2009 janvier | le blog du storytelling - Part 2

Archive pour janvier 2009

Simyo fait l’éloge de la différence

Jeudi 15 janvier 2009

 

Le nouvel opérateur téléphonique low cost Simyo a trouvé un moyen assez fort pour faire parler de lui. Son porte-parole n’est autre que le comédien trisomique Pascal Duquenne, révélé il y a près de 15 ans par Le huitième jour (qui lui valut un prix d’interprétation à Cannes). Regardons ce spot et regardons-le dans les yeux malgré la gêne que cela peut causer à certains. Quelle story nous raconte-t-il ?


L’artiste est sur la scène d’un théâtre et nous apostrophe. “Vous avez vu : je suis un peu différent. Mais en fait, je suis comme vous”… c’est-à-dire que, comme nous, il “adore téléphoner”. Le spot s’achève sur la présentation de l’offre de Simyo. Le message est donc clair, l’annonceur est un opérateur différent, il s’adresse à toutes les différences. Le site de Simyo consacre d’ailleurs une page au making of de cette pub pas comme les autres. Et des associations ont été contactées en amont pour s’assurer que le message ne les blessait pas (ce que l’on pourrait aussi qualifier de lobbying puisqu’il s’agit de s’assurer ainsi de leur soutien et de la propagation du message qu’elles assureront d’elles-mêmes)


J’ai montré ce spot autour de moi… et ce sont les communicants qui ont le plus mal réagi. Le fait de constater que plusieurs personnes ont été gênées au point de ne pas pouvoir regarder le comédien dans les yeux (alors même qu’il n’est que sur un écran d’ordinateur !) et le fait qu’il s’agisse d’un handicap très “clivant” leur ont fait dire que cette pub n’est pas assez rassembleuse. “Je peux m’identifier à un enfant malade mais avec un trisomique de quarante ans, non” m’a dit un ami.


En tant que communicant moi-même, je suis en désaccord. Le message est d’autant plus fort que le handicap est fort. Même si je sais qu’un enfant est toujours plus télégénique qu’un senior, un handicap physique plus “vendeur” qu’un handicap mental, il faut savoir ne pas être consensuel. A force de vouloir parler à tout le monde en général, les publicités finissent par ne parler à personne en particulier. 



Trop de causes tuent la cause ?


L’autre critique émise par mes collègues porte sur la récupération. Ces cyniques professionnels (dont je suis !) savent qu’une démarche commerciale, même drapée dans la dignité d’un message sociétal, reste une démarche commerciale. Et ils sont échaudés par Benetton, cas exemplaire d’un naufrage en matière de communication puisque les campagnes chocs de la marque (campagnes que les publicitaires ont adoré en leur temps) lui ont aliéné les médias, le public et même ses propres franchisés ! 


Là encore, j’ai une position différente. Je ne suis pas choqué qu’une marque se saisisse d’un problème de société. Au contraire, la voix des entreprises peut porter aussi loin (sinon plus) que celle des politiques et rien n’interdit à des patrons charismatiques de vouloir faire avancer les choses… à condition que cela ne soit pas qu’une posture. Dans le cas de Benetton, ce qui a rendu “illisible” la stratégie du groupe textile c’est qu’il ne choisisse pas une bonne fois pour toutes sa cause et s’y tienne. Par exemple, la lutte contre le racisme semblait un sujet évident (United Colors etc.) mais y ajouter, le sida, la peine de mort, la guerre… cela est vite devenu too much


La présence d’un comédien aussi différent bénéficie à toutes les formes de diversité et représente mieux le monde tel qu’il est dans la vie et non pas dans celui de la publicité qui lave encore trop souvent plus blanc que blanc. Autrement dit, je trouve a priori courageuse, intelligente et efficace l’initiative de Simyo de prendre un acteur trisomique pour porte-parole. Mais c’est la constance avec laquelle l’opérateur continuera à défricher le terrain de la lutte contre les formes de discrimination qui témoignera in finede sa sincérité. 


Comme le dit Pascal Duquenne en conclusion : “Si vous êtes comme moi, ça peut vous intéresser. Merci”.

