avril, 2009 | le blog du storytelling le blog du storytelling

Archive pour avril 2009

A Vaux-le-Vicomte, les visiteurs peuvent entrer dans la story

Jeudi 30 avril 2009

 

Une récente visite à Vaux-le-Vicomte pour voir l’expo Grandeur et infortune de Nicolas Fouquet m’a rappelé combien le storytelling était important pour ce château. Hier comme aujourd’hui…

 

«Quo non ascendet ?» («Jusqu’où ne s’élèvera-t-il pas ?» devise de Fouquet) 

Surintendant des finances pendant la minorité de Louis XIV, Nicolas Fouquet s’enrichit considérablement à ce poste. Protecteur des arts, il fait bâtir Vaux-le-Vicomte, destiné à sa propre gloire, et engage l’architecte Le Vau, le décorateur Le Brun et le paysagiste Le Nôtre : tout le futur Versailles est déjà en germe dans ce château d’apparât. Tout y est mis en scène, tout raconte le bon goût… et la puissance du propriétaire. A tel point que Louis XIV n’a jamais supporté qu’un de ses sujets parût plus riche que lui… A l’issue d’une fête somptuaire où il avait invité la cour, au moment du plus grand feu d’artifice jamais tiré jusqu’alors, le sort de Fouquet est scellé. Comme l’écrit Voltaire «A six heures du soir, Fouquet était le roi de France : à deux heures du matin, il n’était plus rien». Peu après, il est arrêté et à l’issue d’un procès inique, il est envoyé au bagne de Pignerol où il mettra 15 ans à mourir. Et Louis XIV reprendra à son service tous les artistes et artisans qui avaient travaillé à la gloire de son surintendant afin d’oeuvrer désormais à la sienne. 

 

Chaque visiteur est le héros de sa propre histoire

En 1875, Vaux-le-Vicomte, vide et abandonné, est vendu aux enchères publiques et acheté par un riche amateur, Alfred Sommier, qui s’attache à le remeubler et à recréer les jardins disparus. Ce sont ses descendants directs, Patrice et Cristina de Vogüé qui le possèdent toujours. Confrontés comme tous les châtelains à la nécessité de le faire vivre et de l’entretenir, ses actuels propriétaires ont su intelligemment jouer sur cet aspect «mise en scène» qu’il a depuis ses origines. Vaux apparaît bien sûr comme décor dans de nombreux films historiques et dans des publicités et il a servi de cadre au mariage très médiatique de Tony Parker et Eva Longoria. Mais au-delà, il fait surtout de ses visiteurs les héros de l’histoire : visites aux chandelles en soirée, costumes d’époque loués aux enfants etc. Pour 5 €, on a même la possibilité de repartir avec une vieille ardoise de la toiture, datant de 1875, tandis qu’on peut participer à la restauration en faisant graver son nom sur une nouvelle ardoise : «un geste pour 200 ans !» 

Si ce n’est pas de l’Histoire, c’est du storyteling !

 

 

 

> Un bémol : l’expo sur Fouquet est ouverte depuis le 14 mars et fait l’objet d’un affichage dans le métro parisien. Pourtant, certaines salles qui doivent l’accueillir sont encore indiquées comme «en cours d’aménagement» – c’est-à-dire vides ! 

 

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>  Le plus du blog du storytelling : En 1997, pour ses 5 ans, Disneyland Paris proposait déjà à ses fans d’acheter le chemin de briques conduisant des grilles des jardins Fantasia jusqu’aux portes du parc. Chacun pouvait alors faire graver son nom ou celui d’un proche et la date de son choix sur chaque pierre et «posséder» ainsi un bout de Disneyland. Nul doute que cette initiative a inspiré celle de Vaux-le-Vicomte, situé à proximité du parc de Marne-la-Vallée…

Les contenants de Fukasawa racontent l’histoire de leur contenu

Mercredi 29 avril 2009

 

Naoto Fukasawa est l’un des designers les plus influents du moment. Samsung vient par exemple de faire appel à lui pour son nouveau netbook, le N310, et le résultat est des plus réussi. Le credo de cet artiste de 53 ans ? Le minimalisme fonctionnel ou quand le design est au service de la fonction de l’objet. Autrement dit, le contenant doit raconter le contenu…

