Après Tintin et ses 80 ans qui étaient l’objet d’un post précédent, c’est Astérix qui vient de fêter son anniversaire, le 50e en l’occurrence. Prenant ses dispositions pour survivre à terme à ses créateurs, le petit Gaulois se prépare au contraire à connaître une nouvelle vie.
Il y a 50 ans tout juste, avec son ami René Goscinny, Albert Uderzo crée le personnage d’Astérix, un des premiers héros… au physique d’anti-héros. Très vite, ce dernier fait la fortune des deux compères et il devient si célèbre que son nom est même donné au premier satellite français en 1965. Pas mal pour un petit Gaulois qui n’a peur que d’une chose : que le ciel lui tombe sur la tête ! Peut-être parce qu’il fallait deux fils d’immigrés – polonais et italien – pour le concevoir, Astérix est l’incarnation des qualités et des défauts qu’on prête aux Français et à ce titre aimé dans de nombreux pays. C’est pourquoi la disparition prématurée de Goscinny en 1977, après 24 albums (le même nombre que Tintin !), aurait pu signifier celle de notre héros et de ses amis. Mais une demande de Paris Match agit alors comme un déclic : on demande à Uderzo un dessin de couverture représentant Astérix pleurant son géniteur disparu… comme si lui-même n’avait été qu’un exécutant ! Depuis, il a écrit et dessiné tout seul 10 nouveaux albums qui atteignent à chaque fois des records de ventes même si les histoires n’ont plus le charme ni la drôlerie d’antan. Mais qu’importe : grâce aussi au succès des films, des dessins animés et du parc d’attractions inspiré de ceux de Disney aux Etats-Unis, la popularité du petit Gaulois n’a jamais été aussi grande.
Fatigué par la maladie (il ne peut plus encrer ses dessins du fait de l’arthrose), les critiques, les batailles juridiques contre son ancien éditeur et les dissensions familiales, on aurait pu penser qu’Uderzo se résignerait à voir son héros partir avec lui. C’est mal connaître l’homme. En annonçant la vente des Editions Albert-René à Hachette à la fin de l’année dernière, il confirme au contraire que l’aventure d’Astérix continuera après lui. En organisant de son vivant sa succession, il offre le petit Gaulois en cadeau à son public.
Tintin et Astérix suivent donc deux trajectoires opposées mais toutes deux respectables puisqu’en accord avec les vues de leurs créateurs. En ce qui me concerne, je m’intéresse depuis longtemps à ce thème : l’entreprise (commerciale ou artistique) après son fondateur (notamment dans les newsletters de janvier et de février 2009). Ma conviction est que pour devenir des mythes, il faut que les héros populaires échappent à leurs créateurs et, surtout, à leurs héritiers. Le storytelling nous enseigne que l’ère du contrôle est révolue et qu’il est temps de passer à celle de l’influence. Après tout, le seul risque c’est que le ciel nous tombe sur la tête !
