L’industrie des jeux vidéos conserve auprès de nombreux décideurs l’image d’un secteur secondaire. Pourtant au niveau mondial, elle pèse désormais plus lourd que le cinéma. Et en France, Nintendo a déjà écoulé 8 millions de ses consoles portables DS, ainsi que 4 millions pour le modèle de salon, la Wii. Grâce à un sens inégalé du storytelling…
Pendant longtemps, Nintendo (fondé en 1889 !) a fabriqué des cartes à jouer traditionnelles japonaises et l’entreprise aurait pu disparaître en même temps que passait la vogue de ces hanafuda. Heureusement, elle avait intégré un des principes fondamentaux du storytelling : «arrêtez de vendre des produits, racontez une histoire !». Et celle de Nintendo repose sur l’idée que «le plaisir du jeu est universel» et non sur un jeu/jouet en particulier. Il lui a donc été relativement aisé de saisir l’intérêt de l’informatique naissante pour proposer les premières consoles de salon puis portables, ainsi que les jeux qui allaient avec ! Et Mario, Donkey Kong ou les Pokémon sont devenus les héros de prédilection des générations X et Y comme Mickey ou Popeye avaient été ceux des baby boomers.
Au début des années 2000, le fabricant a été rattrapé par Sony et Microsoft. Pourtant, considérant que le cimetière des jeux vidéos est jonché des cadavres des anciens rois de la console (Sega par exemple), Nintendo a refusé de jouer la surenchère en matière d’innovations technologiques. Ce n’était pas dans ses gênes. Ce qui l’était, c’est encore et toujours le storytelling du jeu en général. La renaissance est donc venue de la DS et de la Wii ainsi que de leurs jeux différents, destinés à garder une bonne santé physique et mentale plutôt qu’à détruire une armée de zombies.
Cela a irrité bon nombre de «hard core gamers» qui n’ont pas saisi l’intérêt de remplacer ce joystick si chargé en testostérone par une manette ressemblant à une télécommande et à la prise en main si intuitive. Mais Nintendo a bien compris que les femmes et les seniors, joueurs occasionnels, représentaient un marché immense et vierge. Un changement de paradigme radical… et réussi. En effet, l’avenir démographique condamne au rétrécissement le marché des jeunes hommes boutonneux pour lesquel ses concurrents se livrent une lutte fratricide. Et pendant ce temps, le fabricant annonce un accord avec Gallimard pour faire aussi de sa nouvelle DSi XL un lecteur de livres numériques. Comme le Kindle ou l’iPad ! Le retour de la lecture plaisir.
Tant que Nintendo gardera à l’esprit son storytelling, la marque devrait pouvoir continuer à nous faire jouer à des jeux dont nous n’avions encore jamais rêvé…