Astérix va continuer après Uderzo

Mercredi 14 janvier 2009

 

Astérix aura 50 ans cette année et fêtera cet anniversaire avec un (ultime ?) album sur lequel travaille actuellement Albert Uderzo. Mais la vraie nouvelle c’est que le dessinateur et Anne Goscinny (fille de René) ont récemment cédé le contrôle des Editions Albert-René à Hachette Livre (soit 60%, le reste étant conservé par Sylvie Uderzo, fille d’Albert). Cette vente plutôt discrète ouvre en réalité la porte à la continuation des aventures du petit Gaulois après la disparition de son co-créateur, aujourd’hui âgé de 81 ans. 

 

Cette décision pourrait surprendre à première vue car Albert Uderzo avait jusqu’à présent indiqué qu’il ne souhaitait pas qu’Astérix lui survécût. Mais elle est en réalité logique. Cela fait 32 ans que René Goscinny, son scénariste et co-créateur, est mort et que le dessinateur a pris la décision de continuer tout seul. Artistiquement, beaucoup pensent que les personnages du petit village “qui résiste encore et toujours à l’envahisseur” ne s’en sont pas remis mais le fait est là : les nouveaux albums ne se sont jamais aussi bien vendu et Astérix est devenu un héros de cinéma à succès et même la mascotte d’un parc d’attractions. De fait, le petit Gaulois est déjà un résilient (pour utiliser un terme à la mode), il n’y a pas de raison qu’il ne continue pas longtemps, s’il est bien géré. Ce qui est le cas.

 

Il y a quelques mois, Anne Goscinny s’était exprimée à ce sujet sur Bodoï. Elle distingue le cas d’une oeuvre à créateur unique dont la volonté doit à tout prix être respectée (on pense bien évidemment à Hergé, ainsi que j’en ai parlé dans ma dernière newsletter) et  celui où il y a co-création et où il est légitime que toutes les parties s’expriment. En romancière qu’elle est, elle place parfaitement le débat “Qui restera le plus longtemps dans nos mémoires de Flaubert ou de Madame Bovary ? Ils sont égaux, mais il est impossible de les mettre sur le même plan. L’un a créé l’autre. L’autre a rendu l’un immortel”.

 

D’évidence, ses paroles ont porté puisqu’Uderzo a changé d’avis. Bien sûr, le petit monde de la BD est agité de rumeurs peu amènes et certains voient dans sa décision un motif vénal. Sans nier le rôle qu’a éventuellement pu jouer le montant du chèque d’Hachette, je pense que la réalité est ailleurs. A son âge et à son niveau de réussite, il est au delà de ce genre de considérations. Comme le disait Anne Gosciny, “la décision de créer des suites (…) correspond d’abord à un besoin. L’univers offert du vivant de l’auteur est-il clos ou peut-on lui donner encore une animation ? Le public attend-il encore du plaisir, de la découverte, de l’émerveillement ?”. Il suffit de voir comme le personnage de Tintin s’est sclérosé avec le temps pour penser qu’Uderzo s’assure sans doute sa part d’immortalité en permettant aux futures générations de continuer à voir Astérix et Obélix (et Idéfix) dans de nouvelles aventures. 

 

Les ayants-droits devraient ainsi s’assurer quelques décennies de sesterces faciles… à condition de ne pas tuer la poule aux oeufs d’or. Car, contrairement à Obélix, personne n’est assuré de conserver toujours une force herculéenne juste “parce qu’il est tombé dedans quand il était petit”…

 

> Je me suis récemment intéressé au phénomène de la continuation de la story de l’entreprise (ou de la marque, ou du personnage) après le départ (ou la disparition) du fondateur dans une série de posts. Rares sont ceux qui, comme Albert Uderzo ou comme Bill Gates, préparent la séparation des deux histoires de leur vivant. Dans le domaine de la BD, c’est le cas par exemple de Jacques Martin qui fait déjà dessiner les aventures d’Alix et Enak par d’autres dessinateurs depuis plusieurs années et a déjà indiqué qu’il a écrit plusieurs scénarios prêts à être dessinés… après sa mort pour continuer comme si de rien n’était. Un exemple extrême.

L’entreprise et son fondateur : une seule et même histoire ?

