2008 décembre | le blog du storytelling - Part 2

Archive pour décembre 2008

Lufthansa dépense beaucoup… et mal

Vendredi 5 décembre 2008

 

J’ai récemment décerné un bonnet d’âne à la Lufthansa qui enveloppe ses mauvais sandwiches dans des emballages “Discover Flavour” (“Découvrez le goût”) … Ma toute dernière expérience de cette compagnie aérienne lui en vaudra un autre, moins fort sur la forme cette fois mais plus grave sur le fond.


En transit à l’aéroport Franz-Joseph Strauss de Munich au retour d’un séjour à Vienne, j’ai dû patienter plusieurs heures en attendant mon avion. La Lufthansa est chez elle à Munich où elle a un hub complet (elle en administre un autre à Francfort). Face aux portes d’embarquement, j’ai découvert des comptoirs proposant thé, café et journaux. Le tout est gratuit…


Cela vous semble une délicate attention ? Cela l’est probablement mais c’est quand même du n’importe quoi. En fait, rien n’indiquant que c’est offert, les voyageurs s’approchent timidement, regardent si d’autres personnes osent se servir en premier, cherchent la fente pour glisser une pièce etc. De plus, le logo Lufthansa est presque invisible, d’un orange pâle sur le gris chromé des comptoirs. On fait les choses ou on ne les fait pas mais on ne les fait pas à moitié, comme en s’excusant…


Résumons : la Lufthansa dépense beaucoup d’argent pour un service peu visible et sur lequel elle ne communique pas ni n’affiche clairement son identité. Et ce au détriment des autres cafés et restaurants du hub qui doivent prendre cela pour une concurrence déloyale. Une fois que vous avez avalé votre café et rigolé un bon coup en lisant la Bild Zeitung, est-ce que vous en êtes longtemps reconnaissant à la compagnie aérienne ? Quand vous êtes à bord de l’avion, est-ce que votre sandwich en caoutchouc estampillé “Discover Flavour” vous semble un peu meilleur parce que tout à l’heure la Lufthansa vous a offert le café ?


> Les actions de communication coûtent cher. Elles ont donc vocation à être visibles et à être mesurables. Particulièrement en temps de crise où les budgets se réduisent comme peau de chagrin, je pense à toutes les actions plus efficaces qui auraient pu être entreprises avec l’argent dépensé pour les comptoirs cachés de Lufthansa…

 

Sachez fermer la porte derrière vous

Mercredi 3 décembre 2008

 

 

Il y a quelques années, ma mère rendait visite à des seniors dans le cadre d’une association. Elle allait tenir compagnie à ces personnes âgées, souvent handicapées et parfois même rendues “méchantes” par la détresse du temps qui passe. Elle leur consacrait des heures et des heures, passant de l’une à l’autre, chacune avec son cortège de maux divers. Quand on lui demandait comment elle faisait pour ne pas être désespérée, ou déprimée, par ces gens exigeants et difficiles, elle répondait : “Quand je suis chez elles, je leur accorde toute mon attention, je suis en empathie avec elles. Mais quand je m’en vais, je ferme la porte”. Et bien sûr, par “fermer” la porte, elle entendait surtout laisser les soucis et les coups de blues sur le paillasson. Quand elle rentrait à la maison, elle était à nouveau disponible pour sa famille et ses amis. 

 

 

Cet exemple m’inspire. Quand j’exerçais des responsabilités en entreprise jusqu’à il y a peu, je devais faire la nounou pour un PDG incapable de dominer son stress sans le faire subir aux équipes, manager plusieurs dizaines de personnes, respecter des objectifs et un budget, gérer les crises etc. Et rentrer le soir chez moi où m’attendait une autre vie. 

 

Nous vivons tous de multiples vies, chacun porte en lui des mondes, et la meilleure façon pour ne pas faire peser les tensions d’un monde à l’autre, c’est encore de bien fermer la porte ! Aussi souvent que nécessaire.  

