Rumeurs persistantes sur la santé de Steve Jobs, suicide d’un employé de son sous-traitant chinois soupçonné de vol d’un prototype, pressions supposément exercées sur une famille anglaise après l’explosion d’un iPod et finalement «épidémie» d’iPhones, eux aussi «explosifs» (le terme est controversé) dans le Sud de la France : l’été a été meurtrier pour Apple.
Derrière le fait divers de la défenestration d’un employé chez un de ses sous-traitants asiatiques se profile l’ombre des sweatshops, ces ateliers sans foi ni loi où travaillent femmes (et parfois enfants). Apple ne vaudrait-il pas mieux qu’un vulgaire Nike qui laissa des plumes dans ce genre de scandale il y a une dizaine d’années ? Pourquoi cette entreprise qui est championne toutes catégories en termes de marketing est-elle incapable d’assurer efficacement sa propre communication institutionnelle ?
À cet égard, l’affaire des iPhones explosifs (ou fendillés, c’est selon) est peut-être en train de se transformer en bombe à retardement. Sur le fond, dans ce genre d’affaires, il y a soit comportement fautif du consommateur soit défaillance du produit. Or, Apple est connu pour la qualité de sa relation avec sa clientèle qu’elle ne peut par principe mettre en cause. Par ailleurs, comme beaucoup de firmes innovantes, elle vit dans le dogme de sa propre infaillibilité. Reconnaître que certains de ses produits ne sont pas parfaits est intellectuellement inenvisageable. Quant à la forme, c’est malheureusement typique des filiales qui ont une peur panique de lever le petit doigt sans l’approbation de la maison mère. Et cette dernière ne sentira pas la menace tant que les iPhones explosifs n’apparaîtront pas sur son radar, c’est-à-dire dans les médias américains… au moment où il lui sera plus difficile de réagir.
Apple reste bien sûr l’une des plus belles marques au monde et ses résultats financiers records sont la preuve qu’on peut «battre» la crise. Pourtant, le culte du secret est profondément ancré en elle. On le sait concernant la déplorable gestion des problèmes de santé de Steve Jobs. Mais même l’origine de son nom est un secret industriel. Au Figaro qui l’interrogeait récemment à ce sujet, elle a répondu : «Nous ne nous intéressons pas à notre passé». Et elle a laissé le Musée de l’Informatique fêter les 25 ans du Mac sans s’y associer ! Dans un monde où la propagation de l’info (ou de la rumeur, c’est la même chose en termes de com) est devenue globale, une attitude aussi crispée n’est plus de mise. Chez Apple, il est des silences qui sont assourdissants.

chapeau pour l’analyse. et quel style redactionnel! ca construit aussi un peu de votre storytelling perso ?
Merci,
Oui, sans doute