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Le storytelling qui a fait du bleu la couleur favorite de l’Occident

Mardi 19 mars 2013

Les Romains n’avaient pas de mot pour désigner le bleu, ils ne distinguaient pas un ciel gris d’un ciel d’azur ! Jusqu’au Moyen Âge en effet, notre oeil n’était pas «éduqué» pour voir cette couleur ! Et si cette dernière est aujourd’hui la préférée en Occident, c’est avant tout une affaire de storytelling !

Les choses ont commencé à changer grâce au pastel du sud-ouest, une plante à fleurs jaunes (!) mais dont les feuilles, une fois broyées, fournissent un pigment d’un bleu riche et profond. Les teinturiers de la région du Lauragais, entre Toulouse, Albi et Carcassonne, y ont vite vu une source de revenus faciles. Mais comment faire une teinture à la mode de cette couleur jusqu’alors méprisée, ainsi que l’indique son étymologie ? En effet, «bleu» ne vient pas pour une fois du latin ou du grec mais du haut-allemand : «blao» (brillant). Souvenez-vous, au début de Gladiator : les armées romaines se battaient contre des barbares germaniques aux peintures de guerre bleues. Le fait est attesté.

La Vierge, icône de mode, lance celle du bleu !

Nos teinturiers du Sud-Ouest vont donc s’appliquer à convaincre l’Église d’habiller de bleu la Vierge Marie dans les tableaux ou les vitraux. Quand on est de généreux mécènes, on obtient en général satisfaction. Et c’est ainsi que le manteau de la Madone, jusqu’alors blanc pour symboliser la pureté ou tissé de fils d’or pour évoquer la royauté céleste, va virer au bleu. La France étant consacrée à la Vierge, les monarques capétiens se vêtent à leur tour de sa couleur, bientôt renommée bleu roy (c’est le bleu du drapeau français). Depuis, plus rien n’est venu entamer la prééminence du bleu sur les autres teintes. Encore aujourd’hui, c’est la couleur préférée des Occidentaux.

L’origine de l’expression «pays de cocagne»

Quant à Toulouse, elle s’est enrichie avec le commerce de «l’or bleu» entre les 14e et 16e siècles et a bâti de nombreux et splendides hôtels particuliers. On  a même surnomme cette région le «pays de cocagne» : la cocagne est la coque desséchée et compactée du pastel après son utilisation. L’expression est restée. Lors des jeux floraux, on suspendait aussi des cocagnes à de hauts poteaux et le premier qui les escaladait à mains nues, qui grimpait ce «mât de cocagne», gagnait un prix.

Au 18e siècle cependant, l’importation de l’indigo, issu d’un arbuste indien, et bien moins cher à extraire, mit fin à la suprématie du pastel. La mondialisation, déjà…

Aujourd’hui, je commence parfois certaines de mes conférences ou de mes formations en faisant circuler de main en main une cocagne et en laissant le public deviner ce dont il s’agit. Météorite, truffe, voire kryptonite, les hypothèses vont bon train avant de pouvoir ainsi raconter l’histoire du bleu.

Une couleur qui n’a rien de naturel et doit tout au culturel. En somme, une couleur narrative, storytelling. À garder en mémoire en cette époque de crise où beaucoup d’entreprises, et pas seulement elles, ont le blues… pardon, le bleu à l’âme !

53g seulement sur la balance mais un excellent support pour le storytelling !

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Pour aller + loin

> Mon livre «Storytelling – Réenchantez votre communication», Dunod, 2011

> «Bleu, histoire d’une couleur» de Michel Pastoureau, Points Histoire, 2006