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Astérix va continuer après Uderzo

 

Astérix aura 50 ans cette année et fêtera cet anniversaire avec un (ultime ?) album sur lequel travaille actuellement Albert Uderzo. Mais la vraie nouvelle c’est que le dessinateur et Anne Goscinny (fille de René) ont récemment cédé le contrôle des Editions Albert-René à Hachette Livre (soit 60%, le reste étant conservé par Sylvie Uderzo, fille d’Albert). Cette vente plutôt discrète ouvre en réalité la porte à la continuation des aventures du petit Gaulois après la disparition de son co-créateur, aujourd’hui âgé de 81 ans. 

 

Cette décision pourrait surprendre à première vue car Albert Uderzo avait jusqu’à présent indiqué qu’il ne souhaitait pas qu’Astérix lui survécût. Mais elle est en réalité logique. Cela fait 32 ans que René Goscinny, son scénariste et co-créateur, est mort et que le dessinateur a pris la décision de continuer tout seul. Artistiquement, beaucoup pensent que les personnages du petit village “qui résiste encore et toujours à l’envahisseur” ne s’en sont pas remis mais le fait est là : les nouveaux albums ne se sont jamais aussi bien vendu et Astérix est devenu un héros de cinéma à succès et même la mascotte d’un parc d’attractions. De fait, le petit Gaulois est déjà un résilient (pour utiliser un terme à la mode), il n’y a pas de raison qu’il ne continue pas longtemps, s’il est bien géré. Ce qui est le cas.

 

Il y a quelques mois, Anne Goscinny s’était exprimée à ce sujet sur Bodoï. Elle distingue le cas d’une oeuvre à créateur unique dont la volonté doit à tout prix être respectée (on pense bien évidemment à Hergé, ainsi que j’en ai parlé dans ma dernière newsletter) et  celui où il y a co-création et où il est légitime que toutes les parties s’expriment. En romancière qu’elle est, elle place parfaitement le débat “Qui restera le plus longtemps dans nos mémoires de Flaubert ou de Madame Bovary ? Ils sont égaux, mais il est impossible de les mettre sur le même plan. L’un a créé l’autre. L’autre a rendu l’un immortel”.

 

D’évidence, ses paroles ont porté puisqu’Uderzo a changé d’avis. Bien sûr, le petit monde de la BD est agité de rumeurs peu amènes et certains voient dans sa décision un motif vénal. Sans nier le rôle qu’a éventuellement pu jouer le montant du chèque d’Hachette, je pense que la réalité est ailleurs. A son âge et à son niveau de réussite, il est au delà de ce genre de considérations. Comme le disait Anne Gosciny, “la décision de créer des suites (…) correspond d’abord à un besoin. L’univers offert du vivant de l’auteur est-il clos ou peut-on lui donner encore une animation ? Le public attend-il encore du plaisir, de la découverte, de l’émerveillement ?”. Il suffit de voir comme le personnage de Tintin s’est sclérosé avec le temps pour penser qu’Uderzo s’assure sans doute sa part d’immortalité en permettant aux futures générations de continuer à voir Astérix et Obélix (et Idéfix) dans de nouvelles aventures. 

 

Les ayants-droits devraient ainsi s’assurer quelques décennies de sesterces faciles… à condition de ne pas tuer la poule aux oeufs d’or. Car, contrairement à Obélix, personne n’est assuré de conserver toujours une force herculéenne juste “parce qu’il est tombé dedans quand il était petit”…

 

> Je me suis récemment intéressé au phénomène de la continuation de la story de l’entreprise (ou de la marque, ou du personnage) après le départ (ou la disparition) du fondateur dans une série de posts. Rares sont ceux qui, comme Albert Uderzo ou comme Bill Gates, préparent la séparation des deux histoires de leur vivant. Dans le domaine de la BD, c’est le cas par exemple de Jacques Martin qui fait déjà dessiner les aventures d’Alix et Enak par d’autres dessinateurs depuis plusieurs années et a déjà indiqué qu’il a écrit plusieurs scénarios prêts à être dessinés… après sa mort pour continuer comme si de rien n’était. Un exemple extrême.



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