Ce qu’un dîner d’exception nous dit de la story d’un grand chef

Mardi 2 décembre 2008

 

Vous le savez sans doute si vous me lisez régulièrement mais je nourris une passion pour la haute gastronomie en général et pour les desserts et leur histoire en particulier (j’anime un blog personnel à ce sujet, Du Sacré au Sucré). C’est une passion professionnelle aussi puisque j’aime travailler avec les artistes de ce secteur et les aider à mettre au point ou à éclairer leur success story.

 

Il y a quelques jours, je dînais chez Alain Passard (qui n’est pas un client), le chef deL’Arpège, rue de Varenne à Paris. C’était un repas d’exception (dont je fais le récit icipour ceux que cela intéresse) mais si j’en parle sur ce blog c’est parce que la story du chef, et sa mise en scène, sont exemplaires.

 

 

1 / La petite musique de la cuisine

 

Initié aux plaisirs de la cuisine par sa grand-mère Louise, Alain Passard fait ses classes chez les plus grands avant de voler de ses propres ailes. Depuis 22 ans, ce passionné de musique est au “piano” (ce mot qui désigne une cuisinière de facture professionnelle est donc d’autant plus approprié !) de L’Arpège qu’il a porté à la récompense suprême, les 3 étoiles au Michelin. Chef célébré pour son travail sur les viandes rouges, il décide peu à peu de les délaisser pour explorer le monde généralement peu considéré des légumes. Il ouvre un puis plusieurs potagers hors de Paris où il va jusqu’à faire planter les mêmes variétés au même moment pour voir comment elles vont pousser sur tel ou tel terreau ! Il met carottes blanches, rutabagas ou betteraves en croûte de sel au centre de l’assiette, non plus comme un accompagnement mais en véritables stars du repas. Aujourd’hui, il est unanimement considéré comme un des chefs les plus créatifs de sa génération même s’il est aussi l’un des plus “modestes” médiatiquement parlant : il ne signe pas livres et émissions de télé tous les quatre matins. 

 

Lorsque l’on pénètre dans L’Arpège, on remarque tout de suite le portrait de la grand-mère Alice. La décoration en cristaux Lalique, le violon déstructuré d’Arman évoquent la passion du maître pour la musique. Ce qu’on remarque moins sauf si l’on est un habitué des lieux depuis plus de deux décennies, c’est que le restaurant occupe l’emplacement de L’Archestrate, l’ancien établissement de Senderens où Passard a jadis fait ses gammes. Ce genre d’intégration des stories du maître des lieux, familiale aussi bien que professionnelle, dans une story plus globale ne peut que me le rendre d’emblée sympathique !

 

Pendant le repas, Alain Passard passe à chaque table, discute avec tous mais donne à quelques-uns un peu plus s’il les sent passionnés (l’autre soir, il nous a fait resservir et nous sommes invités à le recontacter pour aller visiter son potager dans la Sarthe!). Une attention qui est aussi une forme de charisme. Comme pour les stars du cinéma ou du sport, sa simple présence électrise la salle.

 

 

2/ Quelles leçons tirer d’un dîner à L’Arpège en matière de Storytelling ?

 

D’abord que si l’esprit du chef se transmet à ses équipes (ce que je crois fondamentalement), alors le professionnalisme et la gentillesse du service en disent long sur l’entreprise et son dirigeant. Un détail qui en dit long : la maître d’hôtel, Hélène, traite en égale avec les clients, dans un équilibre réussi qui n’est ni trop familier ni trop servile, deux écueils sur lesquels chavirent souvent ce genre d’établissements. 

 

Ensuite et surtout, que la story ne s’utilise pas toujours au premier degré. Il ne s’agit pas nécessairement de communiquer dessus mais de s’en imprégner, de s’en “nourrir”. Lorsque l’on passe une soirée dans un (grand) restaurant, on ne vient certes pas pour l’amour que le chef a porté à sa grand-mère ou parce qu’il a racheté les murs dans lesquels il a fait son apprentissage. Mais je crois à l’esprit des lieux, je crois qu’ils nous disent quelque chose que nous percevons plus ou moins consciemment. Et ici, la story, même imperceptible ajoute quelque chose à la cuisine. Si l’on mange aussi divinement ici, c’est aussi parce qu’Alain Passard aime la musique et qu’il n’a pas oublié ce qu’il doit à Louise !