Séquestrations, un mauvais storytelling… | le blog du storytelling le blog du storytelling

Séquestrations, un mauvais storytelling…

 

Séquestration du PDG de 3M à Pithiviers par ses ouvriers en mars 2009

Séquestration du PDG de 3M à Pithiviers par ses ouvriers en mars 2009

Les séquestrations de cadres et de dirigeants sont-elles en voie de banalisation, vont-elles devenir une expression du malaise social comme une autre ? Au-delà de la crise, ne nous racontent-elles pas une histoire plus profonde sur une certaine forme d’inhumanité de notre société ?

 

Même si on en parle beaucoup, on ne dispose pas de chiffres globaux permettant de savoir si ces séquestrations sont véritablement en augmentation ou s’il s’agit, comme l’affirment certains, d’un effet de loupe des médias sur une pratique qui remonterait aux durs conflits sociaux des années 70. Pour d’autres, comme Olivier Labarre du cabinet BPI, «cette pratique a endance à se développer» et il voit effectivement une spécificité française. Ce avec quoi la presse internationale est d’accord (The Economist).

 

Plusieurs raisons laissent supposer que ces séquestrations risquent de s’amplifier dans les semaines à venir. D’abord, elles paient ! Un diaporama du Monde montre que, dans une majorité des cas, elles ont permis d’améliorer les plans sociaux de façon substantielle (moins de licenciements, meilleurs indemnisations etc.). On les voit mal cesser dès lors qu’elles donnent des résultats ! Ensuite, elles recueillent l’approbation (30%) – ou au moins la neutralité bienveillante (63%) – d’une partie importante de nos concitoyens. Enfin, les propos fermes du chef de l’État apparaissent à certains comme une provocation… et donc un encouragement tacite à continuer. A cet égard, la condamnation par la majorité des propos compréhensifs d’Aubry ou de Royal à l’égard des «séquestrateurs» est un non-événement : la gauche parlementaire pas plus que les syndicats n’ont d’influence sur la colère qui point. En effet, ces derniers apparaissent eux-mêmes pris de court même s’ils viennent de tenir des propos très durs sur les patrons et le gouvernement. La France n’est déjà pas un pays où les relations sociales sont apaisées en temps normal, alors en temps de crise… Le taux de syndicalisation toujours plus faible ne peut qu’encourager les salariés à aller vers de nouvelles formes de protestation. La séquestration n’en est qu’une parmi d’autres, comme on a pu le voir dans des conflits récents où la mobilisation – ponctuelle, horizontale – échappe aux centrales syndicales à l’ancienne.

 

Il faudrait que nos leaders (patrons et syndicalistes compris) relisent Michael Kohlhaas, l’admirable nouvelle écrite par Heinrich von Kleist en 1819. Basée sur une jacquerie réelle au 16e siècle, elle raconte l’histoire d’un maquignon victime d’une injustice criante. Ne parvenant pas à obtenir la reconnaissance de son préjudice (sans parler d’une indemnisation), il leva une armée de gueux qui ravagèrent les états allemands de Charles Quint. Ce n’est qu’après un déferlement de violence meurtrière que Kohlhaas accèda aux prières de Martin Luther de se rendre (et donc d’être exécuté). Il y mit la condition que ceux qui lui avaient fait tort soient également jugés. 

 

Quand la colère n’a plus d’exutoire institutionnel, légal, elle devient potentiellement dangereuse. Il faut entendre l’exigence de justice de ceux qui en sont privés…

——

> Le + du blog du storytelling

Je n’approuve pas les séquestrations ni en principe ni dans les faits. Mon article est une analyse du phénomène, pas une marque d’empathie. Et je reviendrai dans un prochain post sur la conduite à tenir en cas de séquestration.

The bookmarklet

Add this to your bookmarks or drag it to your bookmarks bar to quickly access shortening functions.

Shorten

This bookmarklet takes the page URL and title and opens a new tab, where you can fill out a CAPTCHA. If you have selected text before using the bookmarklet, that will be used as the keyword.

Support for bookmarklets on mobile varies. For example, they work on Chrome for Android but you have to add and sync them from your desktop.

">Twitter cet article. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



Laisser une réponse