Mardi 13 janvier 2009

 

 

Comme promis hier dans mon post sur le rapport d’innovation sur le storytelling de l’agence “pourquoi tu cours”, voici l’un des trois articles que j’ai écrit dans cette publication sous une forme plus facile à lire que le précédent document mis à votre disposition. Cet article a ouvert un débat fort intéressant dont je me suis fait l’écho dansla Newsletter avec Hergé, James Bond et avec le procès Hugo et sur ce blog avec Popeye (et déjà, en novembre dernier avec Mickey). Et demain, je parlerai aussi d’Astérix.

 



L’ENTREPRISE ET SON FONDATEUR : UNE SEULE ET MEME HISTOIRE ?


Il est courant que le mythe du fondateur se confonde avec celui de son entreprise. Puis, un jour l’histoire continue sans lui… Les patrons prévoyants, qui opèrent eux-mêmes la nécessaire séparation des deux histoires en prévision de leur retraite, ne sont pas nombreux. Comment les sociétés, confrontées à un renvoi ou à une disparition tragique de leur leader, réagissent-elles ? Le storytelling peut-il les aider à clarifier et à dépasser cette dichotomie ?

 

Les entreprises modernes sont souvent complexes à appréhender dans leur globalité et il peut être plus simple et plus efficace de ramener les histoires qu’elles racontent à celle de leur leader charismatique. Peu de gens pouvaient correctement identifier les différentes activités de Vivendi Universal, mais tout le monde connaissait la biographie et la chaussette trouée de Jean-Marie Messier. 

 

 

Plus dure sera la chute

 

Quand un PDG est démis de ses fonctions, la séparation entre son histoire et celle de son entreprise est brutale. Ce fut le cas en 1985 quand Steve Jobs, victime d’une guerre de pouvoir, a dû quitter Apple. Mais le choc a été tout aussi rude pour les fans de la firme à la pomme qui ont déserté en masse ses produits. Du point de vue storytelling, la société a mis à la porte celui qui savait raconter les histoires et elle n’avait plus rien à dire sur la sienne à ses clients. Pendant ce temps, son ex-patron commençait, lui, sa deuxième vie. La solution après 10 années de crise qui ont amené Apple au bord du dépôt de bilan ? Faire revenir son fondateur pour que leurs deux histoires soient à nouveau confondues. Le succès a bien sûr été au rendez-vous, comme en témoignent amplement iPods et autres iPhones.  Mais la société est aujourd’hui plus dépendante que jamais de Jobs et des fluctuations boursières consécutives aux rumeurs sur sa santé. Apple n’est toujours pas préparé au second départ de son gourou, pourtant inévitable à terme. 
> De la même façon, la personnalité de Karl Lagerfeld se plaque sur la marque qu’il a su revitaliser – Chanel – de façon si écrasante qu’on peut craindre la crise qui frappera l’auguste maison de Mademoiselle Coco quand le Kaiser de la mode rejoindra le Walhalla…

 

 

Lever la malédiction de la momie

 

Paradoxalement, la mort – même inattendue – du PDG semble a priori plus facile à gérer que son renvoi. Après tout, ne suffit-il pas de faire comme s’il était toujours là ? Ainsi, The Walt Disney Company continue son histoire sans Walt Disney depuis plus de 40 ans. Dans un premier temps, les équipes dirigeantes se sont employées à achever les projets initiés par le patron. Ensuite, elles ont eu à prendre des décisions inédites, mais toujours en se demandant servilement : “qu’aurait fait Walt ?”. Enfin, elles sont entrées dans une ère où la réponse n’était plus évidente (“qu’aurait fait Walt… sur Internet ?”) et la peur les a paralysées. Sur le long terme donc, le refus d’intégrer la fin de l’une des histoires, celle du fondateur, conduit à la même impasse que la divergence brutale des deux histoires en cas de démission. Simplement, on a un peu plus de temps pour y remédier… Ainsi, Disney a pu décliner pendant près de 20 ans jusqu’à l’arrivée de Michael Eisner. C’est une démarche classique du storytelling que de permettre à un nouveau dirigeant de trouver sa place dans la story de l’entreprise, d’en écrire un nouveau chapitre..

