Michelin : le Guide Rouge qui sert aussi à vendre… des pneus ! | le blog du storytelling

Michelin : le Guide Rouge qui sert aussi à vendre… des pneus !

 

A l’occasion de la sortie de l’édition 2009 qui marque aussi son centième anniversaire, le Guide Rouge a convié les 68 chefs triplement étoilés du monde entier. On sait que les choix culinaires de ses inspecteurs sont chaque années plus ou moins controversés. Ce qu’on sait moins, c’est que depuis 100 ans, le vrai but du Guide Rouge… est de vendre des pneus (Michelin de préférence !).

 

André et Édouard Michelin ont fondé leur manufacture en 1889 pour fabriquer des pneumatiques pour vélos puis pour automobiles. Mais à la fin du XIXe siècle, le nombre de ces dernières est très faible. L’équation est simple : pour vendre plus de pneus, il faut plus de véhicules. Or, à l’époque, ce n’est pas simplement le prix qui arrête les automobilistes potentiels (Henry Ford n’a pas encore inventé la voiture pour tous), c’est aussi l’état des routes : des chemins de terre, absence de panneaux signalétiques, d’indication des endroits où faire une halte etc. André aimait à répéter que «Le client, c’est notre Bon Dieu», c’est pourtant lui qui va se charger «d’évangéliser» les automobilistes et les transformer en autant de touristes potentiels. 

 

Le premier Guide rouge est distribué gratuitement en 1900 pour tout achat de penumatiques Michelin. On y trouve le plans des grandes villes, les adresses des médecins et bien entendu celles des garages où l’on peut faire changer ses pneus. A partir de 1909, il comprend en outre un choix de restaurants qui va réellement faire sa popularité. La légende est en marche. 

 

Au fil des années, Michelin éditera également des cartes routières ainsi que de vrais guides touristiques – le fameux Guide vert – et des cartes routières, toutes destinées à encourager les conducteurs à rouler… et ainsi à changer leurs pneus plus régulièrement. Même les panneaux de signalisation installés le long des routes, en particulier les fameuses bornes, sont des inventions Michelin. En France, Bibendum a sans doute fait plus pour le développement de l’automobile que Renault, Peugeot et Citroën réunis ! Et nous lui devons un aménagement du territoire plus efficace que la DDE !

 

Au fil des années, la notoriété du Guide rouge a gagné l’étranger et de nombreuses éditions ont vu le jour… sans jamais oublier de mettre ses talents éditoriaux et gastronomiques au service de sa politique industrielle. Selon Le Monde en effet, «Michelin a peu à peu accordé sa politique éditoriale (…) à ses implantations sur les marchés nord-américains et asiatiques. Ainsi, pour contrer la prépondérance de Bridgestone au Japon, autre géant du pneu, était-il tentant de consacrer Tokyo capitale gourmande», ce qui fut fait en 2008.

 

P.S. A propos, saviez-vous que lors du Débarquement, l’Etat-Major allié s’était servi de Guides rouges 1939 (dernière édition disponible) et de leurs cartes et plans de ville pour progresser dans la France occupée, les nazis et le gouvernement de Vichy  ayant fait démonter tous les panneaux de signalisation ? L’histoire (avec un petit «h») ne dit pas s’ils ont fait des pauses gourmandes dans quelque grand restaurant au cours de leur marche victorieuse vers la Libération… 



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