2009 février | le blog du storytelling - Part 2

Archive pour février 2009

h.e., le magazine d’histoire des entreprises à histoires

Vendredi 13 février 2009

 

Histoires de femmes d'entreprise et de femmes dans l'entreprise

Histoires de femmes d'entreprise et de femmes dans l'entreprise

 

Suite à mon intervention au Celsa où j’ai mentionné ce magazine et à plusieurs demandes qui ont suivi, voici un post sur h.e. susceptible d’intéresser les lecteurs de ce blog.

Les entreprises ont-elle une âme ? La question est incongrue en France où l’on ne les aime guère. Pourtant, les regarder pour ce qu’elles sont aussi – leur histoire, leurs hommes – et non pas seulement au travers d’un prisme financier -, c’est le pari fait par h.e., un trimestriel consacré aux «histoires d’entreprises et aux entreprises dans l’Histoire». 

Quand j’ai débuté dans le monde du travail il y a près de 20 ans, je pensais que toutes les entreprises étaient comme la mienne – Disney – et utilisaient à bon escient leur(s) histoire(s). Mais ce n’est pas le cas, la plupart des boîtes sont sans histoires… dans tous les sens du terme ! A cette époque, j’ai rencontré Félix Torres, un des pionniers en France de l’histoire entrepreneuriale, qui m’a expliqué combien ce domaine a mauvaise presse chez nous : les historiens ne s’y intéressent guère par peur d’être «récupérés» par le grand capital… et aussi parce qu’ils maîtrisent en général mal la micro-économie ; les dirigeants-managers s’en méfient afin de ne pas passer pour des ringards en se préoccupant du passé de leurs marques, seul l’avenir les intéresse : enfin, les syndicats font un blocage et y voient une démarche de classe. Bref, il n’y a guère que dans les entreprises patrimoniales – selon la terminologie chère à Yvon Gattaz – que l’on considère qu’«à la lumière du passé, le présent s’éclaire».(c’est la signature du magazine Historia)

 

 

 

Dans son dernier numéro, h.e. donne la part belle aux histoires de femmes chefs d’entreprises. Mais en feuilletant (en ligne) les anciens numéros, on tombe sur de nombreuses gemmes parmi lesquelles un article de 1890 prenant la défense des petits patrons et signé Jean Jaurès (!), des portraits des grandes familles du cirque (les Gruss, les Bouglione…), un discours humaniste d’Antoine Riboud ou encore les souvenirs des Mellerio dits Meller joailliers de père en fils depuis… 14 générations ! Sans oublier de mettre en lumière à chaque fois ceux (historiens, services d’archives etc.) qui s’attachent à la conservation de ce patrimoine trop peu considéré.

 

h.e. est édité par Histoire d’entreprises, créé il y a 10 ans pour valoriser le patrimoine des sociétés et organisations par le biais de livres, d’expos, de documentaires etc. qui est la filiale d’une agence lyonnaise, Jean Vasseur Communication.

 

Le storytelling que je pratique est bien sûr un peu différent de la démarche de h.e. à proprement parler. Je ne me sers pas uniquement de l’histoire de l’entreprise (il peut même s’agir d’autres stories que la sienne si elles sont pertinentes) et de toute façon, je cherche avant tout ce qui a une résonance pour le public visé aujourd’hui. En revanche, je tiens toujours compte de cette «story historique», je m’en imprègne, et elle transpire toujours dans le rendu final. C’est pourquoi je trouve la lecture de h.e. stimulante. Je suis persuadé qu’on roule mieux et avec de meilleures chances d’arriver à destination en jetant un coup d’oeil dans le rétroviseur. 

 

h.e. : www.histoire-entreprises.fr/

Sauver l’automobile à tout prix ?

Jeudi 12 février 2009

 

Le Salon de l'Auto : cette passion bien française...

Le Salon de l'Auto : cette passion bien française...

