Roy E. Disney (1930-2009) : l’homme qui a sauvé deux fois l’empire Disney | le blog du storytelling le blog du storytelling

Roy E. Disney (1930-2009) : l’homme qui a sauvé deux fois l’empire Disney

Derrière le nom de Walt Disney se cachaient en fait deux frères, Walt (1901-1966) l’artiste génial et Roy (1898-1971) le  financier, tout aussi créatif dans son genre. Après leur disparition, l’entreprise faillit sombrer corps et âme. Un homme a, par deux fois, sauvé l’empire fondé par une souris. Il s’agit de Roy Edward Disney, fils de Roy et donc neveu de Walt, qui est mort aujourd’hui, à 79 ans, des suites d’un cancer.

Après des débuts de scénariste et de documentariste animalier, Roy s’était avant tout donné pour mission de veiller au respect du patronyme familial. En 1984, le groupe était sur le point d’être dépecé par des raiders. Roy mit tout son poids financier (et il était considérable) pour faire échouer l’OPA et eut l’idée de faire appel à un duo d’enfer, Michael Eisner et Frank Wells, venus respectivement de Paramount et Warner, pour redresser la Company. Il n’eut qu’une exigence : qu’on lui laissât la direction des studios d’animation qui étaient sur le point d’être fermés. Depuis, il était considéré comme un bon génie par les artistes et animateurs qui sont à l’origine du nouvel âge d’or de l’animation, de la Petite Sirène au Roi Lion. Roy ne s’investissait pas au quotidien dans la production, sauf pour Fantasia 2000 qu’il supervisa personnellement et qui constitue son hommage au talent visionnaire de son oncle. Après l’incroyable come-back des années 80 et 90, la machine se grippa à nouveau au début des années 2000. Artisan du renouveau, Michael Eisner avait perdu la main et faisait courir le groupe à sa perte. Une nouvelle fois, Roy prit la tête de la fronde qui finit par obtenir la tête du PDG devenu incontrôlable. Depuis 2006, un nouveau tandem dirige avec succès Disney : Bob Iger aux commandes managériales et John Lasseter aux manettes créatives. Désormais âgé et malade, Roy n’occupait plus que des fonctions honorifiques.

La vie de Roy Disney illustre le destin de ceux qui se consacrent à continuer l’histoire après la disparition du fondateur (un thème récurrent sur ce blog, par exemple ici). Il avait un talent plus limité que celui de son oncle et de son père, il le savait et l’acceptait sans problème. Et c’est cette lucidité, cette modestie, qui faisaient son charme. J’ai bien connu Roy pendant les 10 ans que j’ai passés au sein du groupe Disney et beaucoup d’images m’assaillent au moment où j’apprends sa disparition. Je repense à ces interviews où je lui demandais d’éteindre sa cigarette avant la séance photo («J’oublie de temps en temps d’être ‘corporate’» glissait-il dans un sourire) et où il parlait de sa passion pour la voile. En effet, il n’était jamais aussi heureux que sur son bateau, le Shamrock, sur lequel il a maintes fois traversé l’Atlantique. Il parlait aussi de son château en Irlande, berceau de ses ancêtres et de sa passion pour le beurre d’Isigny qu’il a imposé dans les restaurants de Disneyland Paris («mon nom, Disney, vient ‘d’Isigny’ en Normandie, d’où mes ancêtres sont partis pour l’Irlande»).

> Pendant longtemps, Roy a cultivé la ressemblance physique avec son oncle en portant la moustache. Les dernières années, apaisé, il l’avait rasée, ce qui le rapprochait beaucoup plus de l’apparence de son père.

> Pendant longtemps, Roy a cultivé la ressemblance physique avec son oncle en portant la moustache. Les dernières années, apaisé, il l’avait rasée, ce qui le rapprochait beaucoup plus de l’apparence de son père.

Avec la disparition de Roy, il n’y a plus aucun membre de la famille Disney pour veiller sur la réputation de la maison de Mickey. Les animateurs des studios ont perdu leur second «père». Pour ma part, je garde précieusement le souvenir qu’il m’a confié un jour sur la genèse de Pinocchio. «Je devais avoir cinq ans quand je suis tombé malade. Un soir, mon oncle est venu me voir et m’a lu, pour m’endormir, l’histoire d’un petit pantin de bois. Il y avait des choses que j’aimais et d’autres moins et Walt semblait très attentif à mes remarques. Quelques années plus tard (en 1940), j’ai eu la surprise de découvrir ‘Pinocchio’ à l’écran. Mon oncle avait fait les changements que je lui demandais par rapport au conte original». Et ses yeux pétillaient quand il ajouta : «Mais aussi beau que soit le film, rien n’approchera jamais le plaisir que j’avais eu ce soir là, à être le premier à l’entendre. Walt Disney n’avait pas besoin d’animateurs, c’était tout simplement le meilleur conteur du monde» ! Et Roy Edward Disney a su continuer cette tradition.

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