Closer et Citizenside : deux réponses opposées aux accusations des « Infiltrés » | le blog du storytelling le blog du storytelling

Closer et Citizenside : deux réponses opposées aux accusations des « Infiltrés »

 

L’émission de France 2, Les Infiltrés, fait beaucoup parler d’elle pour sa large utilisation d’images en caméra cachée… que critiquent de nombreux journalistes et qui laissent penser que sa durée de vie sera limitée. Le dernier numéro sur la presse people a fait beaucoup de bruit dans le Landernau médiatique (mais moins en termes d’audimat).

 

Ce qui m’intéresse ici est la façon dont ont réagi deux des personnes morales – si ce terme a un sens dans la presse people ? ;-) – mises en cause dans le reportage. Elles illustrent deux façons de gérer sa communication de crise, l’une inefficace, l’autre bien plus intelligente.

 

 

I – Closer ou l’art de chasser les mouches au bazooka

 

A ma gauche, Closer. Avant de répondre aux accusations dans son prochain numéro, le magazine met immédiatement en ligne sur son site un dossier : “Closer vs. les Infiltrés : les dessous d’une émission bidonnée”, une série de 15 articles (des mini-articles à vrai dire, il ne faudrait pas que les lectrices attrapent une migraine en le lisant). La rédaction y décortique le reportage de Capa et s’attaque au travail de la journaliste infiltrée en tant que stagiaire, Caroline Benarrosh  : non, les “journalistes” de Closer ne bidonnent pas leur sujetils ne sont pas pingresil fallait prendre leurs plaisanteries lourdes pour du second degréils ne méprisent pas leur lectorat avec des articles racoleurs etc. Enfin, ils s’en prennent à l’éthique de Capa et de David Pujadas. Closer porte plainte contre Capa qui rétorque en portant plainte à son tour. Un partout, la balle au centre.

 

Dur dur en réalité de répondre à des images (volées) terribles pour la crédibilité du “fémininpeople” ( comme ils disent). En fait, la stratégie de Closer évoque celle de l’arroseur arrosé. Le magazine n’est pas crédible quand il dénonce ce qu’il pratique par ailleurs si souvent en paparazzant les stars… ou en “infiltrant” leur entourage. 


 

I – Citizenside ou l’art de ringardiser l’adversaire

 

A ma droite, Citizenside. Côté pile, c’est une plateforme qui permet aux passionnés de photos et de vidéo d’actualité de partager leurs scoops sur l’actualité. Côté face, c’est un intermédiaire qui négocie avec la presse la vente de ces mêmes photos et vidéos d’amateurs (et reverse à ces derniers la plus grosse partie des sommes récoltées). Egalement mis en cause parce que son business model serait principalement basé sur la revente de photos “volées” de stars, l’agence répond par le biais de son rédacteur en chef Aurélien Viers sur son blog Après la télé. Selon lui, les photos sont pour la plupart prises avec l’accord des personnalités. Peu importe qu’il ne me convainque pas vraiment, je ne suis pas sa cible. Ce qui m’intéresse dans sa défense c’est qu’il explique comment la journaliste lui aurait demandé de jouer – ou de rejouer – certaines séquences. Autrement dit, elle les aurait mises en scène. Classique pour toute personne un tant soit peu habituée au mode de fabrication des reportages mais (si c’est vrai dans le cas présent), Viers a beau jeu d’expliquer que le reportage de Capa est écrit, scénarisé, à charge et qu’il utilise les méthodes qu’il dénonce. 

 

Surtout, il avance un argument excellent, pas en termes de vérité ontologique mais en termes d’efficacité. Pour lui “Caroline (Benarrosch) est une journaliste à l’ancienne. (…)C’est le magazine des années 1980-90, qui sonne de plus en plus faux. Je déforme la réalité, ce que je dis n’est pas exact, et alors? Qui le notera à part mon interlocuteur? des spécialistes, bougonnant seuls devant leur poste? Le problème, chère Caroline, c’est qu’entre-temps les blogs ont émergé. Et que ces méthodes ne peuvent plus être passées sous silence. (…) Caroline B., et ses commentaires aussi « chocs » que la presse qu’elle dénonce, n’est pas tant une mauvaise journaliste qu’une journaliste du passé. Un passé qu’on ne regrettera pas”.

 

Plutôt que de répondre uniquement sur la véracité des accusations (pour le public, la “calomnie” laisse des traces car “il n’y a pas de fumée sans feu” et autres poncifs), Aurélien Viers a déplacé le débat sur le terrain générationnel. Autrement dit, le “journalisme de télé à la papa” ne peut pas comprendre le “journalisme citoyen” (cette dernière expression est de moi, elle ne figure pas dans son post) qui émerge. L’ancienne génération tenterait de préserver ses avantages acquis, ses maroquins, que lui disputerait la nouvelle génération. 

 

Retenons-en en termes de communication de crise qu’il est plus efficace de répondre sur le terrain qu’on a choisi et qu’on maîtrise. Ici, les arguments ont le mérite d’être en accord avec le but affiché du blog qui réfléchit au journalisme” d’après la télé”. Là où Closer était amer, Citizenside est simplement ironique. Et là où Capa était tellement 2e millénaire, Viers est furieusement Web 2.0 ! Chapeau !

 

The bookmarklet

Add this to your bookmarks or drag it to your bookmarks bar to quickly access shortening functions.

Shorten

This bookmarklet takes the page URL and title and opens a new tab, where you can fill out a CAPTCHA. If you have selected text before using the bookmarklet, that will be used as the keyword.

Support for bookmarklets on mobile varies. For example, they work on Chrome for Android but you have to add and sync them from your desktop.

">Twitter cet article. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.



Laisser une réponse