 

Dans son projet le plus récent qui buzze sur beaucoup de sites consacrés au design, il a ainsi imaginé des briques de jus de fruits qui ont l’apparence des fruits qu’ils contiennent ! Ainsi, ses packs de jus de banane, de fraise ou de kiwi évoquent-ils les peaux des fruits jusque dans leur toucher granuleux ou rêche… «Je me suis dit que tant qu’à montrer le fruit sur la surface du contenant, autant imiter jusqu’au bout la couleur et la texture de leur peau». On est là dans du pur storytelling visuel : il n’est besoin d’aucun mot pour comprendre ce que contiennent ces briques. Plus fort encore, en les ouvrant, c’est un peu comme si on les pelait : on ne peut donc qu’imaginer du 100% jus de fruits.

 

 

 

Il s’agit là de prototypes auxquels on espère qu’un industriel aura la bonne idée de donner vie. Mais que dire du projet de brique de lait, dont la pureté est évoquée par un packaging intégralement blanc ne laissant plus de place à aucune étiquette ? !

 

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Le + du blog du storytelling

> Le développement récent des smoothies (des fruits rien que des fruits) a jeté l’opprobre sur les jus de fruits traditionnels qui sont justement loin d’être tous 100% jus de fruits… Le thème de la pureté est donc plus que jamais d’actualité. La dernière campagne Granini joue d’ailleurs avec des codes qui ne sont pas très éloignés de ceux de Naoto Fukasawa : ce sont les fruits eux-mêmes qui viennent «reconstituer» la bouteille de verre qui les contient. Malin !

90 ans de Citroën, tout est dans la différence !

Mardi 28 avril 2009

 

90 ans d'excellence en matière publicitaire

90 ans d'excellence en matière publicitaire

 

 

 

C’est au sortir de la première guerre mondiale où il dirigeait une usine d’obus qu’André Citroën décide de fabriquer des automobiles. La marque aux chevrons fête donc cette année ses 90 ans. A cette occasion, un site événementiel a ouvert ses portes

 

Ainsi peut-on y revivre l’épopée de la marque. Les fans des modèles anciens et récents y trouveront aussi de nombreuses vidéos, certaines vintage d’autres moins, mais toutes passionnantes… La saga publicitaire vaut aussi le coup d’oeil, histoire de s’émerveiller des trouvailles marketing dont beaucoup remontent au fondateur lui-même : premiers crash tests destinés à convaincre de la solidité des modèles, premier réseau de concessionnaires offrant des possibilités de financement, grands raids d’aventure médiatisant les performances de la marque, communication événementielle (un avion dessinant les lettres de Citroën en fumée blanche dans le ciel de Paris, immense publicité lumineuse sur la Tour Eiffel) et même invention du marketing direct avec les premiers mailings ciblés et personnalisés. 

 

Le bémol ? Ce site s’appelle «Different is Everything» (« tout est dans la différence« ) car il est à l’initiative de… Citroën UK. Sur Citroen.fr, rien de tout cela. Quant à celui, corporate, Citroen.com, qui met en avant le récent relooking de la marque, sa rubrique historique est des plus étiques… Pourtant, le storytelling n’est pas tourné vers le passé, il s’inspire de l’histoire mais aussi des histoires. Comme le montre le site anglais, les valeurs de 90 ans de «créative technologie» (sa nouvelle signature franglaise) ne servent qu’à nourrir le Citroën de demain, pardon, the Citroën of tomorrow ! ;-)

 

Attendons donc de voir comment Citroën fêtera son anniversaire en France : en ces temps de crise, rien de mieux que qu’une marque qui « en a » (une histoire !) pour rassurer les consommateurs.

 

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> Le plus du blog du storytelling. 

Le sens de l’innovation marketing d’André Citroën allait vraiment très loin. Pressentant le rôle prescripteur de l’enfant (dont il voulait que les premiers mots soient «Papa, Maman, Citroën» !), il crée même dès 1923 des jouets Citroën, ancêtres des autos miniatures de notre enfance et qui contribuent à créer ce lien si particulier entre les petits garçons et l’auto ! 

