décembre, 2008 | le blog du storytelling le blog du storytelling

Archive pour décembre 2008

The Glenlivet : certains inventent les règles, d’autres les suivent

Lundi 29 décembre 2008

Le whisky écossais The Glenlivet (appartenant au groupe Pernod Ricard) s’affiche dans la presse avec une campagne sur sa story.

On y apprend que jusqu’en 1824, les fermiers écossais distillaient le whisky dans la plus complète illégalité. Quand le gouvernement offrit d’en légaliser la production afin d’en améliorer la qualité (et de percevoir des taxes), George Smith (dont la signature orne toujours les bouteilles), “un esprit pionnier qui choisit de vivre selon ses propres règles”, fut le premier à solliciter une “licence officielle pour l’exploitation de son whisky (afin d’)inventer et protéger ainsi ses propres standards d’exigence en donnant un caractère particulier à ce single malt original à l’équilibre rare”.

Sur le site de Pernod Ricard, on trouve même cette anecdote amusante pour ajouter encore à la story. “Le 22 mai 2006, pour la 1ère fois depuis près de 200 ans, Jim Cryle, Maître distillateur (…) réussit à reproduire l’alcool à l’origine de la réputation de The Glenlivet, en utilisant la réplique d’un petit alambic (…) dont se servaient les distillateurs clandestins”.

La signature de la marque – “aux origines du malt” – rappelle d’ailleurs cet événement qui a inspiré toute une région écossaise à l’origine des whiskies à partir d’orge maltée comme nous les connaissons aujourd’hui. D’ailleurs, il fallut un procès retentissant à la fin du 19e siècle pour empêcher les distilleries concurrentes d’utiliser à leur tour le nom de The Glenlivet. Répandu dans tout l’empire britannique et, depuis la fin de la prohibition, aux Etats-Unis, The Glenlivet y est aujourdhui le 1er whisky élaboré à partir d’orge maltée. Dans le monde, c’est le 2e whisky de malt premium.

Il est réconfortant de voir un whisky comme The Glenlivet communiquer sur son histoire et rappeler que quand “certains suivent les règles, d’autres les inventent” (c’est la signature de la campagne). Ce pourrait presque être une de mes fameuses Pensées du jour ;-)

Joyeux Noël : sous le sapin, de belles histoires ?

Jeudi 25 décembre 2008

 

C’est l’une des légendes urbaines les plus répandues mais Coca-Cola n’a pas inventé le Père Noël ! Ce dernier, ou Santa Claus pour nos amis anglo-saxons, sévissait depuis déjà bien longtemps quand, en 1931, le géant d’Atlanta a demandé à l’illustrateur Haddon Sundblom, de concevoir une publicité le mettant en scène avec la fameuse petite bouteille en main. Le succès a été tel que Sundblom a créé une quarantaine d’autres visuels semblables par la suite. Ce qui a en revanche largement contribué à donner au Père Noël l’apparence du bon vieillard à la houppelande rouge Coca que nous connaissons tous. Encore un exemple de storytelling !


Joyeux Noël à tous !

Les déboires sociaux d’Amazon

Lundi 22 décembre 2008

 

 

C’est un article consternant pour Amazon – si les faits sont avérés – que publie Le Monde. Selon le quotidien du soir, à l’occasion des fêtes, le géant de la vente en ligne(dont j’ai pourtant déjà dit que c’est l’une de mes marques préférées) ferait travailler ses employés sept jours sur sept, n’hésitant pas à sanctionner ceux qui tombent malades avec des points de pénalité (“au bout de six, ils peuvent être licenciés”) et de restreindre les temps de pause à 35 mn pour 8 heures travaillées ! Par ailleurs, “en dehors de ces pauses, les salariés doivent demander la permission pour aller aux toilettes et des caméras surveilleraient leurs actes en permanence”. De plus, même si les employés sont pour la plupart issus d’Europe de l’Est, “ils auraient tous l’obligation de parler anglais dès qu’un supérieur approche” afin qu’on puisse mieux surveiller leurs dires selon la journaliste du Sunday Times à l’origine de cette révélation. Claire Newell a en effet réussi à “infiltrer” l’entreprise en tant qu’intérimaire. 
 

