
> Jadis, on jouait au Monopoly pour acheter des hôtels (et ruiner ses adversaires). Aujourd’hui, dans Sim City on sait que tout cela aura des implications sur la vie des voisins, les impôts, la pollution du quartier etc. Plus complexe mais aussi plus passionnant...
Aux actionnaires ou «stockholders», Milton Friedman opposait par dérision les «stakeholders», qu’on traduit en français, faute de mieux, par «parties prenantes». Pour ce grand libéral devant l’Éternel, la cause était entendue : les entreprises n’ont qu’un but : satisfaire «l’avidité» (le terme ne le choquait pas) de leurs propriétaires.
Plus récemment, on a pourtant vu apparaître des entreprises avec un engagement plus citoyen, comme Danone. Chez Sodexho, on a instauré la parité au sein du comité de direction bien avant que la loi ne vienne s’en mêler. On considère aujourd’hui que les entreprises sont des agents économiques qui fournissent un emploi à des dirigeants et à leurs collaborateurs qui, en retour, font vivre leurs familles. Ces mêmes entreprises se fournissent auprès de partenaires et sont en rapport avec, notamment, des collectivités territoriales. Augmenter une production très rentable mais polluante pour l’environnement peut ainsi présenter un intérêt pour l’actionnaire, qui s’oppose à celui de toutes ces autres parties prenantes.
Dans un système qui respecte le droit de propriété, on peut tout à fait trouver légitime que les actionnaires exercent le leur : ils ont apporté l’argent dont l’entreprise avait besoin, ils veulent que cela leur rapporte des dividendes. Il ne s’agit donc pas ici de porter un jugement moral mais de constater un état de fait : nous étions aux deux derniers siècles dans une économie d’intérêts. Nous sommes désormais dans une économie des intéressés. On l’a bien vu récemment avec le cas de Total. Juridiquement, rien n’empêchait l’entreprise de fermer une raffinerie qui lui coûte plus qu’elle ne lui rapporte. C’était sans compter sur la mobilisation des syndicats comme des collectivités locales qui l’ont forcée à prendre des engagements sur la durée pour les autres raffineries en France.
> À suivre : parties prenantes et storytelling, un écosystème vertueux