> Merci à Didier Rols qui a attiré mon attention sur le site Different is Everything et qui prépare une thèse professionnelle sur ce thème de l’attachement de l’enfant à une marque automobile, à partir du cas des Jouets Citroën.

Les Comptoirs Ferrero racontent les 50 ans de la marque en France

Lundi 27 avril 2009

 

Pour fêter ses 50 ans de présence en France, Ferrero ouvre deux Comptoirs, l’un à Paris, l’autre à Rouen (son lieu d’implantation historique). On peut s’y amuser en famille et découvrir quelques-uns des secrets de fabrique de ces produits iconiques que sont Nutella, Mon Chéri, Kinder Surprise et autres Tic Tac...

Les enfants pourront y réaliser des recettes à base des spécialités de la marque. La principale nouveauté sera néanmoins constituée par une gamme de chocolats «50 ans» dont certains contiendront des cadeaux mettant intelligemment la marque en scène : un voyage en Italie à la découverte de la noisette du Piémont (le véritable secret du bon goût du Nutella!), des visites de l’usine Ferrero de Normandie (façon Charlie et la chocolaterie ?) etc. Jolie idée : la marque ne tire de cette vente que des bénéfices d’image puisque leur produit en sera reversé au Secours Populaire.

 

Si les bonbons Ferrero font le bonheur des petits et des grands(-parents) depuis des années, la communication du groupe a souvent été raillée pour son côté monomédia (la télé) et son aspect involontairement un peu brut de décoffrage («les réceptions de l’ambassadeur»… qui font rire quand on les prend au énième degré). Il a récemment décidé d’investir les médias digitaux et cette opération événementielle semble également augurer d’un nouveau rapport (bienvenu) avec les consommateurs.

 

Un petit bémol : les maisons éphémères sont certes à la mode (Danone a récemment eu la sienne) mais ce qui est un peu ridicule, c’est à quel point elles sont éphémères justement… Un week-end pour Danone, une semaine pour Ferrero. Certes, les agences de com doivent vendre à leur client ce côté très événementiel mais – hum, comment dire – le pot de yaourt ou celui de Nutella ne sont pas spécialement hype ! Ce sont des produits familiaux avec une belle histoire et qui mériteraient de rester ouverts sur une plus longue période. 

 

> Les Comptoirs Ferrero (du 28 avril au 3 mai au 68 rue Jean-Jacques Rousseau, 75001 Paris et du 11 au 17 mai au 2e étage des Docks, 76 quai de Bois Gilbert, 76000 Rouen) ont été conçus par l’agence conseil en communication corporate Aspect Consulting (leur blog ici).

 

 

 

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Le + du site du storytelling

> J’ai qualifié le Nutella récemment de marque doudou ici (dans la newsletter d’avril) et expliqué en quoi il est un remède à la crise

> J’ai traité du Nutella en particulier sur mon blog personnel consacré à l’histoire des desserts ici (et pour les gourmands, je donne même la recette de ma propre pâte à tartiner ).

Droit de suite…

Samedi 25 avril 2009

 

Domino's Pizza : un effet... domino sur la réputation de la marque qui a mis (trop)  longtemps à réagir ?

Domino's Pizza : un effet... domino sur la réputation de la marque qui a mis (trop) longtemps à réagir ?

… ou quand l’actu permet de revenir sur d’anciens posts.

 

Parcs d’attractions

Les parcs résistent à la crise grâce à leur politique de renouvellement d’attractions mais Disney l’avoue du bout des lèvres : «nous ne sommes pas immunisés». (Le Monde)

> dans les archives du blog du storytelling : pourquoi les parcs fonctionnent bien en temps de crise ici.

 

Heineken

Heineken France est passé devant Kronenbourg grâce à sa distribution, sa montée en gamme et ses astuces de vente. (Challenges)

> dans les archives du blog du storytelling : Heineken change sa com ici

 

Je-me-mets-en-vente-sur-eBay.com

Confrontée à un besoin urgent de refinancement, l’agence de com Pourquoi tu cours s’est bien mise en vente sur eBay, a baissé son prix, changé son discours (Le Monde). Mais aux dernières nouvelles, eBay a supprimé l’offre, estimant que cela contrevenait à son règlement (CB News). 

