La Grèce et le storytelling de l’incendie du temple d’Artémis : les nouveaux barbares à nos portes | le blog du storytelling le blog du storytelling

La Grèce et le storytelling de l’incendie du temple d’Artémis : les nouveaux barbares à nos portes

Manifestations à Athènes mai 2012 (photo AFP)

Lors des récentes manifestations en Grèce, une photo de l’AFP a beaucoup été reprise (notamment ci-dessous dans The Economist, mais aussi sur Le Monde etc.) car elle évoque dans l’inconscient collectif l’effondrement de notre civilisation et les barbares à nos portes : il ne s’agit pourtant ici que de manifestants et d’effets d’éclairage. D’où vient cette icône (au premier sens du terme : une image ayant acquis un statut sacré) ?

Un Grec du IVe siècle av. J-.C, rêvait de gloire. Son moyen pour y parvenir ? Il mit le feu au temple d’Artémis à Éphèse (aujourd’hui en Turquie), une des 7 merveilles du monde antique ! Pour ce crime, il fut mis à mort et il devint «celui dont on ne doit pas prononcer le nom» (Oui ! J.K. Rowling a trouvé là une partie de son inspiration) sous peine de subir le même châtiment. Pourtant, il est malgré tout entré dans l’Histoire, s’assurant par là-même l’immortalité qu’il avait tant cherchée. Il s’appelait Érostrate (je peux l’écrire, on n’encourt plus aucune peine pour cela !). Dans «Le Mur», Jean-Paul Sartre note avec ironie que l’on se souvient d’Érostrate alors qu’on a oublié le nom des architectes du temple d’Artémis, Chersiphon et Métagénès.

LA KULTUR OFFICIELLE EST MENACÉE PAR LES NOUVEAUX BARBARES (ET C’EST TANT MIEUX !)

Ainsi en va-t-il des nouvelles histoires : elles sont écrites par les «barbares», aux deux sens de ce terme. À la fois celui qui est en dehors de la civilisation élue : pour les Grecs, tous les autres étaient des barbares. Aujourd’hui encore, la Kultur officielle décide qui est cultivé et qui ne l’est pas, quel genre est un art majeur (par exemple la littérature) et lequel est un art mineur, voire pas un art du tout (par exemple le jeu vidéo). Et à la fois, au sens de celui qui est inculte, sans référent préalable. Comme Érostrate qui n’avait pas assez de talent pour devenir un grand artiste mais qui est devenu le grand incendiaire. Comme les nouvelles stars de la TV réalité dont la légitimité tient à une copulation nautique. Né dans une piscine, le mythe grotesque de Loana tente de réinventer celui de Marilyn Monroe par le biais de tentatives de suicide à répétition. « Jusqu’à ce que ça craque » (« Something’s Got to Give« )…

Mais de fait, Érostrate a bien écrit une nouvelle histoire : la destruction du temple d’Artémis a marqué les esprits antiques qui y cherchèrent un présage. 23 ans plus tard, Alexandre le Grand proposa de financer la reconstruction de cette merveille architecturale. C’est à cette occasion que les prêtres d’Artémis lui révélèrent le nom d’Érostrate qu’ils avaient jusqu’alors gardé secret. Alexandre était lui-même né en juillet 356 av. J-.C, précisément la nuit où le temple avait été incendié ! Les dieux avaient envoyé au monde un signe qu’un nouveau storytelling allait s’ouvrir.

Qui incarne la figure d’Érostrate aujourd’hui ? Quelles sont les nouvelles histoires ? Où vont les nouveaux Barbares ? Ces questions sont au coeur de mon prochain livre.

The Economist

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