> Pour se relancer et défricher les nouveaux territoires de la mode, Louis Vuitton a fait appel à un créateur adulé des chroniqueuses de Vogue mais (relativement) moins exhibitionniste que Lagerfeld. Opération réussie même si les équipes de LVMH veillent à ce que Marc Jacobs ne soit “que” l’une des histoires – certes la plus glamour et la plus flamboyante – que raconte la marque au monogramme. En prévision du jour où…

 

 

L’histoire de l’homme qu’on a adoré haïr 

 

Le mieux est encore de s’y prendre le plus en amont possible, c’est-à-dire que dans le meilleur des mondes, c’est au fondateur lui-même de réaliser la séparation. On n’est jamais si bien servi que par soi-même… Ainsi, les histoires de Microsoft et de Bill Gates ont longtemps été tellement confondues que le débat autour des pratiques anti-concurrentielles du géant du logiciel ont fait de son patron l’homme le plus haï de son temps. Comprenant le danger, ce dernier a commencé dès l’an 2000 à prendre du champ, à espacer ses apparitions et à laisser à son numéro 2 le soin d’engager sa firme sur de nouveaux chemins. Surtout, en vrai “storyteller”, il a su s’inventer une nouvelle histoire personnelle, celle où après avoir rencontré l’amour, il est devenu le plus grand philanthrope de tous les temps. Bien sûr, il s’agit là d’une légende dorée (sur tranche) que l’on est d’autant moins obligé de prendre au premier degré qu’elle est très visiblement inspirée de celle d’un autre “salaud-devenu-saint”, John Rockefeller. Mais peu importe, tant que ça marche, et que l’annonce en juin 2008 du départ de Bill Gates à la retraite ne provoque plus de réactions passionnelles.

 

 

A retenir

 

Plaquer l’histoire personnelle d’un patron sur celle de son entreprise présente des risques qui peuvent être réduits et gérés. Dans l’absolu, c’est au fondateur de prendre l’initiative de faire cesser la confusion des genres quand elle ne présente plus d’utilité. Mais même en l’absence d’action de sa part, ou après son éviction, le storytelling permet encore d’agir en écrivant une nouvelle story qui intègre dans un contexte plus large les péripéties de ce départ et le chapitre ouvert par le nouveau dirigeant. Bien sûr, on pourrait tout simplement se demander si à l’origine le jeu en vaut la chandelle, s’il ne s’agit pas d’un gros problème d’ego… Mais, ainsi que l’écrivait Karen Blixen, “être une personne, c’est avoir une histoire à raconter” et tant que les dirigeants d’entreprises seront des personnes…

 

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Notes :


Millionnaire, Messier avait néanmoins posé avec une chaussette trouée (par inadvertance, jura-t-il) pour Paris Match en 2000. Sur Les leçons de Jean-Marie Messier, cf. Le Figaro, 27/10/2008 
Sur ce syndrome du “Qu’aurait fait Walt?”, cf. Storming the Magic Kingdom, Wall Street, the Raiders and the Battle for Disney de John Taylor, 1987
Le bilan d’Eisner reste contrasté (il a été forcé de partir en 2006) mais ses 10 premières années ont incontestablement sauvé et relancé la machine Disney. cf. Disney War de James Stewart, 2005
La ferme africaine de Karen Blixen (Isak Dinesen), 1937

 

Un document de référence sur le storytelling

Lundi 12 janvier 2009

 

Le storytelling – Des histoires non, notre histoire oui”. Près de 600 pages de réflexion sur le storytelling ! C’est le résultat du travail effectué par la structure de planning stratégique “pourquoi tu cours (l’agence des idées)” que dirige Jérémy Dumont et auquel j’ai participé. Le mois dernier, le think tank de l’agence, le cercle d’innovation courts circuits, a mobilisé “les créatifs culturels du marketing, de la communication, des médias et de la création” pour faire avancer l’innovation et la réflexion autour du storytelling. Le résultat a été présenté lors d’un des “apéros du jeudi” de l’agence et le rapport vient d’être publié.

 

 

Une cinquantaine d’intervenants ont été sollicités pour réfléchir autour de trois grandes thématiques : la portée du storytelling (présentation, applications, inquiétudes éthiques, vecteur de sens, espace de coversation), les nouvelles perspectives en matière de arketing/com/médias/créativité (marques porteuses d’histoires, prises de paroles, storytelling de marque, services à la personnes, intégration des points de contact médias) et comment raconter des histoires (les points de vue des consultants en management, communicants, experts média, sciences sociales ; cas pratiques et inteviews).Vous pouvez voir ci-dessous le rapport que Jérémy Dumont a déjà posté sur plusieurs sites, sous la forme d’un diaporama. La visualisation est assez fastidieuse à mon goût mais je ne suis pas responsable de la présentation du rapport.

