
> La guerre des (m)ondes aura bien lieu. Dans un monde dévolu au principe de précaution absolue (que vient de nous rappeler l'affaire du volcan), un discours raisonné doit d'abord lui aussi passer par l'émotion...
Antennes-relais, wifi et leur dangers supposés. Une argumentation raisonnée de permettra pas de faire taire les nouveaux obscurantistes des ondes. Et si on mettait un peu d’émotion dans tout ça ?
Une étude sur les ondes auxquelles nous sommes exposés conclut une fois de plus à leur innocuité… mais peine à convaincre les opposants à l’installation d’antennes-relais. Il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre… Et s’il n’y avait que le téléphone : un de mes amis qui a effectué récemment une mission dans une agence de com (!) me dit qu’il n’y avait pas de wi-fi dans les locaux car le patron en a peur. Et des parents d’élèves ont obligé la mairie à «désinstaller» le wifi dans l’école primaire d’un village près de Nantes pour la même raison. Plutôt des enfants sans horizon intellectuel que traversés par des ondes !
Il y a un an, j’avais raconté (ici) l’émotion qui a saisi tout un quartier de Saint-Cloud dont les habitants vivant à proximité d’antennes relais Orange se disaient victimes de malaises. Les médias s’en étaient emparés jusqu’à ce qu’on découvre que les dites antennes n’avaient pas encore été activées et qu’il s’agissait donc au mieux d’un phénomène d’hystérie collective au pire d’affabulations pour avoir droit au fameux quart d’heure de célébrité ! Nos amis journalistes s’en sont aussitôt désintéressés. M6 a même annulé un sujet pour ne pas se mettre à dos ses téléspectateurs qu’on aurait pu prendre pour les nouveaux possédés de Loudun… À ce propos, qui dira le mal d’être vautré sur un canapé à quelques mètres du poste de télé et des ondes (de débilité) qu’il émet ?
On peut être consterné, on n’en est pas moins devant un vrai défi en matière de communication. Comment répondre ? Certainement pas par la raison on vient de le voir. N’en déplaise aux cartésiens de tout poil, multiplier les enquêtes sur le danger des ondes ne servira à rien car convaincre ceux qui ne veulent pas être convaincus relève de la mission impossible : comme chacun sait, le mal est d’autant plus présent qu’il est invisible. Comme la cinquième colonne en temps de guerre… On est sur le terrain des émotions et c’est donc par les émotions qu’il faut répondre. Vous avez dit «storytelling» ?

> En attendant qu’on ait démontré la parfaite innocuité des ondes télé et radio, ne devrait-on pas démonter préventivement l’émetteur de la Tour Eiffel au nom du principe de précaution ? Les touristes n’iront qu’à aller ailleurs, la santé de nos enfants d’abord !
Faisons un peu de colligation en allant chercher ailleurs la réponse. Dans un récent dossier sur la contrefaçon, Libé donnait la parole à Catherine Viot, une chercheuse spécialiste des marques et qui rappelait l’inutilité des discours actuels pour endiguer le phénomène. «Les Français ne sont pas sensibles aux arguments sur les coûts sociaux ou les risques pour l’économie du pays ou de la marque», sans doute parce qu’en l’occurrence les consommateurs sont les complices objectifs de la contrefaçon. «Ce qui marche en France» ajoutait-elle, «c’est la dévalorisation sociale : porter du faux qui se remarque alimente les moqueries et peut conduire à l’exclusion». Il y aurait donc une sorte de «marketing de la honte» à mettre en place qui réponde au «marketing de la peur» qu’agitent les anti-ondes ? Intéressante idée qui montre aussi que le storytelling ne joue pas nécessairement qu’avec des émotions positives… Bien sûr, il ne suffit pas de répondre à une peur irraisonnée par une ironie qui le serait tout autant. Au contraire, il faut se servir du cheval de Troie de l’émotion – même moqueuse – pour entrer dans la place et pouvoir ensuite re-asséner les arguments rationnels à des personnes acceptant désormais de les entendre.
En tout cas, si les opérateurs arrivaient une bonne fois pour toute à «ringardiser» leurs adversaires, les géants de l’agro-alimentaire pourront s’engouffrer dans la brèche et essayer d’être plus audibles à propos des bienfaits des OGM. Et là, je sens déjà les mauvaises ondes de tous les obscurantistes du web fondre sur moi !
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Le + du blog du storytelling
> En 1951, la petite ville de Pont-Saint-Esprit dans le Gard a vécu une nuit d’apocalypse. La folie s’est emparée de ses habitants qui ont vu la Vierge, se sont jetés des immeubles, se sont entre-tués etc. Peu importe que l’on sache parfaitement aujourd’hui que le boulanger avait utilisé une farine contenant de l’ergot de seigle (un puissant hallucinogène) et que les autres cas s’expliquent par un classique phénomène d’auto-suggestion. Les habitants et les médias ne se sont jamais accommodés de la réalité historique. Il faut lire le formidable ouvrage de Madeleine Ferrières, Histoire des peurs alimentaires, pour constater que de tels cas n’étaient pas rares jadis. Près de 60 ans après les événements de Pont-Saint-Esprit (le bien nommé), la webosphère s’enflamme pour une nouvelle piste tout aussi farfelue que les précédentes (possession, extra-terrestres, avertissement divin etc.) : et si la CIA avait répandu du LSD dans l’atmosphère ? Théorie du complot quand tu nous tiens…
