2009 avril | le blog du storytelling - Part 2

Archive pour avril 2009

Droit de suite…

Samedi 18 avril 2009

 

 

… ou quand l’actu permet de revenir sur d’anciens posts.

 

«Storytelling et marketing interne : entre marketing et vérité»

Suite au débat organisé par l’ANDRH, annoncé ici et auquel j’ai participé, Focus RH en publie le compte-rendu.

 

Apple

Et si le plus gros jackpot d’Apple concernant l’iPhone venait en fait des téléchargements de son AppStore ? (Libé)

> dans les archives du blog du storytelling : de nombreux articles sur Apple et sur l’iPhone, par exemple ici sur la perte du monopole d’Orange.

 

Barack Obama

Le chien portugais d’eau Bo fait son entrée dans la famille Obama (Libé)

> dans les archives du blog du storytelling : le storytelling derrière le choix du chien présidentiel ici.

 

Olivier Besancenot

Marianne l’admet du bout des lèvres, il n’y a pas que Sarkozy en France pour faire du storytelling… : «Depuis quelques semaines, ce salarié du secteur public vivant dans un quartier parisien bobo commence systématiquement ses interventions par une longue description des récents «soixante-trois jours de lutte des postiers des Hauts-de-Seine». Il s’y met en scène, moque les courriers adressés à la direction de la Poste, glisse des anecdotes sur ce combat homérique visant au final à gagner… «un peu de dignité». Une redoutable leçon de story-telling (sic), cette technique de communication qui consiste à raconter une histoire à l’électeur pour mieux le séduire, dans le but de se voir reconnaître le statut de «porte parole de toutes les résistances.»

> dans les archives du blog du storytelling : décryptage du phénomène du fear facteur ici.

 

Communication de crise

Selon CBNews, 80% des journalistes ne croient pas le directeur de la communication lors d’une crise dans l’entreprise. 55% réclament un accès direct au chef d’entreprise. Rien de nouveau si vous me lisez régulièrement.

> dans les archives du blog du storytelling : réussir sa communication de crise ici.

 

Schweppes

Après Chanel, Omega et Nintendo, Nicole Kidman continue son chemin du luxe vers la grande conso, en devenant la nouvelle égérie de Schweppes ! (Challenges)

> dans les archives du blog du storytelling : 225 ans d’histoire de Schweppes ici, Nicole Kidman et les stars multicartes qui brouillent leur image .

Le yaourt rend centenaire, « Danon » Carasso en est la preuve !

Vendredi 17 avril 2009

 

Daniel "Danon" Carasso et Franck Riboud fêtent les 90 ans de Danone

Daniel "Danon" Carasso et Franck Riboud fêtent les 90 ans de Danone

Pour les 90 ans de la marque Danone, le groupe de Franck Riboud a dévoilé sa maison éphémère dédiée à l’histoire du yaourt, annoncé le lancement d’une série laitière limitée, Origines… et surtout présenté à la presse Daniel Carasso, 103 ans et incarnation vivante du mythe de la marque !

 

C’est en effet ce dernier qui lui a donné son nom. Son père Isaac, un juif de Thesssalonique installé à Barcelone, a créé l’entreprise en 1919 et a voulu la prénommer d’après le surnom catalan de son fils, Danon. Mais le bureau des brevets espagnols ne permettant pas de déposer un prénom, il a dû ajouter un -e final. Danone était né. Génie de ce qu’on n’appelait pas encore le marketing, Isaac utilisait des pots décorés qui font sa publicité (personne n’y avait pensé avant lui).

 

10 ans plus tard, c’est Daniel qui lancera la marque en France puis aux États-Unis où il s’enfuit pendant la guerre pour échapper aux nazis. Des premiers slogans ««Délicieux et sain, Danone est le dessert des digestions heureuses» au logo américain (Dannon afin que la prononciation soit la même), il est de toutes les innovations jusqu’à sa rencontre et la fusion avec Antoine Riboud en 1973. 20 ans plus tard, BSN a repris le nom de sa marque la plus emblématique, Danone. Le groupe a donné le nom de Daniel Carasso à son centre de recherches de Palaiseau où sont mis au point les dernières innovations laitières. 

