mars, 2009 | le blog du storytelling - Part 3 le blog du storytelling

Archive pour mars 2009

L’automobile, c’est du passé, passez à l’automobilité !

Lundi 9 mars 2009

 

Renault Reinastella : En 1992, ce modèle imaginé pour Disneyland Paris représentait le futur de l’automobile selon Renault. Le modèle a du plomb dans l’aile...

Renault Reinastella : En 1992, ce modèle imaginé pour Disneyland Paris représentait le futur de l’automobile selon Renault. Le modèle a du plomb dans l’aile...

Après d’autres secteurs, celui de l’automobile doit se réinventer s’il ne veut pas être emporté, non pas seulement par la crise, mais par le vent de l’Histoire… A l’avenir, nous aurons toujours besoin de nous déplacer mais les alternatives à la sacro-sainte voiture particulière existent et doivent inciter les constructeurs à revoir leur business model.

 

Le plan de sauvegarde du gouvernement est axé sur la préservation de ce fleuron national et ne tient pas compte de l’avenir. Je n’écris rien là de nouveau, si vous me lisez régulièrement, vous savez que je crois que l’automobile, c’est du passé et qu’il est temps de passer à… l’automobilité ! Ce qui est nouveau, c’est que je commence de plus en plus à lire ce genre de propos ailleurs, ce qui aidera peut-être ce nouveau paradigme à s’imposer.

 

Ainsi, Challenges faisait récemment sa couverture sur la fin de l’hyperconsommation (oui, même Challenges !) et interviewait Robert Rochefort. Or, que dit le DG du Crédoc ? Que «cela fait une dizaine d’années que ce sont les plus de 50 ans qui achètent majoritairement des voitures neuves. Les jeunes n’en ont plus les moyens, et la bagnole ne les fait plus rêver. Ne pas se rendre compte de cela quand on fabrique un produit aussi emblématique, c’est aller dans le mur. (Les constructeurs) doivent sortir de leur logique d’ingénieurs. L’avenir de l’automobile, ce n’est pas l’objet lui-même, mais l’usage qu’on en fera. Cela suppose une réponse composite. Il faut réfléchir à des systèmes de type Loca-Pass pour faciliter l’emprunt des jeunes, à un engagement sur le prix de reprise, ou bien à des packages intégrant une place de parking». 

 

Habituellement dans les médias, quand ce n’est pas Robert Rochefort, c’est Gérard Mermet qu’on interroge sur les tendances de nos contemporains. Et justement, dans le même magazine, ce dernier voit dans le développement du marché de l’occasion un changement durable : «Dans l’occasion, il y a aussi l’idée du recyclage. Quand on n’a plus l’usage d’un objet, on ne le jette pas, on le remet dans le circuit». Pierre Kosciusko-Morizet, PDG de PriceMinister, le dit dans les termes les plus clairs : «C’est le signe qu’on n’est plus dans la possession, mais dans l’usage». 

 

Peu à peu, les constructeurs y viennent donc (contraints et forcés, mais c’est déjà ça). Ainsi, Vincent Besson, directeur des produits, chez Citroën, note-t-il à son tour que «il faudra satisfaire les besoins fondamentaux de mobilité (des excédés de l’automobile)». Nous entrons dans l’ère du No Auto comme il y a 10 ans, nous avons connu l’ère du No Logo (et la com n’en est pas morte). A l’inverse, Carlos Ghosn n’y croit pas. «L’automobile fait toujours rêver» dit-il dans Le Point. Il ajoute même : «L’avènement de la voiture banale, purement utilitaire, je n’y crois pas». Mais alors, pourquoi le design des dernières Renault l’est-il à ce point, banal ? 

 

En tout cas, même si ce n’est pas un constructeur, celui qui montre la voie, c’est Michelin. L’entreprise visionnaire qui a développé la signalisation routière, les plans et les guides touristiques afin de mieux vendre des pneus vient de lancer une nouvelle offre. Michelin Fleet Solutions propose aux professionnels du transport (pour le moment ?) un service de location pour ses fameux pneus : Michelin assure l’entretien, le contrôle et le renouvellement des pneus tout en optimisant leur utilisation et les économies (rechapage etc.). Le modèle est appelé à s’imposer…

Microsoft entend nous réconcilier avec l’avenir

Vendredi 6 mars 2009

 

 Parmi les jolies idées du film de Microsoft, ce smartphone qui se replie pour devenir carte de crédit...

Parmi les jolies idées du film de Microsoft, ce smartphone qui se replie pour devenir carte de crédit...

La technologie entraîne souvent deux réactions contradictoires : les techno-phobes voient l’oeil de Big Brother et le complot politique derrière chaque nouveauté tandis que les techno-phages sont béats devant tout ce qui ne s’adresse qu’aux «geeks» asociaux. Et si nous essayions simplement d’être techno-philes ? C’est ce à quoi Microsoft s’emploie avec un film de 5 mn… et un peu de storytelling.

 

Sur le mur-écran de leur classe, des élèves discutent avec d’autres enfants situés à des milliers de kilomètres grâce à un système de traduction simultanée. Une petite fille reçoit d’un de ses camarades la photo d’une plante qu’elle fait suivre à sa mère, femme d’affaires. Cette dernière est justement en train de consulter ses mails sur la tablette de son siège durant un vol transatlantique. A la fin du film, nous la retrouverons en haut d’un immeuble, participant à un projet consistant à reverdir nos métropoles en transformant les toits des gratte-ciel en vergers. Elle pourra même identifier l’une des plantes (de la sauge) grâce à la photo de sa fille…

Lors de la dernière Wharton BizTech (une des grand-messes annuelles de la technologie), Microsoft a ainsi présenté sa vision à 10 ans des technologies qui vont envahir nos vies et nos bureaux. Un monde où la souris aura disparu et où un geste, un effleurement, suffiront pour afficher ou faire glisser des projections en 3D dans l’espace. Evidemment, ce film fait l’impasse sur de nombreux points, à commencer par l’état des recherches. S’agit-il de technologies que la firme de Redmond maîtrise déjà ? De «concepts» comme dans l’industrie automobile ou de simples fantasmes à la Jules Verne ? Peu importe en vérité, c’est un peu la règle du jeu concernant un film d’entreprise, non ? 