L’affaire est d’importance : il ne s’agit ni plus ni moins que de «sauver 10% des emplois salariés en France, soit 2,5 millions d’actifs» expliquait lundi le premier ministre en annonçant un plan d’aide 6 milliards d’euros pour Renault et PSA Peugeot-Citroën, une somme qui s’ajoutera aux 3 milliards déjà débloqués depuis le début de la crise. Or, les chiffres cités quant à l’importance de ce secteur sont faux. Cependant, ils en disent long sur l’importance de l’auto dans la mémoire collective…

 

Economiste et chercheur à l’OFCE, Sylvain Barde a publié hier les résultats d’une étude sur le nombre d’emplois réels de la filière auto :  «10% des emplois dans l’automobile : un chiffre trompeur». En fait, le chiffre donné par le gouvernement et repris par les médias amalgame les jobs effectifs chez les constructeurs et leurs sous-traitants… mais aussi ceux des assurances, de la réparation, du contrôle technique, des stations service, des auto-écoles et même de l’entretien des routes ! En réalité, quand bien même Renault et PSA licencieraient tous leurs employés français (et c’est heureusement une vue de l’esprit pour le moment), on continuerait de s’assurer, d’aller chez son garagiste et de mettre de l’essence dans son véhicule ! 

 

En réalité, si l’on s’en tient aux «vrais» emplois de l’industrie automobile, on obtient près de 740 000 emplois, ce qui n’est certes pas rien mais ne représente plus qu’un petit tiers du chiffre précédemment cité ! Dans Le Monde, le président de Sodexho Pierre Bellon regrette ainsi publiquement que l’«on passe son temps à défendre des emplois en France qui sont périmés, qui de toute façon vont disparaître, alors que vous avez là des emplois non délocalisables» (il veut parler des services). Bien sûr il prêche pour sa chapelle mais comme le précise Sylvain Barde dans son étude, il s’agit effectivement «de souligner à quel point les modalités d’une intervention publique ainsi que les arbitrages à effectuer doivent reposer sur une claire appréhension des enjeux, laquelle suppose de retenir le chiffre pertinent». Il ne s’agit bien sûr pas de minimiser le coût humain des emplois qui pourraient disparaître dans l’automobile : il est très important et sera fait de drames individuels. Mais, à l’inverse, combien coûteraient des mesures efficaces pour relancer la construction et ses 1 500 000 emplois (chiffre donné par l’OFCE) ? 

 

 

L’automobile, une passion française

 

Alors, pourquoi cet emballement ? Certes, «sauver 10% des emplois français !» constitue une excellente story pour tenir la presse en haleine : le chiffre est si parlant ! Les constructeurs et les hommes politiques se sont-ils entendus pour dramatiser la situation ? Peut-être. Mais plus sûrement, la conscience nationale reste très attachée à l’automobile. Prenez la Régie : de son fondateur visionnaire Louis Renault jusqu’à la vitrine sociale du temps de la co-gestion avec la CGT en passant par la nationalisation pour faits de collaboration avec l’ennemi, c’est tout un pan de notre histoire qui s’est écrit là. Et il en va de même pour André Citroën et les frères Peugeot, aventures humaines, aventures industrielles, aventures françaises… Et comme l’a dit François Fillon, «La France ne laissera pas tomber son industrie automobile». Cela va donc bien au-delà d’une relative (in)efficacité économique car les défauts du secteur sont structurels, la crise ne fait que les amplifier. On est ici au-delà de la politique, dans le champ de la psyché collective.  Il s’agit ni plus ni moins que d’une histoire que l’on veut continuer à se raconter au présent plutôt que d’avoir à dire un jour «il était une fois l’automobile»…

Olivier Besancenot, le fear facteur ?

Mardi 10 février 2009

 

Le poing levé pour le grand soir du storytelling ?

Le poing levé pour le grand soir du storytelling ?

Qu’on pense comme deux tiers des Français qu’Olivier Besancenot est sympathique ou, comme l’auteur de ce post, qu’il est «l’homme sans solutions» (titre du dossier de couverture que lui consacre Challenges), cet article n’a pas pour objet de critiquer ses idées ni même de prétendre réduire le Nouveau Parti Anticapitaliste à son leader maximo mais de porter un regard de communicant sur la popularité de ce dernier. Au-delà de ses positions politiques, quels sont les autres facteurs (!) de sa success story ?

 

 

L’èthos, le logos et le pathos : figures traditionnelles de la rhétorique

 

Selon son attaché de presse, «Olivier Besancenot travaille à 70%, assurant ses tournées à vélo du mercredi au samedi». On sait que Nicolas Sarkozy ne parle pas d’être président mais de faire président, comme on choisit une profession. Quand «homme politique» est devenu un métier, la séparation a été consommée avec le monde du travail. C’est bien sûr démagogique, la vie de la cité peut (doit ?) occuper à plein temps mais quand des politiques de profession découvrent que dans le métro, il fait chaud (Balladur) ou qu’ils confondent francs et euros pour payer leur baguette de pain (Jospin), ils accréditent cette idée qu’ils ne vivent pas dans notre monde, Besancenot lui, oui. Et il connaît le prix des timbres !