 

Toujours en pleine forme aujourd’hui, Daniel Carasso se partage entre ses domiciles parisien et barcelonais et ne fait pas ses 103 ans. Pour la 2e marque préférée des Français, qui «exploite depuis longtemps la méthode du storytelling : une belle histoire, une épopée plutôt qu’un message publicitaire matraqué» et qui a fait de la santé son argument marketing numéro 1, n’en est-il pas la meilleure illustration, la preuve vivante ? Bon anniversaire Danone, bonne santé Monsieur Carasso ! 

Smarties : ne réveillez pas un géant suisse qui dort…

Jeudi 16 avril 2009

 

Le Post a montré récemment qu’on pouvait fumer des Smarties ! C’est une mode virale qui nous vient des États-Unis et qui touche en réalité des bonbons locaux qui ne sont pas ceux que nous connaissons chez nous. Pourtant, le buzz a pris, incitant même certains à tenter de fumer les «vrais» Smarties. 

 

On aurait pu penser que leur propriétaire, Nestlé, prendrait les choses en main, répondrait aux interrogations des parents… Mais non, le géant de Vevey est aux abonnés absents. Le terme de Smarties est aussi utilisé pour de nouveaux usages «qui désigne(nt) les médicaments ou de la drogue» selon CB News. Nestlé préfère faire des ronds de fumée… 

 

«Qu’avait dans la main Yuri Gagarine afin de reprendre des forces pendant son premier vol dans l’espace ? Un tube de Smarties !» De telles anecdotes façonnent indubitablement une légende. De même que celle de «l’ingrédient secret» que le baron Rowntree aurait inventé pour rendre encore meilleurs ces petits bonbons qui font toujours les délices des enfants de tous âges depuis 70 ans. 

 

Pourtant, aussi curieux que cela paraisse, Smarties (comme de nombreuses autres marques du groupe) n’a toujours pas de site web dédié en France. En Angleterre ou au Canada oui, mais pas chez nous. Les fans n’ont pas attendu : les sites persos, les groupes FaceBook (dont celui-ci, parmi d’autres, «J’avale toujours mes tubes de smarties cul sec») fleurissent. Au risque de bien des déboires pour Nestlé. 

 

Hier encore, les choses étaient simples en matière de communication. Les entreprises contrôlaient leur image de marque directement par la pub et indirectement grâce à leurs relations presse. Aujourd’hui, environ 1/3 du «bruit des marques» (ce qui se dit d’elles) échappe à leur contrôle, notamment tout ce qui se passe sur les blogs et sur les réseaux sociaux. Pour choisir votre prochaine voiture, ferez-vous confiance à une annonce publicitaire ou à ce qu’en disent d’autres acheteurs comme vous sur un forum indépendant ? Pourtant, certaines marques comme Nestlé, justement, peinent encore à prendre la mesure de ce changement de paradigme…

 

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> Le + du blog du storytelling 

Que devrait faire Nestlé face au buzz des Smarties qu’on fume ? Au-delà de l’obligatoire démenti et des mises en garde pour la santé, le groupe devrait monter une campagne humoristique à l’attention des adultes, incitant les vrais fumeurs qui veulent arrêter le tabac à manger des Smarties ! Pour le jeune public, Nestlé devrait aussi en tirer des leçons : les enfants veulent de nouvelles façons fun de consommer leurs bonbons. Il faut renouveler les goûts, les formes et les packagings… Enfin, pour les adulescents, un site communautaire est bien la moindre des choses, non ?

Remède anti-crise 3 : un petit verre de brandy et le Financial Times !

Mercredi 15 avril 2009

 

Il y a quelques semaines, une meute de Saint-Bernards a envahi les rues de la City à Londres et les quais de Canary Wharf (là où habitent de nombreux traders). A leur cou, des numéros gratuits du Financial Times et des tonnelets contenant du brandy dont les passants pouvaient se servir. Ces chiens habituellement utilisés pour le sauvetage en montagne ont ensuite fait la tournée des grands médias et leurs accompagnateurs ont distribué des bouteilles étiquetées ainsi : «A votre santé… quel que soit le climat financier» !

