
> Un Laguiole, comme les autres objets tranchants, ne s’«offre» pas, il s’achète. Pour qu’un tel cadeau ne vous porte pas malheur, vous êtes sensé donner une pièce de monnaie en échange à la personne qui vous l’a apporté. Une tradition ancienne dont on ne connaît pas l’origine avec certitude.
Est-il possible de reprendre le contrôle d’une histoire qui vous a complètement échappé, au point que votre marque soit devenue un nom commun ? C’est le défi relevé par le célèbre couteau de poche Laguiole (prononcer Layolle).
Tout est peut-être la faute de Jean-Pierre Calmels, son inventeur en 1829 : il n’a en effet jamais pensé à déposer le nom de la marque, calquée sur celle de son village. À sa suite, les couteliers de Laguiole dans l’Aveyron ont développé un savoir-faire unique dans le travail de la lame et du manche. Mais d’autres villes se sont mises à en fabriquer. À la fin des années 1980, la totalité des couteaux vendus sur place aux touristes provenait, au mieux de Thiers dans le Puy-de-Dôme (capitale de la coutellerie française) au pire d’Asie. Et le mot «laguiole» est entré dans le Robert et le Larousse comme un nom commun, perdant donc au passage son «L» identitaire.
Les élus locaux ont fini par s’émouvoir de la disparition d’un patrimoine industriel et culturel mais comment faire puisqu’on ne saurait parler de contrefaçon, la marque «Laguiole» n’existant pas à proprement parler ? Comme souvent dans ces cas-là, la solution a consisté à une montée en gamme, justifiant des prix plus élevés qui maintiennent la rentabilité. Ainsi, des coutelleries ont-elles pu être rouvertes à Laguiole même et dans les environs. Cependant un produit manufacturé ne pouvant être protégé comme un produit alimentaire (ce qui est le cas du fromage de Laguiole, célèbre lui aussi à juste titre), la majorité des laguioles de qualité restent manufacturés à Thiers. Des designers, comme Philippe Starck, ont également été invités à réinventer la célèbre silhouette et des grands chefs, comme Michel Bras, s’en sont faits les porte-parole, contribuant à transformer un objet modeste en accessoire tendance. Des éditions limitées à partir de la carcasse du Concorde ou du paquebot France ont même été proposées ! L’avenir dira si le Laguiole peut ainsi échapper à la banalisation. Rendez-vous en 2029, pour les 200 ans ?
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> Le + du blog du storytelling
Les débats vont bon train pour savoir s’il s’agit d’une abeille (symbole impérial que Napoléon aurait octroyé à ses soldats originaires de l’Aubrac pour leur courage au combat) ou d’une mouche (les couteaux repliables étaient jadis appelés «à mouche»). Ce détail ne suffit pourtant pas à signer un Laguiole puisque d’autres tout aussi authentiques (notamment le trèfle à quatre feuilles) peuvent aussi être apposés !
> Si vous voulez un couteau d’origine certifiée, vous pouvez aussi vous rabattre sur le savoyard Opinel. Inventée dans les années 1880, la marque est, elle, bel et bien déposée et ce depuis déjà un siècle !

Je crois bien que c’est une abeille sous la lame. Un vrai Laguiole a une croix sur le manche pour faire sa prière quand on le plante dans le sol, et une lame « pique » (comme sur la première illustration) pour faire des saignées aux bovidés.
Et surtout le manche est fait en corne et le couteau pèse une tonne ^_^
Merci de ces précisions, Romain, mais comme je l’indique, il n’y a pas forcément de « signes officiels » pour identifier un laguiole puisque précisément, il n’y a pas de définition du laguiole. Mais les quelques fabricants qui veulent le relancer à Laguiole même auraient effectivement intérêt à définir une charte et à se servir de tous ces petits signes que tu mentionnes et qui font partie de son storytelling.