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Sauver l’automobile à tout prix ?

 

Le Salon de l'Auto : cette passion bien française...

Le Salon de l'Auto : cette passion bien française...

L’affaire est d’importance : il ne s’agit ni plus ni moins que de «sauver 10% des emplois salariés en France, soit 2,5 millions d’actifs» expliquait lundi le premier ministre en annonçant un plan d’aide 6 milliards d’euros pour Renault et PSA Peugeot-Citroën, une somme qui s’ajoutera aux 3 milliards déjà débloqués depuis le début de la crise. Or, les chiffres cités quant à l’importance de ce secteur sont faux. Cependant, ils en disent long sur l’importance de l’auto dans la mémoire collective…

 

Economiste et chercheur à l’OFCE, Sylvain Barde a publié hier les résultats d’une étude sur le nombre d’emplois réels de la filière auto :  «10% des emplois dans l’automobile : un chiffre trompeur». En fait, le chiffre donné par le gouvernement et repris par les médias amalgame les jobs effectifs chez les constructeurs et leurs sous-traitants… mais aussi ceux des assurances, de la réparation, du contrôle technique, des stations service, des auto-écoles et même de l’entretien des routes ! En réalité, quand bien même Renault et PSA licencieraient tous leurs employés français (et c’est heureusement une vue de l’esprit pour le moment), on continuerait de s’assurer, d’aller chez son garagiste et de mettre de l’essence dans son véhicule ! 

 

En réalité, si l’on s’en tient aux «vrais» emplois de l’industrie automobile, on obtient près de 740 000 emplois, ce qui n’est certes pas rien mais ne représente plus qu’un petit tiers du chiffre précédemment cité ! Dans Le Monde, le président de Sodexho Pierre Bellon regrette ainsi publiquement que l’«on passe son temps à défendre des emplois en France qui sont périmés, qui de toute façon vont disparaître, alors que vous avez là des emplois non délocalisables» (il veut parler des services). Bien sûr il prêche pour sa chapelle mais comme le précise Sylvain Barde dans son étude, il s’agit effectivement «de souligner à quel point les modalités d’une intervention publique ainsi que les arbitrages à effectuer doivent reposer sur une claire appréhension des enjeux, laquelle suppose de retenir le chiffre pertinent». Il ne s’agit bien sûr pas de minimiser le coût humain des emplois qui pourraient disparaître dans l’automobile : il est très important et sera fait de drames individuels. Mais, à l’inverse, combien coûteraient des mesures efficaces pour relancer la construction et ses 1 500 000 emplois (chiffre donné par l’OFCE) ? 

 

 

L’automobile, une passion française

 

Alors, pourquoi cet emballement ? Certes, «sauver 10% des emplois français !» constitue une excellente story pour tenir la presse en haleine : le chiffre est si parlant ! Les constructeurs et les hommes politiques se sont-ils entendus pour dramatiser la situation ? Peut-être. Mais plus sûrement, la conscience nationale reste très attachée à l’automobile. Prenez la Régie : de son fondateur visionnaire Louis Renault jusqu’à la vitrine sociale du temps de la co-gestion avec la CGT en passant par la nationalisation pour faits de collaboration avec l’ennemi, c’est tout un pan de notre histoire qui s’est écrit là. Et il en va de même pour André Citroën et les frères Peugeot, aventures humaines, aventures industrielles, aventures françaises… Et comme l’a dit François Fillon, «La France ne laissera pas tomber son industrie automobile». Cela va donc bien au-delà d’une relative (in)efficacité économique car les défauts du secteur sont structurels, la crise ne fait que les amplifier. On est ici au-delà de la politique, dans le champ de la psyché collective.  Il s’agit ni plus ni moins que d’une histoire que l’on veut continuer à se raconter au présent plutôt que d’avoir à dire un jour «il était une fois l’automobile»…

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