Encore une fois, les résultats des César ont montré le divorce entre le choix des critiques et celui du public. Même s’il semble légitime de donner un coup de projecteur à un film qui en a besoin plutôt qu’à un autre qui a déjà eu tout, cette soirée offre la démonstration éclatante du grand vide qui existe entre l’élitisme et le populisme. Il aurait pourtant été simple d’y remédier.
Que nous dit la raison ? Qu’avec ses plus de 20 millions d’entrées en France et ses 3 millions de DVD vendus, Bienvenue chez les Ch’tis n’avait pas besoin en plus de la consécration des César ; qu’un film difficile à monter, difficile à distribuer, soutenu par la critique mais qui n’a été vu «que» par 560 000 personnes, Séraphine, a en revanche tout à gagner des spectateurs supplémentaires que sa pluie de statuettes va attirer dans les salles obscures (et le DVD sort en avril). Les César ne sont-ils pas là avant tout pour inciter le grand public à aller vers ces films moins faciles d’accès ? Oui, c’est ce que la raison nous dit.
Mais que nous dit l’émotion ? Qu’encore une fois, les happy few qui décident ce qui est bien et ce qui ne l’est pas ont choisi de traiter par le mépris un succès populaire ; que cela est une illustration supplémentaire du divorce entre les élites et la nation ; que les artistes de comédie sont comme les autres, ils ont besoin de se sentir aimés et respectés par leurs pairs et non pas traités comme des artistes de seconde zone. Oui, c’est ce que les émotion nous dit.
Et c’est pour cela que la proposition de créer à l’avenir un César de la meilleure comédie (que certains dénoncent déjà comme un «César ghetto») ne résoudra rien car les votants soutiendront toujours «une petite comédie qui gagne à être connue» plutôt qu’une grosse machine populaire. On voit bien que ce qui est en cause, ce ne sont pas les mérites supposés des fims (les Ch’tis et Séraphine ne sont en rien comparables) mais la story que l’on s’en fait. Alors, pas de solution ?
La «jurisprudence Walt Disney»
En 1939, les Oscars américains ont été confrontés à un problème similaire. Blanche-Neige et les 7 Nains avait été un succès phénoménal en salles mais ne pouvait concourir, les films d’animation n’étant alors éligibles dans aucune catégorie. L’Academy fit donc réaliser un Oscar spécial accompagné de 7 petits Oscars ! Au cours de la cérémonie, l’enfant-star Shirley Temple remit donc cette récompenseen témoignage d’admiration de la profession à un Walt Disney très heureux de ne pas être snobé par ses pairs.
Avec un peu d’intelligence, les César auraient donc très bien pu éviter ce nouveau psychodrame. Le choix d’aller vers un cinéma exigeant est légitime mais il n’excluait pas de remettre à Dany Boon un «Ch’ti César» spécial en remerciement du bonheur qu’il a apporté à des millions de personnes avec son film.