 

Interrogé, le vice-président européen des opérations d’Amazon Allan Lyall répond que “Tous les membres du personnel d’Amazon en Angleterre (…) travaillent actuellement d’arrache-pied pour que nos clients reçoivent leurs colis avant Noël”. Il rappelle que le taux de livraison et de satisfaction des clients approchent des 100% et que la réduction des temps de pauses aurait été approuvée par lors d’un “forum où les employés ont pu s’exprimer démocratiquement” (c’est moi qui souligne ce curieux substitut au mot “syndicat” qu’on attendrait ici). Il rappelle enfin que les salariés temporaires sont nombreux à postuler pour être embauchés en CDI (permanent positions). 

 

En ces temps de crise, le fait que des intérimaires souhaitent quand même intégrer l’entreprise qui les traite mal en dit plus long sur la peur du chômage que sur l’attrait de la dite entreprise. En fait, les accusations portées ici rappellent celles des années 1990 à propos des “sweatshops” asiatiques ou latino-américains qui fabriquaient les Nike ou des peluches pour Disney. La dénonciation de ces aberrations sociales a fait le succès du best-seller antimarques de Naomi Klein, Zéro Logo, et en partie inspiré les revendications des groupes altermondialistes. Sauf que dans le cas présent, on est en Angleterre, au coeur de l’Union Européenne !

 

La défense d’Amazon est donc très mauvaise : 

> Soit les faits sont faux et l’entreprise doit les démentir, porter plaine contre la journaliste et ouvrir ses portes aux médias. 

Soit ils sont avérés et là, elle n’a pas d’autre choix que plaider sa bonne foi en prétendant avoir ignoré la gravité de la situation, présenter ses plus plates excuses et promettre de mettre tout de suite le holà à ses pratiques. L’an prochain, elle invitera la presse pour prouver que les choses ont changé (c’est cynique mais efficace). 

 

En revanche, sa défausse sur ses clients est indigne. Amazon semble en effet justifier ses pratiques afin de satisfaire ses consommateurs. Est-ce à dire qu’elle serait moins coupable qu’eux, qui ne veulent pas payer cher et être livrés rapidement ? Cela pourrait ouvrir un débat intéressant (ne savons-nous pas pertinemment quand nous achetons un T-shirt vietnamien à 1 € qu’un tel prix n’est possible qu’à des conditions sociales indécentes ? Sommes-nous alors complices ?) mais pas de la part de l’entreprise : culpabiliser ses clients est une politique toujours perdante. Et si ces derniers devraient menacer de la boycotter pour la rappeler à ses responsabilités ?

 

Un grain de sable suffit à dérégler la meilleure mécanique

Samedi 20 décembre 2008

 

 

J’ai demandé récemment un catalogue de la collection de montres Black Tie Piaget. Je viens de le recevoir, il s’agit en fait d’un luxueux livret broché qui raconte “L”histoire de Piaget” (depuis 1874) avant d’enchaîner sur des chapitres concernant la fabrication des montres, processus dont la marque (propriété du groupe suisse Richemont) est “maître d’oeuvre de A à Z” et ses “domaines d’excellence” (dont les fameuses “complications” et autres “tourbillons” qui mettent en émoi tous les fans de haute horlogerie). Ce n’est que dans la dernière partie du livre que l’on présente enfin les modèles Black Tie. 

 


> Cette progression est intéressante et parfaitement légitime, surtout dans le domaine du luxe, et elle respecte parfaitement les préceptes du storytelling : une belle histoire, d’autres exemples qui nous donnent envie d’y adhérer avant de terminer par la mise en scène des produits. 

 

Tout serait donc parfait… si la lettre personnalisée qui accompagnait le livre n’avait pas été  rédigée par erreur au nom d’un autre amateur de belles montres et habitant rue du château à Neuilly-sur-Seine (une adresse qui fait tout de suite plus classe que la mienne). Un détail ? Non, quand on vend des montres dont les moins chères coûtent tout de même la bagatelle de 10.000 euros (et c’est sans limite pour les modèles à complications…), tous les détails comptent… Et le fait de s’adresser à ses clients potentiels en les confondant comme s’ils n’étaient que des numéros est rédhibitoire.

Apple / Orange : qu’en dit la pomme ?

Jeudi 18 décembre 2008

 

 

Dans un communiqué, le Conseil de la Concurrence estime que “l’iPhone ne pourra pas être réservé aux abonnés d’Orange. Saisi par Bouygues Télécom en septembre dernier, l’autorité a considéré que “l’exclusivité d’Orange sur l’iPhone est de nature à introduire un nouveau facteur de rigidité dans un secteur qui souffre déjà d’un déficit de concurrence”. Cette décision est à effet immédiat afin de permettre à SFR et Bouygues de profiter des fêtes pour vendre leurs premiers iPhones avec forfaits. Orange va faire appelD’après Libé, cette décision ne déplairait pas forcément à Apple dont le modèle économique a changé et qui serait de toute façon de moins en moins intéressé par les exclusivités.