 

 

 

Vous pouvez aussi télécharger le rapport sous la forme de fichiers PDF. C’est un peu moins laborieux que par SlideShare mais enfin, je ne suis pas sûr que ce document atteigne facilement un plus large public par ce biais.

 

presentation-storytelling-intro.pdf

presentation-storytelling-partie-1-.pdf

presentation-storytelling-partie2.pdf

presentation-storytelling-partie-3.pdf

 

 

Certaines des contributions (chaque auteur en signe généralement plusieurs) valent vraiment la lecture et vous aideront à approfondir votre réflexion sur le storytelling. Et vu le nombre de demandes que je reçois d’étudiants ou de journalistes en manque de documents de référence sur le storytelling, ce rapport devrait en combler beaucoup !

 

Pour ma part, sollicité par l’agence, j’ai contribué bien volontiers à ce rapport sur “Le storytelling – Des histoires non, notre histoire oui” en fournissant trois articles :

 

> L’entreprise et son fondateur : une seule et même histoire

> L’âge du storytelling ne fait que commencer

> le storytelling, un parfum d’éternité ?

 

Vous pouvez les télécharger ci-dessous en PDF. Je les republierai ultérieurement sur le Blog en format plus pratique.

 

l’entreprise et son fondateur.pdf

l’age du storytelling ne fait que commencer.pdf

le storytelling une parfum d’eternite.pdf

 

Bonne lecture !

Hermé, les galettes qui se ressemblent un peu trop…

Samedi 10 janvier 2009

 

S’il existe un héritier à Gaston Lenôtre qui vient de nous quitter, c’est sans doute Pierre Hermé, que les gazettes gourmandes ont nommé le Picasso de la pâtisserie (en fait, il a pris l’habitude de le répéter un peu partout et les rédactrices impressionnées l’écrivent bien gentiment. On a toujours raison de faire son propre storytelling !). Chaque fois que je passe à Paris, je fais un détour par sa boutique de la rue Bonaparte pour aller goûter quelques gâteaux aussi beaux à regarder que délicieux à manger. 


Né à Colmar en 1961, Pierre Hermé a effectivement commencé sa carrière à 14 ans auprès du grand Gaston avant de révolutionner Fauchon puis Ladurée. Le renouveau du macaron lui doit d’ailleurs beaucoup. Il était une star au Japon avant d’ouvrir sa première pâtisserie parisienne. Parmi ses grandes créations, on peut citer la cerise sur le gâteau, le deux mille-feuilles et l’ispahan : un macaron à la rose, aux framboises et aux litchis à se damner. Hermé a aussi inventé le concept de présenter deux collections de desserts par an, comme pour la haute couture, élevant de ce fait sa discipline au rang des arts appliqués (à défaut des beaux-arts). Décidément, quel storyteller ! Il n’a pas toujours été heureux en affaires, il signe sans doute plus de livres qu’il n’en a le temps d’écrire mais qu’importe, on pardonne tout au talent. 


Enfin, presque tout. Car je viens de recevoir sa dernière newsletter à propos des galettes des rois (c’est de saison). Et une comparaison attentive des visuels de la galette traditionnelle et de la galette Ispahan montre sans ambiguïté qu’il s’agit de la même photo retouchée pour rendre les galettes plus appétissantes et dans le cas de la version Ispahan, plus rosée. Je pensais que les photos “améliorées” concernaient les produits surgelés de la grande distribution, pas nécessairement des produits de haute gastronomie qui devraient se suffire à eux-mêmes… 

Ou alors, on s’assure que le trucage est indécelable en évitant en premier lieu de montrer les deux galettes côte-à-côte !

 

Popeye tombe dans le domaine public (en Europe)

Vendredi 9 janvier 2009

 

Connaissez-vous Mathurin le marin ? C’est le premier nom qu’a porté en France Popeye, avant de récupérer celui qui a fait sa célébrité dans le monde entier. 