 

Je m’interrogeais la semaine dernière sur les histoires à raconter en temps de crise car la raison ne suffit pas à convaincre les annonceurs de continuer à investir. En voici justement une bonne ! Cette initiative du quotidien financier de référence est pleine d’humour et originale. On la doit à l’agence DDB London. (le FT a animé une soirée sur ce même thème du Saint-Bernard pendant le sommet de Davos)

 

De façon plus classique, le Financial Times (toujours avec DDB) s’essaie aussi à la pédagogie anti-crise avec une campagne d’affichage :  «We live in Financial Times», qui est un jeu de mots sur son nom mais aussi sur l’expression «nous vivons en des temps incertains (ou difficiles)». Les panneaux semblent abandonnés, ne comportant qu’un petit cartouche :  «Quelle est la première erreur que font les entreprises (sous-entendu : en temps de crise) ?». la réponse est évidente : elles cessent de communiquer.

 

Une adresse web conduit à un site ad hoc : «Combattez la dépression» qui rappelle que les entreprises qui coupent dans leurs budgets font là leur plus grande erreur commerciale. 90 ans d’études sur les crises (depuis celle de 1929) en témoignent. Parmi les success stories de la communication en temps de dépression, Le FT rappelle le succès du lancement de la Clio de Renault sur le marché anglais en 1991, avec une saga publicitaire «Papa et Nicole» (la jeune fille au pair française) qui a durablement marqué les esprits outre-Manche. Egalement, pendant les années 30, Kellogg’s a maintenu ses budgets de com tandis que son concurrent d’alors, Post, réduisait les siens. Résultat : 50 années de domination du marché des céréales au petit-déjeuner. Une rubrique «Vos leçons» permet aussi aux professionnels du marketing de faire part de leurs enseignements en la matière. 

 

Ce n’est pas un verre de brandy qui nous sortira de la crise. Mais quand l’avalanche sera passée, les Saint-Bernards du Financial Times sauront nous guider vers la vallée heureuse !

 

 

 

> Merci à Arthur d’avoir attiré mon attention sur cette campagne (via le blog La Pub Qui Rit.com)

Séquestrations, un mauvais storytelling…

Mardi 14 avril 2009

 

Séquestration du PDG de 3M à Pithiviers par ses ouvriers en mars 2009

Séquestration du PDG de 3M à Pithiviers par ses ouvriers en mars 2009

Les séquestrations de cadres et de dirigeants sont-elles en voie de banalisation, vont-elles devenir une expression du malaise social comme une autre ? Au-delà de la crise, ne nous racontent-elles pas une histoire plus profonde sur une certaine forme d’inhumanité de notre société ?

 

Même si on en parle beaucoup, on ne dispose pas de chiffres globaux permettant de savoir si ces séquestrations sont véritablement en augmentation ou s’il s’agit, comme l’affirment certains, d’un effet de loupe des médias sur une pratique qui remonterait aux durs conflits sociaux des années 70. Pour d’autres, comme Olivier Labarre du cabinet BPI, «cette pratique a endance à se développer» et il voit effectivement une spécificité française. Ce avec quoi la presse internationale est d’accord (The Economist).

 

Plusieurs raisons laissent supposer que ces séquestrations risquent de s’amplifier dans les semaines à venir. D’abord, elles paient ! Un diaporama du Monde montre que, dans une majorité des cas, elles ont permis d’améliorer les plans sociaux de façon substantielle (moins de licenciements, meilleurs indemnisations etc.). On les voit mal cesser dès lors qu’elles donnent des résultats ! Ensuite, elles recueillent l’approbation (30%) – ou au moins la neutralité bienveillante (63%) – d’une partie importante de nos concitoyens. Enfin, les propos fermes du chef de l’État apparaissent à certains comme une provocation… et donc un encouragement tacite à continuer. A cet égard, la condamnation par la majorité des propos compréhensifs d’Aubry ou de Royal à l’égard des «séquestrateurs» est un non-événement : la gauche parlementaire pas plus que les syndicats n’ont d’influence sur la colère qui point. En effet, ces derniers apparaissent eux-mêmes pris de court même s’ils viennent de tenir des propos très durs sur les patrons et le gouvernement. La France n’est déjà pas un pays où les relations sociales sont apaisées en temps normal, alors en temps de crise… Le taux de syndicalisation toujours plus faible ne peut qu’encourager les salariés à aller vers de nouvelles formes de protestation. La séquestration n’en est qu’une parmi d’autres, comme on a pu le voir dans des conflits récents où la mobilisation – ponctuelle, horizontale – échappe aux centrales syndicales à l’ancienne.