 

 

Pourtant, on chercherait en vain un commentaire officiel de la firme à la pomme. Sur son site, la page des actus n’a pas été mise à jour depuis le 5 décembre et propose toujours de découvrir de sympathiques entrepreneurs de Passau en Allemagne qui utilisent MacBook Air et autres iPhones pour gérer leurs stocks de céréales et fabriquer du muesli personnalisé ! Si l’idée est sympa, on peut penser que c’est un peu décalé au vu l’actualité… D’autant que l’on apprend aussi que Steve Jobs ne sera pas présent au MacWorld en janvier prochain, relançant les spéculations sur son état de santé

 

Apple, marque emblématique des produits cool et branchés, n’applique pas toujours “sa cool attitude” à sa propre communication, illustrant une nouvelle fois le mutisme dont elle fait preuve sur les sujets qui la gênent… Jusqu’à quand ?

 

> Heureusement, Apple n’a pas perdu tout son savoir-faire en matière de communication. Les derniers spots visibles sur son site américain mettent en scène les deux acteurs PC et Mac dans une ambiance très Noël et toujours aussi drôle !

Au-delà du buzz et du marketing viral, le storytelling

Mercredi 17 décembre 2008

 

Maelle, une étudiante qui m’a contacté à propos de son mémoire, s’inquiétait récemment un peu : “Je crois que je vais avoir du mal à définir (le storytelling) parce que si les définitions que vous lui appliquez sont exactes, cela voudrait dire qu’il existe depuis toujours mais qu’on a enfin mis un nom sur cette technique”. 


C’est tout à fait juste. Le storytelling n’est pas né d’une génération spontanée. Il répond au besoin que nous avons d’entendre et de propager de belles histoires. Et d’autres techniques du marketing et de la communication s’y apparentent depuis longtemps. Prenez le buzz ou le marketing viral, ils semblent présenter de nombreuses similitudes avec le sujet qui nous intéresse. Mais ils ont aussi de subtiles différences. Suivez-moi…



La dernière campagne Disney fait du buzz pas du storytelling…


J’ai reçu hier par mail une invitation à visionner une vidéo sur le site d’une chaîne de téléSun7News. En fait, il s’agit d’un faux reportage mais qui a toutes les apparences d’un vrai et qui se déroule au Magic Kingdom de Walt Disney World en Floride. Très vite, tout bascule : mon nom apparaît sur les panneaux, les affiches, en feu d’artifice… L’attraction “it’s a small world” est même rebaptisée en mon honneur “it’s a Durand world” (ceux qui connaissent ma passion pour cette attraction emblématique apprécieront !). Et le tout en situation, parfaitement incrusté dans les images vidéo.


























Derrière cette campagne, on trouve la Walt Disney Company. Elle porte d’ailleurs un nom qui ne peut que nous plaire :  “Disney’s Virtual Storyteller”. Ainsi que lexplique l’un de mes ex-collègues et amis, Duncan Wardle, vice-président RP monde des parcs Disney, “cette campagne s’inscrit dans celle, plus vaste, pour nos parcs américains en 2009. Nous proposons aux visiteurs de personnaliser leur visite. Sur le Net, cette personnalisation va donc jusqu’à une redécoration complète du parc, avec l’humour en plus”.  


Cette campagne semble réussie (et je regrette qu’elle n’ait pas inspiré la même chose à Disneyland Paris…) en ce qu’elle fait parler d’elle et qu’elle suite les lois que j’ai déjà édictées sur ce blog :  elle implique les consommateurs dans l’histoire qu’elle raconte et elle continue le dialogue avec les visiteurs quand ils ne sont plus physiquement dans les parcs


Pourtant, il lui manque une donnée importante pour faire convenablement du storytelling. En effet, elle ne fait pas des internautes des storytellers à leur tour. Elle vous permet de mettre votre nom (ou celui d’un proche) à des endroits déterminés et très balisés. Les personnages Disney par exemple ne prononcent jamais votre nom, ils disent le même texte à chaque fois que vous visualisez la vidéo et n’apparaissent jamais sur la même image que les banderoles personnalisés. Il n’y a pas d’interaction. Vous ne pouvez changer l’histoire ni la continuer…