 

Le jeune homme a le sens de la formule qui fait mouche… même si l’on crédite souvent l’un de ses conseillers, Pierre-François Grondi (prof d’histoire et géographie dans le 9-3 et à ce titre bien en prise en prise lui aussi avec le réel) d’avoir inventé le slogan «Nos vies valent plus que leurs profits». En termes de discours storytelling, c’est un modèle : il interpelle (le «nous contre eux» est un des ressorts de la communication de cohésion), il provoque l’empathie (qui n’est pas d’accord ?) et donne envie d’en savoir plus (pour plus d’infos, contactez votre révolutionnaire le plus proche). C’est sûr qu’après ça, «Ensemble tout est possible» ou «Changer la vie» («changer d’avis» ?), c’est un peu tiédasse…

 

Pour autant, un homme politique ne ne saurait se perdre dans le détail, le quotidien, il doit indiquer la voie, ouvrir un horizon. Et Olivier Besancenot le sait bien qui attribue lui-même une part de son succès au fait qu’il «assume une part d’utopie car la gauche ne nous fait plus rêver».

 

 

Miroir, mon beau miroir

 

On peut se construire une posture contre les médias (Le Pen pendant une partie de sa carrière, François Bayrou pendant la présidentielle…) mais il est plus facile d’agir avec eux. Et de ce point de vue là, le facteur de Neuilly n’a pas à se plaindre. Ainsi que le souligne l’hebdomadaire centriste Marianne dans sa dernière édition papier, il est même très bien servi sur… TF1 ou dans le Figaro. C’est que pour le président de la République, il permet la division de la gauche (comme Mitterrand a été en son temps accusé d’avoir instrumentalisé la montée de l’extrême droite) et illustre la figure de «l’idiot utile», ce concept léniniste (ou anti-léniniste on ne sait pas très bien).

 

Enfin, n’oublions ni son âge ni son minois. Les hommes l’auraient bien pour meilleur pote, les femmes le trouvent beau gosse. Quoi, vous pensiez encore qu’on fait de la politique avec des idées (ce n’est pas faux mais enfin, ça ne suffit pas) ? Face aux révolutionnaires habituels qui ont toujours eu l’air vieux (Alain Krivine, Arlette Laguiller…), Olivier Besancenot semble parti pour rester jeune longtemps.

La loi de Moore change de sens de lecture

Lundi 9 février 2009

 

Plus pour autant ou autant pour moins ? That is the question

Plus pour autant ou autant pour moins ? That is the question

Vous connaissez probablement la Loi de Moore ? C’est une de ces «lois» que le monde des affaires adore appliquer à tout (et parfois à n’importe quoi). Selon le co-fondateur d’Intel qui l’a postulée en 1965, le niveau de complexité des semi-conducteurs devait doubler tous les ans (ou tous les deux ans comme il l’a corrigé plus tard) à coût constant. Une loi que les consommateurs sont en train de réécrire et que les industriels feraient bien d’entendre. 

 

Peu importe que cette loi n’en soit pas une – à long terme elle ne peut qu’être démentie -, ce que l’on en retient généralement, c’est que «la puissance des ordinateurs double tous les 18 mois à coût constant, autrement dit, on en a plus pour le même prix». Même si les spécialistes s’arrachent les cheveux pour savoir dans quelle mesure cette conjecture sera toujours d’actualité quand nous serons passés aux nanotechnologies, il n’en demeure pas moins que cette idée simple et lumineuse a été émise en il y a près de 45 ans. Visionnaire ce Gordon E. Moore, non ?

 

Cette loi n’est pas valable que pour l’informatique. Prenez les télécommunications. A l’époque de Moore, il fallait passer par une opératrice pour obtenir un appel et parfois attendre plusieurs heures avant qu’elle ne joigne votre correspondant. Et aujourd’hui, nous avons un smartphone qui nous permet de gérer notre agenda, prendre des photos, écouter des MP3, naviguer sur Internet… et accessoirement de téléphoner ! Mais du coup, on ne peut pas vraiment dire que notre facture se soit allégée. Chez les jeunes, la téléphonie est même désormais le deuxième poste de dépenses après les vêtements… Alors même que ce poste n’existait pas il y a 10 ans quand il fallait appeler les copains depuis le poste – de téléphone – des parents. 