 

Il faudrait que nos leaders (patrons et syndicalistes compris) relisent Michael Kohlhaas, l’admirable nouvelle écrite par Heinrich von Kleist en 1819. Basée sur une jacquerie réelle au 16e siècle, elle raconte l’histoire d’un maquignon victime d’une injustice criante. Ne parvenant pas à obtenir la reconnaissance de son préjudice (sans parler d’une indemnisation), il leva une armée de gueux qui ravagèrent les états allemands de Charles Quint. Ce n’est qu’après un déferlement de violence meurtrière que Kohlhaas accèda aux prières de Martin Luther de se rendre (et donc d’être exécuté). Il y mit la condition que ceux qui lui avaient fait tort soient également jugés. 

 

Quand la colère n’a plus d’exutoire institutionnel, légal, elle devient potentiellement dangereuse. Il faut entendre l’exigence de justice de ceux qui en sont privés…

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> Le + du blog du storytelling

Je n’approuve pas les séquestrations ni en principe ni dans les faits. Mon article est une analyse du phénomène, pas une marque d’empathie. Et je reviendrai dans un prochain post sur la conduite à tenir en cas de séquestration.

Droit de suite

Lundi 13 avril 2009

 

Nostalgie, Néostalgie

Oui-Oui fête ses 60 ans, Barbie et Le Petit Nicolas leur 50, les fraises Tagada leurs 40. Le phénomène devrait s’accentuer «Avec la crise, les entreprises vont se replier sur des valeurs sûres» (CVNews). Quant à Bob L’Éponge, il a 10 ans. 2009, l’année de l’éponge ?

> sur la newsletter : le phénomène de la néostalgie ici.

 

Nouveaux médias

Malgré le fossé culturel entre les rédactions papier et numérique, les médias tentent le rapprochement (Le Monde).

> sur le blog : le magazine personnalisé de Time ici.

 

Automobilité

Si même chez Toyota, les ouvriers français se mettent en grève, c’est bien qu’il est temps de changer de paradigme… (Libé)

> sur le blog : le plan gouvernemental pour sauver la filière automobile à tout prix ici.

 

Technologies

Pourquoi dans la crise Microsoft n’est-il plus que l’ombre de lui-même ? (Challenges). L’entreprise est pair ailleurs condamnée pour avoir volé les brevets de son concurrent Uniloc (Le Figaro). Pendant ce temps, en France, l’iPhone d’Apple échappe enfin au monopole étouffant d’Orange (Challenges). Il était temps.

> sur le blog : de très nombreux articles sur Microsoft dont le portrait de Bill Gates ici, le portrait de Steve Jobs ici et son difficile plan de succession , et pléthore sur la constance dans la médiocrité d’Orange (par exemple ici ou )…

 

Communication papale

Quand Benoît XVI était publié dans une revue fasciste… (Rue89)

> sur le blog : les ratés de la communication papale ici.

 

Wikipédia

Les labos pharmaceutiques manipuleraient Wikipédia pour présenter leurs produits de façon positive. (Rue89)

> sur le blog : le couacs du Cac sur Wikipédia ici.

Hommage à René Monory : l’incroyable story du petit garagiste de Loudun

Samedi 11 avril 2009

 

René Monory est mort ce matin, à l’âge de 86 ans. Cette disparition laissera un vide dans la vie politique mais peut-être plus encore dans les allées du Futuroscope qui lui doit tant. Aux Etats-Unis, son parcours qui l’a conduit du modeste garage paternel jusqu’aux ors du Sénat et du FMI aurait fait de lui un “self made man” admiré. En France, où toute réussite reste jugée en fonction de l’origine sociale et du niveau d’études, la sienne a souvent été sous-estimée, voire méprisée. Sa story est pourtant extraordinaire.

 

Une extraordinaire ascension sociale

 

Né en 1923 dans la Vienne et passionné très jeune par les automobiles, Monory a travaillé comme apprenti dès l’âge de 15 ans dans le garage familial. Après la guerre pendant laquelle il s’était caché afin d’échapper au STO, il succède à son père et développe joliment l’affaire. 

 

Sa réussite entrepreneuriale lui vaut d’être admiré localement et d’être élu maire centriste de sa bonne ville de Loudun en 1959. C’est le début de son ascension politique. Conseiller général, puis sénateur, il est remarqué par Raymond Barre qui le fait entrer au gouvernement en 1977 en lui confiant le portefeuille de l’industrie. Il deviendra l’année suivante ministre de l’économie et des finances. Par provocation, il aimait dire que jusqu’alors, il n’avait jamais ouvert un manuel d’économie !  En 1981, à l’arrivée de la gauche au pouvoir, il sera brièvement le premier président français du Fond Monétaire International à Washington. 