> La raison en est simple et j’ai travaillé assez longtemps chez Disney pour la connaître et vous la révéler. Quand un personnage Disney apparaît dans une pub, il ne doit jamais “toucher physiquement” le produit. Ainsi, son image ne peut être détournée en cas de défaillance ultérieure du produit (imaginez que Mickey ait dans la main un aliment et que plus tard, une intoxication alimentaire se produise…). Dans le reportage de Sun7News, la peur de la maison mère est que certains internautes facétieux truffent les banderoles de messages d’insultes, porno peut-être même… Cette crainte – qui est celle des grandes compagnies dans lesquelles les services juridiques ont pris le pouvoir – est certainement légitime mais elle émascule la créativité… et l’efficacité. Je l’ai déjà écrit, les marques doivent s’habituer à ce qu’une partie de leur discours leur échappe désormais et remplacer le fait d’imposer leur vision par celui de l’influencer…



Pito et Dexter, eux, sont des storytellers…


C’est pourquoi je suis plus sensible à ce que permet de faire le site Acapela.tv. Par exemple, dans le petit film ci-dessous (cliquez ici pour le voir), j’ai utilisé les personnages Pito et Dexter dans le décor que j’ai choiss. Mais surtout, je leur fais dire ce que je souhaite et je continue donc la success story des fun applications de Acapela…





















Pour le coup, ça c’est très Web 2.0 tandis que la campagne Disney serait quoi… du Web 1.5 ? A votre avis ?


(merci à Alban Vandekerkove et à Arnaud Cazet d’avoir les premiers porté à ma connaissance ces deux campagnes).

Brita 1 / producteurs eaux embouteillées 0

Lundi 15 décembre 2008

 

Les ventes d’eaux embouteillées baissent depuis 5 ans, à la fois à cause des problèmes de pouvoir d’achat (c’est du conjoncturel) et de la prise de conscience écologique (c’est du structurel et donc une tendance beaucoup plus profonde). Sans compter qu’il faut soulever tous ces packs ! Mais l’eau du robinet n’a pas forcément bon goût. C’est pourquoi les carafes filtrantes apparaissent de plus en plus comme une solution. Depuis des années, j’ai la mienne, et c’est une Brita, qui truste 80% du marché.


Brita (le prénom de la fille du fondateur de la marque, Heinz Hankammer) est une belle story qui dure depuis 1966. Petite entreprise individuelle allemande devenue le leader mondial de la filtration à usage domestique, elle a vite compris que sa réussite devrait moins au hardware (la carafe) qu’au software (les cartouches filtrantes). Tout ça aprèsGillette bien sûr mais 40 ans avant Nespresso et autres iPod. 


Aujourd’hui, Brita sort donc du rayon électroménager (que 90% des personnes ne fréquentent pas quand elles sont dans un hyper) pour aller au devant des futurs clients à l’entrée des magasins (avec des fontaines à eau publicitaires) et dans les linaires thés et cafés (“façon de dire qu’avec une eau filtrée leurs boissons seront bien meilleures”). La marque propose même avec Siemens ou Tassimo des machines à café pré-équipées de filtres à eau et un réfrigérateur Electrolux qui comprend un distributeur d’eau filtrée. Une stratégie d’occupation de tous les créneaux et une future rente assurée pour ses cartouches !


> Si j’étais une marque d’eau embouteillée, je porterais à mon tour la bataille sur le terrain de Brita. Je m’associerais avec un fabricant de carafes pour sortir un modèle Evian ou Volvic. Mes cartouches, renforcées en charbons et particules filtrantes provenant du sol même de ma source, garantiraient à l’eau du robinet “la purification et les bienfaits comme l’eau d’Evian (ou Volvic)”. Ainsi que des diffuseurs d’arômes ! Mais les marques d’eaux embouteillées, comme je l’ai déjà écrit, n’ont pas encore compris qu’elles devaient arrêter de vendre des produits (de l’eau en bouteille) au profit des idées (la pureté et le terroir dont provient leur eau). Avec de tels concurrent, Brita n’a pas de souci à se faire pour sa rentabilité…

 

Mauvaise passe pour Sony

Jeudi 11 décembre 2008

 

 

Arguant de “changements soudains dans l’environnement économique mondial”, Sony annonce 8.000 licenciements (sur 160.000 employés dans le monde). Dirigé depuis 3 ans par un Américain, Howard Stringer, le géant nippon applique désormais les règles du capitalisme de cow-boy les moins imaginatives. Les profits baissent (ils resteront néanmoins supérieurs à 1 milliard de dollars en 2008)? Economisons sur les hommes. La recette est connue, la potion reste amère. Et inefficace.
 

