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Les déboires sociaux d’Amazon

 

 

C’est un article consternant pour Amazon – si les faits sont avérés – que publie Le Monde. Selon le quotidien du soir, à l’occasion des fêtes, le géant de la vente en ligne(dont j’ai pourtant déjà dit que c’est l’une de mes marques préférées) ferait travailler ses employés sept jours sur sept, n’hésitant pas à sanctionner ceux qui tombent malades avec des points de pénalité (“au bout de six, ils peuvent être licenciés”) et de restreindre les temps de pause à 35 mn pour 8 heures travaillées ! Par ailleurs, “en dehors de ces pauses, les salariés doivent demander la permission pour aller aux toilettes et des caméras surveilleraient leurs actes en permanence”. De plus, même si les employés sont pour la plupart issus d’Europe de l’Est, “ils auraient tous l’obligation de parler anglais dès qu’un supérieur approche” afin qu’on puisse mieux surveiller leurs dires selon la journaliste du Sunday Times à l’origine de cette révélation. Claire Newell a en effet réussi à “infiltrer” l’entreprise en tant qu’intérimaire. 
 

 

Interrogé, le vice-président européen des opérations d’Amazon Allan Lyall répond que “Tous les membres du personnel d’Amazon en Angleterre (…) travaillent actuellement d’arrache-pied pour que nos clients reçoivent leurs colis avant Noël”. Il rappelle que le taux de livraison et de satisfaction des clients approchent des 100% et que la réduction des temps de pauses aurait été approuvée par lors d’un “forum où les employés ont pu s’exprimer démocratiquement” (c’est moi qui souligne ce curieux substitut au mot “syndicat” qu’on attendrait ici). Il rappelle enfin que les salariés temporaires sont nombreux à postuler pour être embauchés en CDI (permanent positions). 

 

En ces temps de crise, le fait que des intérimaires souhaitent quand même intégrer l’entreprise qui les traite mal en dit plus long sur la peur du chômage que sur l’attrait de la dite entreprise. En fait, les accusations portées ici rappellent celles des années 1990 à propos des “sweatshops” asiatiques ou latino-américains qui fabriquaient les Nike ou des peluches pour Disney. La dénonciation de ces aberrations sociales a fait le succès du best-seller antimarques de Naomi Klein, Zéro Logo, et en partie inspiré les revendications des groupes altermondialistes. Sauf que dans le cas présent, on est en Angleterre, au coeur de l’Union Européenne !

 

La défense d’Amazon est donc très mauvaise : 

> Soit les faits sont faux et l’entreprise doit les démentir, porter plaine contre la journaliste et ouvrir ses portes aux médias. 

Soit ils sont avérés et là, elle n’a pas d’autre choix que plaider sa bonne foi en prétendant avoir ignoré la gravité de la situation, présenter ses plus plates excuses et promettre de mettre tout de suite le holà à ses pratiques. L’an prochain, elle invitera la presse pour prouver que les choses ont changé (c’est cynique mais efficace). 

 

En revanche, sa défausse sur ses clients est indigne. Amazon semble en effet justifier ses pratiques afin de satisfaire ses consommateurs. Est-ce à dire qu’elle serait moins coupable qu’eux, qui ne veulent pas payer cher et être livrés rapidement ? Cela pourrait ouvrir un débat intéressant (ne savons-nous pas pertinemment quand nous achetons un T-shirt vietnamien à 1 € qu’un tel prix n’est possible qu’à des conditions sociales indécentes ? Sommes-nous alors complices ?) mais pas de la part de l’entreprise : culpabiliser ses clients est une politique toujours perdante. Et si ces derniers devraient menacer de la boycotter pour la rappeler à ses responsabilités ?

 

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