 

C’est pourquoi on voit apparaître depuis quelques temps chez les consommateurs le besoin de reprendre cette loi de Moore… par l’autre bout : «Pour une puissance donnée, le coût est divisé par deux tous les 18 mois». Pour reprendre l’exemple du téléphone, il existe un public qui ne veut que téléphoner avec son mobile. Ma mère qui souhaitait changer son vieux téléphone n’a pas réussi à en trouver un qui ne fasse pas aussi appareil photo et d’autres fonctions dont elle n’a pas l’utilité et qu’elle aurait bien voulu ne pas payer (car ces coûts de développement se répercutent fatalement dans celui de son mobile).

 

Depuis un an, le succès des Netbooks est impressionnant. Pour ceux qui l’ignorent encore, il s’agit de ces mini-PC qui ne permettent que de surfer sur Internet, envoyer ses mails et écrire des documents avec un traitement de texte sans fioritures. On ne peut faire tourner dessus les jeux ou logiciels les plus gourmands en mémoire mais dont tout le monde n’a pas besoin.

 

Les industriels devraient intégrer cette tendance pour de nombreux autres produits où entre en jeu la technologie. On peut vendre très cher à un public friand de nouveautés mais restreint (les early adopters en parler marketing) ou vendre beaucoup moins cher à un public moins exigeant mais plus vaste. Les deux options se valent mais en période de crise, les entreprises ont intérêt à savoir répondre à la seconde demande.

 

Il faudra peut-être bientôt présenter la Loi de Moore comme suit : «Le rapport technologie/prix change tous les 18 mois : on en a plus pour autant, ce qui signifie aussi qu’on peut en avoir autant pour moins» !

Débat du Celsa sur le storytelling

Dimanche 8 février 2009

(c) photo Cels'and Co

(c) photo Cels'and Co

Jeudi 5 février, à l’invitation de Laurent Sabbah (directeur de la communication interne du Club Med) et de Cels’and Co, l’association des anciens du Celsa, j’ai participé à un débat sur le thème : «Storytelling ou l’art de raconter l’entreprise et ses produits : nouvelle technique pour donner du sens et plus d’impact à vos communications ?».

 

Laurent Sabbah avait convié Renaud Gassin, le directeur général de l’agence de com éditoriale Créapress-BBDO, Guillaume Erner, sociologue spécialiste des tendances (et de l’antisémitisme) et professeur à Sciences Po et moi. 

 

Le Celsa a procédé à une captation audio pour ses archives. Michaël Guillois qui tient le Blog Marketing client 2.1comment les comportements et les attentes des consommateurs d’aujourd’hui nous ont forcé à imaginer les nouveaux marketings») a pour sa part procédé à une captation vidéo dont il a fait un post que vous pouvez retrouver ici (il est l’auteur des vidéos ci-dessous).

J’ai axé ma présentation autour de l’efficacité de la communication narrative, de quelques moyens concrets «de mettre un peu de storytelling dans votre communication» et enfin de sa place dans la grande quête du marketing (vendre plus, vendre mieux) au-delà du produit et de la marque. (Storytelling et marketing font-ils bon ménage ? (1/2))

 


Storytelling et marketing font-ils bon ménage ? (1/2)
envoyé par mc21blog

 

Renaud Gassin a apporté son expérience de la communication éditoriale et fait part de ses doutes sur le storytelling, «stratégie opportuniste», en mentionnant la «post-rationalisation» à laquelle on se livre peut-être sur son efficacité et des risques qu’une histoire fausse peut faire courir. (Storytelling et marketing font-ils bon ménage ? (2/2))

 

Quant à Guillaume Erner, il a souligné que si les récits sont puissants (il a évoqués ceux qui fondent l’antisémitisme aussi bien que la presse people), on ne peut en tirer des «formules» ni expliquer pourquoi ils fonctionnent.

 

Laurent Sabbah nous a ensuite permis de débattre puisque nos points de vue étaient bien différents avant de répondre aux questions de la salle. Les anciens du Celsa étaient venus nombreux tant il est vrai que le sujet interpelle (on est pour, on est contre, mais dans la com, tout le monde a un avis sur le storytelling !).

 

photo Cels'and Co

photo Cels'and Co

 

Je vous invite à continuer le débat ci-dessous dans les commentaires si vous avez des éléments à apporter.