 

Il revient aux affaires au moment de la cohabitation en tant que ministre de l’éducation nationale, une ironie supplémentaire pour cet autodidacte qui ne possède pour tout bagage que son certificat d’études. Mais le pinacle de sa carrière est atteint en 1992 quand il devient président du Sénat, le 2e personnage de l’Etat. Candidat à sa propre succession, il est cependant battu par Christian Poncelet et se replie sur le conseil général de la Vienne. Depuis 2004, il était retiré de la vie politique.

 

 

Le Futuroscope, alternative à une nouvelle autoroute

 

Mais c’est sans doute pour un autre projet, mêlant de façon unique divertissement, recherche et éducation que René Monory restera dans les mémoires. S’ennuyant sur ses terres poitevines après l’arrivée des socialistes aux affaires, il cherchait une idée nouvelle pour se relancer. Ses collègues du conseil général penchaient pour une amélioration du réseau routier… une idée qui plairait aux électeurs au moment de futures élections. Mais lui voyait plus loin : “On ne désenclave pas un département à l’écart de la modernité en ajoutant quelques kilomètres d’autoroutes ça et là, on le désenclave en lui proposant un projet pour les générations futures” m’a-t-il un jour confié.

 

Convaincu par sa visite d’Epcot à Walt Disney World en Floride, il opte donc pour un projet de parc d’attractions… futuriste. Ce self made man visionnaire se voit en effet en vulgarisateur d’idées nouvelles. Il veut familiariser le grand public avec les technologies naissantes dont il pressent qu’elles vont changer le monde : le Minitel, la micro-informatique etc. Il annonce donc la construction du Futuroscope et, à la stupéfaction générale, un bâtiment futuriste commence effectivement à émerger des champs de betteraves en 1987. D’autres suivront qui feront de ces structures de verre et d’aluminium dûs à Denis Laming une icône de l’architecture contemporaine. La réussite du “parc européen de l’image” qui a attiré près de 40 millions de visiteurs depuis son ouverture bénéficie aussi à tout son environnement car le Futuroscope, c’est aussi un parc hôtelier de 1.500 chambres et une technopôle où cohabitent 150 entreprises, 3.000 étudiants et 700 chercheurs. Il y a 2 ans, un rapport a établi que pour chaque euro (ou franc de 1987 !) dépensé par le département, le Futuroscope en avait rapporté 10 ! Et le moins qu’on puisse dire est qu’il a radicalement changé l’image de la Vienne. Rarement, des fonds publics ont été aussi intelligemment dépensés pour assurer l’aménagement du territoire et lutter contre la désertification. 

 

 

Les années difficiles du parc

 

Certes, Monory n’était pas infaillible. En 1986, il n’a pas pris la mesure de l’émotion suscitée par la mort d’un étudiant sauvagement frappé par des policiers (qui n’ont jamais été réellement sanctionnés) lors des manifestations contre le projet de réforme de l’université de son ministre délégué. Il s’en est suivi un divorce durable avec l’opinion nationale (sans dommage sur son image locale néanmoins). Et au Futuroscope, son âge avancé ne lui a pas vraiment permis de comprendre l’évolution de la société à la fin des années 90.

 

En l’an 2000, malgré de bons chiffres officiels de fréquentation, le parc était déjà en réalité sur une pente descendante mais il crut pouvoir le sauver en le vendant à un opérateur privé, le groupe Amaury… qui en précipita la chute par des choix stratégiques catastrophiques. Afin d’éviter le dépôt de bilan, la Vienne fut contrainte de reprendre le parc dans le giron public. Au moins, Monory a-t-il fait faire une bonne affaire au département en rachetant à bas prix ce qu’il avait vendu très cher trois ans auparavant ! Mais il fallait maintenant relancer un Futuroscope ébréché et au personnel démoralisé. C’est ce à quoi s’est attelée une nouvelle équipe de direction (dont j’ai fait partie). A l’aube de ses 20 ans, le parc avait retrouvé fréquentation et bénéfices après cette terrible crise d’adolescence.  