> dans les archives du blog du storytelling : le travail de Pourquoi tu cours sur le storytelling (auquel j’ai collaboré) ici et pourquoi je mets régulièrement mes heures de consulting en vente sur eBay ici et . Je suis assez 2.0 pour ne pas me formaliser que mes (bonnes?) idées soient reprises par d’autres même quand je n’en suis pas crédité…

> Pour suivre mes prochaines enchères sur eBay, c’est ici.

 

Total

C. de Margerie l’affirme dans Challenges : «Nous assumons ce que nous faisons et nous sommes responsables partout où nous sommes, y compris en France» mais esquisse l’ombre d’une auto-critique : «Total est une société française qui n’est plus assez proche de la France : nous avons besoin de la France, nous devons être bien en France». Dont acte.

> dans les archives du blog du storytelling : La bad reputation de Total ici et .

 

Les frères ennemis de l’informatique

Même Microsoft est rattrapé par la crise (Le Monde). En revanche, pas Apple qui affiche d’excellents résultats (Apple) et qui approche du milliard de téléchargements sur son AppStore (Le Monde).

> dans les archives du blog : de nombreux posts sur Bill Gates et Steve Jobs parmi lesquels celui-ci sur la tentative (ratée) de Microsoft de devenir aussi cool qu’Apple ici.

 

Nintendo

La Game Boy fête ses 20 ans, ça ne nous rajeunit pas… (Libé)

> dans les archives du blog : comment Nintendo a réinventé le business des jeux vidéo en l’ouvrant à un nouveau public ici.

 

Automobilité

Héloïse Bolle de Challenges (16/04) constate que les errements des constructeurs et les variations erratiques elles aussi du cours du pétrole ont durablement affecté le lien qui existait entre les automobilistes et leurs véhicules. «Il faudra bien du talent aux constructeurs pour regagner leur confiance».

> dans les archives du blog : le concept d’automobilité qui m’est cher ici.

 

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Domino’s Pizza

Je n’ai pas eu le temps d’en faire un post par manque de temps cette semaine, mais avez-vous suivi l’affaire Domino’s Pizza ? Vous avez vu cette vidéo dégoûtante qui a buzzé sur le web bien que la marque s’obstine à essayer de la faire retirer partout ? Un gag stupide d’employés qui peut durablement affecter la réputation du pizzaiolo américain?

La réplique du PDG américain est ici et l’offre tarifaire faite en France aux clients pour les « rassurer » .  

>Que pensez-vous de cette affaire ? Comment se protéger de ce genre de vidéos ? Comment gérer la crise ? Comment retrouver sa réputation après ça ?

Métrobus et la loi anti-tabac : une drôle d’histoire…

Vendredi 24 avril 2009

 

L'affiche censurée par Métrobus

L'affiche censurée par Métrobus

Après la pipe de Tati, la cigarette de Coco ? La vague récente de censure des affiches par Métrobus, la régie publicitaire de la RATP, illustre-t-elle vraiment les dérives du politiquement correct ? Et si la story que nous raconte cette polémique était plus tordue que ça ?

 

Métrobus a refusé le projet d’affiche de l’expo Jacques Tati à la cinémathèque au prétexte que cette dernière servirait de campagne promotionnelle pour l’industrie du tabac. La pipe de Monsieur Hulot a donc été remplacée par un moulin à vent. Puis, c’est l’affiche de Coco avant Chanel qui est refusée, Audrey Tautou tenant une cigarette… Même Claude Évin a dû monter au créneau pour protester contre une interprétation aussi rigoureuse de sa loi. 