 

(Remerciements : Laurent Sabbah, Philippe Thiévenaz et l’équipe de Cels’and Co pour l’organisation et Michaël Guillois pour la captation)

Le président qui aimait le chocolat

Samedi 7 février 2009

 

 

Jeudi, Le Post m’avait proposé de participer à un live chat pour décrypter l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy en direct. Mais comme je participais à la même heure au débat du Celsa sur le storytelling, j’ai dû décliner cette invitation. Le site d’information 2.0 m’a recontacté le lendemain pour commenter les propos que le président a tenu sur le chocolat, propos qui buzzent déjà beaucoup sur la toile. Voici pour info l’article que je leur ai livré et qui est passé ce jour en une.

 


Nicolas Sarkozy face à la Crise : l’affaire du chocolat
envoyé par byubyu

Lors de son intervention du 5 février, Nicolas Sarkozy a appris à nombre de téléspectateurs que le chocolat noir et le chocolat blanc ne sont pas soumis au même taux de TVA, illustration d’une supposée incohérence bien française qu’il importe de changer sans délai (les confiseurs dénoncent depuis 40 ans cette aberration). Il existe de nombreux autres exemples tout aussi parlants mais le choix présidentiel ne s’est pas fixé sur le chocolat par hasard. Décryptage gourmand…

 

Pendant la campagne présidentielle, de passage à Lyon, Nicolas Sarkozy avait été contraint de faire demi-tour pour ne pas voir les manifestants qui l’attendaient et il avait ainsi renoncé à la visite prévue chez le célèbre pâtissier-chocolatier de la Croix-Rousse,Bouillet. Une attitude que Libé avait résumée par une formule lapidaire : «pas de courage, pas de chocolat». Et dans L’aube le soir ou la nuit, Yasmina Reza avait également noté sa tendance à la consommation effrénée de macarons et de bonbons au chocolat. Plus récemment, Rama Yade a tenté la réconciliation avec son futur ex-mentor en lui envoyant une boîte en forme de coeur contenant des chocolat, «parce qu’il aime ça». Peut-être les joggings présidentiels ont-il aussi pour but de garder la ligne ?

 

 

Un président friand de friandises

 

En fait, le buzz autour de l’amour présidentiel pour le chocolat et plus généralement pour moquer son côté «bec fin» illustre le mépris dans lequel on tient le sucré. Ce dernier est un plaisir inné (le lait maternel est sucré) tandis que tous les autres goûts (salé, amer, acide) sont affaire d’apprentissage. Dans le domaine gastronomique, les grands chefs sont d’ailleurs incomparablement plus respectés que les grands pâtissiers. Derrière l’ironie chocolatière se profile donc aussi une forme d’anti-sarkozisme qui oppose sa nature forcement fruste au vernis civilisationnel de ceux qui savent bien manger. En somme, de rappeler que la gourmandise est un péché mortel tandis que la «gourmétise» est un plaisir d’esthète.

 

De fait, le président a un rapport avec la nourriture qui le distingue de ses prédécesseurs, réputés fins gourmets (François Mitterrand et ses ortolans) ou illustrant le thème national de l’estomac pantagruélique (Chirac et ses visites au Salon de l’Agriculture). Mais cela le rapproche aussi du comportement de nombre de nos concitoyens : grignoteur compulsif et gourmand de sucreries, il n’aime pas les repas longs et ne boit pas (ou peu) de vin. Comment faire confiance à un homme «qui préfère la ‘junk food’ à la gastronomie, affiche un goût immodéré pour les sucreries et ne distingue pas un bourgogne d’un bordeaux ?» demandait sottement Marianne la semaine dernière. C’est pourtant lui qui entend faire classer la gastronomie française au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Comme quoi, on peut être croyant et pas pratiquant…

Le Poulpe Fiction des étudiants des Gobelins

Vendredi 6 février 2009

 

Ce 22 février, l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation ira peut-être à «Presto», le cartoon Pixar qui précédait «Wall*E» dans les salles obscures. A moins qu’il n’échoie à «Oktapodi»… Oktapokoi ? Il était une fois… le film de fin d’études d’une bande de copains, un petit film qui se sent comme un poulpe dans l’eau en frayant avec les gros poissons de Hollywood. Et une leçon à en tirer. 

 


Oktapodi bande annonce
envoyé par Premium-films-Tv

Il y a 10 ans, le succès du Projet Blair Witch avait déjà montré qu’un film à (très) petit budget peut rivaliser aux box-office avec les superproductions américaines. Mais à l’époque, l’esthétique très arte povera de l’ensemble était la condition de ce manque de moyens. 