 

Depuis 1946 en effet, Sony s’est développé selon trois principes : l’innovation, l’innovation et l’innovation. Et en prenant pour marché local non le Japon mais directement le monde entier, jusqu’à se choisir un nom qui fleurait bon l’Occident (mélange de Sonus – le son en latin – et Sunny, lumineux, ouvert d’esprit en anglais). Premières radios entièrement à base de transistors, téléviseur Trinitron, premier magnétoscope (Betamax, abandonné ensuite), premier baladeur, premier lecteur CD, premier camescope grand public et enfin la Playstation.

 

 

Une entreprise inerte depuis plus d’une décennie

 

Ce qui frappe dans cette liste, c’est que la dernière grande innovation de Sony date de 1995 (même s’il y a bien sûr eu des PS2 en 2000 et PS3 en 2007). Depuis, quels nouveaux marchés a défriché la marque ? Dans quel nouveau domaine de la culture populaire s’est-elle imposée ? Aucun. Là est incontestablement sa faiblesse, pas dans un hypothétique impact de la crise financière… En trahissant les valeurs qui ont fondé sa story pour jouir de ses profits à plus court terme, Sony s’est enfoncé tout seul…

 

C’est pourquoi on ne peut qu’être effaré que le groupe annonce aussi une réduction de 30% de ses budgets de recherche et développement. Les économies réalisées sur les  investissements (et sur les coûts humains) permettront peut-être de rassurer les actionnaires à court terme. Mais comment inventeront-ils ainsi le prochain Walkman (qui fut à la génération des années 80 ce que l’iPod est à celle des années 2000) ? Dans la tourmente, il y a deux budgets que les grandes entreprises devraient sanctuariser :la communication pour se maintenir à flot à court terme ; la recherche et le développement pour être présent avec des produits innovants quand le reprise se fera jour.

 

Il est temps de changer pour Renault ?

Mardi 9 décembre 2008

 

 

 

Je suis assez sévère en général sur l’avenir des constructeurs automobiles car je pense qu’ils sont emblématiques de l’ancien monde, celui d’avant la crise, et qu’ils continuent trop souvent à vendre des produits plutôt que des idées… ce dont ils risquent de mourir. Mais je suis beau joueur : en juin dernier, j’avais applaudi le spot pour le lancement du Koleos de Renault et j’avais prédit qu’on verrait de plus en plus la marque au losange avoir recours au Storytelling pour retrouver sa légitimité. 

 

C’est pourquoi je ne suis pas surpris par sa campagne pour la nouvelle Mégane : “Il est temps de changer”. On se rappelle le temps où l’on se disait que les filles c’est nul, où l’on pensait ne jamais acheter de téléphone mobile. Quant à  utiliser un jour un ordinateur… Autant d’anecdotes pour nous prouver qu’on peut évoluer… “Souvenez-vous quand vous disiez que Renault, ce n’était pas pour vous ?” La question est osée – et courageuse- de la part d’un fabricant.

 

Les historiettes mentionnées servent à capter l’attention et susciter le désir de participer au changement : on nage en plein Storytelling et ça me ravit.

 


Renault Nouvelle Mégane – La pub
envoyé par renault

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


> Par ailleurs, Renault a augmenté ses investissements en communication en ces temps de crise, ce qui est plus intelligent que ceux qui taillent à la serpe dans leurs budgets et qui n’en seront que plus inaudibles…

 

> Merci à Camille Jung qui a attiré le premier mon attention sur la nouvelle campagne Renault.

Closer et Citizenside : deux réponses opposées aux accusations des « Infiltrés »

Dimanche 7 décembre 2008

 

L’émission de France 2, Les Infiltrés, fait beaucoup parler d’elle pour sa large utilisation d’images en caméra cachée… que critiquent de nombreux journalistes et qui laissent penser que sa durée de vie sera limitée. Le dernier numéro sur la presse people a fait beaucoup de bruit dans le Landernau médiatique (mais moins en termes d’audimat).

 

Ce qui m’intéresse ici est la façon dont ont réagi deux des personnes morales – si ce terme a un sens dans la presse people ? ;-) – mises en cause dans le reportage. Elles illustrent deux façons de gérer sa communication de crise, l’une inefficace, l’autre bien plus intelligente.