 

 

Bon sens et capacité d’émerveillement intacts

 

Mais son bilan au Futuroscope est bien évidemment plus que positif. Presque jusqu’au bout, sa silhouette est restée familière aux employés qui lui devaient leur travail et lui vouaient presque un culte. Quand Denis, son chauffeur, nous téléphonait de sa voiture, pour dire que “le Président” ou “le Shérif” (comme on l’appelait souvent) était en chemin, c’était le branle-bas de combat. Il n’était pas dupe de cette pompe qui l’amusait… mais à laquelle il n’aurait sacrifié pour rien au monde. Il n’hésitait pas non plus à faire part de ses critiques, au nouveau PDG sur la stratégie ou à moi sur la communication. Il la désapprouvait en partie car elle rompait en effet avec les codes de son époque… et avec les “yes men” qui l’ont longtemps entouré. Mais il respectait le travail accompli pour remettre le parc sur les rails. Et surtout, il nous savait gré d’être resté fidèles à la story qu’il avait initiée en 1987 : “par le plaisir, apprivoiser le futur”.

 

Malgré une santé de plus en plus frêle, il était de toutes les inaugurations, de tous les événements presse, comme s’il ne pouvait pas couper le cordon ombilical avec son “enfant”. C’était sans doute le cas. Malgré tous les honneurs que la République lui a accordés, son rôle préféré était d’aller dans le monde entier visiter des foires et des expositions universelles à la recherche d’un film en 3D inédit ou d’une nouvelle technologie à appliquer dans un futur pavillon. Dans ces moments là, son oeil frisait, son visage s’illuminait d’un grand sourire. Sans doute le même qu’il avait, enfant, en voyant entrer et sortir les automobiles dans le garage de son père. 

Les 3 Brasseurs brassent aussi bien leur propre bière que leur storytelling !

Vendredi 10 avril 2009

 

Il y a quelques années, lors d’un passage à Lille, j’ai eu l’occasion de déjeuner chez Les 3 Brasseurs, une adresse incontournable du quartier la gare. Depuis, cette enseigne s’est largement développée en France (et au Canada) en propre et en franchise. A l’origine entreprise familiale (le 3 du nom rappelle les 3 générations de brasseurs), elle a été rachetée il y a 5 ans par Agapes (Flunch), la branche restauration de la famille Mulliez (première fortune professionnelle française).

 

En Flandre, avant que la bière ne devienne une industrie, elle était faite sur place dans la plupart des établissements. On parlait alors d’une économie de micro-brasseries. C’est cette atmosphère que la chaîne cherche à faire revivre grâce à des bières brassées au coeur du restaurant et à une décoration un peu façon Disneyland (mais qui convient bien au concept de restauration à thème). «Originaire du Nord de la France, région de grande tradition brassicole, Les 3 Brasseurs font revivre l’ambiance des brasseries artisanales d’autrefois. Nous souhaitons vous faire partager une passion et une connaissance de la bière transmise de génération en génération depuis la fin du XIXe siècle». J’ai eu l’occasion de le vérifier récemment en dînant aux 3 Brasseurs… de Toulouse ! 

 

En lieu et place de la carte, on vous distribue une «gazette» semestrielle qui comprend, outre le menu, des infos sur l’histoire de l’entreprise, sur ce système de micro-brasserie et de news intéressantes (par exemple, pourquoi la bière des 3 Brasseurs n’est pas pasteurisée…). Comme vous vous en doutez, c’est une forme de storytelling «light» mais efficace qui a toute mon approbation. La gazette enferme aussi le menu de type flamand…  au sens large. On y trouve ainsi de la choucroute (!) mais là aussi, nos amis brasseurs ont réussi à le justifier : «Si l’inspiration nordiste guide notre cuisine, elle s’associe chez nous à d’autres terroirs liés par une même culture, comme l’Alsace ou la Belgique». CQFD.

