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Scènes de pillage chez les barbares

Un avion s’écrase à Lagos, au Nigéria, faisant plus de 150 morts parmi l’équipage et les passagers sans compter les populations locales décimées. Une tragédie ? Sans doute mais pour le Figaro, c’est surtout l’occasion de titrer sur les «scènes de pillage». Ils sont noirs, ils sont forcément un peu barbares, non ?

Question : d’ou tiré-je les lignes qui suivent ?

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«Les habitants sont tenus pour des demi-sauvages rebelles à l’autorité venue du dehors et sur qui l’effort séculaire de civilisation des moeurs n’avait produit que peu d’effets. Il est vrai qu’ils sont à peu près coupés de l’intérieur et que leur environnement les différencie des populations qui veulent s’intégrer à la modernité.»

«Tout ce que la catastrophe apporte à ces gens pauvres et frustes est pour eux un don du Ciel: quelques bouts de bois pour se chauffer, un morceau de fer pour fabriquer un outil, une guenille ou même quelque denrée à monnayer… Comment demander à ces communautés de croire, comme on voudrait les en convaincre, qu’ils commettent là un péché grave, qu’ils lèsent l’Etat (à qui reviennent en principe les épaves) et se comportent en barbares?»

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LE STORYTELLING DU RACISME ORDINAIRE = RIEN NE NOUS SURPREND CHEZ CES GENS-LÀ

Non, ce n’est pas un extrait de l’article lui-même (encore qu’à en croire les commentaires non modérés de certains internautes, on pourrait le penser) mais de la 4e de couverture d’un livre d’Alain Cabantous datant de 1993 : «Les Côtes barbares : Pilleurs d’épaves et sociétés littorales en France» consacrés aux Bretons, ce peuple qui a la culture du pillage aussi chevillée au corps que celle des Nigérians, semble-t-il. J’ai simplement enlevé les mots comme « littoral » ou « plage » pour jouer sur la confusion. Le livre s’arrête au 19e siècle mais de telles pratiques, sporadiques, ont continué jusqu’à l’époque contemporaine. Faut-il pour autant stigmatiser nos têtus du littoral ?

Il est quand même curieux de constater une nouvelle fois la vision biaisée d’un même évènement : en cas de catastrophe dans un pays occidental, les médias insistent sur la solidarité des populations locales ; dans un pays en voie de développement, ils montrent les pillages. «Selon que vous serez puissant ou misérable» écrivait déjà La Fontaine. Ce storytelling là n’a guère changé. Ce n’est pas une raison pour le laisser passer sans s’en indigner.

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