La grève du sexe au Kenya a toute une histoire… | le blog du storytelling

La grève du sexe au Kenya a toute une histoire…

 

Pour mettre un terme aux querelles politiciennes entre le président et son premier ministre et inciter les hommes à faire avancer les réformes, des associations de femmes kényannes ont décidé de pratiquer l’abstinence sexuelles pendant une semaine. Cette «grève du sexe» est évidemment largement reprise dans la presse, dont Le Post, ce qui lui permet de remporter déjà au moins une première victoire médiatique. Même la femme du premier ministre a annoncé qu’elle rejoignait le mouvement (la femme du président ne s’est pas encore prononcée).

 

En fait, cette idée, pour aussi spectaculaire qu’elle soit, n’est pas nouvelle et il est curieux qu’aucun journaliste (à ma connaissance) n’ait relevé le parallèle avec Lysistrata (Λυσιστράτη), la pièce d’Aristophane écrite en 411 av. J.C. Dans cette comédie, une des plus anciennes et bouffones qui nous soient parvenues, Lysistrata convainc les femmes d’Athènes et de Sparte de se refuser à leurs maris pour arrêter les combats meurtriers entre les deux cités. Dans la ville qui a inventé la démocratie, les femmes n’avaient pas le droit de vote et leur avis était le plus souvent ignoré.

 

Si le parallèle est intéressant, c’est aussi parce qu’Aristophane montre que l’abstinence seule ne peut venir à bout de la bêtise masculine. C’est en s’emparant du trésor d’Athènes – c’est-à-dire en privant leurs hommes de ressources financières ET de sexe – qu’elles parviennent à les faire consentir à la paix. Qu’en sera-t-il des Kenyannes ?

 

A noter : le nom de Lysistrata signifie en grec : celle qui fait débander (au sens de «défaire» bien sûr !) les armées.

 

> Le texte intégral en français de Lysistrata est accessible gratuitement ici.



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