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Les éditeurs au défi du transmedia storytelling

> La vraie question n'est pas tant de savoir sur quel support on lira demain que de savoir SI on lira demain...

Lirons-nous encore  demain ? Et si oui, que lirons-nous ? Comment lirons-nous ?

Aux États-Unis, le marché a basculé le mois dernier : il se vend désormais plus de livres en téléchargement qu’en livres de poche (ou en «softcover»). Et la bascule est en train de se faire grâce à l’iPad et autres tablettes. Car les e-readers sont en voie d’être dépassés. D’ailleurs, Amazon, jusque là champion du secteur avec son Kindle, s’apprêterait à son tour à sortir une tablette.

Après tout, si l’on se contentait de passer des livres imprimés aux livres téléchargés, le dommage ne serait pas bien grand, sauf pour la rentabilité des libraires (désintermédiation) ou des éditeurs si le piratage entre en jeu. Mais pour les lecteurs, il n’en irait pas différemment. Comme pour la Juliette de Shakespeare, «La rose sous quelque nom qu’on la désigne / Sentira toujours aussi bon» : un livre sera toujours un livre sur quelque support que ce soit. Cela pourrait même être un nouvel âge d’or dans l’absolu. Après tout, qu’importe aux amoureux de la musique que les majors du disque aient souffert : l’accès à la musique, à toutes les musiques, à des talents qui ne pouvaient pas s’exprimer auparavant, n’a jamais été aussi grand.

En réalité, ce qui est en jeu est ailleurs comme le relève dans une récente interview, François Gèze, PDG de La Découverte : «L’évolution la plus préoccupante est certainement la poursuite de la baisse des grands lecteurs dans la tranche d’âge des 15-24 ans. Quand on sait que les pratiques de lecture acquises dans sa jeunesse se conservent peu ou prou toute la vie, il y a lieu de s’inquiéter sur l’évolution à moyen terme du marché du livre, quand les baby-boomers commenceront à quitter la scène». En effet, les nouvelles générations doivent choisir entre tellement de sollicitations de leur temps d’attention qu’ils arbitrent déjà – et arbitreront – de moins en moins souvent en faveur de la lecture, que ce soit un livre papier ou sur une tablette.

Il faudra donc être partout là où seront les nouveaux «lecteurs», si le mot a encore vraiment un sens. Je décris bien sûr là le transmedia storytelling qui n’est plus une vue de l’esprit et qui n’a rien en soi ni de révolutionnaire ni de nouveau : au-delà des expériences en cours, il faut se rappeler que Walt Disney avec Disneyland (1955) ou Geroge Lucas avec Star Wars (1977) en ont été parmi les pionniers. Si les classiques intemporels seront toujours accessibles à ceux, moins nombreux, qui voudront les lire «à l’ancienne», d’autres modes d’«écriture» – le terme sera peut-être même impropre – devront émerger qui tiendront compte de ces aspirations différentes, du besoin de raconter des histoires sur plusieurs supports : romans enrichis (en photos, vidéo, liens etc.) et qui se prolongeront sur d’autres univers : TV, jeux vidéo, réseaux sociaux etc.

C’est là que les éditeurs auront toute leur place. Mais comme on a parlé de convergence entre les mondes de l’informatique, des télécoms et de l’industrie de la vidéo – Nintendo est désormais moins en concurrence avec Sony qu’avec Apple, lui-même plus menacé par RIM (Blackberry) que par Microsoft etc. – il faudra que les éditeurs venus du monde du papier acquièrent de nouvelles compétences et sachent que leurs concurrents ont désormais aussi pour nom Europa Corp.ou Ubisoft…

> Si les Pirates des Caraïbes sont présents depuis 1967 dans les parcs Disney, il a fallu attendre 2003 pour qu’ils deviennent une série de films à succès. Juste retour des choses, le personnage joué par Johnny Depp est désormais intégré dans la version américaine de l’attraction. Ces Pirates sont devenus une franchise transmedia storytelling avec des prolongements narratifs au-delà des films et attractions : romans, jeux vidéo immersifset peut-être bientôt une série animée.

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(merci @aymericvincent pour le lien vers l’interview de F. Gèze)

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2 commentaires sur “Les éditeurs au défi du transmedia storytelling”

  1. Soheil dit :

    Je vous suis bien dans votre analyse du transmedia, et je le fais surtout parce que vous liez (avec raison) cette notion à celle de storytelling. Comme vous le soulignez, le concept de transmedia n’est pas nouveau, les adaptations de romans au cinéma ou à la télévision n’ont rien fait d’autre que de raconter autrement un récit imaginé par Balzac, Tolstoï ou Zola. C’est vrai, tant qu’on reste au niveau du storytelling. Mais il est vrai aussi qu’une œuvre littéraire ne se limite pas au récit. La langue, le rythme, les réflexions de l’auteur, une quantité de petites choses qui ne se racontent pas font parfois toute sa valeur et son originalité. Le Procès de Kafka et celui d’Orson Welles sont deux œuvres différentes, même si elle racontent « en gros » la même histoire. De plus, la littérature n’est pas faite que de récits, et des œuvres comme celles de Roger Caillois, d’Henri Michaux ou de Jorge Luis Borges ne sont pas transposables comme peuvent l’être celles des romanciers. Une génération qui ne lirait plus en pensant connaître la littérature à travers d’autres médias se tromperait lourdement car elle fermerait sa porte à tous les essayistes, aux poètes et même à ceux qui racontent des histoires dont ils ne conserveraient au fond que le « synopsis ». Elle se priverait aussi du temps de la réflexion et de l’assimilation que favorise la lecture (même d’un journal) et que ne permet pas l’audio-visuel — qui a d’autres avantages, sans doute, mais pas ceux-là. Mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure: s’ils ne lisent pas, leurs enfants liront… par esprit de contradiction.

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