 

 

I – Closer ou l’art de chasser les mouches au bazooka

 

A ma gauche, Closer. Avant de répondre aux accusations dans son prochain numéro, le magazine met immédiatement en ligne sur son site un dossier : “Closer vs. les Infiltrés : les dessous d’une émission bidonnée”, une série de 15 articles (des mini-articles à vrai dire, il ne faudrait pas que les lectrices attrapent une migraine en le lisant). La rédaction y décortique le reportage de Capa et s’attaque au travail de la journaliste infiltrée en tant que stagiaire, Caroline Benarrosh  : non, les “journalistes” de Closer ne bidonnent pas leur sujetils ne sont pas pingresil fallait prendre leurs plaisanteries lourdes pour du second degréils ne méprisent pas leur lectorat avec des articles racoleurs etc. Enfin, ils s’en prennent à l’éthique de Capa et de David Pujadas. Closer porte plainte contre Capa qui rétorque en portant plainte à son tour. Un partout, la balle au centre.

 

Dur dur en réalité de répondre à des images (volées) terribles pour la crédibilité du “fémininpeople” ( comme ils disent). En fait, la stratégie de Closer évoque celle de l’arroseur arrosé. Le magazine n’est pas crédible quand il dénonce ce qu’il pratique par ailleurs si souvent en paparazzant les stars… ou en “infiltrant” leur entourage. 


 

I – Citizenside ou l’art de ringardiser l’adversaire

 

A ma droite, Citizenside. Côté pile, c’est une plateforme qui permet aux passionnés de photos et de vidéo d’actualité de partager leurs scoops sur l’actualité. Côté face, c’est un intermédiaire qui négocie avec la presse la vente de ces mêmes photos et vidéos d’amateurs (et reverse à ces derniers la plus grosse partie des sommes récoltées). Egalement mis en cause parce que son business model serait principalement basé sur la revente de photos “volées” de stars, l’agence répond par le biais de son rédacteur en chef Aurélien Viers sur son blog Après la télé. Selon lui, les photos sont pour la plupart prises avec l’accord des personnalités. Peu importe qu’il ne me convainque pas vraiment, je ne suis pas sa cible. Ce qui m’intéresse dans sa défense c’est qu’il explique comment la journaliste lui aurait demandé de jouer – ou de rejouer – certaines séquences. Autrement dit, elle les aurait mises en scène. Classique pour toute personne un tant soit peu habituée au mode de fabrication des reportages mais (si c’est vrai dans le cas présent), Viers a beau jeu d’expliquer que le reportage de Capa est écrit, scénarisé, à charge et qu’il utilise les méthodes qu’il dénonce. 

 

Surtout, il avance un argument excellent, pas en termes de vérité ontologique mais en termes d’efficacité. Pour lui “Caroline (Benarrosch) est une journaliste à l’ancienne. (…)C’est le magazine des années 1980-90, qui sonne de plus en plus faux. Je déforme la réalité, ce que je dis n’est pas exact, et alors? Qui le notera à part mon interlocuteur? des spécialistes, bougonnant seuls devant leur poste? Le problème, chère Caroline, c’est qu’entre-temps les blogs ont émergé. Et que ces méthodes ne peuvent plus être passées sous silence. (…) Caroline B., et ses commentaires aussi « chocs » que la presse qu’elle dénonce, n’est pas tant une mauvaise journaliste qu’une journaliste du passé. Un passé qu’on ne regrettera pas”.

 

Plutôt que de répondre uniquement sur la véracité des accusations (pour le public, la “calomnie” laisse des traces car “il n’y a pas de fumée sans feu” et autres poncifs), Aurélien Viers a déplacé le débat sur le terrain générationnel. Autrement dit, le “journalisme de télé à la papa” ne peut pas comprendre le “journalisme citoyen” (cette dernière expression est de moi, elle ne figure pas dans son post) qui émerge. L’ancienne génération tenterait de préserver ses avantages acquis, ses maroquins, que lui disputerait la nouvelle génération. 

 

Retenons-en en termes de communication de crise qu’il est plus efficace de répondre sur le terrain qu’on a choisi et qu’on maîtrise. Ici, les arguments ont le mérite d’être en accord avec le but affiché du blog qui réfléchit au journalisme” d’après la télé”. Là où Closer était amer, Citizenside est simplement ironique. Et là où Capa était tellement 2e millénaire, Viers est furieusement Web 2.0 ! Chapeau !