Warren Buffet et Bill & Melinda Gates ont convaincu 40 de leurs confrères milliardaires de faire don – dès maintenant ou à leur disparition – d’au moins la moitié de leur fortune à des oeuvres caritatives. En France, cette initiative n’a entraîné aucune réaction chez nos compatriotes hyper riches qui préfèrent tout léguer à leurs rejetons. Pourquoi une telle différence culturelle ?
Bien sûr, dans un pays où «les yachts et jets privés sont tellement 2007, donner 50% de sa fortune apparaît comme l’ultime badge de prestige» écrit Robert Franck sur son blog The Wealth Report. Et l’arme choisie – la «pression des pairs» – est d’une redoutable efficacité : la liste des riches les plus généreux est publique… comme celle de ceux qui, contactés, n’ont pas voulu donner suite. Mais plus généralement, les self-made men anglo-saxons ont toujours eu à coeur de rendre un peu de ce qu’ils ont reçu. De ce point de vue, Bill Gates n’est guère différent d’un Nelson Rockefeller qui fut d’abord l’homme le plus détesté de son époque avant de se «réinventer» en plus grand philanthrope de son époque (cf. Newsletter septembre 2008).
En revanche, pour beaucoup de nos concitoyens, la fortune est une chose honteuse qui ne peut se gagner que par des moyens douteux. À l’instar du pouvoir politique dont Balzac écrivait que «les dynasties qui commencent ont comme les enfants des langes tachés». Une fois qu’on détient richesse et pouvoir, on se doit de les transmettre intacts à sa progéniture. Des siècles de monarchie sont passés par là… Il est d’ailleurs intéressant de constater que, contrairement aux États-Unis, il est interdit de déshériter ses héritiers ! Enfin, comme le notait récemment L’Expansion, «les riches Français estiment qu’ils expriment déjà leur généreuse solidarité à travers l’impôt» !
Heureusement, les choses changent. Dans Challenges, les nouveaux rois du web français prennent leurs distances avec leurs aînés du Cac 40. Pour eux, décider que leur rejeton leur succèdera automatiquement est devenu aussi ringard que de porter la cravate au bureau ! Xavier Niel, Iliad-Free, déclare ainsi : «Je ne crois pas en l’héritage. Je veux assurer à mes enfants un train de vie confortable mais au-delà d’un certain montant, l’argent est plus une charge qu’une chance».
Encore un effort et nos milliardaires deviendront aussi généreux que leurs homologues US. En matière de storytelling, il est d’ailleurs bon de rebattre les cartes à chaque génération. Et de toute façon, comme le disait Andrew Carnegie au moment de mourir et de transmettre sa fortune à une fondation : «Mon linceul n’aura pas de poches» !