A l’origine personnage de BD, il est doté en permanence d’une force de super-héros. Il ne mange donc des épinards que parce qu’il aime ça. Mais les fabricants de conserves, épatés par la popularité du personnage, ont convaincu les producteurs de changer quelque peu l’intrigue quand il a commencé à faire des dessins animés : désormais, c’est des épinards que Popeye tire ses pouvoirs ! Les ventes de ces légumes ont bondi d’un tiers à l’époque ! Et qui n’a pas entendu dans son enfance la phrase : “mange tes épinards si tu veux devenir fort comme Popeye”. Le pire, c’est qu’ils contiennent en fait assez peu de fer. Un cas d’école en matière de storytelling !



Popeye tombe dans le domaine public en Europe !


Cependant, si j’en parle aujourd’hui, c’est que le borgne chauve le plus sexy du showbiz fête ses 80 ans (comme Tintin) d’une bien surprenante façon : en tombant dans le domaine public de ce côté-ci de l’Atlantique. En effet, l’Union Européenne ne protège le droit d’auteur “que” 70 ans après la mort de ce dernier. Et Elzie Segar, créateur de Popeye, est mort en 1938. Aux Etats-Unis, la situation est différente et le “copyright” de la création du personnage fait foi pendant 95 ans (soit, jusqu’en 2024). Pour le plus grand profit du King Features Syndicate en l’occurrence. De belles batailles juridiques attendent sans doute ceux qui voudront produire BD, t-shirts et autres produits dérivés mais en théorie, n’importe qui peut maintenant le faire… à condition de s’en tenir au territoire de l’Union.


L’actu est décidément riche de nouvelles éclairant d’une nouvelle lumière les articles dela dernière Newsletter du Storytelling. Après le communiqué sur la santé de Steve Jobs dont j’ai parlé, le cas Popeye approfondit l’article que j’ai consacré à la suite desMisérables de Victor Hugo. Ma position (minoritaire dans ma profession mais je l’assume) n’a pas varié : “Bien sûr, le droit d’auteur est respectable mais il arrive un moment où les ayants-droit ne représentent plus qu’eux-mêmes et ne doivent pas bénéficier d’une rente éternelle, même morale” ai-je écrit dans la Newsletter. “ En matière de storytelling, aucune histoire ne dure si elle n’est pas propagée. Et pour cela, il faut que chacun puisse la continuer, s’en faire le storyteller”. 


Allez-y !

 

Accor confronté à la question de Lenôtre après Lenôtre

Jeudi 8 janvier 2009

 

“Le roi des pâtissiers et le pâtissier des rois” a rejoint le paradis des desserts. Gaston Lenôtre est mort ce matin, à l’âge de 88 ans, nous apprend Le Monde. Toutes les stars actuelles, à commencer par Pierre Hermé ou Christophe Michalak doivent beaucoup à celui qui a révolutionné la pâtisserie en l’allégeant et en redonnant aux desserts fruits leurs lettres de noblesse. Lenôtre avait vendu son nom à Accor il y a 25 ans et il incombe maintenant au groupe hôtelier de continuer la “story” de Gaston. Y parviendra-t-il ?


Né en 1920 (c’est purement anecdotique mais mon grand-père allait à l’école avec lui. Peut-être tiens-je de là ma gourmandise assumée !), le petit Gaston part très tôt en apprentissage. Juste après la guerre et alors que les Français redécouvrent la joie des desserts (bien qu’encore soumis à restrictions), il ouvre sa première pâtisserie à Pont-Audemer sur la route de Deauville. Le dimanche après-midi, après un week-end sur les planches, les Parisiens s’y arrêtent immanquablement pour ramener chez eux sa fameuse tarte Eléonore. C’est ce qui lui donnera l’idée de “monter” à la capitale et d’y ouvrir une première boutique rue d’Auteuil en 1957.


Son talent ne s’arrête pas à la pâtisserie, il lance dans la foulée un département traiteur et organisateur de réceptions avant de se lancer dans la restauration et à l’assaut du monde. Ainsi s’associe-t-il à Paul Bocuse et à Roger Vergé pour ouvrir un restaurant,Les Chefs de France, au coeur… d’Epcot à Walt Disney World en Floride !