 

Aujourd’hui, avec les ordinateurs de leur école – certes, il s’agit des Gobelins, l’une des meilleures, si ce n’est la meilleure, au monde – six étudiants (Julien Bocabeille, François-Xavier Chanioux, Olivier Dekabarre, Thierry Marchand, Quentin Marmier, Emud Mokhberi) peuvent concevoir, produire et réaliser un film, Oktapodi, qui rivalise en esthétique avec ceux de Disney ou de Blue Sky (L’âge de glace)… Qu’est-ce qui sépare les valeurs de production d’un cartoon comme Presto (brillant comme toujours chez Pixar) de celles de ces deux petits poulpes amoureux dans leur folle course-poursuite à travers les rues d’un village de la Mer Egée ? Deux à trois cents artistes dans le premier cas quand six suffisent dans le second… 

 

Après la fin de leurs études en juin 2007, nos six jeunes gens ont trouvé du travail chez DreamWorks ou chez Sony mais Oktapodi a continué son petit bonhomme de chemin dans les festivals, y rafflant à chaque fois les premiers prix. C’est pourquoi dans quelques semaines, les ex-étudiants grimperont les marches du pavillon Kodak où ont lieu des Oscars avec l’espoir qu’une nouvelle fois, David puisse venir à bout de Goliath. 

 

 

Plus c’est court, meilleur c’est ?

 

Derrière cette belle story – «l’imagination ne dépend pas du budget» – se profile une réalité qui explique pourquoi cette aventure excite déjà (et va encore plus exciter) les médias d’ici le 22 février. La technologie rebat les cartes et des effets spéciaux hier encore réservés aux studios hollywoodiens sont désormais à la portée d’un ado boutonneux et enfermé dans sa chambre, pourvu qu’il dispose de quelques logiciels. Il en va de même pour nous tous : je peux voyager (en low cost) pour une fraction du prix que coûtait jadis un billet d’avion, mon neveu de 10 ans réalise avec son ordinateur des invitations au design professionnel pour son goûter d’anniversaire qui n’ont rien à envier à celles d’un imprimeur professionnel un de mes amis amis enregistre son album rock pour le distribuer sur le web sans plus avoir besoin d’une maison de disques. Car la crise des majors n’est pas seulement dûe au téléchargement illégal mais aussi au fait que nous n’avons plus besoin d’elles pour faire et pour consommer la musique. Les nouvelles séries cultes (Le coeur a ses raisons et bien d’autres) n’attendant plus les chaînes hertziennes, c’est sur le web qu’on les découvre. Certes, c’est la crise. Mais les raisons d’espérer existent quand les petits peuvent à nouveau faire entendre leur voix plus fort que celle des gros !

 

> En attendant le 22 février pour savoir ce qu’il adviendra d’Oktapodi, vous pouvez voir le film en entier sur site des Gobelins ici.

 

 

Rendez-vous pour le débat du Celsa sur le storytelling le 5 février

Jeudi 5 février 2009

 

N’oubliez pas, si le sujet vous intéresse et que vous êtes à Paris jeudi 5 février, de venir assister à ce débat :


Cels’and Co, L’association des anciens du Celsa, la grande école qui forme aux métiers du journalisme, de la communication, du marketing, de la publicité et des ressources humaines organise un débat jeudi prochain à Paris et dont le sujet est susceptible d’intéresser les lecteurs de ce blog. Laurent Sabbah (directeur communication interne, Club Med), à l’origine de la soirée, m’a invité à y participer.  


Voici le message envoyé au réseau des anciens élèves.


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Storytelling ou l’art de raconter l’entreprise et ses produits : 
nouvelle technique pour donner du sens et plus d’impact à vos communications ?

Il était une fois…”. Toutes les histoires commencent ainsi… celles des entreprises comme les autres. Le phénomène du Storytelling a traversé l’Atlantique pour investir progressivement l’Europe et ses entreprises. Publics internes et externes, tous peuvent être concernés par cette technique narrative qui offre une nouvelle dimension et un impact nouveau aux contenus produits par l’entreprise aussi bien dans le marketing, la publicité, le management ou la communication.

