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Intouchables oui, mais incritiquables ?

Il est intéressant de voir que la réédition de "l'histoire vraie" de di Borgo doit désormais passer par l'iconographie de la fiction pour mieux se vendre...

Sans tomber dans la démagogie consistant à snober par principe une oeuvre populaire, reconnaissons que le succès de ces derniers mois ne l’installe pas forcément en chef d’oeuvre intemporel.

Au 17e siècle, les foules de l’Europe entière se sont passionnées pour les amours pastorales du berger Céladon. Le roman-fleuve d’Honoré d’Urfé a exercé de multiples influences (on parlerait aujourd’hui de produits dérivés) y compris dans l’art des jardins ou de la palette du peintre : c’est de là que vient la couleur vert céladon. Mais qui lit encore «L’Astrée» de nos jours ?

Quand un handicapé rencontre un autre handicapé, qu’est-ce qu’ils se racontent ?

Des 19 millions de spectateurs qui sont allés voir «Intouchables» en salles, on a beaucoup insisté sur ce que ce film révèle de notre besoin du vivre-ensemble. Le ressort comique du «buddy movie» repose sur un duo que tout oppose dans la vraie vie – la géographie («Bienvenue chez les Ch’tis») ou le milieu social («La vie est un long fleuve tranquille») – mais qui dépasse ses différences initiales. Cependant, la comédie à la française est bien plus souvent sociétale que sociale et l’ordre naturel des choses n’est pas durablement bouleversé. De ce point de vue là, on saura gré aux réalisateurs de «Intouchables» d’avoir plutôt moins que d’habitude édulcoré l’aspect social : le film est bien l’histoire de deux handicapés, l’un au sens propre, l’autre au sens figuré.

Un aspect mis en lumière par la promo du film mais sur lequel on a moins réfléchi est la médiatisation de Philippe Pozzo di Borgo dont la vie a servi de base au scénario. C’est la caution «inspiré d’une histoire vraie»… avec tout ce que cela sous-entend aussi d’une certaine forme de voyeurisme de notre part et de la part de la presse pour l’exhibition du paralytique. À l’inverse, même s’il n’a pas été totalement occulté, l’aide-soignant Abdel Yasmin Sellou a moins bénéficié de cette nouvelle célébrité. Chacun reste quand même à sa place.

Quelle influence le succès de «Intouchables» peut-il avoir sur le regard que nous portons aux handicapés, comme sur les jeunes de banlieue ? Sans sous-estimer la portée du film, il faut se souvenir qu’un changement sociétal prend du temps et peut rarement être attribué à une seule cause. On a bien célébré la «France black blanc beur» après la victoire des Bleus dans la coupe du monde avant de constater que le racisme n’a pas durablement reculé depuis 1998.

« Tu quoque mi fili »

Néanmoins, la bonne surprise de «Intouchables», c’est le dérapage d’un plan de com à la base trop bien huilé. La promo, c’est ce que Simone Signoret appelait dédaigneusement : «le service après-vente». Dans un premier temps, François Cluzet a été largement mis en avant. En tant que star, en tant que professionnel chevronné, en tant que tétraplégique aussi : les rôles d’handicapés sont des rôles à César (ou à Oscar, pensez aux acteurs aveugles, autistes, bègues ou paralysés récompensés depuis un siècle !).

Mais ce César a trouvé son Brutus ! Dans l’esprit des attachés de presse du film, Omar Sy était le petit nouveau, le label «génération Jamel» à mettre en avant sur les médias jeunes, celui qui saurait sans doute rester à sa place. Au final, c’est son enthousiasmante prestation que l’on retient avant tout, celle qui lui a permis de décrocher un César et de devenir en quelques mois une des personnalités préférées des Français. Mais, pour reprendre l’expression de Simone Signoret, le «SAV» (des émissions), Omar connaît bien !

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