 

Microsoft fait circuler deux versions de son film. La première est la plus courte mais la moins intéressante car c’est une suite de séquences sans scénario (c’est pourtant elle qui crée le buzz car l’une des femmes entr’aperçues au bureau est curieusement nommée «Sarkozi». Oui, il en faut peu pour créer du buzz, je suis bien d’accord…) La meilleure version est celle qui dure 5,38 mn, que j’ai décrite dans mon post et qui raconte une histoire. C’est d’ailleurs parce qu’elle raconte une histoire qu’elle fonctionne aussi bien. Nous pouvons nous identifier aux personnages. 

 

Grâce à ce film, Microsoft nous montre un monde où la technologie est apprivoisée, au service de l’homme, un futur assez proche pour être crédible, assez familier pour ne pas nous faire peur et pourtant assez différent pour nous faire rêver. Microsoft Labs encourage le feedback des internautes à propos de cette vision.

 

On attend maintenant l’avenir selon Apple. Ce sera forcément encore plus cool, non ?

Drame d’Uckange : quand une story chasse l’autre

Jeudi 5 mars 2009

 

 

«Un enfant de 5 ans poignarde sa soeur après avoir joué à un jeu vidéo» : voilà une historiette exemplaire pour justifier lé déchaînement médiatique contre cette industrie forcément perverse. Et puis, une story encore plus extraordinaire chasse l’autre : «Une mère poignarde sa fille et force son fils à s’accuser à sa place». Autant d’histoires format SMS (> 140 caractères comme je les affectionne). Je voulais revenir sur cette affaire édifiante mais en commençant mes recherches, je suis tombé sur cet article de Rue89* écrit par Bernard Girard, un enseignant blogueur, «Uckange, l’enfant victime de l’emballement médiatique» et je n’ai rien à ajouter.

* Je soutiens activement les médias d’info pure players du Net comme Rue89 en achetant ma «brique» sur leur mur. Vous pouvez en faire de même à partir de 15 € !

Michelin : le Guide Rouge qui sert aussi à vendre… des pneus !

Jeudi 5 mars 2009

 

A l’occasion de la sortie de l’édition 2009 qui marque aussi son centième anniversaire, le Guide Rouge a convié les 68 chefs triplement étoilés du monde entier. On sait que les choix culinaires de ses inspecteurs sont chaque années plus ou moins controversés. Ce qu’on sait moins, c’est que depuis 100 ans, le vrai but du Guide Rouge… est de vendre des pneus (Michelin de préférence !).

 

André et Édouard Michelin ont fondé leur manufacture en 1889 pour fabriquer des pneumatiques pour vélos puis pour automobiles. Mais à la fin du XIXe siècle, le nombre de ces dernières est très faible. L’équation est simple : pour vendre plus de pneus, il faut plus de véhicules. Or, à l’époque, ce n’est pas simplement le prix qui arrête les automobilistes potentiels (Henry Ford n’a pas encore inventé la voiture pour tous), c’est aussi l’état des routes : des chemins de terre, absence de panneaux signalétiques, d’indication des endroits où faire une halte etc. André aimait à répéter que «Le client, c’est notre Bon Dieu», c’est pourtant lui qui va se charger «d’évangéliser» les automobilistes et les transformer en autant de touristes potentiels. 

 

Le premier Guide rouge est distribué gratuitement en 1900 pour tout achat de penumatiques Michelin. On y trouve le plans des grandes villes, les adresses des médecins et bien entendu celles des garages où l’on peut faire changer ses pneus. A partir de 1909, il comprend en outre un choix de restaurants qui va réellement faire sa popularité. La légende est en marche. 

 

Au fil des années, Michelin éditera également des cartes routières ainsi que de vrais guides touristiques – le fameux Guide vert – et des cartes routières, toutes destinées à encourager les conducteurs à rouler… et ainsi à changer leurs pneus plus régulièrement. Même les panneaux de signalisation installés le long des routes, en particulier les fameuses bornes, sont des inventions Michelin. En France, Bibendum a sans doute fait plus pour le développement de l’automobile que Renault, Peugeot et Citroën réunis ! Et nous lui devons un aménagement du territoire plus efficace que la DDE !

 

Au fil des années, la notoriété du Guide rouge a gagné l’étranger et de nombreuses éditions ont vu le jour… sans jamais oublier de mettre ses talents éditoriaux et gastronomiques au service de sa politique industrielle. Selon Le Monde en effet, «Michelin a peu à peu accordé sa politique éditoriale (…) à ses implantations sur les marchés nord-américains et asiatiques. Ainsi, pour contrer la prépondérance de Bridgestone au Japon, autre géant du pneu, était-il tentant de consacrer Tokyo capitale gourmande», ce qui fut fait en 2008.

 

P.S. A propos, saviez-vous que lors du Débarquement, l’Etat-Major allié s’était servi de Guides rouges 1939 (dernière édition disponible) et de leurs cartes et plans de ville pour progresser dans la France occupée, les nazis et le gouvernement de Vichy  ayant fait démonter tous les panneaux de signalisation ? L’histoire (avec un petit «h») ne dit pas s’ils ont fait des pauses gourmandes dans quelque grand restaurant au cours de leur marche victorieuse vers la Libération…