontre : les bananes ne doivent plus être courbes, les sex toys doivent être rapportés en magasin pour être recyclés, on doit distraire les porcs en élevage en leur donnant des jouets, les stations de métro ne peuvent plus porter le nom de batailles entre nations européennes etc. Liste à laquelle il faudra désormais ajouter : le Nutella favorisant l’obésité, il doit être interdit…

Le storytelling du patronat français ou la longue marche vers les parties prenantes

Lundi 14 juin 2010

France 5 a diffusé récemment «Il était une fois les patrons», un intéressant documentaire en deux parties sur l’histoire du patronat, de 1840 à nos jours. L’occasion de revenir – et de réfléchir – sur ce qui a changé en 170 de management.

1/ Le patron dieu

Au début était le patron seigneur en son fief. Une bien belle époque où l’on pouvait refuser les augmentations de salaire en affirmant que «si on payait les ouvriers plus cher, il iraient boire» ! À la charnière des 19e et 20e siècles, les premières avancées sociales entraînent des réponses étrangement similaires à celles d’aujourd’hui : «Il est impossible de lutter contre la concurrence étrangère si on doit payer un salaire minimum. Plutôt délocaliser».

2/ Le patron face à l’État

Le siècle passé a donc été celui de la lente ingérence de l’État dans l’entreprise, au nom de la justice sociale. Mais, plus qu’avec le Front Populaire, c’est en réalité après 1945 qu’on assiste à la mise sous surveillance des patrons par un État qu’on appellera bientôt «providence». Les ouvriers sont aussi des électeurs (ceci explique cela) mais il fallait aussi punir un patronat qui s’était globalement bien accommodé de Vichy. D’où les nationalisations et, plus généralement, une meilleur partage des valeurs entre tenants du privé et du public. «L’entreprise à visage humain» connaît pourtant ses premiers coups de boutoir en 1968 et s’effondre au moment du choc pétrolier.

3/ Le patron soumis à l’actionnaire

Une nouvelle race va prendre le pouvoir : les actionnaires. Dans un premier temps, ils servent les intérêts des dirigeants qu’ils rémunèrent grassement. Mais quand la «création de valeur» est érigée en dogme, les patrons se retrouvent à leur tour asservis à la dictature du court-termisme… et se retrouvent – comme les autres salariés – sur un siège éjectable.

4/ Le temps des parties prenantes ?

À la fin du documentaire, certains grands patrons appellent de leur voeux le rééquilibrage des pouvoirs entre actionnaires et les autres parties prenantes. Un concept en faveur duquel je me suis souvent prononcé (notamment ici). Afin de pouvoir demeurer, comme le formule joliment Henri Lachmann (Schneider), des «philosophes dans l’action».

Pulse : pourquoi les médias à la carte sont la seule solution pour sauver la presse (et la monétiser)

Samedi 12 juin 2010

Inventé par deux étudiants de Stanford et popularisé lors de sa dernière «keynote» (présentation) par le grand manitou Steve Jobs en personne, Pulse News Reader est l’appli iPad du moment (2€99). C’est la version moderne, illustrée et ultra-intuitive de nos vieux flux RSS, organisés en mosaïque.

Mais Pulse a aussi déclenché l’ire du New York Times qui estimait son contenu pillé alors qu’il souscrivait jusqu’à présent sans problème aux flux RSS justement. Mais on dit le vénérable journal très vexé du ratage de sa propre appli, un vrai repoussoir (façon Le Monde). Le New York Times a donc exigé le retrait de Pulse de la boutique App Store, retrait qui n’a heureusement duré que quelques heures avant qu’une nouvelle version, expurgée du titre en question ne fasse son apparition.

Depuis des années, on passe d’une chaîne de télé à l’autre en fonction des programmes qu’on veut regarder, on n’est pas fidèle à une seule, hertzienne ou TNT. Au cinéma, vous n’êtes pas obligé de n’aller voir les films que d’un seul studio. De même, on passe d’un site à l’autre sur le web en fonction des articles qu’on veut lire. Pourquoi la presse est-elle alors la seule à s’accrocher à son modèle dépassé : pourquoi Libé ou Le Figaro proposent-ils des abonnements papier ou internet «tout ou rien» ? Pourquoi ne puis-je pas m’abonner uniquement aux articles d’un seul journaliste ou aux news d’une seule rubrique ? Aux news économiques et pas aux résultats sportifs ? Les flux RSS hier, Pulse aujourd’hui, agrègent les contenus qui me plaisent. Le Monde, Le Parisien, La Tribune, tous ces titres plus ou moins officiellement en vente, pourquoi ne se comportent-ils pas plus en apporteurs de contenus de qualité qu’on puisse prendre à la carte ?

Aux États-Unis, les cafétérias de type «all you can eat buffet», typiques des années 90, où l’on pouvait s’empiffrer à en crever une fois qu’on avait payé le prix ont cédé la place aux food courts, des espaces publics au sein des centres commerciaux où l’on peut s’assoir (même si on est venu avec son sandwich) et où l’on peut aller aux différents stands pour prendre ici son burger, là sa glace et encore là-bas son café…

Si cette métaphore «food and beverage» semble trop vulgaire à mes amis des vieux médias, qu’ils regardent le secteur de la mode : le «total look», c’est has been depuis 20 ans. Place aux mix malins mêlant fringues de prix à d’autres, plus accessibles. On ne peut plus être fidèle à une seule griffe, fût-elle née des mânes des grrrrands (avec le «r» roulé) journaux issus du Conseil de la Résistance. Cette époque est terminée.

Quand la presse aura compris cela, elle aura une chance de monétiser ses contenus.