Connaissez-vous Mathurin le marin ? C’est le premier nom qu’a porté en France Popeye, avant de récupérer celui qui a fait sa célébrité dans le monde entier.
A l’origine personnage de BD, il est doté en permanence d’une force de super-héros. Il ne mange donc des épinards que parce qu’il aime ça. Mais les fabricants de conserves, épatés par la popularité du personnage, ont convaincu les producteurs de changer quelque peu l’intrigue quand il a commencé à faire des dessins animés : désormais, c’est des épinards que Popeye tire ses pouvoirs ! Les ventes de ces légumes ont bondi d’un tiers à l’époque ! Et qui n’a pas entendu dans son enfance la phrase : “mange tes épinards si tu veux devenir fort comme Popeye”. Le pire, c’est qu’ils contiennent en fait assez peu de fer. Un cas d’école en matière de storytelling !
Popeye tombe dans le domaine public en Europe !
Cependant, si j’en parle aujourd’hui, c’est que le borgne chauve le plus sexy du showbiz fête ses 80 ans (comme Tintin) d’une bien surprenante façon : en tombant dans le domaine public de ce côté-ci de l’Atlantique. En effet, l’Union Européenne ne protège le droit d’auteur “que” 70 ans après la mort de ce dernier. Et Elzie Segar, créateur de Popeye, est mort en 1938. Aux Etats-Unis, la situation est différente et le “copyright” de la création du personnage fait foi pendant 95 ans (soit, jusqu’en 2024). Pour le plus grand profit du King Features Syndicate en l’occurrence. De belles batailles juridiques attendent sans doute ceux qui voudront produire BD, t-shirts et autres produits dérivés mais en théorie, n’importe qui peut maintenant le faire… à condition de s’en tenir au territoire de l’Union.
L’actu est décidément riche de nouvelles éclairant d’une nouvelle lumière les articles dela dernière Newsletter du Storytelling. Après le communiqué sur la santé de Steve Jobs dont j’ai parlé, le cas Popeye approfondit l’article que j’ai consacré à la suite desMisérables de Victor Hugo. Ma position (minoritaire dans ma profession mais je l’assume) n’a pas varié : “Bien sûr, le droit d’auteur est respectable mais il arrive un moment où les ayants-droit ne représentent plus qu’eux-mêmes et ne doivent pas bénéficier d’une rente éternelle, même morale” ai-je écrit dans la Newsletter. “ En matière de storytelling, aucune histoire ne dure si elle n’est pas propagée. Et pour cela, il faut que chacun puisse la continuer, s’en faire le storyteller”.
Allez-y !