 

Dans le cas de Coco, la Rédaction du Post se demande si tout ça ne sert pas au final le buzz du film (qui en aurait un peu besoin). Pour ma part, je formule une autre hypothèse, celle que toute cette histoire est assez en ligne avec les intérêts de… l’industrie du tabac. Car, en vérité, à qui profite le «crime» ? Je ne suis pas fumeur, je n’aime pas les fumeurs, et mes amis sont plutôt comme moi. Or, personne d’entre nous n’aurait l’idée saugrenue de soutenir la censure d’affiches de Sartre hier, de Chanel aujourd’hui. Leur utilisation qui d’une pipe qui d’un cigare qui d’une cigarette appartient à l’histoire, voire constitue un manifeste artistique qu’il convient de respecter. La vente libre du tabac fait plus de mal aux jeunes que la présence d’une pipe (que par ailleurs il n’allumait jamais !) sur l’affiche d’une expo consacrée à Jacques Tati… 

 

En faisant preuve d’autant de zèle, Métrobus ne chercherait-elle pas à faire pression en faveur d’un assouplissement de la loi ? «Tant que la notion de publicité indirecte n’est pas éclaircie, nous sommes obligés d’être prudents. (…) Il faudrait réinterpréter la législation». Est-ce un hasard si l’ARPP (l’autorité de régulation de la publicité) vient à son tour de prendre position en ce sens ? «La loi Evin peut conduire à des excès et contrevenir à d’autres principes tels que le respect de la personne, de la propriété intellectuelle et artistique» (cité par CBNews). Et si, au bout du compte, la loi est assouplie… qui s’y engouffrera ? 

Entre les intérêts de Métrobus, de l’ARPP et ceux des industriels du tabac, la frontière me semble aussi mince qu’une feuille de papier à cigarette !

L'affiche que vous ne verrez pas dans le métro

L'affiche que vous ne verrez pas dans le métro

Senseo : quand Philips perd le (bon) sens et la simplicité…

Jeudi 23 avril 2009

 

Dans ce post, je vais éviter les jeux de mots tels que "Senseo, c'est de la bombe !". Ah, tant pis, je l'ai fait...

Dans ce post, je vais éviter les jeux de mots tels que "Senseo, c'est de la bombe !". Ah, tant pis, je l'ai fait...

Philips, dont la signature mondiale est «sense and simplicity»,«rappelle des millions de Senseo» nous disent les médias qui nous apprennent que certaines des cafetières de la marque seraint susceptibles d’exploser…

 

Pourtant, quand on se rend sur le site de Senseo, on ne trouve pas trace de l’info en page d’accueil, ni sur ceux de ses maisons mères, Philips et Maison du Café (Senso est un partenariat entre le fabricant de produits ménagers et le torréfacteur). En fait, si l’on cherche bien, il existe une rubrique innocemment intitulée «Entretenez votre machine à café Senseo» qui conduit sur la rubrique presse du site Philips…

 

La page en question est un cas d’école en matière de mauvaise gestion d’une communication de crise. La marque minimise le problème : les risques d’accident ne concernent que «moins trois appareils par million». Comme nous ne savons pas combien elle en a vendu sur la période incriminée (et qu’il suffit que ce soit celui que nous avons acheté)… Elle incite les clients à renvoyer leur appareil et adressera par ailleurs «gratuitement un sachet de produit de détartrage aux utilisateurs d’un appareil touché par le problème». Dans quel but ? «Les machines réparées devront toujours faire l’objet d’un détartrage tous les trois mois – cependant le mécanisme de sécurité supplémentaire supprimera le problème». Pourquoi entretenir un mécanisme qui ne risque plus de poser de problème ? Si quelqu’un comprend les réponses données dans la F.A.Q., qu’il conseille le fabricant sur une rédaction plus claire. Ca, c’est pour la simplicité…

 

Enfin, alors que Philips, qui vient de présenter des résultats en berne, a annoncé provisionner en plus 30 millions d’euros pour procéder à l’échange, les conditions sont très restrictives. «Si la cafetière Senseo présentée pour réparation n’est pas un appareil concerné par  cette opération de rappel pour réparation Senseo, Philips se réserve le droit de réclamer le coût du transport à destination et en provenance de l’adresse du client». Autrement dit, la marque préfère menacer de poursuite les clients paniqués qui se tromperaient en renvoyant une cafetière non concernée par le risque d’explosion que d’assumer l’éventuel surcoût de quelques retours supplémentaires… Ca, c’est pour le sens…

 

Je ne sais pas si ma mère va renvoyer sa cafetière Senseo. Mais ce que je sais, c’est que Philips va avoir besoin d’une signature plus convaincante dans les mois à venir…

Antennes-relais Orange à Saint-Cloud : les ondes fantômes…

Mercredi 22 avril 2009

Les habitants d’un quartier de Saint-Cloud seraient atteints de malaises plus ou moins graves depuis l’installation d’antennes relais d’Orange. France 5, JDD, Le Parisien et autres s’en sont fait l’écho.

