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Guerlain, le parfum du scandale 1/2

Jean-Paul Guerlain a-t-il la nostalgie d'un temps où l'on faisait marcher les "nègres" à la baguette ?

Quand le parfumeur le plus prestigieux du monde trouve soudain son nom difficile à porter.  La réaction du groupe aux propos de son ancien dirigeant a-t-elle été la bonne et que doit-il faire maintenant alors que les menaces de boycott se précisent ?

Le naufrage d’un homme. En interview sur France 2, le parfumeur Jean-Paul Guerlain a tenu des propos racistes (cf. vidéo ci-dessous). Revenant sur la création de Samsara, il fait un «bon mot» : «Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin…»

Guerlain dérape en direct sur « les nègres »
envoyé par LePostfr. – L’info internationale vidéo.

Ce billet n’a pas pour propos de justifier ce dérapage, il est injustifiable. Il crée une légitime polémique. Audrey Pulvar notamment, s’en émeut, au nom de ses souvenirs d’enfance («vous dont l’un des parfums suffisait, à lui seul, à rassurer l’enfant que j’étais quand sa mère s’absentait, vous dont le nom m’a accompagnée, de mère en fille, de sœur en sœur, aussi loin que remontent mes souvenirs et dont je ne pourrai plus, jamais, porter la moindre fragrance») et son billet sur le site de France Inter vaut la peine d’être lu. Mon post n’a pas non plus pour but de critiquer les appels au boycott qui s’élèvent ici et là et qui gagnent l’Amérique. Réaction disproportionnée ou pas qui veut « se payer un grand groupe« , là n’est pas la question (ou plutôt ce n’est pas l’objet de ce blog) mais bien plutôt, quelle communication avoir dans ces moments là ?

Enfin, je ne reviens pas plus que nécessaire sur la mauvaise réaction d’Élise Lucet. Le community manager de France 2 m’a interpellé sur Twitter à ce sujet mais je maintiens mes propos. Par communiqué, la journaliste se déclare dans un premier temps «désolée de ne pas avoir réagi» – des regrets ne constituent pas des excuses – avant d’y revenir en plateau quelques jours plus tard en impliquant toute sa rédaction («nous sommes désolés»), comme si la faute était collective… Le CSA a finalement stigmatisé la chaîne pour «non maîtrise de son antenne».

LA PREMIÈRE RÉACTION DE GUERLAIN A ÉTÉ LA BONNE…

Non, le sujet de mon billet c’est l’attitude de Guerlain et de sa maison mère LVMH. Guerlain, le nom le plus prestigieux du secteur de la parfumerie de luxe (cf. l’article que j’avais consacré à leur storytelling il y a plusieurs années). Dans les médias, sur son site et sur sa page Facebook, l’entreprise a immédiatement réagi : «Jean-Paul Guerlain n’est plus salarié ni actionnaire de la société. Il n’en reste pas moins qu’il continue d’en porter le nom». Elle en condamne sans ambiguité les propos, qui «ne correspondent en rien aux valeurs de l’entreprise» et enfonce le clou : «Nous voulons simplement que l’on retienne ceci : la société Guerlain ne ressemble en rien aux propos tenus par Jean-Paul Guerlain».

Cette réaction était effectivement la seule à avoir dans un premier temps. J’ai beaucoup écrit sur ce blog sur la nécessité de séparer au plus tôt le storytelling du fondateur de celui de l’entreprise (en prenant pour exemples ou contre-exemples Bill Gates et Steve Jobs, ou encore Uderzo et Hergé). Faute de procéder à la scission assez tôt, «plus dure sera la chute» écrivais-je alors. Or, on ne peut accuser Guerlain en l’occurrence. Il y a deux ans, la maison a largement mis en scène le passage de relais entre Jean-Paul Guerlain et le nouveau nez Thierry Wasser : portraits croisés, conversations dans la presse etc. Il s’agissait de minimiser le fait que pour la première fois depuis 1828, la création des parfums ne serait plus le fait d’un membre de la famille. Sans doute personne ne s’attendait à ce que le vieil homme fasse, sur le tard, dans le cadre de la publication de ses mémoires, une sortie aussi honteuse…

Si la réaction de Guerlain a été la bonne dans un premier temps, elle n’est déjà plus suffisante aujourd’hui, la polémique ne montrant aucun signe d’essoufflement. Il faut maintenant passer de la réaction à l’action.

À suivre : Guerlain, le parfum du scandale 2/2



3 commentaires sur “Guerlain, le parfum du scandale 1/2”

  1. Merci pour votre commentaire. Dans le second article que je consacre à cette affaire, je parle aussi des mesues à prendre pour apporter des « preuves » de bonne foi.

    Par ailleurs, je reviens aussi sur Gap et Guerlain dans deux autres articles plus récents. Je parle également de L’Oréal qui a mis en place une direction de la diversité avec des indicateurs consultables en ligne : managers issus de la diversité, profils de candidats non issus de grandes écoles etc. qui me semble être une piste intéressante.

  2. arnoux dit :

    J’ai travaillé dans Groupe N°1 mondial, aussi il est difficile à quelque poste que l’on soit ne pas devenir parano. A situation équivalente, un sondage par une entreprise extérieure par internet interposé s’est mis en place. Mais la peur de perdre son emploi, d’être repéré ne permet pas à tous de répondre de façon sincère. Une solution peut-être ? Une urne géante scellée, qui ferait la sortie de toutes les entreprises GUERLAIN accompagnée d’un journaliste de France 2, d’un huissier, d’un représentant d’une Association de Consommateurs. Bien évidemment, cela n’éviterait pas les pressions internes du type :  » si nous fermons, vous serez sans emploi » dont personne ne parlera jamais. Alors…

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