De quoi la grippe est-elle le nom ? | le blog du storytelling le blog du storytelling

De quoi la grippe est-elle le nom ?

Entre le gouvernement qui répète que tout le monde sera vacciné et que la France devrait donc passer sans trop de heurts au travers de l’épidémie (comme en d’autres temps le nuage de Chernobyl s’était arrêté à nos frontières…) et les souvenirs diffus de la grippe espagnole – voire de la grande peste… du 14 siècle ! – distillés par les médias, la gestion de la crise A/H1N1 est un beau cas de storytelling…

I – Nommer l’innommable

En 1918-1919, une grippe 30 fois plus mortelle qu’une épidémie normale a tué de 30 à 100 millions de personnes après avoir infecté la moitié de la population mondiale. Nommer cette «chose mortelle» était un acte éminemment politique en cette période de fin de Première guerre mondiale. Reconnaître qu’elle avait tué près de 500 000 Français aurait pu décourager la population… et ranimer la combativité des «Boches» (en réalité, l’Allemagne aussi était touchée). L’Espagne, neutre dans ce conflit, était alors le seul pays à publier en toute transparence ses statistiques alarmantes. On a donc appelé «grippe espagnole» une maladie en réalité probablement d’origine asiatique mais déjà amplement mondialisée. Qu’importe si nos voisins Ibères n’y étaient pour rien…

On a vu se dessiner une bataille similaire pour nommer la nouvelle pandémie. On a d’abord parlé de «grippe porcine» mais les lobbies du monde agricole, déjà traumatisés par l’épidémie de grippe aviaire il y a 5 ans, ont fait efficacement pression sur les autorités sanitaires pour la renommer «grippe mexicaine». Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’à l’étranger, ce sont les protestations du Mexique qui ont été les plus fortes car on continue dans la presse anglo-saxonne de parler de «swine flu», n’en déplaise à nos amis porcins. Il faut dire que le Mexique de l’affaire Cassez n’a pas trop bonne réputation chez nous… Pour ne rien arranger, l’OMS a recommandé le nom officiel de A/H1N1 mais on voit bien que les médias n’aiment pas ce nom si peu parlant…

II – Prier ou faire la fête ?

Les historiens estiment que l’épidémie de peste noire, qui a ravagé l’Europe au 14e siècle, a pu tuer de 30 à 50% de la population ! Cette «grande pestilence» a sans doute été la plus grande catastrophe sanitaire de l’Histoire et on en imagine mal aujourd’hui les répercussions : ainsi, il faudra trois siècles pour que la France retrouve le nombre d’habitants qu’elle avait avant cette dévastation…

Selon l’historien Anthony Rowley, cité récemment dans Marianne, la peste noire a également entraîné le développement de deux réactions contradictoires. D’une part, un grand relativisme : «Mangeons, buvons, jouissons car demain nous mourrons» ; d’autre part, un regain de religion (ou tout au moins de religiosité), Dieu étant seul capable d’arrêter le fléau. À méditer en ces temps de crises sanitaire et financière où pourraient pareillement proliférer danses sur le volcan et exaltation mystiques…

III – Communication

Face au risque pandémique, la France assure donc que tout le monde pourra être vacciné… mais pas tout de suite. Les vaccins ne seront en effet disponibles qu’entre octobre et décembre, c’est-à-dire au moment où l’épidémie devrait atteindre son pic.

Qui sera traité en priorité ? Et qui le sera en dernier ? Les médecins pensent que les seniors – pardon, les «aînés» dans la novlangue qui a désormais cours – ont pu être en contact avec un virus proche au cours de leur existence et avoir ainsi développé des capacités immunitaires. Ces électeurs en puissance accepteront-ils de passer après les actifs plus jeunes et potentiellement plus menacés (mais qui votent moins…) au motif que ces derniers sont les forces vives dont l’économie aura besoin pour se remettre à flot ? Une infirmière et un policier, au titre qu’ils peuvent soigner les malades et faire régner l’ordre en des temps troublés, doivent-ils passer avant un chef d’entreprise et un ouvrier ? Sachant que toute campagne massive de santé publique fait aussi quelques dégâts collatéraux (effets secondaires, intolérance au vaccin etc.), quel pourcentage de «pertes» est-on prêt à accepter parmi nos enfants s’ils doivent tous êtres pris en charge ?

D’autres pays développés, comme l’Allemagne, ont fait le choix de ne vacciner qu’un tiers de leur population, ce que certains médecins recommandent car cela suffirait à endiguer une pandémie générale et… assure un pays encore en état de fonctionner. On le voit, le choix d’une vaccination totale est éminemment politique, ainsi que son explication, sa communication…

«Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés» écrivait déjà La Fontaine dans Les animaux malades de la peste. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les changements quotidiens de stratégie face à la crise (un jour c’est la quarantaine pour les collèges ou colonies de vacances touchés, un autre jour on traite les personnes à domicile etc.) ne rendent guère optimistes sur la cohérence de la fable à venir…

The bookmarklet

Add this to your bookmarks or drag it to your bookmarks bar to quickly access shortening functions.

Shorten

This bookmarklet takes the page URL and title and opens a new tab, where you can fill out a CAPTCHA. If you have selected text before using the bookmarklet, that will be used as the keyword.

Support for bookmarklets on mobile varies. For example, they work on Chrome for Android but you have to add and sync them from your desktop.

">Twitter cet article. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



Laisser une réponse