Cet art de raconter des histoires est-il une mode, donc par définition passagère ? Une tendance lourde et durable ? Un “Hold up sur l’imagination” et une manipulation ? Le triomphe de l’éphémère ? Un outil efficace pour les communicants ? La victoire de l’émotion sur la raison ? Pourquoi et comment ça marche ?…

Pour répondre à vos questions et vous éclairer sur le Storytelling,  Laurent Sabbah, directeur de la communication interne du Club Méditerranée, CELSA Promo 1986, a rassemblé un plateau de plusieurs experts qui analyseront avec vous ce “nouveau” phénomène :

• Guillaume Erner, sociologue des tendances et professeur à Sciences Po.
• 
Renaud Gassin, directeur général de l’agence éditoriale Créapress-BBDO.
• Sébastien Durand, conseil en communication, spécialiste du Storytelling.

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> Ce débat aura lieu jeudi 5 février 2009, de 19h30 à 22h à la Maison de l’Isère.


Maison de l’Isère : 2 place André Malraux 75001 Paris (tel : 01 42 96 08 43)

Métro : Palais Royal, Musée du Louvre / parking : Vinci Parc rue des Pyramides ou rue Saint-Honoré


> Le débat est ouvert aux non adhérents au prix de 10 euros et vous pouvez vous inscrire ici.


N’hésitez pas à venir nombreux et, pour ceux que je ne connais qu’à travers le blog, à venir à ma rencontre après le débat. Je serai heureux de vous découvrir de visu.

Quand Citroën nous fait le coup de la nostalgie

Mercredi 4 février 2009

 

 

Mise à jour 06/02 : Après révélation des visuels, je suis assez sceptique : où est l’esprit de la DS originelle ?

Mise à jour 06/02 : Après révélation des visuels, je suis assez sceptique : où est l’esprit de la DS originelle ?

Ce sont Les Echos qui l’annoncent ce matin et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’info buzze déjà beaucoup ! Citroën va relancer en 2010 l’un de ses modèles les plus mythiques, la DS. Cette dernière incarna des années 50 aux années 70 la voiture des puissants (le Général de Gaulle roulait en DS) ou de ceux qui voulaient le paraître.

 

Demain mercredi, la marque au chevron dévoilera devant ses concessionnaires un plan de relance marketing et commercial qu’elle rendra public le jour suivant… mais il fuite déjà, volontairement ou non  ;-) Marketing : puisqu’il implique un changement de logo: et commercial car il comprend un important volet à destination de sa force de vente pour réinventer la relation client. Quant à la DS, qui ne sera pas un modèle unique mais une véritable nouvelle ligne, elle symbolise la volonté de Citroën de se positionner aussi plus clairement sur le haut-de-gamme. D’ailleurs, afin de ne prendre aucun risque, le premier modèle de nouvelle DS qui sera dévoilé cette semaine ne sera pas «tout à fait» celui qui sera produit en grande série l’an prochain mais un concept car sensé incarner l’esprit plus que la lettre…

Le succès des voitures « néostalgiques »

Dans ses célèbres Mythologies, le sémiologue Roland Barthes faisait de la «Déesse» – comme il s’obstinait à l’appeler - un «objet superlatif» et s’appliquait à en déconstruire la story (le terme est évidemment anachronique). Il y voyait une  forme de «spiritualité» qui lui faisait d’ailleurs comparer l’automobile à «ces grandes cathédrales gothiques», conçues par des artistes anonymes pour l’édification des masses. 

Ce n’est pas un hasard si cette voiture qui symbolisa les 30 Glorieuses et dont la production fut justement arrêtée après le premier choc pétrolier revient à la faveur de la grande crise que nous traversons. Mais cela va plus loin. La New Beetle ou la nouvelle Mini ont popularisé le retour de formes familières sans être littérales. Mais dans le contexte actuel, il faut souhaiter que cette nostalgie reste joyeuse, qu’elle ne soit pas simplement le regret d’un âge d’or perdu. Il faut parier sur la réussite de la «néostalgie» plutôt que de la nostalgie.

Et maintenant, à quand le retour de la 2CV ?

 

Mise à jour 06/02 : Le nouveau logo de Citroën

Mise à jour 06/02 : Le nouveau logo de Citroën

Autant en emporte le Bibent

Mardi 3 février 2009

 

 

Ce post concerne une institution toulousaine en péril. Pour mes lecteurs qui ne sont pas midi-pyrénéens, j’y livre néanmoins quelques réflexions sur les limites d’une story quand elle n’est pas utilisée à bon escient.

