Quand Tintin broie du noir… | le blog du storytelling

Quand Tintin broie du noir…

On peut penser ce qu’on veut de la polémique sur «Tintin au Congo» qui est en ce moment devant la justice belge. Pour ma part, et bien qu’amateur depuis toujours de Tintin (j’ai déjà dit, notamment ici, toute l’admiration que je lui porte), je peux comprendre que certaines aventures, certaines vignettes en particulier, aient pu blesser des gens. Mais ce n’est pas la morale qui inspire ce post, c’est le désastre en matière de communication pour le petit reporter.

Quand on édite Molière, on l’accompagne de notes destinées à le rendre compréhensible aux lecteurs d’aujourd’hui (ne serait-ce que pour expliquer qu’ »amant » n’avait pas le même sens !). Quand Disney distribue ses cartoons réalisés pendant la guerre, un commentateur explique le contexte propagandiste de l’époque. Pourquoi Moulinsart SA refuse-t-il obstinément un avertissement en tête de Tintin au Congo pour expliquer la réalité d’alors du Congo belge quand les enfants de 2010 n’en ont aucune idée ? On dit l’éditeur Casterman favorable à ce compromis mais les héritiers d’Herge, sa veuve et le second mari de cette dernière, y seraient eux totalement opposés. Si l’interdiction du livre par la justice est peu probable en France ou en Belgique (et ce serait effectivement stupide d’en arriver là), elle est possible dans les pays anglo-saxons.

Déjà, aux États-Unis, en Angleterre, les album de Tintin au Congo sont de toute façon peu à peu retirés des rayons des bibliothèques, inaccessibles aux enfants et réservés à un public adulte et qui doit motiver sa demande de consultation («par intérêt historique») sous la pression d’associations afro-américaines. Fanny Rémy (la veuve) et Nick Rodwell (le «beau-père» de Tintin) n’en sont hélas pas à leur coup d’essai en matière de RP désastreuses (un florilège ici ou ). Encore une fois, il ne s’agit pas de juger le fond : Hergé fut-il raciste ? La question est trop complexe pour être traitée correctement dans ce post (en un mot mon opinion : il commença en effet raciste mais termina humaniste après un long cheminement de rédemption personnelle). Mais il s’agit ici de communication et d’efficacité :

Un film produit par Steven Spielberg et réalisé par Peter Jackson est en cours de réalisation. Les adversaires sont en train d’affûter leurs armes : racisme, anti-américanisme, anti-sémitisme : toute la vie d’Hergé va être passée au crible. La polémique est certaine, ce n’est qu’une question de temps. Et parce qu’elle va partir des États-Unis, elle connaîtra une ampleur sans précédent (de la même façon que le Vatican a pu garder sous le boisseau la pédophilie de ses prêtres jusqu’à ce que la crise éclate aux USA). Alors pourquoi attendre pour la riposte ?

Outre que la demande d’un avertissement avant certains albums est légitime, c’est aussi un bien petit prix à payer pour éviter la tempête qui gronde. Même si ce ne sera pas en soi suffisant. Hergé en aurait fait un album : «Tintin contre les héritiers».



2 commentaires sur “Quand Tintin broie du noir…”

  1. Al dit :

    Il faut savoir que le studio qui avait produit le dessin animé TINTIN dans les années 90, avait déjà décidé, à l’époque, de ne pas adapter TINTIN AU CONGO pour des raisons racistes…

    • Sébastien Durand dit :

      Oui, bonne remarque. Ainsi d’ailleurs que Tintin en Amérique (anti-américanisme) et Tintin au Pays des Soviets (anti-communisme). Et c’était il y a 20 ans, depuis Moulinsart n’a toujours pas pris la mesure des changements sociétaux qui nécessiteraient une gestion plus fine des risques…

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