Or, selon Challenges (qui lui a appelé Orange), aucun de ces médias n’a interrogé l’opérateur. C’est bien dommage car il semblerait que « les trois antennes mobiles de Saint-Cloud installées depuis le mois de mars dernier n’ont jamais fonctionné et n’ont donc jamais émis la moindre onde« .

Il ne s’agit pas ici de rouvrir le débat sur le danger supposé des antennes-relais ni de nier l’honnêteté des habitants du quartier mais d’envisager que leur inquiétude irraisonnée puisse être à l’origine d’un phénomène classique d’auto-suggestion. D’ailleurs, sur une vidéo mise en ligne sur Le Post par Cap 24, même cette annonce que les antennes n’ont encore jamais fonctionné ne suffit pas à rassurer les voisins. L’info cadre si peu avec l’histoire qu’ils se sont racontés qu’ils ne peuvent en changer en cours d’histoire, précisément…

Ce qui est intéressant dans cette anecdote c’est qu’elle illustre bien un principe du storytelling à côté duquel passent ceux qui n’y voient que manipulation. L’historien Paul Veyne l’a écrit dans un opuscule remarquable («Les Grecs ont-ils cru à leurs histoires ?») et le spécialiste du marketing Seth Godin en a rajouté une couche dans la provoc’ dans un livre plus récent («Tous les marketeurs sont des menteurs : tant mieux, car les consommateurs adorent qu’on leur raconte des histoires») : ne croient aux histoires que ceux qui veulent bien y croire. Parfois envers et contre toute évidence…

D’ailleurs, M6, qui s’apprêtait à couvrir cette affaire y aurait renoncé après réflexion (dixit Challenges). Le sujet sur l’auto-suggestion est moins «vendeur» auprès de la ménagère que celui sur la santé menacée de sa petite famille. Sauf à imaginer qu’Orange ment par principe et que Challenges fait partie du complot (avec moi bien sûr !).

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Le + du blog du storytelling

> Il existe de nombreux cas d’auto-suggestion avérés, des possédées de Loudun au 17e siècle aux hallucinations collectives concernant les Ovnis ou les apparitions de la Vierge. Parfois, des affaires réelles, comme celle du pain maudit de Pont-Saint-Esprit en 1951, ont pu également être amplifiées par ce phénomène. Il est très difficile de raisonner ceux qui ne veulent pas «sortir» de l’histoire qu’ils se racontent. Surtout quand les opérateurs n’ont jamais pris la peine de s’attaquer à la communication sur ce sujet autrement que par un démenti raisonné. Un peu de storytelling positif ne nuirait à personne…

L’Oréal, 100 ans et quelques rides…

Mardi 21 avril 2009

 

 

L’Assemblée Générale de L’Oréal le 16 avril a été marquée par la décision «personnelle» de Jean-Paul Agon de renoncer à ses stock-options : les bénéfices ont stagné en 2008 (ce qui est pourtant en soi une performance). Une annonce saluée par les applaudissements des petits actionnaires selon Les Échos… tandis que Libé rappelle que le salaire du DG est quand même déjà un des plus importants de tout le CAC 40. Mais 2009 marque aussi le centenaire de l’une des plus célèbres multinationales françaises. Un événement hélas sans grand éclat.

 

Lors de l’Assemblée, les actionnaires se sont en effet vu offrir un shampoing L’Oréal, une laque Elnett et un soin anti-rides de Vichy… «Une allusion un peu tristounette à l’âge de la maison» selon Challenges. Certes, le rapport annuel consacre un chapitre à ces 100 ans mais pour dire si peu de choses. C’est pourtant bien en 1909 que le chimiste Eugène Schueller «s’est engagé dans l’aventure de la beauté» en mettant au point une teinture pour les cheveux. Cette «aventure» a continué avec François Dalle, Lindsay Owen-Jones et aujourd’hui Jean-Paul Agon. Présente dans 130 pays, l’entreprise possède un portefeuille d’une «vingtaine de marques qui couvrent tous les segments de la cosmétique et englobent tous les circuits de distribution». 