I – La mission de Gaston Lenôtre : donner du bonheur aux gourmands


Gaston Lenôtre a toujours été un passeur : il ouvre son école dès 1971. A tout moment, à l’école ou dans son laboratoire de Plaisir dans les Yvelines, une demi-douzaine de MOF (Meilleurs Ouvriers de France) et de champions du monde de la pâtisserie ou de la sommellerie transmettent les valeurs et les secrets de la maison aux quelque 3.000 apprentis – dont une moitié d’étrangers – qui y passent chaque année.


Il cède les commandes de son empire à Accor en 1985 afin de profiter d’une retraite bien méritée. Globalement, le groupe hôtelier a eu à coeur de conserver la dimension humaine de sa filiale dont les différentes activités s’organisent autour de 3 pôles : la gastronomie de luxe (Le Pré Catelan 3* au Michelin, Le Panoramique du Stade de France et près d’une vingtaine de restaurants dans le monde), les boutiques traiteur et épicerie fine (une cinquantaine dans le monde, dont celles rachetées à Fauchon, hors place de la Madeleine) et l’activité traiteur et congrès (le premier traiteur de France avec plus de 6.000 événements annuels dont la la restauration des JO).


Accor a également cherché à développer la visibilité de la marque. Avec bonheur quand il permet au chef pâtissier Guy Krentzer d’exercer sa créativité débridée avec l’aide de grands couturiers (Karl Lagerfeld, Hubert de Givenchy ont ainsi conçu des bûches de Noël). Pour le meilleur encore quand il ouvre le “concept” de l’Ecole Lenôtre au grand public (le temps d’une demi-journée, les fins gastronomes peuvent apprendre tours de main et recettes salées ou sucrées en compagnie d’un vrai chef. Je le sais, je l’ai fait !). Parfois aussi, c’est moins heureux, comme quand on trouve en hypermarché des glacesMiko Carte d’Or ou des gâteaux Brossard siglés “une recette Lenôtre”… mais pas vraiment à la hauteur du nom qu’ils portent. Certes, Gaston lui-même avait commencé ce flirt avec les produits sous licence dans les années 70 mais Accor semble avoir chargé la barque ces dernières années. 


II – La mission d’Accor : donner du bonheur aux actionnaires


En 2007, Lenôtre avait fêté ses “50 ans de haute gastronomie” confronté à la nécessité de rester lui-même – une griffe de prestige, donc relativement artisanale – et celle d’atteindre une taille critique et une rentabilité plus conformes aux standards d’un grand groupe comme Accor. Le grand écart n’est pas facile à réaliser. Il est d’ailleurs intéressant de voir que ni Lenôtre (la marque) ni Accor n’ont encore, à l’heure où j’écris ces lignes, communiqué sur la disparition de Gaston Lenôtre… Les voilà donc confrontés, comme dans le dossier de la Newsletter de ce mois-ci, au moment où il faut gérer la séparation entre la story du fondateur et celle de son entreprise… Il n’est pas sûr qu’Accor sache le faire avec brio… 


En effet, avec un chiffre d’affaires qui tourne autour de 100 millions d’euros, Lenôtre est une goutte d’eau au sein de l’empire hôtelier. Au moment où la pression monte autour de son PDG Gilles Pélisson et où les analystes le pressent de “se recentrer sur son coeur de métier” (sous-entendu “se débarrasser des activités secondaires”), le risque existe de pousser Lenôtre au delà des limites de sa story pour le valoriser à court terme avant de le vendre. Attention à l’indigestion !


> Ce post utilise des éléments d’un article précédent publié le 30/07/2008 sur ce blog.

 

Apple/Steve Jobs : face à la rumeur, trop peu, trop tard

Mercredi 7 janvier 2009

 

L’absence de Steve Jobs au MacWorld cette semaine fait tant jaser qu’elle jette une lumière nouvelle sur l’article principal de la dernière Newsletter du Storytelling, article dont j’ai écrit une première version le 14 décembre dernier pour l’agence Courts Circuits (j’y reviendrai prochainement). Elle a en tout cas – fait assez unique chez Apple qui préfère trop souvent le silence – contraint le charismatique PDG à s’en expliquer dansune lettre adressée à la « Communauté Apple ».

