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Discours inaugural d’Obama : ce qu’il a dit… et n’a pas dit

 

Un homme capable de reprêter serment simplement parce qu’il a bafouillé la première fois et qu’ainsi il s’assure de nouvelles images sans aspérité pour l’Histoire est assurément un intéressant cas de communication. Barack Obama est un grand orateur, c’est un fait. Une réussite qui est aussi un peu celle de son équipe de “plumes”, en particulier de celle de son “speechwriter” personnel surdoué de 26 ans, Jon Favreau. Retour sur son discours inaugural vu sous l’angle du storytelling.

 

Le Monde en a publié l’intégralité (également en français ici, les citations de mon post sont extraites de cette traduction). Le nouveau président se place d’abord dans la continuité des “quarante-quatre Américains (qui) ont prêté serment pour la présidence” et son oecuménisme va jusqu’à rendre un bref hommage à George Bush. Je ne m’attarderai pas sur ses nombreuses citations des Ecritures. Ainsi que l’expliquait avec humour Ted Stanger (sur iTélé), les Américains et les Français ne se comprendront jamais sur ce point. Selon le journaliste, la référence à la religion est aux Etats-Unis ce que la philosophie est chez nous : un exercice obligé de l’art oratoire mais qui n’engage pas outre-mesure.  

 

 

Un discours plus fort pour le monde que pour l’Amérique

 

S’il existe un temps fort dans le discours d’Obama, c’est l’annonce du retour de l’Amérique sur la scène internationale, du moins en tant que puissance pacifique. Il s’adresse aux gouvernements et aux peuples du monde “depuis les capitales les plus prestigieuses jusqu’au petit village (kenyan) où mon père est né : sachez que l’Amérique est l’amie de tous les hommes, femmes et enfants qui aspirent à la paix et à la dignité”. Il tend également la main au monde musulman en indiquant chercher “une nouvelle voix fondée sur les intérêts réciproques et le respect mutuel”, rappelant au passage que l’Amérique est “une nation de chrétiens et de musulmans, de juifs, d’hindous et d’athées, (façonnée) par toutes sortes de langues et de cultures venant de tous les coins du monde”. 

 

Mais l’on sait que les Américains – comme tous les peuples – sont avant tout sensibles à ce que leur président a à dire de la situation intérieure. On se souvient que c’est la concentration de Bill Clinton sur les problèmes écomomiques (le fameux : “it’s the economy, stupid!) qui lui avait assuré la victoire face à George Bush senior, réputé expert en questions internationales. Et là, Barack Obama se contente de décliner son programme de mesures quand on attendait qu’il s’adresse à l’Histoire. Ce n’est qu’à la fin de cette énumération qu’il a cette belle formule : “A partir d’aujourd’hui, nous devons nous relever, nous secouer et commencer à refonder l’Amérique”. A mon sens – et je reconnais que la critique est aisée – cette idée de la refondation aurait dû constituer la colonne vertébrale de son discours.

 

Car, pour parler de la crise, il reste étonnamment vague. Quand, pendant la campagne, il trouvait les mots pour décrire “cette famille réduite à planter un panneau ‘à vendre’ devant sa maison, cette PME qui ferme définitivement ses portes”, il donne désormais dans le général : “Des maisons ont été perdues, des emplois ont été détruits, des entreprises ont fait faillite”. Un changement relevé par le pape américain du storytelling (et supporteur d’Obama), Steve Denning sur son Twitter : “S”il avait fait campagne en étant aussi général, il n’aurait peut-être pas passé le cap de la nomination. Il doit revenir aux stories !”.



Le retour du Verbe et l’arrivée du Geste


Je ne suis pas aussi sévère mais il est vrai que le nouveau président avait lui-même fixé la barre très haut en évoquant il y a quelques temps les discours inauguraux de ses prédécesseurs et dont il pourrait s’inspirer. Le meilleur, selon lui, fut celui d’Abraham Lincoln, un exercice de (ré)conciliation entre le Nord et le Sud… qui allaient pourtant bientôt s’affronter dans la guerre de Sécession. Il avoue aussi avoir beaucoup de tendresse pour celui de John Kennedy, rempli de formules chocs comme “Le flambeau a été transmis à une nouvelle génération” ou “Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour lui”… En revanche, s’il admire Franklin Roosevelt à qui on le compare désormais beaucoup, il dit n’avoir retenu de son discours un peu trop programmatique que cette phrase :  “La seule chose dont nous devions avoir peur est la peur elle-même”. Au final, c’est pourtant ce texte de 1933 qui semble le plus l’avoir inspiré.


Ceci dit, même si ce discours n’est pas son meilleur, les Américains que je connais, et même ceux qui n’avaient pas voté pour lui, y ont été sensibles. La victoire d’Obama signe aussi celle du retour du Verbe à Washington, un verbe mis à mal pendant les deux mandats de George Bush qui malmenait la langue anglaise dans des “bushisms” d’anthologie). Et, au delà des mots, il y a le phrasé que ne peut rendre la traduction. Le nouveau président “balance” ses phrases sur un rythme qui n’est pas celui des hommes politiques américains traditionnels formés dans les universités WASP (blanches, anglo-saxonnes et protestantes). Enfin, il y a le langage du corps. On sait qu’un auditoire accorde 80% de son attention à la communication non verbale et donc seulement 20% à ce qui est réellement dit… Regardez les hommes politiques, leurs moulinets de bras, leurs mouvement de jambes, ils sont rarement à l’aise avec leur corps. De ce point de vue là aussi Barack Obama innove. “Je chante le corps électrique” écrivait le poète Walt Whitman. Et c’est ce corps dionysiaque qu’on a vu bouger et danser comme personne qui laissera peut-être une impression plus durable que le discours ou que la prestation se serment, dans sa version 1 ou dans sa version 2 !

 

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