Maelle, une étudiante qui m’a contacté à propos de son mémoire, s’inquiétait récemment un peu : “Je crois que je vais avoir du mal à définir (le storytelling) parce que si les définitions que vous lui appliquez sont exactes, cela voudrait dire qu’il existe depuis toujours mais qu’on a enfin mis un nom sur cette technique”.
C’est tout à fait juste. Le storytelling n’est pas né d’une génération spontanée. Il répond au besoin que nous avons d’entendre et de propager de belles histoires. Et d’autres techniques du marketing et de la communication s’y apparentent depuis longtemps. Prenez le buzz ou le marketing viral, ils semblent présenter de nombreuses similitudes avec le sujet qui nous intéresse. Mais ils ont aussi de subtiles différences. Suivez-moi…
La dernière campagne Disney fait du buzz pas du storytelling…
J’ai reçu hier par mail une invitation à visionner une vidéo sur le site d’une chaîne de téléSun7News. En fait, il s’agit d’un faux reportage mais qui a toutes les apparences d’un vrai et qui se déroule au Magic Kingdom de Walt Disney World en Floride. Très vite, tout bascule : mon nom apparaît sur les panneaux, les affiches, en feu d’artifice… L’attraction “it’s a small world” est même rebaptisée en mon honneur “it’s a Durand world” (ceux qui connaissent ma passion pour cette attraction emblématique apprécieront !). Et le tout en situation, parfaitement incrusté dans les images vidéo.
Derrière cette campagne, on trouve la Walt Disney Company. Elle porte d’ailleurs un nom qui ne peut que nous plaire : “Disney’s Virtual Storyteller”. Ainsi que lexplique l’un de mes ex-collègues et amis, Duncan Wardle, vice-président RP monde des parcs Disney, “cette campagne s’inscrit dans celle, plus vaste, pour nos parcs américains en 2009. Nous proposons aux visiteurs de personnaliser leur visite. Sur le Net, cette personnalisation va donc jusqu’à une redécoration complète du parc, avec l’humour en plus”.
Cette campagne semble réussie (et je regrette qu’elle n’ait pas inspiré la même chose à Disneyland Paris…) en ce qu’elle fait parler d’elle et qu’elle suite les lois que j’ai déjà édictées sur ce blog : elle implique les consommateurs dans l’histoire qu’elle raconte et elle continue le dialogue avec les visiteurs quand ils ne sont plus physiquement dans les parcs.
Pourtant, il lui manque une donnée importante pour faire convenablement du storytelling. En effet, elle ne fait pas des internautes des storytellers à leur tour. Elle vous permet de mettre votre nom (ou celui d’un proche) à des endroits déterminés et très balisés. Les personnages Disney par exemple ne prononcent jamais votre nom, ils disent le même texte à chaque fois que vous visualisez la vidéo et n’apparaissent jamais sur la même image que les banderoles personnalisés. Il n’y a pas d’interaction. Vous ne pouvez changer l’histoire ni la continuer…
> La raison en est simple et j’ai travaillé assez longtemps chez Disney pour la connaître et vous la révéler. Quand un personnage Disney apparaît dans une pub, il ne doit jamais “toucher physiquement” le produit. Ainsi, son image ne peut être détournée en cas de défaillance ultérieure du produit (imaginez que Mickey ait dans la main un aliment et que plus tard, une intoxication alimentaire se produise…). Dans le reportage de Sun7News, la peur de la maison mère est que certains internautes facétieux truffent les banderoles de messages d’insultes, porno peut-être même… Cette crainte – qui est celle des grandes compagnies dans lesquelles les services juridiques ont pris le pouvoir – est certainement légitime mais elle émascule la créativité… et l’efficacité. Je l’ai déjà écrit, les marques doivent s’habituer à ce qu’une partie de leur discours leur échappe désormais et remplacer le fait d’imposer leur vision par celui de l’influencer…
Pito et Dexter, eux, sont des storytellers…
C’est pourquoi je suis plus sensible à ce que permet de faire le site Acapela.tv. Par exemple, dans le petit film ci-dessous (cliquez ici pour le voir), j’ai utilisé les personnages Pito et Dexter dans le décor que j’ai choiss. Mais surtout, je leur fais dire ce que je souhaite et je continue donc la success story des fun applications de Acapela…
Pour le coup, ça c’est très Web 2.0 tandis que la campagne Disney serait quoi… du Web 1.5 ? A votre avis ?
(merci à Alban Vandekerkove et à Arnaud Cazet d’avoir les premiers porté à ma connaissance ces deux campagnes).