Bocuse, muséifié de son vivant ? | le blog du storytelling

Bocuse, muséifié de son vivant ?

Bocuse pris en sandwich entre deux Ducasse, le vrai (à droite) et son effigie au Musée Grévin. Est-ce le sort qui attend le pape de la gastronomie ?

Bocuse pris en sandwich entre deux Ducasse, le vrai (à droite) et son effigie au Musée Grévin. Est-ce le sort qui attend le pape de la gastronomie ?

Dans mon post précédent, j’ai parlé du storytelling de Bocuse… mais qui a ses limites. Quand un produit est aussi fortement lié à son «inventeur», comment continuer l’histoire après lui sans être trop passéiste… et donc dépassé ?

J’ai régulièrement traité de ce sujet (notamment ici), souvent pour inciter les créateurs à laisser leurs créations leur échapper (par exemple ), à laisser les autres – dont les clients – s’emparer de l’histoire et la propager. Mais comment faire dans le cadre d’un restaurant qui, comme celui de Collonges-au-Mont-d’Or, semble déjà un conservatoire de la cuisine, certes prestigieux, mais daté ? Comme cette fresque des chefs qui se trouve dans la cour intérieure du restaurant et qui dresse une histoire de la cuisine qui s’arrête à Paul Bocuse (dont l’image et le nom sont par ailleurs omniprésents)…

Peut-être tout simplement en laissant les choses dans leur jus ! Le monde de la haute cuisine bruit d’une rumeur persistante, et sérieuse selon mes infos, selon laquelle un gentleman’s agreement existerait entre Paul Bocuse et  Alain Ducasse. Ce dernier – qui mériterait un post à lui tout seul un de ces jours prochains – rachèterait l’établissement à la disparition du maître pour en faire un lieu mi-restaurant mi-musée, une reconstitution historique (ou du moins historicisante) du plus célèbre lieu gastronomique français du 20e siècle. Un peu comme on va chez Fangshan à Pékin goûter la cuisine du Dernier Empereur apportée par des serveuses en costume Qing… Certains crieront au Disneyland gastronomique mais ce serait effectivement assez logique. D’autant que Bocuse a déjà ce genre d’expérience avec Les Chefs de France, sa brasserie de Walt Disney World en Floride qui est qui est déjà en soi un pastiche de restaurant.

Laissons lui donc le mot de la fin. À un journaliste qui lui demandait justement s’il ne serait pas hostile à passer la main à Alain Ducasse (connu pour ses déplacements dans le monde entier), le pape de la gastronomie a répondu dans un grand éclat de rire : «Non, c’est moi qui vais racheter Ducasse… C’est un peu cher, il y a beaucoup de dépenses d’avion !».

Paul Bocuse pose devant la fresque des chefs dans la cour de son restaurant.

Paul Bocuse pose devant la fresque des chefs dans la cour de son restaurant.



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