
Les livres, comme les produits dérivés, de Tintin doivent toujours s'inspirer des poses classiques des albums originaux
Tintin a 80 ans. Sous le contrôle très strict de ses ayant-droit, le personnage est peut-être en train de se scléroser en se laissant «muséifier». Décryptage.
Seuls les tintinophiles avertis savent ce qu’ils doivent à Tchang Tchong-Jen. En effet, les premiers albums, marqués par le rejet aussi bien du communisme soviétique que du capitalisme américain ainsi que par un colonialisme daté, auraient sans doute sombré dans l’oubli. Mais la rencontre avec le jeune étudiant chinois va faire basculer la ligne claire de Georges Rémi dit Hergé du côté des chefs d’oeuvre qui ont marqué le 20e siècle. Tchang a bien sûr inspiré le personnage éponyme du Lotus bleu, paru en 1936, mais aussi une vision humaniste et plus universelle de Tintin. Celui que de Gaulle voyait comme son seul rival en termes de popularité a brutalement cessé ses aventures en 1983 au décès de Hergé. Même le dernier album, Tintin et l’Alph-Art, n’est sorti qu’en version crayonnée puisque l’auteur n’avait pas eu le temps de l’achever.
Depuis, si le reporter qu’on ne voit jamais écrire d’articles a été présent à la télévision, au théâtre, au cinéma (Steven Spielberg et Peter Jackson préparent la sortie du film adapté des 7 boules de cristal et du Temple du soleil), et même en jeu vidéo, ce sont toujours des adaptations des albums de BD. Même les produits dérivés utilisant l’image de Tintin doivent être basés uniquement sur les illustrations originales. Cette intransigeance des ayant-droit a souvent été mal interprétée. Récemment, l’inauguration du musée Hergé à Louvain en Belgique a donné lieu à un psychodrame entre les journalistes ulcérés de ne pas pouvoir photographier les salles d’exposition et les dirigeants de Moulinsart S.A. qui traînent facilement devant les tribunaux tous ceux qui utilisent la célèbre houppette sans autorisation. Certains dénoncent régulièrement la dérive mercantile de ces derniers. C’est une erreur. Hergé l’avait explicitement déclaré : «Faire vivre mes personnages, je suis le seul à pouvoir le faire. Tintin c’est moi, comme Flaubert disait : Madame Bovary c’est moi !». On est donc plus sur une question de contrôle d’un héritage artistique que financier.
Pourtant, si les héritiers s’en tiennent à une interprétation étriquée des exigences de Hergé, Tintin va s’étioler et finir par ne plus parler qu’à ses fans âgés de plus de 77 ans. S’il faut chercher une indication de la bonne marche à suivre, regardons plutôt du côté de la conduite de l’artiste de son vivant, sans tenir compte de ses déclarations. Les aventures de Tintin n’étaient pas figées ad vitram aeternam : les albums en noir et banc ont été coloriés, puis redessinés pour incorporer des signes de la modernité : automobiles, avions ou télévision ! Mais aujourd’hui, le fossé entre ceux qui ont le droit et le devoir moral de leur côté et les fans qui, eux, parlent de morale, apparaît bien difficile à combler.
> À suivre : la stratégie, complètement différente, d’Uderzo pour qu’Astérix lui survive.