 

Le storyteller que je suis est donc reparti satisfait. Ou presque car notre serveuse n’a pas su répondre aux questions simples de mon ami et commensal qui leur demandait par exemple laquelle parmi leurs bières titrait le plus d’alcool etc. Manque de formation (chaque employé devrait connaître ses basiques) et manque d’initiative (elle aurait pu aller se renseigner…) : deux bémols au storytelling par ailleurs très réussi des 3 Brasseurs.

le-storytelling-sebastien-durand-conseil-communication-le-blog-les-3-brasseurs-logo

PS : Ah oui, il faut aussi qu’ils refassent leur site et ses animations d’ouverture longuettes qu’on ne peut «skipper»…

 

> La Gazette des 3 Brasseurs est une une réalisation Appelez-moi Arthur / C au Cube – L’Atlier créatif

Kronenbourg revient à ses fondamentaux et c’est bien

Jeudi 9 avril 2009

 

Les deux lions du logo qui jouaient les ambassadeurs de Kronenbourg depuis deux ans regagnent leur pénates, ou plus exactement, les armoiries de la marque. Le brasseur alsacien depuis 1664 (et filiale du groupe suédois Carlsberg) se fait peut-être tailler des croupières par son éternel concurrent Heineken mais il ne reste pas sans réagir et revient à ses fondamentaux. 

 

La marque reprend la parole sur ses valeurs de qualité et d’authenticité : «Fraîchement brassée, parole de brasseur» avec deux visuels presse et trois spots en radio. Ce repositionnement est par ailleurs visible sur son site web dont la principale rubrique s’intitule l’art de la bière et insiste sur cette pureté originelle ainsi que sur l’histoire du dit breuvage «depuis 1664» (et même plus oin puisqu’elle remonte jusqu’aux égyptiens !). «Visiter le site historique des Brasseries Kronenbourg à Strasbourg, c’est faire un grand voyage au coeur de la légende, au coeur du métier de brasseur (…) Vous serez initiés à l’art de la dégustation».

 

Tout ceci est certes classique et (un peu trop) sobre mais au moins, c’est plus clair et plus légitime que le positionnement «développement-durable-comme-tout-le-monde-parce-que-c’est-la-mode» de son concurrent.

 

De plus, une petite application «Apprenez à parler de Kronenbourg» est disponible pour maîtriser les «mots» de la bière, savoir décrire sa «mousse dense et adhérente» ou ses «odeurs de houblon, de fruits mûrs, d’agrumes et de levure et ses notes de miel et de poivre». Tout storytelling digne de ce nom implique de transmettre au consommateur le bon vocabulaire pour qu’il parle de vous, c’est un commandement auquel je suis attaché.

 

 

 

> La nouvelle campagne Kronenbourg est signée TBWA\Paris.

Heineken : une bouteille, même verte, ne fait pas une communication durable !

Mercredi 8 avril 2009

 

Dans un marché de la bière qui a chuté de 30% en 30 ans et qui a continué à décliner l’an dernier, Heineken France s’en sort moins mal que Kronenbourg. La marque néerlandaise vient en effet de détrôner son principal concurrent suédois en devenant numéro 1 sur notre marché grâce à une politique d’innovations constante : les minibouteilles de 15cl, celles designées par Ora-ito, une machine à tirage pression individuelle etc. Autrement dit, une stratégie dite de «premiumisation», de montée en gamme en bon français. 

 

En France, Heineken partage ses activités entre la partie brasserie (Heineken Entreprise) et la distribution de boissons (France Boissons) – les siennes mais pas seulement – hors domicile, c’est-à-dire les professionnels. Pour la première fois, l’entreprise a éprouvé le besoin de faire une campagne institutionnelle. Cette dernière vient de démarrer en presse professionnelle et quotidienne et durera jusqu’en juin. 

 

Hélas, ce n’est à mon sens pas une réussite. Les «Construire des liens durables» (c’est la signature) et autres «Développer notre activité, c’est aussi respecter ce qui nous entoure» abondent dans le texte de cette annonce. Au-delà des clichés, ce sont des phrases que n’importe quelle entreprise peut s’approprier. Dommage qu’il n’y ait rien pour «signer» l’esprit Heineken, rien qui me dise pourquoi cette bière plaît depuis près de 150 ans, rien qui me dise pourquoi elle devrait survivre dans un monde qui en boit pourtant de moins en moins. Qu’elle fasse du développement durable – c’est la nouvelle tarte à la crème (bio) de la com ! – soit, mais qu’elle me dise en quoi il est unique à la célèbre bouteille… verte. Cette campagne ne me raconte rien.

 

La campagne corporate presse de Heineken France

La campagne corporate presse de Heineken France

 

 

> La campagne «Construire des liens durables» est signée par la nouvelle agence Shortlinks.