Le storytelling du patronat français ou la longue marche vers les parties prenantes | le blog du storytelling

Le storytelling du patronat français ou la longue marche vers les parties prenantes

France 5 a diffusé récemment «Il était une fois les patrons», un intéressant documentaire en deux parties sur l’histoire du patronat, de 1840 à nos jours. L’occasion de revenir – et de réfléchir – sur ce qui a changé en 170 de management.

1/ Le patron dieu

Au début était le patron seigneur en son fief. Une bien belle époque où l’on pouvait refuser les augmentations de salaire en affirmant que «si on payait les ouvriers plus cher, il iraient boire» ! À la charnière des 19e et 20e siècles, les premières avancées sociales entraînent des réponses étrangement similaires à celles d’aujourd’hui : «Il est impossible de lutter contre la concurrence étrangère si on doit payer un salaire minimum. Plutôt délocaliser».

2/ Le patron face à l’État

Le siècle passé a donc été celui de la lente ingérence de l’État dans l’entreprise, au nom de la justice sociale. Mais, plus qu’avec le Front Populaire, c’est en réalité après 1945 qu’on assiste à la mise sous surveillance des patrons par un État qu’on appellera bientôt «providence». Les ouvriers sont aussi des électeurs (ceci explique cela) mais il fallait aussi punir un patronat qui s’était globalement bien accommodé de Vichy. D’où les nationalisations et, plus généralement, une meilleur partage des valeurs entre tenants du privé et du public. «L’entreprise à visage humain» connaît pourtant ses premiers coups de boutoir en 1968 et s’effondre au moment du choc pétrolier.

3/ Le patron soumis à l’actionnaire

Une nouvelle race va prendre le pouvoir : les actionnaires. Dans un premier temps, ils servent les intérêts des dirigeants qu’ils rémunèrent grassement. Mais quand la «création de valeur» est érigée en dogme, les patrons se retrouvent à leur tour asservis à la dictature du court-termisme… et se retrouvent – comme les autres salariés – sur un siège éjectable.

4/ Le temps des parties prenantes ?

À la fin du documentaire, certains grands patrons appellent de leur voeux le rééquilibrage des pouvoirs entre actionnaires et les autres parties prenantes. Un concept en faveur duquel je me suis souvent prononcé (notamment ici). Afin de pouvoir demeurer, comme le formule joliment Henri Lachmann (Schneider), des «philosophes dans l’action».



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