 

 

Le Bibent a été placé en liquidation judiciaire, ainsi que deux autres établissements appartenant au même propriétaire, La Feuilleraie et La Frégate. Situé sur la place du Capitole, le coeur de la ville rose, on s’y donne rendez-vous en sortant d’une représentation à l’opéra situé juste en face. Son nom en occitan évoque le «bien boire» qui rappelle qu’il a débuté en tant que café à l’époque du Second Empire.

 

 

Les restaurants sont l’âme – et le ventre – de la cité

 

Ce n’est pas la première alerte qui passe au dessus de la tête du Bibent. Dans les années 70, un précédent propriétaire avait voulu tout casser et moderniser à marche forcée mais le Ministère de la Culture s’en était ému et avait fait classer le restaurant. La nouvelle menace est d’autant plus sérieuse qu’avec 4 millions d’euros de dettes, le sort de la brasserie semble scellé. Ce qui attriste le plus les habitués, ce ne serait pas un changement de cuisine mais bien que ce soit une banque, une compagnie d’assurances ou une de ces enseignes de vêtements qu’on trouve déjà partout qui vienne le remplacer. A Toulouse comme ailleurs, les cafés, brasseries et restaurants qui sont l’âme d’une cité en même temps que son ventre, tendent à disparaître. 

 

Pour autant, je ne veux pas céder à une nostalgie facile sans constater qu’on ne parvient pas à un tel niveau d’endettement si la clientèle était toujours au rendez-vous. Car parfois, elle semble elle-même dater des débuts Napoléon III du Bibent, de ses stucs délicieusement kitsch et de son plafond cathédrale. Pourquoi ce lieu ne parle-t-il pas aux autres générations ? 

 

C’est une question qui me passionne depuis que je suis installé ici : la ville ne parle pas assez aux étudiants et aux cadres européens qui en font le dynamisme, à l’exception de quelques fêtes arrosées et de l’amour du rugby qui réconcilient toutes ses populations.J’avais pronostiqué il y a plus de 6 mois pourquoi Toulouse ne serait pas désignée comme capitale européenne de la culture 2013 entre autres pour cette raison même : elle ne sait pas assez éclairer son avenir à la lumière de son passé, autrement dit intégrer sa story dans un cadre contemporain. 

 

 

Le passé ne peut confiné… au passé

 

A l’époque de la Renaissance, la culture du pastel pour produire le fameux bleu a tellement enrichi Toulouse que c’est de là que vient l’expression «un pays de Cocagne» (les cocagnes désignaient les boules de pastel séchées). C’est le genre d’histoires sur lesquelles il y a beaucoup à bâtir… mais un chef d’entreprise avec qui j’en discutais récemment me disait se heurter à un mur d’incrédulité quand il en parlait autour de lui. Et c’est ce même Bibent qui accueillait sur sa terrasse Jean Jaurès pour écrire ses articles quand il était encore journaliste à La Dépêche de Toulouse (ancêtre de celle du Midi). Qui s’en souvient et surtout qu’est-ce-que cela nous dit aujourd’hui ? Ces exemples savamment racontés («storytellés»)  pourraient-ils inspirer de futurs «teinturiers du pastel» (industries innovantes en leur temps) et l’apparition de nouveaux Jaurès dans la population étudiante ?

 

Ceux qui s’attablent encore au Bibent – et plus encore ceux qui n’y vont pas – savent-ils que c’est là que «trois étudiants serbes, inscrits à la faculté de lettres et affiliés à la société secrète panslave La Main Noire, conçurent les plans de l’assassinat  qui devait coûter la vie le 28 juin 1914 à Sarajevo, à l’archiduc d’Autriche, François-Ferdinand» ? Oui, la Première Guerre Mondiale est sortie d’une beuverie du Bibent ! 

 

Le storytelling consiste à mettre en scène une histoire, parfois la sienne (et pas toujours comme vous le savez). Mais comme je l’ai déjà écrit à de nombreuses reprises, ce n’est pas un travail d’historien. La story doit rester pertinente pour les générations actuelles. Il y a quelques années, j’avais travaillé à un programme pour tous les nouveaux habitants de la Vienne qui consistait à les inviter au Conseil Général et à leur offrir pendant un an de découvrir gratuitement le patrimoine de leur département, des merveilles romanes de Saint-Savin au parc du Futuroscope en passant par les bibliothèques et les piscines. Histoire de montrer que ce qui fait la richesse d’un pays de Cocagne, ce sont bien son passé, son présent et son avenir… Voilà bien un défi pour le Bibent mais aussi pour Toulouse…