 

Il déclare y « partager quelque chose de très personnel » afin de faire retomber la pression avant le début du MacWorld. Il concède qu’il a perdu beaucoup de poids en 2008 (ce que nous avions tous pu constater !) et qu’il a décidé récemment de prendre ce problème à bras le corps « et d’en faire (sa) priorité numéro 1« .  Il s’agirait en fait d’un « déséquilibre hormonal qui ‘vole’ à mon corps les protéines dont il a besoin pour me garder en bonne santé » (au passage, appréciez le remarquable storyteller qu’il est toujours !). Il sera de retour en forme pour le printemps mais d’ici là « je continuerai à diriger Apple pendant ma convalescence« . Il certifie que Apple passera toujours en premier pour lui et qu’il serait « le premier à démissionner de (son) poste de PDG si (sa) santé ne lui permettait plus d’assumer ses fonctions« . Il indique enfin qu’après être sorti de sa réserve et d’en avoir dit plus qu’il n’aurait voulu le faire, il n’entendait plus s’exprimer à ce sujet.

 

Dans la foulée, le Conseil d’administration d’Apple a sorti un communiqué pour assurer que bien que « Steve Jobs soit unanimement reconnu comme un des PDG les plus talentueux et les plus efficaces au monde (…), s’il devait choisir de prendre sa retraite ou d’y être contraint pour d’autres raisons, vous en seriez avertis« . Euh, c’est bien le moins, non ?

 

Préparer la séparation des stories de l’entreprise et de son fondateur

 

En attendant, l’action a bondi aujourd’hui à Wall Street. Mais je pronostique que cela ne durera pas. Steve Jobs avait caché (pour des raisons qui lui appartiennent et qui, dans l’absolu, sont respectables) son cancer du pancréas il y a 4 ans. Aujourd’hui, il attend d’y être contraint pour convenir qu’il fait face à de nouvelles complications. Gageons que ses moindres sautes d’humeur, de look, de poids etc. seront désormais commentés en direct et en permanence sur la Toile. C’est que, comme je l’écrivais dans le Newsletter, “Apple est aujourd’hui plus dépendant que jamais de Jobs et des rumeurs sur sa santé. L’entreprise n’est toujours pas préparée au second départ de son gourou, pourtant inévitable à terme”.

 

Je souhaite bien évidemment à Steve Jobs un prompt et complet rétablissement. Mais il devient urgent pour Apple de communiquer sur la suite de son histoire. La firme à la pomme est pourtant mieux placée que quiconque pour savoir ce qu’il en coûte de se passer de lui…

Bonne année (malgré tout ?)

Jeudi 1 janvier 2009

 

 

Face aux mauvaises nouvelles qui s’accumulent (par exemple celle-ci, tirée d’un récent Challenges : “D’après les indications informelles données aux pouvoirs publics, les gros secteurs baisseraient leurs budgets de communication de 10% au premier semestre 2009”), que faire ?

 

 

Il y a la méthode Coué. Souvent raillée, elle repose sur l’auto-suggestion. Emile Coué (1857-1926) répétait 20 fois en se levant : “Tous les jours à tous points de vue, je vais de mieux en mieux”. Et encore 20 fois avant de se coucher. Ce qui lui a apparemment réussi : il est mort riche et célèbre. 

 

Il y a aussi la méthode Ballyhoo. Ce journal satirique né aux Etats-Unis à la suite de la Grande Dépression de 1929 a servi de modèle aux Adbusters et autres Casseurs de Pub modernes. Il proposait des pastiches parfois féroces des réclames de l’époque. Témoin, la “smilette” : pour éviter l’arrestation en ayant l’air trop lugubre, rien de tel que de porter ce double crochet fixé aux commissures des lèvres pour afficher un optimisme et un sourire inoxydables !  

 

Il y a enfin la méthode Storytelling. Comme je l’indiquais dans la Newsletter de novembre 2008 (téléchargez-la ici si vous n’étiez pas encore abonné, elle va devenir collector !), l’étude de quelques catastrophes passées – la bulle du bulbe en 1637, le krach de 1929 etc. – montre que la sortie de crise prend du temps et surtout que la raison seule ne suffit pas. 

 

Pour rassurer les consommateurs en ces temps de troubles, il faut leur raconter les histoires qu’ils ont envie d’entendre. Ceux qui le feront s’en sortiront et ils seront plus forts. Cela prendra du temps – on n’est pas dans un conte de fées ! – mais il y aura quand même un happy end.

 

En attendant, bonne année à tous !