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Prendre des photos surtout quand c’est interdit

> Résister à un règlement stupide et inefficace est une cause juste

«Les réceptions de l’ambassadeur…» vous connaissez ? Mais en ce moment, la réception de l’ambassadeur qui compte, c’est celle au Palais Farnèse à Rome. L’ambassade de France, qui l’occupe depuis le 19e siècle, a ouvert ses portes aux visiteurs. Officiellement dans le cadre d’une magnifique exposition (jusqu’à la fin du mois) qui permet de la remeubler avec les collections de la famille Farnèse aujourd’hui dispersées (principalement à Naples). Officieusement, pour reconduire son bail emphytéotique en prouvant que nous avons su en prendre soin. Le tout est superbe même avec un audioguide qui commence avec le discours pontifiant de l’ambassadeur («moi je, moi je, moi je») : pourquoi Jean-Marc de La Sablière aime l’Italie, comment il a eu l’idée de l’expo, ce qu’il en espère etc. Passons, cette vanité est plus ridicule que grave.

En revanche, ce qui est plus gênant, comme c’est de plus en plus le cas partout, les photos sont interdites. Les photos au flash pour ne pas abîmer les toiles, je veux bien, mais interdire par principe les photos du bâtiment, des jardins etc. L’interdiction de photographier dans les lieux publics et les expos est ridicule économiquement et indéfendable moralement :

Économiquement, il s’agit d’une privatisation rampante du patrimoine et simplement destinée à protéger les intérêts économiques des boutiques hébergées dans nos musées. Or, elles ne vendront pas une carte de plus en vous envoyant les gardiens dès qu’ils repèrent votre appareil. D’ailleurs, avec les smartphones, c’est devenu de plus en plus discret et un jeu d’enfant de désobéir.

Moralement, s’agit-il de préserver le plaisir des visiteurs cultivés qu’énervent ces photographes du dimanche ? Bien sûr, il y a des compulsifs (je l’avoue, j’en suis et je l’assume) qui ont l’impression de ne pas avoir vécu un moment s’ils ne l’ont pas immortalisé. Cela semble un peu pathétique à nos beaux esprits ? Et alors ? Je ne leur reconnais pas le droit de faire mon éducation culturelle contre moi-même. Nos photos d’amateurs ne seront jamais aussi réussies que celles, réalisées avec l’éclairage approprié et sans personne dans le cadre, qui sont en vente à la boutique ? Là encore, et alors ? Chacun se construit les souvenirs qu’il veut. Des années après, une carte postale n’aura jamais le charme d’une photo jaunie, rayée (encore que, conservée sur un ordinateur, ce soit de moins en moins le cas…) que l’on peut rattacher à notre propre histoire.

En attendant, je ne visite jamais une expo interdite sans la prendre en photo sous toutes les coutures. Et je ne m’en suis pas privé au Palazzo Farnese. Les façades, le jardin, les statues, les peintures (sans flash), les fresques de l’admirable salle des Carrache et le bureau de l’ambassadeur (photo ci-dessus). Je me suis fait un peu aboyer dessus par les gardiens et tant pis. Car il faut résister comme on peut à la stupidité ambiante.

> Dans la rue Giulia, en attendant d’entrer dans l’expo, je lève la tête et découvre cette lessive aux couleurs de l’Italie qu’une mamma romaine a mise à sécher à sa fenêtre.



2 commentaires sur “Prendre des photos surtout quand c’est interdit”

  1. admin dit :

    Merci Régis, j’approuve également le vôtre en tant que pro.

  2. Régis NORY dit :

    De plus en plus de lieux sont interdits à la photographie.
    J’approuve votre point de vue.
    http://www.regisnory.fr/resistivite-ou-resistance-photographique/

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