 

Dommage dans ces conditions que son centième anniversaire soit réduit à la portion congrue en matière de communication. Les marques qui atteignent 100 ans sont rares et une telle longévité rassure, principalement à une époque où nous avons besoin de nous raccrocher à des icônes. François Dalle parlait en son temps de «débanalisation», aujourd’hui on préfère différentiation et valorisation mais l’idée est toujours là : celle qu’une marque raconte une histoire à ses consommateurs qui lui accordent en retour d’autres vertus que celles de son simple prix… Et 100 ans, cela fait une belle histoire !

 

Face aux zones d’ombre de son passé, face aux risques de la crise actuelle, L’Oréal semble donc toujours sur la défensive. Peut-être a-t-elle peur aussi que des produits qui visent l’éternelle jeunesse prennent un coup de vieux si on réalise que l’entreprise est centenaire ?  Depuis qu’elle ne connaît plus des taux de croissance à deux chiffres, elle semble tétanisée… Tout cela l’éloigne pourtant des valeurs de sa propre histoire, faite de courage et d’innovation. Pour une marque qui s’est donnée pour mission de «contribuer à rendre le monde plus beau», cela manque singulièrement de panache… 

 

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Le + du blog du storytelling 

> Le cas Danone montre pourtant qu’on peut conjuguer célébration d’un anniversaire (90 ans dans le cas du yaourt) et valeurs d’avenir.

Le buzz autour Susan Boyle : une histoire de Cendrillon déjà vue…

Lundi 20 avril 2009

 

Un buzz bien organisé qui n'enlève rien à l'incroyable talent de Susan  Boyle

Un buzz bien organisé qui n'enlève rien à l'incroyable talent de Susan Boyle

La question est crûment posée en une du Post : «Faut-il être moche et ringarde pour être une star internationale ?» (pourquoi pas aussi «rondelette et pucelle» histoire de bien charger la barque ? Les internautes sont parfois très durs !). La performance inattendue de Susan Boyle n’est pourtant pas aussi inattendue que cela si on se plonge dans les archives de l’émission…  

 

L’histoire de Susan Boyle, 47 ans et sans-emploi, et qui a pétrifié sur place les jurés de Britain’s Got Talent (la version british de Incroyable Talent) avec son interprétation de «I Dreamed A Dream» des Misérables a tout de la story de Cendrillon : d’un coup de baguette magique, elle pourrait bien se retrouver reine du bal. Susan cite la star des musicals du West End, Elaine Paige, comme son inspiration mais on pourrait tout aussi bien penser à Céline Dion, elle aussi «incroyable talent» et qui a été largement relookée.

 


nouvelle star angleterre 2009 Susan Boyle
envoyé par myonlylover11

 

 

Une surprise lors des auditions, un buzz immense sur Internet… Pourtant, pourtant quelques chose ne cloche-t-il pas ? N’a-t-on pas une légère impression de déjà vu ? en 2006, les producteurs de l’émission avaient en réalité déjà fait le même coup : Paul Potts était un chanteur d’opéra inconnu qui a soulevé la salle, enthousiasmé le jury (les jurés emploient exactement le même vocabulaire que pour Susan) et buzzé sur You Tube… Cornaqué par la production, il a sorti un album qui s’est classé numéro 1 en Angleterre

Sans que cela enlève quoi que ce soit à leur talent, les prestations de Paul Potts ou de Susan Boyle ne doivent rien au «miracle» de l’amateur qui perce envers et contre tout (et tous) de par son seul talent. Il s’agit d’une dramaturgie organisée par la production dans le but de répondre aux critiques sur le profil de ses habituels sélectionnés : jeunes faussement rebelles et autres clones de blondes péroxydées. Si même des talents qui ne sortent pas du moule peuvent percer alors l’émission permet vraiment à tout le monde de tenter sa chance. Dommage simplement qu’elle pense pouvoir nous refaire exactement le même coup tous les deux ans en pariant sur le manque de mémoire des téléspectateurs (désolé, il y a You Tube et Daily Motion !)…